samedi 7 mars 2020
vendredi 6 mars 2020
Un capharnaüm annoncé...
Avec cette épidémie dont la portée s’accroît quotidiennement, c'est un beau capharnaüm qui s'annonce dans les écoles françaises. Un tiers des écoles est encore en vacances, mais avec la reprise lundi 9 mars de celles de la zone A ce sont tous les élèves de notre pays qui seront de nouveau dans des conditions de promiscuité favorables à la transmission des maladies.
Dès son début les services de santé ont rappelé avec raison les principes de base de toute prophylaxie dans les lieux communs. Qu'il s'agisse de virus ou de bactéries, le lavage des mains, la désinfection, l'éloignement à plus d'un mètre voire le confinement des malades sont des mesures logiques, compréhensibles et efficaces. Pour autant dans les écoles tout n'est pas si simple.
Marc Lipsitch, épidémiologiste spécialiste des maladies infectieuses à Harvard, a récemment souligné que “Les épidémies de grippe sont clairement provoquées en partie par les écoles. Et nous ne comprenons pas comment fonctionnent les coronavirus avec les enfants, en particulier ce coronavirus”. C'est une situation logique : les enfants sont regroupés dans des lieux clos, la proximité est constante et les partages aussi. L'école maternelle sur ce point est particulièrement un extraordinaire bouillon de culture. Comment un enseignant pourrait-il imposer à une trentaine d'enfants âgés de deux à six ans qu'ils se touchent le moins possible, qu'ils éternuent dans leur coude, ou être certain qu'ils ont les mains propres ? Et puis la matériel de travail ou de jeux se prête, s'échange, se fait sucer parce qu'à cet âge on porte beaucoup à la bouche... C'est concrètement impossible, et c'est bien pourquoi les écoles sont des milieux propices à la propagation des maladies.
Et puis toutes les écoles ne sont pas non plus logées à la même enseigne. Depuis des années le milieu enseignant comme les associations de parents d'élèves dénoncent les conditions sanitaires de nombreuses écoles, de nombreux établissements, où les toilettes sont infréquentables tant elles sont sales ou détériorées, l'absence de savon ou même de papier-toilette, j'en passe et des bien pires. Si notre système est parait-il "national", les conditions d'entretien sont elles locales et parfois peu efficaces. Certaines écoles de Marseille dont nous savons tous l'état déplorable sont souvent citées, hélas pour celles et ceux qui y travaillent, adultes comme enfants.
Dans le cas qui nous préoccupe aujourd'hui, les conditions de propagation du Covid-19 sont encore moins définissables qu'habituellement pour d'autres maladies. Effectivement la période d'incubation semble assez longue, entre 2 et 14 jours avec une moyenne entre 3 et 7 avant le déclenchement clair de la maladie. De plus, malgré que nous en sachions encore très peu, il est possible que les enfants jeunes soient des "porteurs sains" de la maladie - donc ne déclenchent pas d'affection visible -, ou ne présentent que des symptômes courants dans les écoles, toux et rhume. Depuis plus de quarante ans que j'enseigne j'ai quotidiennement dans ma classe des enfants enrhumés, moi-même le suis du 1er septembre au 5 juillet. Comment faire la différence entre un rhume normal et un rhume douteux ? Sans compter un printemps certainement précoce cette année qui va déclencher de nombreuses allergies à divers pollens... Bref, c'est impossible. Et malheureusement je peux parfaitement imaginer un enfant qui aurait contracté cet agaçant virus et le propagerait une quinzaine de jours avant toute alerte, soit largement le temps d'infecter une centaine de familles d'élèves et d'enseignants. Mon épouse étant immuno-déprimée par une maladie auto-immune, et arrivant tous deux dans des âges malheureusement ciblés - un enseignant de 60 ans fait partie des victimes françaises -, il me serait assez désagréable de tomber malade ou de contaminer mon épouse. J'ajoute que la proximité de ma commune d'exercice avec le CHU de Dijon fait que j'ai parmi mes parents d'élèves de nombreux personnels de santé, évidemment exposés...
Je ne cherche évidemment pas à inquiéter quiconque, et moi-même ne suis pas particulièrement aux taquets. Mais la question se pose, et sera de plus en plus prégnante à mesure que les jours passent et que l'épidémie s’accroît. C'est pourquoi le gouvernement, certain de passer dans un proche avenir à un niveau d'alerte supérieur, envisage la fermeture des écoles. D'abord quelques-unes, directement concernées par la contamination, avant peut-être de généraliser la mesure au moins dans certains secteurs/communes/cantons voire des périmètres plus importants. Jusqu'à faire comme en Italie, où depuis hier jeudi 5 mars toutes les écoles, collèges, lycées et universités du pays sont fermés ?
Evidemment cela n'est pas souhaitable. Ce confinement généralisé serait une catastrophe, le pays serait totalement paralysé, les conséquences économiques désastreuses dans une France qui commence à peine de se relever de la crise de 2008. Mais c'est envisageable si l'épidémie devient incontrôlable, car son taux de contamination comme son taux de mortalité sont élevés, pires même semble-t-il que la grippe espagnole de 1918 qui a fait dans le monde jusqu'à 100 millions de morts selon certaines réévaluations récentes. Mais n'oublions pas que nos moyens de lutte sont aujourd'hui beaucoup plus pertinents, certains traitements paraissent dès aujourd'hui efficaces, leur élaboration est rapide, les services de santé français sont préparés et leur professionnalisme, leur dévouement et leur implication ne sont plus à démontrer. Nous avons, sur ce point, beaucoup de chance.
Néanmoins il faut donc, enseignants, Directrices et Directeurs d'école, que nous nous préparions à la fermeture de nos locaux. Au cas où...
De quelle façon ? Bien entendu pour l'instant c'est la prophylaxie qu'il nous faut mettre en place, réclamer des moyens sanitaires à nos municipalités pour nos écoles et pour le nettoyage et la désinfection des locaux, afficher, discuter en classe, insister sur le lavage des mains, etc, et rester attentifs tout en n'affolant personne... Nous savons le faire, depuis longtemps, il n'y a aucun doute sur ce point.
En revanche les directives ministérielles sont plus confuses. Elles sont même quasiment inapplicables. Jeudi 5 mars est parue la Circulaire n° 2020-056 sur la "Continuité des apprentissages en cas d'éloignement temporaire ou de fermeture d'école ou d'établissement". Dans le cas de confinement d'un élève, je cite :
" (...) le directeur d'école ou le chef d'établissement s'assure, notamment en prenant appui sur les réseaux existants (en particulier les espaces numériques de travail et la messagerie électronique), que l'élève a accès aux supports de cours et qu'il est en mesure de réaliser les devoirs ou exercices requis pour ses apprentissages."
Si un seul enfant, ou deux ou trois, sont concernés, c'est techniquement faisable. Sauf... sauf si la famille n'a pas de moyen de communication électronique, ce qui n'est pas rare en France, ou si celui-ci se résume à un smartphone. Sauf également si les supports de cours sont intransmissibles ou inutilisables sans l'enseignant. Sauf enfin si l'enseignant concerné refuse de s'en occuper, (ne serait-ce que par faute de temps) ou de donner au Directeur les moyens de le faire à sa place, et encore faudrait-il que celui-ci trouve lui aussi le temps nécessaire. Je rappelle que la Directrice ou le Directeur d'école, qui n'a pas institutionnellement le statut pour le faire, n'a aucun moyen pour contraindre un enseignant à suivre ce genre d'instruction. En aurait-il seulement envie ? Et puis, quinze jours de confinement, c'est long. Cette charge supplémentaire ne sera pas faite pour nous faciliter notre métier de Directrice ou Directeur d'école. Je n'ai pas l'habitude de citer François Jarraud, mais il a totalement raison, pour une fois, de rappeler dans un récent billet les limites du système.
Dans le cas de la fermeture d'une école - et je vous rappelle qu'il faut je crois vous y préparer -, c'est encore pire. Citation :
" (...) les responsables locaux et les équipes pédagogiques prendront les initiatives et mesures nécessaires pour préserver un lien pédagogique à distance, et pour continuer à dispenser un enseignement, en exploitant notamment les possibilités d'échanges par messagerie électronique et les espaces numériques de travail. Ils pourront aussi s'appuyer sur des ressources numériques éducatives pour enseigner et apprendre à distance, disponibles au niveau national pour l'école, le collège et le lycée sur le site Éduscol. (...)
Pour les élèves les plus jeunes, et pour tous ceux qui nécessitent une prise en charge spécifique impliquant la présence d'un adulte, la mise en place d'activités éducatives et pédagogiques devra reposer sur les familles des enfants et des jeunes concernés. Dans toute la mesure du possible, les directeurs et chefs d'établissement veilleront à ce que leur soient proposées, à distance via les outils numériques, des activités adaptées, réalisables en contexte familial. Pour les élèves ne disposant pas d'un accès à Internet, les professeurs, les directeurs d'école et les chefs d'établissement veilleront à préparer un ensemble de documents et propositions de sujets à étudier et de travaux à réaliser, adaptés à la situation d'un accompagnement en famille."
Ben voyons. C'est sûr, je "veillerai"... Directeur d'une école maternelle, ce genre de consigne ne me fait pas rire. Ces instructions n'ont pas de sens. Ou montrent la totale ignorance ministérielle du fonctionnement des apprentissages ne serait-ce que dans une Grande Section. Quant aux Moyens et aux Petits... Ils pensent vraiment que je bosse avec des fiches, des photocopies ? Oh certes certains travaux sont transférables, mais les 4/5 de ce que j'enseigne ne le sont pas. Je ne suis pas dans le notionnel moi, ou très peu, je suis surtout dans les compétences ! Bref.
Je suppose qu'en élémentaire on peut imaginer aller plus loin. Mais dans quelle mesure ? Et pour quel niveau de classe ? D'accord, ça part d'un bon sentiment, et certaines choses sont faisables avec les restrictions que j'ai déjà indiquées (équipement des familles, ou des enseignants, supports et explications intransmissibles...). Encore une fois faudrait-il pouvoir s'assurer que chaque enseignant jouera son rôle alors qu'un Directeur ne peut l'y contraindre sinon convaincre. Et puis le faire confiné chez soi est absurde... Bon, c'est évidemment impossible. Cher collègue Directrice ou Directeur, vous ferez bien ce que vous pourrez et vous pourrez peu. Dans ces conditions je ne souhaite à aucun d'entre nous de voir son école fermée. D'autant que si la "continuité pédagogique" n'était pas assurée, comprenez que c'est à nous qu'on irait le reprocher. Je crains bien que ce soit un enfer qui s'ouvre sous nos pas.
Alors à qui s'adresse cette circulaire, en fin de compte ? Le ministère ne peut pas ignorer - je l'espère tout du moins - la totale inadéquation de ce texte avec la réalité de l'enseignement primaire dans notre pays, avec la réalité de l'équipement des écoles françaises dont certaines n'ont même pas de sanitaires décents, avec la réalité de l'absence de moyens accordés à une Directrice ou un Directeur d'école, avec la réalité du niveau de vie de certaines de nos familles pour lesquelles un ordinateur est une vue de l'esprit tant prévaut parfois simplement la possibilité d'avoir un toit et de s'abriter du froid ou de se nourrir, ou encore de leur appétence à remplacer au pied levé l'enseignant de leur enfant. Cette circulaire serait-elle destinée au grand public ? Pour le rassurer et l'assurer que tout est prévu, alors même que rien ne l'est ?
Nous sommes dans une configuration inédite qui souligne encore une fois l'état désastreux de notre système éducatif qu'on prétend "national", ou aucune latitude n'est laissée aux territoires ni aux écoles quant à leurs choix, ni pour autant où serait assurée l'égalité des moyens donnés aux écoles pour simplement assurer un minimum sanitaire ou d'instruction, ni non plus permettrait équitablement de pourvoir aux besoins de base de nos familles. On appelle ça de la déliquescence.
Edit (le 6 mars à 13h) : à peine ai-je publié ce billet que j'apprends que le Préfet du Haut-Rhin ferme une centaine de locaux scolaires ou périscolaires. J'adresse à tous les personnels concernés comme aux familles tous mes voeux pour que se passe au mieux cette période difficile.
dimanche 23 février 2020
Classe exceptionnelle, campagne 2020...
En tant que Directrice ou Directeur d'école, vous pouvez peut-être prétendre à la "classe exceptionnelle" du corps des Professeurs des écoles.
Vous faites partie de ce qu'on appelle le "1er vivier", qui représente tout de même 80% du total. Il faut avoir été huit ans, de manière continue ou discontinue :
- directeur d’école ou chargé d’école ;
- directeur de centre d’information et d’orientation ;
- affecté ou avoir exercé en éducation prioritaire ;
- affecté dans l’enseignement supérieur, excepté pour l’enseignement en BTS ;
- directeur de centre d’information et d’orientation ;
- directeur adjoint de SEGPA ;
- directeur délégué aux formations professionnelles et technologiques ;
- directeur de service départemental ou régional de l’Union nationale du sport scolaire (UNSS) ;
- conseiller pédagogique auprès de l’IEN ;
- maître formateur ;
- formateur académique ;
- référent auprès des élèves en situation de handicap ;
- tuteur PFSE des personnels stagiaires enseignants, d’éducation et psychologues de l’éducation nationale.
Les services accomplis à temps partiel sont comptabilisés comme des services à temps plein. Les agents en situation particulière (congé de longue maladie, etc.) sont promouvables. Les agents en congé parental à la date d’observation du 31 août 2020 ne le sont pas. Vous trouverez la note de service complète ici.
Les derniers chiffres connus (je ne sais pas quels seront ceux retenus par le ministère) montrent qu'il y a 391028 PE. Le contingent 2020 pour la classe exceptionnelle est de 5,72% du total, soit à la louche 22366, dont 80% soit 17893 au titre des fonctions citées plus haut, ce qui fait quand même pas mal !
Bien sûr quelques-uns d'entre nous sont déjà à la classe exceptionnelle, ce qui limite le nombre de nouveaux promus. Mais ce changement de grade se faisant généralement en fin de carrière, nous sommes nombreux aussi à prendre notre retraite et à laisser notre place... Bref, si vous avez au moins huit années fonctionnelles dans les pattes et si vous êtes déjà au moins au 3ème échelon de la hors-classe, alors vous devez candidater.
Effectivement votre promotion ne sera pas automatique, contrairement au 2ème vivier. Il est absolument indispensable que vous vous rendiez sur i-Prof pour faire acte de candidature au titre du 1er vivier.
Le serveur sera ouvert du 2 au 23 mars 2020. Vous devrez y vérifier votre CV (le mien comportait plusieurs erreurs lorsque j'avais fait acte de candidature) et l'enrichir si nécessaire, pour éventuellement justifier par exemple l'appréciation que portera votre IEN et que devra valider votre DASEN.
Effectivement le choix promotionnel se fait en fonction de deux critères, d'abord l'appréciation de l'IA-DASEN
Excellent 140 points
Très satisfaisant 90 points
Satisfaisant 40 points
Insatisfaisant 0
ensuite votre échelon dans la hors-classe et l'ancienneté que vous y avez
3e échelon sans ancienneté : 3 points
3e échelon ancienneté entre 1 jour et 11 mois 29 jours : 6 points
3e échelon ancienneté entre 1 an et 2 ans 5 mois 29 jours : 9 points
4e échelon sans ancienneté : 12 points
4e échelon ancienneté entre 1 jour et 11 mois 29 jours : 15 points
4e échelon ancienneté entre 1 an et 1 an 11 mois 29 jours : 18 points
4e échelon ancienneté entre 2 ans et 2 ans 5 mois 29 jours : 21 points
5e échelon sans ancienneté : 24 points
5e échelon ancienneté entre 1 jour et 11 mois 29 jours : 27 points
5e échelon ancienneté entre 1an et 1 an 11 mois 29 jours : 30 points
5e échelon ancienneté entre 2 ans et 2 ans 11 mois 29 jours : 33 points
6e échelon sans ancienneté : 36 points
6e échelon ancienneté entre 1 jour et 11 mois 29 jours : 39 points
6e échelon ancienneté entre 1 an et 1 an 11 mois 29 jours : 42 points
6e échelon ancienneté entre 2 ans et 2 ans 11 mois 29 jours : 45 points
6e échelon ancienneté égale ou supérieure à 3 ans : 48 points .
Vous retrouverez ces critères en annexe 1 de la note de service. Bien entendu les syndicats qui ne nous aiment pas dénoncent ces 80% qui nous sont réservés par les accords PPCR, et qui pour eux sont du favoritisme. Moi je n'y vois qu'un juste retour, minimal, de nos efforts quotidiens. Notez que le contingent de la classe exceptionnelle pour les PE, s'il n'est que de 5,72% pour 2020 comme je l'ai précisé plus haut, sera de 7,15% en 2021, 8,58% en 2022, pour atteindre 10% en 2023.
Bon, vous savez ce qu'il vous reste à faire dès le 2 mars prochain...
mercredi 19 février 2020
Un statut ! Un statut ! Mon Royaume pour un statut !
Directrices, Directeurs d'école, notre situation est belle et bien Shakespearienne :
« J'ai bien l'intention de prouver que je suis un méchant
Et que je hais les plaisirs frivoles des jours actuels. »
Pardonnez-moi cette citation de Richard III, mais à mes yeux elle correspond bien à ma position. Oui, je déteste le sort qui nous est fait, je déteste que certains veuillent encore faire croire que le Directeur d'école n'est qu'un pion dans le management d'une école, et oui je veux bien passer pour un méchant, un traître, un félon, un monstre, tant je persisterai à dénoncer des gouvernants inertes, la saloperie de certaines organisations syndicales comme de leurs affidés plus ou moins bien cachés, et la bêtise de médias qui ne font pas le moindre effort d'information avant de parler de nous, sinon pour aller consulter encore et toujours le même sempiternel syndicat qui pourtant ne représente plus que lui-même.
Enfer et damnation ! J'ai osé utiliser le terme "management" ! Que n'ai-je point fait en prenant à mon compte un anglicisme qui pourtant a une signification claire, contrairement au mot qui qualifie ma fonction... "Directeur" ? C'est tout et rien, un directeur, ça n'a plus de sens, ça représente bernique, macache, sinon peut-être en France, dans notre inconscient collectif lorsqu'on parle de l'école, une image d’Épinal qui nous reste des textes de Pagnol.
Ah les mots... des maux, bien sûr. La boutade ne me fait pas rire. Tenez, le mot "statut"... Pour paraphraser de Gaulle, est-il utile de sauter partout comme un cabri en criant "Un statut ! Un statut !" ? C'est quoi un statut ? Quel statut ? Pour qui ? Pour quoi ? Ce terme ne veut rien dire en lui-même, imaginer qu'il suffit de réclamer un "statut" pour les Directrices et Directeurs pour arriver quelque part, c'est se raconter des bobards et en semer pléthore sur sa route. On met ce qu'on veut sous le mot "statut", du bon du beau du grotesque et du laid, à chacun sa définition ou son idée, sans que personne daigne jamais expliquer le sens qu'il lui donne. Sauf pour en faire un chant ou un champ de bataille, chacun mène à l'autre.
Personne ? Ah non, moi je veux bien Mais il faut alors peut-être abandonner cette idée qu'il faille en préalable du reste un statut pour les Directrices et Directeurs d'école. Car tout ce qu'on pourra nous accorder, y compris un éventuel titre ronflant, ne sera que parcellaire, minimal, et peut-être poudre aux yeux. Reconnaître institutionnellement ce que pourtant nous sommes actuellement de fait, cela impliquerait de transformer immédiatement 45000 Directrices et Directeurs d'école en chefs d'établissement. Est-ce faisable ? Un établissement public de moins de quatre classes - 15298 écoles en France, 34% du total - n'a pas réellement de sens quel que le bout par lequel on le prenne.
Désolé si je vous fais mal mais c'est ainsi. Oh je sais, c'est en partie ma faute, j'ai tant bataillé sur ce sujet sans toujours expliquer ce qu'il signifiait pour moi. Mais j'ai des excuses, parce que nous revenons de loin, de très loin, de si loin... Avec les copines et copains de galère du GDiD nous sommes partis du néant. Aujourd'hui nous avons convaincu le Sgen-Cfdt, le Sne, le Se-Unsa - qui tortille un peu du cul - et certainement beaucoup d'autres. Nous sommes reconnus par les élus (nous serons encore au Sénat dans quelques jours), par l'AMF (nous y avons aussi rendez-vous bientôt)... Quel succès ! Mais pour cela il aura fallu être lapidaire, féroce, revendicatif, rendre coup pour coup et mordre parfois. Il aura fallu en entendre aussi, combien d'insultes avons-nous reçu ? Et puis cette suspicion au-delà du raisonnable de chercher pouvoir de coercition, de tentation de dictature... Mais c'est bien notre époque qui place l'émotion comme une valeur respectable, et qui ignore la raison. Rien que de l'écrire j'en suis fatigué.
Car en sommes, si nous voulons améliorer notre sort de Directrice ou Directeur d'école, c'est l'école que nous devons changer. Il nous faut un nouveau statut, oui, mais pour l'école primaire publique. Aujourd'hui nous n'avons ni le temps ni les moyens de remplir pleinement notre mission première qui est celle de faire progresser scolairement nos élèves. Principalement parce qu'on nous demande constamment d'appliquer des règles, des consignes, des objectifs, qui pour la plupart ne nous concernent pas. Ensuite parce qu'on ne nous donne pas non plus les moyens pour le faire. Dites-moi ce dont vous avez besoin, je vous expliquerai comment vous en passer...
Nos écoles doivent être autonomes dans leurs choix d'organisation, dans leurs objectifs qui ne peuvent être semblables selon la région, la commune, ou sa population. Nos écoles doivent pouvoir acter sur certains points et certaines mesures, donc avoir une personnalité morale. Ce n'est pas imaginable en deçà d'une certaine taille, d'autant que beaucoup de Directeurs actuels ne souhaiteraient certainement pas prendre une telle responsabilité. En revanche pour moi aujourd'hui les 2933 écoles publiques dont les Directrices et Directeurs n'ont pas charge de classe devraient d'office devenir des établissements du primaire. En gros au-delà de treize classes, je ne comprends pas vraiment l'actuelle distinction entre élémentaire et maternelle.
Et pour les autres écoles, qui représentent 94% des écoles publiques en France ? Si je voulais vous raconter des bobards j'écrirais que tout est possible, qu'il faut le faire et qu'on verra après... Ben voyons. Si je regarde le statut actuel des IEN je constate qu'ils agissent par délégation du DASEN ; on pourrait imaginer une construction semblable qui permettrait de partager un secrétariat, voire une intendance, entre trois, quatre, cinq "petites" écoles. Sous la férule de qui ? J'entends déjà les sarcasmes ou les hurlements si j'évoque le principal du collège ou l'IEN, et j'y ai moi-même d'énormes réticences. Un "super-Directeur", comme l'écriraient les ennemis du GDiD ? Peut-être s'il était choisi collégialement parmi leurs pairs par les Directrices et Directeurs du regroupement, ou du moins que sa nomination soulève leur adhésion. Quoi qu'il en soit, le regroupement des écoles est une nécessité absolue. Jusqu'à éventuellement créer de nouveaux établissements dont le fonctionnement propre aura alors aussi sa propre justification et son propre chef.
Malgré tout il restera encore longtemps de très nombreuses "simples" écoles. Quel statut pour leurs Directrices et Directeurs ? Peut-être aucun au sens où on entend le terme "statut". A moins d'imaginer une formule dont honnêtement je ne perçois rien. Une amélioration de leurs conditions de travail certainement, nous n'en sommes plus au désir mais à la nécessité : diminuer le nombre de leurs tâches, améliorer l'efficacité des outils à leur disposition, diminuer drastiquement leur charge de classe, diminuer leurs responsabilités dont certaines impossibles à collégialiser - en particulier la sécurité - leur incombent absurdement aujourd'hui, améliorer leur rémunération... et donc réviser le référentiel-métier impossible à tenir pour une Directrice ou un Directeur qui n'a que deux bras, deux jambes, et une seule tête.
Désolé si je vous fais mal mais c'est ainsi. Oh je sais, c'est en partie ma faute, j'ai tant bataillé sur ce sujet sans toujours expliquer ce qu'il signifiait pour moi. Mais j'ai des excuses, parce que nous revenons de loin, de très loin, de si loin... Avec les copines et copains de galère du GDiD nous sommes partis du néant. Aujourd'hui nous avons convaincu le Sgen-Cfdt, le Sne, le Se-Unsa - qui tortille un peu du cul - et certainement beaucoup d'autres. Nous sommes reconnus par les élus (nous serons encore au Sénat dans quelques jours), par l'AMF (nous y avons aussi rendez-vous bientôt)... Quel succès ! Mais pour cela il aura fallu être lapidaire, féroce, revendicatif, rendre coup pour coup et mordre parfois. Il aura fallu en entendre aussi, combien d'insultes avons-nous reçu ? Et puis cette suspicion au-delà du raisonnable de chercher pouvoir de coercition, de tentation de dictature... Mais c'est bien notre époque qui place l'émotion comme une valeur respectable, et qui ignore la raison. Rien que de l'écrire j'en suis fatigué.
Car en sommes, si nous voulons améliorer notre sort de Directrice ou Directeur d'école, c'est l'école que nous devons changer. Il nous faut un nouveau statut, oui, mais pour l'école primaire publique. Aujourd'hui nous n'avons ni le temps ni les moyens de remplir pleinement notre mission première qui est celle de faire progresser scolairement nos élèves. Principalement parce qu'on nous demande constamment d'appliquer des règles, des consignes, des objectifs, qui pour la plupart ne nous concernent pas. Ensuite parce qu'on ne nous donne pas non plus les moyens pour le faire. Dites-moi ce dont vous avez besoin, je vous expliquerai comment vous en passer...
Nos écoles doivent être autonomes dans leurs choix d'organisation, dans leurs objectifs qui ne peuvent être semblables selon la région, la commune, ou sa population. Nos écoles doivent pouvoir acter sur certains points et certaines mesures, donc avoir une personnalité morale. Ce n'est pas imaginable en deçà d'une certaine taille, d'autant que beaucoup de Directeurs actuels ne souhaiteraient certainement pas prendre une telle responsabilité. En revanche pour moi aujourd'hui les 2933 écoles publiques dont les Directrices et Directeurs n'ont pas charge de classe devraient d'office devenir des établissements du primaire. En gros au-delà de treize classes, je ne comprends pas vraiment l'actuelle distinction entre élémentaire et maternelle.
Et pour les autres écoles, qui représentent 94% des écoles publiques en France ? Si je voulais vous raconter des bobards j'écrirais que tout est possible, qu'il faut le faire et qu'on verra après... Ben voyons. Si je regarde le statut actuel des IEN je constate qu'ils agissent par délégation du DASEN ; on pourrait imaginer une construction semblable qui permettrait de partager un secrétariat, voire une intendance, entre trois, quatre, cinq "petites" écoles. Sous la férule de qui ? J'entends déjà les sarcasmes ou les hurlements si j'évoque le principal du collège ou l'IEN, et j'y ai moi-même d'énormes réticences. Un "super-Directeur", comme l'écriraient les ennemis du GDiD ? Peut-être s'il était choisi collégialement parmi leurs pairs par les Directrices et Directeurs du regroupement, ou du moins que sa nomination soulève leur adhésion. Quoi qu'il en soit, le regroupement des écoles est une nécessité absolue. Jusqu'à éventuellement créer de nouveaux établissements dont le fonctionnement propre aura alors aussi sa propre justification et son propre chef.
Malgré tout il restera encore longtemps de très nombreuses "simples" écoles. Quel statut pour leurs Directrices et Directeurs ? Peut-être aucun au sens où on entend le terme "statut". A moins d'imaginer une formule dont honnêtement je ne perçois rien. Une amélioration de leurs conditions de travail certainement, nous n'en sommes plus au désir mais à la nécessité : diminuer le nombre de leurs tâches, améliorer l'efficacité des outils à leur disposition, diminuer drastiquement leur charge de classe, diminuer leurs responsabilités dont certaines impossibles à collégialiser - en particulier la sécurité - leur incombent absurdement aujourd'hui, améliorer leur rémunération... et donc réviser le référentiel-métier impossible à tenir pour une Directrice ou un Directeur qui n'a que deux bras, deux jambes, et une seule tête.
Je sens que j'ai déprimé nombre d'entre vous, je m'en excuse. Mais on ne peut pas se voiler la face ni continuer indéfiniment à faire des plans sur la comète. La réalité nous rattrapera toujours, qu'elle soit humaine ou budgétaire, territoriale ou juridique. Un statut réel et nouveau pour les Directrices et Directeurs ne peut découler que d'un statut nouveau pour l'école. Cela réclame sinon un consensus national auquel la France n'est pas habituée et auquel je ne crois pas - malgré qu'on en ait vu dans d'autres nations -, au moins une volonté politique forte et un projet construit pour l'école publique française du XXIème siècle. Le GDiD a des idées, c'est son nom et son credo, nos alliés syndicaux aussi. Mais qui pourra nous donner une vision d'avenir ? Qui nous apportera un tel projet ? Il nous manque certainement une personnalité pour l'incarner.
mercredi 12 février 2020
Chères collègues...
Il y a en France 44902 écoles publiques... donc 44902 écoles avec une Directrice ou un Directeur à leur tête.
Un enseignant du primaire en début ou milieu de carrière passe - à la louche - deux à trois heures par jour à préparer sa classe (oui, je sais, vous y passez plus de temps mais bon...). Moi-même, après plus de quarante années de service, j'y consacre entre 3/4 d'heure et une heure par jour. Une Directrice ou un Directeur doit donc ajouter la charge de sa fonction directoriale à ce temps déjà important et qui n'est comptabilisé nulle part, et surtout pas au ministère. Si je compte les réunions qui ne sont pas comptées dans les fameuses 108 heures,les week-ends et les vacances, cela vous fait quoi ? Deux heures quotidiennes ? Trois ?
Comment peut-on dans ces conditions concilier travail et vie de famille ? Dans la fameuse pénibilité dont on nous rebat les oreilles depuis quelques mois, doit-on envisager la vie personnelle de celles et ceux qui passent entre quatre et huit heures par jour à travailler en plus des heures de classe ? Parce que cela fait tout de même de dix à quatorze heures de labeur quotidien dont six heures souvent dans le bruit, 43 à 59 heures par semaine dans le meilleur des cas, jusqu'à... Beaucoup d'entre nous ont des emplois du temps de cadre supérieur, sans le salaire qui va avec. Je n'ai jamais vu un dirlo se déplacer en Lexus ou en Porsche.
Savez-vous que sur les 44902 Directrices et Directeurs d'école publique en France seuls 2933 n'ont pas charge de classe ? Soit 6,53%... Étonnant, non ? 93,47% d'entre nous sommes Directrice ou Directeur avec une charge de classe. C'est ahurissant. Ce simple chiffre montrera à tous à quel point la situation n'est plus tenable, à quel point le ministère se fout de nous, à quel point aussi certaines organisations syndicales mériteraient un bon coup de pied au cul. Nous sommes 3657 à avoir une école à classe unique avec 4 jours de décharge par an (il y a encore plus de 8% de classes uniques en France), 11641 avec deux ou trois classes à n'avoir qu'une journée sans élèves par mois (presque 26% des écoles françaises). On peut déjà écrire sans rigoler du tout que 34% des écoles publiques françaises sont à l'abandon, avec un ministère qui s'en bat l’œil et des élus nationaux qui agitent leurs petits bras mais ne font pas vraiment avancer quoi que ce soit. Je n'ose même plus évoquer les autres, surtout à mon sens les très grosses écoles dont certes la Directrice ou le Directeur n'a aucune charge de classe mais reste totalement seul pour assumer un boulot phénoménal sans l'aide de quiconque. Malgré tous leurs beaux discours les charmants principaux ou proviseurs qui nous soutiennent du bout des lèvres n'ont aucune idée de ce que cela peut signifier d'avoir à gérer seule ou seul de 250 à 500 gamins voire largement plus. Ah ben non, pas de CPE, pas de surveillant, pas de secrétaire, que dalle niente. Que notre malheureuse collègue Christine Renon se soit donnée la mort n'a hélas surpris aucun d'entre nous.
Qu'on m'exprime qu'un couvreur ou un maçon a un labeur pénible, travaille dans le froid ou la canicule, je le conçois pleinement et l'admets totalement. Pour autant une fois rentré chez lui il peut s'il le souhaite s'occuper de sa famille. Ce n'est pas vraiment le cas pour une Directrice ou un Directeur d'école.
Le pire je crois ce sont les Directrices. Chères collègues je ne me leurre pas. Même si les hommes depuis plusieurs décennies ont fait de gros efforts pour s'occuper des charges du ménage - courses, entretien, s'occuper des enfants... -, les femmes restent en charge de la majorité du boulot et tiennent généralement les rênes d'un fonctionnement qui doit être efficace. Et puis combien d'entre vous sont des femmes isolées, seules, séparées divorcées ou simplement célibataires avec des enfants ? Vous avez eu l'intelligence de savoir gérer votre vie de couple, vous avez eu raison. Mais comment faites-vous ? J'admire depuis longtemps celles d'entre vous que j'ai pu côtoyer avec des situations personnelles infernales que vous arriviez tout de même à contrôler ou à peu près, et qui faisiez en même temps un travail magnifique dans votre école. Je suis parfaitement et totalement sincère. D'après quelques auteurs vous seriez l'avenir de l'humanité, et je me plie à cette idée avec un certain soulagement, car peut-être notre Monde serait-il moins pervers et moins violent. Mais on n'en est pas encore là puisque malgré que vous représentiez 84,8% des personnels enseignants et Directrices du primaire, vous restez 52% à la tête des écoles et des établissements. Les hommes restent dans les charges de responsabilité, peut-être en partie à cause justement de la charge de boulot que je dénonce au détriment d'une vie personnelle plus intense. Je ne crois donc pas que ce soit de votre part Mesdames un refus des responsabilités mais plus un choix raisonné. Je le regrette mais je le comprends. Mais ça n'arrange pas les chose, hélas...
Si nous avions de nouveau une femme Ministre de l'Education nationale ? J'admire encore celle qui le fut récemment pour son écoute et sa capacité de compréhension. Je n'oublierai jamais que ce fut Mme Vallaud-Belkacem qui donna vie au référentiel-métier.
On peut toujours imaginer des choses.
dimanche 9 février 2020
Chef d'établissement... mais lequel ?
Certaines organisations syndicales cherchent à faire peur. Cela n'a rien de nouveau pour ces gens-là, dont la crainte de l'avenir est le fond de commerce. Trembleeeez, pauvres morteeeels ! Tout changement est à proscrire, toute évolution à bannir. Ce qui est évidemment une absurdité sociale et historique.
Dans le sac des propositions honnies il y a évidemment en bonne place le statut d'emploi fonctionnel que réclame le GDiD pour les Directrices et Directeurs d'école, le changement de statut de l'école qui va avec, et les établissements du primaire que nous estimons inévitables pour cette évolution constructive de l'enseignement primaire. Le GDiD est bien sûr lui-même considéré comme une émanation diabolique et pestilentielle, aux volontés inavouables, aux amitiés perverses... Nous sentons le souffre.
Devenir chef d'établissement du primaire d'accord, mais quel chef d'établissement ? Copier le statut existant des personnels de direction du secondaire ? Certainement pas, même si quelques syndicats s'acharnent à le faire croire. Ce n'est pas le projet du GDiD.
D'abord nous voulons que ce chef d'établissement du primaire - appelons-le CEP pour simplifier - ait un statut d'emploi fonctionnel, pour plusieurs raisons simples à comprendre. Il est indispensable que le CEP soit professeur des écoles, il est même primordial qu'il ait enseigné X années, dans plusieurs fonctions et lieux, en REP ou autre ou comme remplaçant, bref qu'il connaisse le milieu comme sa poche. Ensuite il ne doit pas être sélectionné sur concours, afin de ne pas ouvrir la porte à d'autres personnels, mais dans le vivier des PE par un jury ad-hoc dont il recevra l'agrément - comme aujourd'hui la "liste d'aptitude" pour être Directeur d'école -. Cela doit bien entendu être un choix, porté par un projet personnel. Et enfin le statut d'emploi fonctionnel, s'il donne au CEP un statut spécifique accompagné de pouvoirs de décision étendus, d'une reconnaissance spécifique et d'un salaire à la hauteur, lui permet aussi de quitter la fonction pour revenir dans le corps des PE s'il estime s'être fourvoyé... ou en cas de faute grave dans le cadre de sa fonction de chef d'établissement.
Dans ma vision des choses le CEP s'engage dans le projet de son établissement qui doit avoir été élaboré par un prédécesseur dans l'intérêt premier des élèves du territoire concerné. Il s'y implique pour un temps déterminé, éventuellement par un contrat de Y années qui peut être renouvelable une ou plusieurs fois. Ce projet d'établissement il va le travailler avec tous les personnels de l'équipe éducative, l'infléchir voire le changer si nécessaire, toujours dans l'intérêt des élèves et en accord avec son Conseil d'administration.
Le CEP ne procède pas à l'évaluation des personnels enseignants de son établissement qui sont fonctionnaires et dépendent de l'Etat, mais il fait celle de certains personnels non enseignants dont il est l'employeur. Il reste bien entendu à définir de qui dépendent ceux-ci (personnel d'entretien, secrétariat, intendance, les éventuels surveillants et Conseiller d'éducation, etc) : établissement, commune, région, Etat ? Cette question de l'évaluation des enseignants est un épouvantail traditionnel qu'agitent les syndicats moyenâgeux réfractaires à toute évolution. Mais ce n'est que de la paille. L'évaluation des enseignants du primaire, qui aujourd'hui hélas se résume à quelques sommaires "rendez-vous de carrière", n'a de sens que si elle est formative. Evaluer est une tâche que maîtrisent les personnels qui l'ont toujours exercée soient les IEN. Il suppose la possibilité technique d'élaborer les formations adaptées qui permettront aux enseignants de peaufiner leur pratique. Bref c'est un métier distinct de celui d'un chef d'établissement, c'est une fonction fondamentale que les IEN doivent persister à remplir. Je souhaite, concrètement, que les IEN reviennent à leur rôle premier et puissent s'y impliquer totalement et sereinement, comme je souhaite que les Directrices et Directeurs d'école devenus ou non chefs d'établissement puissent exercer leur métier avec la même implication et tout aussi sereinement.
Comment est payé le CEP ? Puisqu'il n'est pas "personnel de direction" et qu'il n'est pas créé de corps spécifique, le CEP reste à l'échelle des PE. Au même titre qu'aujourd'hui les Directeurs perçoivent une bonification indiciaire, il me semble logique de poursuivre dans cette voie en en conservant le principe. Mais je souhaite deux choses : d'une part qu'il n'y ait pas de différenciation par la taille de l'établissement (ce qui à mon sens ne se justifie pas non plus aujourd'hui dans le fonctionnement de la Direction en primaire); d'autre part qu'on abandonne l'idée d'une "indemnité" dont le simple terme me révulse. Bien entendu le fait d'être chef d'établissement du primaire implique que la rémunération totale (traitement de PE + bonification) soit à la hauteur de ce que perçoivent les personnels de Direction.
Y aurait-il des astreintes ? Cela ne me parait pas indispensable dans la mesure où tout ce qui concerne le fonctionnement par rapport aux élèves ne change pas. A moins que la restauration soit à la charge de l'établissement, par exemple, ou... ce qui sera dévolu à l'établissement et à son chef reste à définir, et à mon sens cela relève d'un accord contractuel passé distinctement pour chaque établissement entre le territoire concerné et l'Etat, avec des responsabilités adaptées aux contraintes ou aux envies locales. Mais le CEP saura parfaitement dans quoi il s'engage. Avec quel budget ? On peut imaginer une délégation de gestion publique - qui existe dans le droit français - au Conseil d'administration de l'établissement dans lequel de toute manière le ou les territoires concernés seront forcément représentés.
Quelle taille pour un établissement ? Sur ce point il ne peut y avoir aucune règle. Seule compte la volonté d'un territoire qui désire synthétiser les synergies engagées sur un projet local puissant. Il y aurait de "petits" établissements ou des gros, sur un ou plusieurs sites, tout dépendant du lieu et de l'étendue territoriale concernée.
Quelle mobilité ? Devenir CEP reste un choix, celui de son établissement aussi comme aujourd'hui on choisit son école. Chaque Direction d'établissement étant évidemment un poste "à profil" son futur CEP est libre ou non de la demander, rien ne peut lui être imposé en ce sens. Le chef d'établissement peut décider de rester si tout va bien, de changer d'établissement à la fin du contrat s'il en existe un, ou de simplement retourner enseigner. Evidemment un tel statut exige des garde-fous pour que le système ne soit pas à la merci de potentats locaux, qu'ils soient élus ou fonctionnaires...
Mais les autres Directrices et Directeurs d'école alors ? Ils restent le bec dans l'eau ? Il n'est bien entendu par question de laisser quiconque sur le bord du chemin, tout ce qui définit aujourd'hui notre métier doit être redéfini sur la base du "référentiel-métier" qu'on pourrait presque plutôt appeler "différentiel-métier" tant il marque plus nos différences avec le métier d'enseignant. Une charge de classe nettement moins lourde, c'est à dire le temps de remplir sa fonction de Direction, ce qui implique de clairement et largement étendre le régime de "décharge"; l'aide d'un secrétariat éventuellement partagé selon la taille de l'école; la création de postes de surveillance et même de Conseillers d'éducation selon la taille ou le type d'école (REP); une définition claire des responsabilités et des charges dont certaines qui nous incombent aujourd'hui réclament formation et assistance (PPMS...); une meilleure adéquation des systèmes d'information et de gestion à nos besoins (ONDE); une bonification indiciaire largement revue et adaptée aux responsabilités qui sont les nôtres...
Comme vous le constatez, le travail à faire est important, et personne ne doit baisser les bras. Il nous appartient je crois aujourd'hui de définir l'école française du XXIème siècle, et nous avons trois décennies de retard. Le GDiD persiste et persistera, nos alliés syndicaux aussi, pour que perdure l'école publique. car nous croyons fortement à sa mission. Nous déplorons tous l'abandon dans laquelle on la laisse aujourd'hui, malgré les efforts de chacun dans sa classe, dans son école, dans sa commune. Mais le bonne volonté ne peut pas suffire. Nous voulons le meilleur pour nos élèves, qui ne méritent pas que nous leur laissions une telle chienlit.
samedi 1 février 2020
What else ?
Le mardi 28 janvier a - enfin ! - eu lieu au ministère une réunion avec les syndicats sur la fonction de Directeur d'école. D'autres rencontres suivront.
Je passerai charitablement sur les discours habituels que tiennent dans ces assemblées les adversaires de toute évolution de l'école, que je ne nommerai pas tant c'est peu utile. Ce vénérable chœur grégorien nous ressasse les mêmes antiennes depuis si longtemps que les citer ne présente aucun avantage, d'autant qu'elles vont à l'encontre des intérêts de nos élèves. Car croire que l'école peut aujourd'hui remplir son rôle sans évoluer un tant soit peu c'est danser la gigue devant un groupe de chimpanzés qui certainement resteront dubitatifs, à moins qu'indignés d'être pris pour des cons ils ne bombardent les danseurs de fruits trop mûrs. Au passage je rappellerai d'ailleurs utilement que si les singes ne parlent pas c'est pour ne pas être mis au boulot, ils ne sont pas fous les singes (ce sont les indiens qui disent ça).
Il a donc été question dans cette première réunion de la simplification de nos tâches, le ministère tient donc parole sur ce point. Il faut comprendre la simplification de tâches instituées nationalement, pas des âneries concoctées localement par une administration qui ne sait plus quoi inventer d'idiot pour compliquer notre boulot. Tenez, un exemple pris dans le dernier "règlement départemental" de mon coin, je cite : "En cas de changement d'école, un certificat de radiation est émis par l'école d'origine. [oui, comme d'habitude] (...) Le directeur d'école informe de cette radiation le maire de la commune de résidence des parents de façon que celui-ci puisse mettre à jour la liste des enfants soumis à l'obligation scolaire (...). [oui, c'est la Loi, vous le faites vous ? Article en question : "L'état des mutations sera fourni à la mairie à la fin de chaque mois." Ben voyons. C'est sûr, je ne pense qu'à ça quotidiennement, c'est mon devoir, je me roule par terre de honte quand je ne le fais pas c'est à dire une fois par mois.] Il transmet par la suite cette information au maire de la commune où se trouve l'école dans laquelle les parents ont annoncé leur intention de faire inscrire leur enfant afin que ce dernier puisse également s'acquitter de sa mission de contrôle du respect de l'obligation d'inscription (...)." Je peux aussi leur chercher une nouvelle nounou sur place, pourquoi pas tant qu'on y est. C'est rigolo comme les choses se sont compliquées depuis que l'informatique et les bases de données existent. Peut-être y aurait-il un certain intérêt à remplacer les papys de la CNIL par des personnalités moins réfractaires à l'information. Moi je dis ça je ne dis rien. Vous me direz, les programmes concoctés en interne par l'éducation nationale sont déjà tellement hilarants. Quand le GDiD réclame une révolution systémique, ce n'est pas par hasard.
Une "évolution" est à l’étude sur ONDE pour y inclure "une plateforme" regroupant des documents officiels harmonisés nationalement, comme les PAI, les autorisations de sortie ou le droit à l’image. La procédure concernant les certificats de scolarité pourrait être simplifiée. Soit, étudions.
Le PPMS a donc été évoqué, avec "une réflexion juridique en cours sur la répartition des responsabilités entre le directeur et la collectivité locale, de même que le rôle de la DSDEN". Soit, réfléchissons.
AFFELNET est "étudiée", la DGESCO s'engage à la "revoir". Soit, engageons-nous.
Une "certaine autonomie" dans la gestion des 108h "pourrait" être accordée. Les modalités restent à définir. Prout prout, raaah que c'est compliqué de lâcher son os.
Enfin la durée de validité des PAI serait allongée. Bon, là, d'accord, de toute manière plus aucun des miens n'a reçu d'aval quelconque depuis plusieurs années, ce qui ne nous empêche pas de veiller à la santé de nos élèves.
Les élections à liste unique semblent n'avoir été évoquées que par les syndicats. Mais je n'étais pas là, soyons bien d'accord.
Je récapitule : une réflexion, une étude, "pourrait", une autre étude et un engagement à réviser, une "certaine autonomie" qui "pourrait", "serait"... Les représentants du ministère semblent avoir très bien assimilé leurs leçons sur le conditionnel, bravo aux enseignants qui le leur ont appris en primaire ! Bon, je suis méchant, M. Blanquer avait exprimé que les premières simplifications ne s'appliqueraient qu'à la rentrée de septembre 2020, ce n'est donc pas une surprise. Je ne m'en agite pas moins sur mon fauteuil en tapant sur la clavier. Et je crois bien chers collègues Directrices et Directeurs d'école que vous aurez encore à organiser ces élections de [...] avec une liste unique en octobre 2020, impressions et multiples enveloppes et manipulations et envois compris. Vous auriez préféré faire des économies d'argent et de temps et épargner nos forêts ? M'enfin...
J'écris "vous" parce que moi je serai certainement en villégiature en Italie à ce moment-là. Ben oui, c'est bon, j'ai donné, plus de 40 années de métier dont une vingtaine à la Direction d'école, je laisse la place à plus jeune et plus énergique en me posant tout de même la question de qui osera aujourd'hui devenir Directeur d'école dans ces conditions. Nous étions entrés dans la fonction par goût ou par opportunité, je ne suis pas sûr sans évolution majeure que nos successeurs auront autant d'abnégation... ou seront aussi cons que le suis encore.
Tout cela est fort mince, mais je ne cracherai certainement pas sur quelques progrès si petits soient-ils. Les prochaines rencontres (je ne crois pas qu'il y ait des petits fours) évoqueront - mais sans certitude - les aspects statutaires et la rémunération. On va bien rigoler. Je suis effarouché d'avance par l'aumône que recevront les Directrices et Directeurs d'école. Quant à l'aspect statutaire... ouarf !
Ce n'est pas que le bât blesse... ou ça ne l'est plus. Il est certain que notre situation est plus que difficile, voire parfois insurmontable, et je comprends totalement nos collègues qui craquent et qui lâchent, parce qu'ils veillent à leur santé physique et intellectuelle et qu'ils ont totalement raison. Personne ne nous est vraiment redevable de ce que nous faisons, à moins d'avoir des partenaires - enseignants, municipalités, hiérarchie immédiate, familles... " particulièrement conscients. Ménagez-vous, pensez à vous, le temps passe et votre santé est primordiale pour votre entourage et vous-même.
Je veux exprimer que tout cela est fort beau mais que nous appliquons compresses et pansements sur un corps malade. Oui nous aurons quelque soulagement, la douleur sera moins vive, mais la maladie va néanmoins progresser. L'école est malade. Notre école publique que nous aimons si fort est moribonde. Nous traitons des symptômes, nous ne luttons pas contre l'agression d'origine. C'est bien là le l'insigne défaut de ces rencontres.
Le GDiD veut une révolution systémique de l'école. Ce sera certainement désormais l'axe majeur de notre travail. Non, nous ne laissons pas de côté les Directrices et Directeurs d'école, bien au contraire. Le "statut", ce fameux statut pour lequel nous luttons depuis vingt ans, est bien en ligne de mire. Mais il ne sera que la conséquence immédiate et nécessaire d'un changement de statut de l'école. Il est LÀ, notre nouveau combat. Parce que...
Parce que nous savons très bien que le système est pourri, inopérant, inconséquent, parfaitement inefficace et totalement inéquitable. Ce ne sont pas des évaluations normées pondues par des intellectuels hors-sol, ni des neurosciences installées dans un absolu scientifique éloigné de toute humanité, qui concrètement nous sortiront de la boue et de la merde dans laquelle nous nous dépêtrons et dont nous tentons quotidiennement d'extirper nos élèves. Personne d'autre que nous ne s'intéresse ni ne s'inquiète des enfants dont nous avons la lourde charge et dont tous nous voulons faire des élèves heureux et compétents, qui ont envie de grandir et d'apprendre, curieux de leur environnement et de leur avenir, qui voudront le changer... parfois peut-être malgré nous mais cela a toujours été le rôle des nouvelles générations ! Mes élèves m'appellent parfois "pépé" pour me charrier, j'en suis heureux parce qu'avec leurs cinq ans j'ai su leur autoriser le nécessaire pour qu'au-delà de leur respect et de leur amour qu'ils me manifestent à tout moment ils soient capables de trouver eux-mêmes la distance nécessaire à toute remise en cause et à toute compréhension de soi, d'autrui, ou du monde qui les entoure. Je n'aurai pas été, j'en ai la prétention à la veille de ma retraite, ni un mauvais instit ni un mauvais Directeur.
Tant que tout nous tombera du ciel, tant que rien ne sera pris en compte des besoins du territoire dans lequel nous travaillons, tant qu'aucune latitude ne nous sera laissée quant à notre pédagogie ou notre répartition des moyens d'enseignement, tant que notre éducation "nationale" restera ce qu'elle est actuellement - pléthorique pyramide incompétente -, tant que les Directrices et Directeurs d'école ne pourront pas eux-mêmes mettre en place les moyens nécessaires à la réussite scolaire de leurs élèves, rien ne changera et aucun quelconque prétendu changement de statut ne sera opérant.
L'école doit changer de statut. Les Directeurs nécessairement suivront. Et nos élèves réussiront. What else ?
Une "évolution" est à l’étude sur ONDE pour y inclure "une plateforme" regroupant des documents officiels harmonisés nationalement, comme les PAI, les autorisations de sortie ou le droit à l’image. La procédure concernant les certificats de scolarité pourrait être simplifiée. Soit, étudions.
Le PPMS a donc été évoqué, avec "une réflexion juridique en cours sur la répartition des responsabilités entre le directeur et la collectivité locale, de même que le rôle de la DSDEN". Soit, réfléchissons.
AFFELNET est "étudiée", la DGESCO s'engage à la "revoir". Soit, engageons-nous.
Une "certaine autonomie" dans la gestion des 108h "pourrait" être accordée. Les modalités restent à définir. Prout prout, raaah que c'est compliqué de lâcher son os.
Enfin la durée de validité des PAI serait allongée. Bon, là, d'accord, de toute manière plus aucun des miens n'a reçu d'aval quelconque depuis plusieurs années, ce qui ne nous empêche pas de veiller à la santé de nos élèves.
Les élections à liste unique semblent n'avoir été évoquées que par les syndicats. Mais je n'étais pas là, soyons bien d'accord.
Je récapitule : une réflexion, une étude, "pourrait", une autre étude et un engagement à réviser, une "certaine autonomie" qui "pourrait", "serait"... Les représentants du ministère semblent avoir très bien assimilé leurs leçons sur le conditionnel, bravo aux enseignants qui le leur ont appris en primaire ! Bon, je suis méchant, M. Blanquer avait exprimé que les premières simplifications ne s'appliqueraient qu'à la rentrée de septembre 2020, ce n'est donc pas une surprise. Je ne m'en agite pas moins sur mon fauteuil en tapant sur la clavier. Et je crois bien chers collègues Directrices et Directeurs d'école que vous aurez encore à organiser ces élections de [...] avec une liste unique en octobre 2020, impressions et multiples enveloppes et manipulations et envois compris. Vous auriez préféré faire des économies d'argent et de temps et épargner nos forêts ? M'enfin...
J'écris "vous" parce que moi je serai certainement en villégiature en Italie à ce moment-là. Ben oui, c'est bon, j'ai donné, plus de 40 années de métier dont une vingtaine à la Direction d'école, je laisse la place à plus jeune et plus énergique en me posant tout de même la question de qui osera aujourd'hui devenir Directeur d'école dans ces conditions. Nous étions entrés dans la fonction par goût ou par opportunité, je ne suis pas sûr sans évolution majeure que nos successeurs auront autant d'abnégation... ou seront aussi cons que le suis encore.
Tout cela est fort mince, mais je ne cracherai certainement pas sur quelques progrès si petits soient-ils. Les prochaines rencontres (je ne crois pas qu'il y ait des petits fours) évoqueront - mais sans certitude - les aspects statutaires et la rémunération. On va bien rigoler. Je suis effarouché d'avance par l'aumône que recevront les Directrices et Directeurs d'école. Quant à l'aspect statutaire... ouarf !
Ce n'est pas que le bât blesse... ou ça ne l'est plus. Il est certain que notre situation est plus que difficile, voire parfois insurmontable, et je comprends totalement nos collègues qui craquent et qui lâchent, parce qu'ils veillent à leur santé physique et intellectuelle et qu'ils ont totalement raison. Personne ne nous est vraiment redevable de ce que nous faisons, à moins d'avoir des partenaires - enseignants, municipalités, hiérarchie immédiate, familles... " particulièrement conscients. Ménagez-vous, pensez à vous, le temps passe et votre santé est primordiale pour votre entourage et vous-même.
Je veux exprimer que tout cela est fort beau mais que nous appliquons compresses et pansements sur un corps malade. Oui nous aurons quelque soulagement, la douleur sera moins vive, mais la maladie va néanmoins progresser. L'école est malade. Notre école publique que nous aimons si fort est moribonde. Nous traitons des symptômes, nous ne luttons pas contre l'agression d'origine. C'est bien là le l'insigne défaut de ces rencontres.
Le GDiD veut une révolution systémique de l'école. Ce sera certainement désormais l'axe majeur de notre travail. Non, nous ne laissons pas de côté les Directrices et Directeurs d'école, bien au contraire. Le "statut", ce fameux statut pour lequel nous luttons depuis vingt ans, est bien en ligne de mire. Mais il ne sera que la conséquence immédiate et nécessaire d'un changement de statut de l'école. Il est LÀ, notre nouveau combat. Parce que...
Parce que nous savons très bien que le système est pourri, inopérant, inconséquent, parfaitement inefficace et totalement inéquitable. Ce ne sont pas des évaluations normées pondues par des intellectuels hors-sol, ni des neurosciences installées dans un absolu scientifique éloigné de toute humanité, qui concrètement nous sortiront de la boue et de la merde dans laquelle nous nous dépêtrons et dont nous tentons quotidiennement d'extirper nos élèves. Personne d'autre que nous ne s'intéresse ni ne s'inquiète des enfants dont nous avons la lourde charge et dont tous nous voulons faire des élèves heureux et compétents, qui ont envie de grandir et d'apprendre, curieux de leur environnement et de leur avenir, qui voudront le changer... parfois peut-être malgré nous mais cela a toujours été le rôle des nouvelles générations ! Mes élèves m'appellent parfois "pépé" pour me charrier, j'en suis heureux parce qu'avec leurs cinq ans j'ai su leur autoriser le nécessaire pour qu'au-delà de leur respect et de leur amour qu'ils me manifestent à tout moment ils soient capables de trouver eux-mêmes la distance nécessaire à toute remise en cause et à toute compréhension de soi, d'autrui, ou du monde qui les entoure. Je n'aurai pas été, j'en ai la prétention à la veille de ma retraite, ni un mauvais instit ni un mauvais Directeur.
Tant que tout nous tombera du ciel, tant que rien ne sera pris en compte des besoins du territoire dans lequel nous travaillons, tant qu'aucune latitude ne nous sera laissée quant à notre pédagogie ou notre répartition des moyens d'enseignement, tant que notre éducation "nationale" restera ce qu'elle est actuellement - pléthorique pyramide incompétente -, tant que les Directrices et Directeurs d'école ne pourront pas eux-mêmes mettre en place les moyens nécessaires à la réussite scolaire de leurs élèves, rien ne changera et aucun quelconque prétendu changement de statut ne sera opérant.
L'école doit changer de statut. Les Directeurs nécessairement suivront. Et nos élèves réussiront. What else ?
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