mercredi 19 février 2020

Un statut ! Un statut ! Mon Royaume pour un statut !

Directrices, Directeurs d'école, notre situation est belle et bien Shakespearienne :

« J'ai bien l'intention de prouver que je suis un méchant
Et que je hais les plaisirs frivoles des jours actuels. »

Pardonnez-moi cette citation de Richard III, mais à mes yeux elle correspond bien à ma position. Oui, je déteste le sort qui nous est fait, je déteste que certains veuillent encore faire croire que le Directeur d'école n'est qu'un pion dans le management d'une école, et oui je veux bien passer pour un méchant, un traître, un félon, un monstre, tant je persisterai à dénoncer des gouvernants inertes, la saloperie de certaines organisations syndicales comme de leurs affidés plus ou moins bien cachés, et la bêtise de médias qui ne font pas le moindre effort d'information avant de parler de nous, sinon pour aller consulter encore et toujours le même sempiternel syndicat qui pourtant ne représente plus que lui-même.

Enfer et damnation ! J'ai osé utiliser le terme "management" ! Que n'ai-je point fait en prenant à mon compte un anglicisme qui pourtant a une signification claire, contrairement au mot qui qualifie ma fonction... "Directeur" ? C'est tout et rien, un directeur, ça n'a plus de sens, ça représente bernique, macache, sinon peut-être en France, dans notre inconscient collectif lorsqu'on parle de l'école, une image d’Épinal qui nous reste des textes de Pagnol.

Ah les mots... des maux, bien sûr. La boutade ne me fait pas rire. Tenez, le mot "statut"... Pour paraphraser de Gaulle, est-il utile de sauter partout comme un cabri en criant "Un statut ! Un statut !" ? C'est quoi un statut ? Quel statut ? Pour qui ? Pour quoi ? Ce terme ne veut rien dire en lui-même, imaginer qu'il suffit de réclamer un "statut" pour les Directrices et Directeurs pour arriver quelque part, c'est se raconter des bobards et en semer pléthore sur sa route. On met ce qu'on veut sous le mot "statut", du bon du beau du grotesque et du laid, à chacun sa définition ou son idée, sans que personne daigne jamais expliquer le sens qu'il lui donne. Sauf pour en faire un chant ou un champ de bataille, chacun mène à l'autre.


Personne ? Ah non, moi je veux bien  Mais il faut alors peut-être abandonner cette idée qu'il faille en préalable du reste un statut pour les Directrices et Directeurs d'école. Car tout ce qu'on pourra nous accorder, y compris un éventuel titre ronflant, ne sera que parcellaire, minimal, et peut-être poudre aux yeux. Reconnaître institutionnellement ce que pourtant nous sommes actuellement de fait, cela impliquerait de transformer immédiatement 45000 Directrices et Directeurs d'école en chefs d'établissement. Est-ce faisable ? Un établissement public de moins de quatre classes - 15298 écoles en France, 34% du total - n'a pas réellement de sens quel que le bout par lequel on le prenne.

Désolé si je vous fais mal mais c'est ainsi. Oh je sais, c'est en partie ma faute, j'ai tant bataillé sur ce sujet sans toujours expliquer ce qu'il signifiait pour moi. Mais j'ai des excuses, parce que nous revenons de loin, de très loin, de si loin... Avec les copines et copains de galère du GDiD nous sommes partis du néant. Aujourd'hui nous avons convaincu le Sgen-Cfdt, le Sne, le Se-Unsa - qui tortille un peu du cul - et certainement beaucoup d'autres. Nous sommes reconnus par les élus (nous serons encore au Sénat dans quelques jours), par l'AMF (nous y avons aussi rendez-vous bientôt)... Quel succès ! Mais pour cela il aura fallu être lapidaire, féroce, revendicatif, rendre coup pour coup et mordre parfois. Il aura fallu en entendre aussi, combien d'insultes avons-nous reçu ? Et puis cette suspicion au-delà du raisonnable de chercher pouvoir de coercition, de tentation de dictature...  Mais c'est bien notre époque qui place l'émotion comme une valeur respectable, et qui ignore la raison. Rien que de l'écrire j'en suis fatigué.

Car en sommes, si nous voulons améliorer notre sort de Directrice ou Directeur d'école, c'est l'école que nous devons changer. Il nous faut un nouveau statut, oui, mais pour l'école primaire publique. Aujourd'hui nous n'avons ni le temps ni les moyens de remplir pleinement notre mission première qui est celle de faire progresser scolairement nos élèves. Principalement parce qu'on nous demande constamment d'appliquer des règles, des consignes, des objectifs, qui pour la plupart ne nous concernent pas. Ensuite parce qu'on ne nous donne pas non plus les moyens pour le faire. Dites-moi ce dont vous avez besoin, je vous expliquerai comment vous en passer...

Nos écoles doivent être autonomes dans leurs choix d'organisation, dans leurs objectifs qui ne peuvent être semblables selon la région, la commune, ou sa population. Nos écoles doivent pouvoir acter sur certains points et certaines mesures, donc avoir une personnalité morale. Ce n'est pas imaginable en deçà d'une certaine taille, d'autant que beaucoup de Directeurs actuels ne souhaiteraient certainement pas prendre une telle responsabilité. En revanche pour moi aujourd'hui les 2933 écoles publiques dont les Directrices et Directeurs n'ont pas charge de classe devraient d'office devenir des établissements du primaire. En gros au-delà de treize classes, je ne comprends pas vraiment l'actuelle distinction entre élémentaire et maternelle.

Et pour les autres écoles, qui représentent 94% des écoles publiques en France ? Si je voulais vous raconter des bobards j'écrirais que tout est possible, qu'il faut le faire et qu'on verra après... Ben voyons. Si je regarde le statut actuel des IEN je constate qu'ils agissent par délégation du DASEN ; on pourrait imaginer une construction semblable qui permettrait de partager un secrétariat, voire une intendance, entre trois, quatre, cinq "petites" écoles. Sous la férule de qui ? J'entends déjà les sarcasmes ou les hurlements si j'évoque le principal du collège ou l'IEN, et j'y ai moi-même d'énormes réticences. Un "super-Directeur", comme l'écriraient les ennemis du GDiD ? Peut-être s'il était choisi collégialement parmi leurs pairs par les Directrices et Directeurs du regroupement, ou du moins que sa nomination soulève leur adhésion. Quoi qu'il en soit, le regroupement des écoles est une nécessité absolue. Jusqu'à éventuellement créer de nouveaux établissements dont le fonctionnement propre aura alors aussi sa propre justification et son propre chef.

Malgré tout il restera encore longtemps de très nombreuses "simples" écoles. Quel statut pour leurs Directrices et Directeurs ? Peut-être aucun au sens où on entend le terme "statut". A moins d'imaginer une formule dont honnêtement je ne perçois rien. Une amélioration de leurs conditions de travail certainement, nous n'en sommes plus au désir mais à la nécessité : diminuer le nombre de leurs tâches, améliorer l'efficacité des outils à leur disposition, diminuer drastiquement leur charge de classe, diminuer leurs responsabilités dont certaines impossibles à collégialiser - en particulier la sécurité - leur incombent absurdement aujourd'hui, améliorer leur rémunération... et donc réviser le référentiel-métier impossible à tenir pour une Directrice ou un Directeur qui n'a que deux bras, deux jambes, et une seule tête.

Je sens que j'ai déprimé nombre d'entre vous, je m'en excuse. Mais on ne peut pas se voiler la face ni continuer indéfiniment à faire des plans sur la comète. La réalité nous rattrapera toujours, qu'elle soit humaine ou budgétaire, territoriale ou juridique. Un statut réel et nouveau pour les Directrices et Directeurs ne peut découler que d'un statut nouveau pour l'école. Cela réclame sinon un consensus national auquel la France n'est pas habituée et auquel je ne crois pas - malgré qu'on en ait vu dans d'autres nations -, au moins une volonté politique forte et un projet construit pour l'école publique française du XXIème siècle. Le GDiD a des idées, c'est son nom et son credo, nos alliés syndicaux aussi. Mais qui pourra nous donner une vision d'avenir ? Qui nous apportera un tel projet ? Il nous manque certainement une personnalité pour l'incarner.

mercredi 12 février 2020

Chères collègues...

Il y a en France 44902 écoles publiques... donc 44902 écoles avec une Directrice ou un Directeur à leur tête.

Un enseignant du primaire en début ou milieu de carrière passe - à la louche - deux à trois heures par jour à préparer sa classe (oui, je sais, vous y passez plus de temps mais bon...). Moi-même, après plus de quarante années de service, j'y consacre entre 3/4 d'heure et une heure par jour. Une Directrice ou un Directeur doit donc ajouter la charge de sa fonction directoriale à ce temps déjà important et qui n'est comptabilisé nulle part, et surtout pas au ministère. Si je compte les réunions qui ne sont pas comptées dans les fameuses 108 heures,les week-ends et les vacances, cela vous fait quoi ? Deux heures quotidiennes ? Trois ?

Comment peut-on dans ces conditions concilier travail et vie de famille ? Dans la fameuse pénibilité dont on nous rebat les oreilles depuis quelques mois, doit-on envisager la vie personnelle de celles et ceux qui passent entre quatre et huit heures par jour à travailler en plus des heures de classe ? Parce que cela fait tout de même de dix à quatorze heures de labeur quotidien dont six heures souvent dans le bruit, 43 à 59 heures par semaine dans le meilleur des cas, jusqu'à... Beaucoup d'entre nous ont des emplois du temps de cadre supérieur, sans le salaire qui va avec. Je n'ai jamais vu un dirlo se déplacer en Lexus ou en Porsche.



Savez-vous que sur les 44902 Directrices et Directeurs d'école publique en France seuls 2933 n'ont pas charge de classe ? Soit 6,53%... Étonnant, non ? 93,47% d'entre nous sommes Directrice ou Directeur avec une charge de classe. C'est ahurissant. Ce simple chiffre montrera à tous à quel point la situation n'est plus tenable, à quel point le ministère se fout de nous, à quel point aussi certaines organisations syndicales mériteraient un bon coup de pied au cul. Nous sommes 3657 à avoir une école à classe unique avec 4 jours de décharge par an (il y a encore plus de 8% de classes uniques en France), 11641 avec deux ou trois classes à n'avoir qu'une journée sans élèves par mois (presque 26% des écoles françaises). On peut déjà écrire sans rigoler du tout que 34% des écoles publiques françaises sont à l'abandon, avec un ministère qui s'en bat l’œil et des élus nationaux qui agitent leurs petits bras mais ne font pas vraiment avancer quoi que ce soit. Je n'ose même plus évoquer les autres, surtout à mon sens les très grosses écoles dont certes la Directrice ou le Directeur n'a aucune charge de classe mais reste totalement seul pour assumer un boulot phénoménal sans l'aide de quiconque. Malgré tous leurs beaux discours les charmants principaux ou proviseurs qui nous soutiennent du bout des lèvres n'ont aucune idée de ce que cela peut signifier d'avoir à gérer  seule ou seul de 250 à 500 gamins voire largement plus. Ah ben non, pas de CPE, pas de surveillant, pas de secrétaire, que dalle niente. Que notre malheureuse collègue Christine Renon se soit donnée la mort n'a hélas surpris aucun d'entre nous.

Qu'on m'exprime qu'un couvreur ou un maçon a un labeur pénible, travaille dans le froid ou la canicule, je le conçois pleinement et l'admets totalement. Pour autant une fois rentré chez lui il peut s'il le souhaite s'occuper de sa famille. Ce n'est pas vraiment le cas pour une Directrice ou un Directeur d'école.

Le pire je crois ce sont les Directrices. Chères collègues je ne me leurre pas. Même si les hommes depuis plusieurs décennies ont fait de gros efforts pour s'occuper des charges du ménage - courses, entretien, s'occuper des enfants... -, les femmes restent en charge de la majorité du boulot et tiennent généralement les rênes d'un fonctionnement qui doit être efficace. Et puis combien d'entre vous sont des femmes isolées, seules, séparées divorcées ou simplement célibataires avec des enfants ? Vous avez eu l'intelligence de savoir gérer votre vie de couple, vous avez eu raison. Mais comment faites-vous ? J'admire depuis longtemps celles d'entre vous que j'ai pu côtoyer avec des situations personnelles infernales que vous arriviez tout de même à contrôler ou à peu près, et qui faisiez en même temps un travail magnifique dans votre école. Je suis parfaitement et totalement sincère. D'après quelques auteurs vous seriez l'avenir de l'humanité, et je me plie à cette idée avec un certain soulagement, car peut-être notre Monde serait-il moins pervers et moins violent. Mais on n'en est pas encore là puisque malgré que vous représentiez 84,8% des personnels enseignants et Directrices du primaire, vous restez 52% à la tête des écoles et des établissements. Les hommes restent dans les charges de responsabilité, peut-être en partie à cause justement de la charge de boulot que je dénonce au détriment d'une vie personnelle plus intense. Je ne crois donc pas que ce soit de votre part Mesdames un refus des responsabilités mais plus un choix raisonné. Je le regrette mais je le comprends. Mais ça n'arrange pas les chose, hélas...

Si nous avions de nouveau une femme Ministre de l'Education nationale ? J'admire encore celle qui le fut récemment pour son écoute et sa capacité de compréhension. Je n'oublierai jamais que ce fut Mme Vallaud-Belkacem qui donna vie au référentiel-métier.

On peut toujours imaginer des choses.

dimanche 9 février 2020

Chef d'établissement... mais lequel ?

Certaines organisations syndicales cherchent à faire peur. Cela n'a rien de nouveau pour ces gens-là, dont la crainte de l'avenir est le fond de commerce. Trembleeeez, pauvres morteeeels ! Tout changement est à proscrire, toute évolution à bannir. Ce qui est évidemment une absurdité sociale et historique.

Dans le sac des propositions honnies il y a évidemment en bonne place le statut d'emploi fonctionnel que réclame le GDiD pour les Directrices et Directeurs d'école, le changement de statut de l'école qui va avec, et les établissements du primaire que nous estimons inévitables pour cette évolution constructive de l'enseignement primaire. Le GDiD est bien sûr lui-même considéré comme une émanation diabolique et pestilentielle, aux volontés inavouables, aux amitiés perverses... Nous sentons le souffre.

Devenir chef d'établissement du primaire d'accord, mais quel chef d'établissement ? Copier le statut existant des personnels de direction du secondaire ? Certainement pas, même si quelques syndicats s'acharnent à le faire croire. Ce n'est pas le projet du GDiD.

D'abord nous voulons que ce chef d'établissement du primaire - appelons-le CEP pour simplifier - ait un statut d'emploi fonctionnel, pour plusieurs raisons simples à comprendre. Il est indispensable que le CEP soit professeur des écoles, il est même primordial qu'il ait enseigné X années, dans plusieurs fonctions et lieux, en REP ou autre ou comme remplaçant, bref qu'il connaisse le milieu comme sa poche. Ensuite il ne doit pas être sélectionné sur concours, afin de ne pas ouvrir la porte à d'autres personnels, mais dans le vivier des PE par un jury ad-hoc dont il recevra l'agrément - comme aujourd'hui la "liste d'aptitude" pour être Directeur d'école -. Cela doit bien entendu être un choix, porté par un projet personnel. Et enfin le statut d'emploi fonctionnel, s'il donne au CEP un statut spécifique accompagné de pouvoirs de décision étendus, d'une reconnaissance spécifique et d'un salaire à la hauteur, lui permet aussi de quitter la fonction pour revenir dans le corps des PE s'il estime s'être fourvoyé... ou en cas de faute grave dans le cadre de sa fonction de chef d'établissement.

Dans ma vision des choses le CEP s'engage dans le projet de son établissement qui doit avoir été élaboré par un prédécesseur dans l'intérêt premier des élèves du territoire concerné. Il s'y implique pour un temps déterminé, éventuellement par un contrat de Y années qui peut être renouvelable une ou plusieurs fois. Ce projet d'établissement il va le travailler avec tous les personnels de l'équipe éducative, l'infléchir voire le changer si nécessaire, toujours dans l'intérêt des élèves et en accord avec son Conseil d'administration.

Le CEP ne procède pas à l'évaluation des personnels enseignants de son établissement qui sont fonctionnaires et dépendent de l'Etat, mais il fait celle de certains personnels non enseignants dont il est l'employeur. Il reste bien entendu à définir de qui dépendent ceux-ci (personnel d'entretien, secrétariat, intendance, les éventuels surveillants et Conseiller d'éducation, etc) : établissement, commune, région, Etat ? Cette question de l'évaluation des enseignants est un épouvantail traditionnel qu'agitent les syndicats moyenâgeux réfractaires à toute évolution. Mais ce n'est que de la paille. L'évaluation des enseignants du primaire, qui aujourd'hui hélas se résume à quelques sommaires "rendez-vous de carrière", n'a de sens que si elle est formative. Evaluer est une tâche que maîtrisent les personnels qui l'ont toujours exercée soient les IEN. Il suppose la possibilité technique d'élaborer les formations adaptées qui permettront aux enseignants de peaufiner leur pratique. Bref c'est un métier distinct de celui d'un chef d'établissement, c'est une fonction fondamentale que les IEN doivent persister à remplir. Je souhaite, concrètement, que les IEN reviennent à leur rôle premier et puissent s'y impliquer totalement et sereinement, comme je souhaite que les Directrices et Directeurs d'école devenus ou non chefs d'établissement puissent exercer leur métier avec la même implication et tout aussi sereinement.



Comment est payé le CEP ? Puisqu'il n'est pas "personnel de direction" et qu'il n'est pas créé de corps spécifique, le CEP reste à l'échelle des PE. Au même titre qu'aujourd'hui les Directeurs perçoivent une bonification indiciaire, il me semble logique de poursuivre dans cette voie en en conservant le principe. Mais je souhaite deux choses : d'une part qu'il n'y ait pas de différenciation par la taille de l'établissement (ce qui à mon sens ne se justifie pas non plus aujourd'hui dans le fonctionnement de la Direction en primaire); d'autre part qu'on abandonne l'idée d'une "indemnité" dont le simple terme me révulse. Bien entendu le fait d'être chef d'établissement du primaire implique que la rémunération totale (traitement de PE + bonification) soit à la hauteur de ce que perçoivent les personnels de Direction.

Y aurait-il des astreintes ? Cela ne me parait pas indispensable dans la mesure où tout ce qui concerne le fonctionnement par rapport aux élèves ne change pas. A moins que la restauration soit à la charge de l'établissement, par exemple, ou... ce qui sera dévolu à l'établissement et à son chef reste à définir, et à mon sens cela relève d'un accord contractuel passé distinctement pour chaque établissement entre le territoire concerné et l'Etat, avec des responsabilités adaptées aux contraintes ou aux envies locales. Mais le CEP saura parfaitement dans quoi il s'engage. Avec quel budget ? On peut imaginer une délégation de gestion publique - qui existe dans le droit français - au Conseil d'administration de l'établissement dans lequel de toute manière le ou les territoires concernés seront forcément représentés.

Quelle taille pour un établissement ? Sur ce point il ne peut y avoir aucune règle. Seule compte la volonté d'un territoire qui désire synthétiser les synergies engagées sur un projet local puissant. Il y aurait de "petits" établissements ou des gros, sur un ou plusieurs sites, tout dépendant du lieu et de l'étendue territoriale concernée.

Quelle mobilité ? Devenir CEP reste un choix, celui de son établissement aussi comme aujourd'hui on choisit son école. Chaque Direction d'établissement étant évidemment un poste "à profil" son futur CEP est libre ou non de la demander, rien ne peut lui être imposé en ce sens. Le chef d'établissement peut décider de rester si tout va bien, de changer d'établissement à la fin du contrat s'il en existe un, ou de simplement retourner enseigner. Evidemment un tel statut exige des garde-fous pour que le système ne soit pas à la merci de potentats locaux, qu'ils soient élus ou fonctionnaires...

Mais les autres Directrices et Directeurs d'école alors ? Ils restent le bec dans l'eau ? Il n'est bien entendu par question de laisser quiconque sur le bord du chemin, tout ce qui définit aujourd'hui notre métier doit être redéfini sur la base du "référentiel-métier" qu'on pourrait presque plutôt appeler "différentiel-métier" tant il marque plus nos différences avec le métier d'enseignant. Une charge de classe nettement moins lourde, c'est à dire le temps de remplir sa fonction de Direction, ce qui implique de clairement et largement étendre le régime de "décharge"; l'aide d'un secrétariat éventuellement partagé selon la taille de l'école; la création de postes de surveillance et même de Conseillers d'éducation selon la taille ou le type d'école (REP); une définition claire des responsabilités et des charges dont certaines qui nous incombent aujourd'hui réclament formation et assistance (PPMS...); une meilleure adéquation des systèmes d'information et de gestion à nos besoins (ONDE); une bonification indiciaire largement revue et adaptée aux responsabilités qui sont les nôtres...

Comme vous le constatez, le travail à faire est important, et personne ne doit baisser les bras. Il nous appartient je crois aujourd'hui de définir l'école française du XXIème siècle, et nous avons trois décennies de retard. Le GDiD persiste et persistera, nos alliés syndicaux aussi, pour que perdure l'école publique. car nous croyons fortement à sa mission. Nous déplorons tous l'abandon dans laquelle on la laisse aujourd'hui, malgré les efforts de chacun dans sa classe, dans son école, dans sa commune. Mais le bonne volonté ne peut pas suffire. Nous voulons le meilleur pour nos élèves, qui ne méritent pas que nous leur laissions une telle chienlit.


samedi 1 février 2020

What else ?

Le mardi 28 janvier a - enfin ! - eu lieu au ministère une réunion avec les syndicats sur la fonction de Directeur d'école. D'autres rencontres suivront.

Je passerai charitablement sur les discours habituels que tiennent dans ces assemblées les adversaires de toute évolution de l'école, que je ne nommerai pas tant c'est peu utile. Ce vénérable chœur grégorien nous ressasse les mêmes antiennes depuis si longtemps que les citer ne présente aucun avantage, d'autant qu'elles vont à l'encontre des intérêts de nos élèves. Car croire que l'école peut aujourd'hui remplir son rôle sans évoluer un tant soit peu c'est danser la gigue devant un groupe de chimpanzés qui certainement resteront dubitatifs, à moins qu'indignés d'être pris pour des cons ils ne bombardent les danseurs de fruits trop mûrs. Au passage je rappellerai d'ailleurs utilement que si les singes ne parlent pas c'est pour ne pas être mis au boulot, ils ne sont pas fous les singes (ce sont les indiens qui disent ça).

Il a donc été question dans cette première réunion de la simplification de nos tâches, le ministère tient donc parole sur ce point. Il faut comprendre la simplification de tâches instituées nationalement, pas des âneries concoctées localement par une administration qui ne sait plus quoi inventer d'idiot pour compliquer notre boulot. Tenez, un exemple pris dans le dernier "règlement départemental" de mon coin, je cite : "En cas de changement d'école, un certificat de radiation est émis par l'école d'origine. [oui, comme d'habitude] (...) Le directeur d'école informe de cette radiation le maire de la commune de résidence des parents de façon que celui-ci puisse mettre à jour la liste des enfants soumis à l'obligation scolaire (...). [oui, c'est la Loi, vous le faites vous ? Article en question : "L'état des mutations sera fourni à la mairie à la fin de chaque mois." Ben voyons. C'est sûr, je ne pense qu'à ça quotidiennement, c'est mon devoir, je me roule par terre de honte quand je ne le fais pas c'est à dire une fois par mois.] Il transmet par la suite cette information au maire de la commune où se trouve l'école dans laquelle les parents ont annoncé leur intention de faire inscrire leur enfant afin que ce dernier puisse également s'acquitter de sa mission de contrôle du respect de l'obligation d'inscription (...)." Je peux aussi leur chercher une nouvelle nounou sur place, pourquoi pas tant qu'on y est. C'est rigolo comme les choses se sont compliquées depuis que l'informatique et les bases de données existent. Peut-être y aurait-il un certain intérêt à remplacer les papys de la CNIL par des personnalités moins réfractaires à l'information. Moi je dis ça je ne dis rien. Vous me direz, les programmes concoctés en interne par l'éducation nationale sont déjà tellement hilarants. Quand le GDiD réclame une révolution systémique, ce n'est pas par hasard.

Une "évolution" est à l’étude sur ONDE pour y inclure "une plateforme" regroupant des documents officiels harmonisés nationalement, comme les PAI, les autorisations de sortie ou le droit à l’image. La procédure concernant les certificats de scolarité pourrait être simplifiée. Soit, étudions.

Le PPMS a donc été évoqué, avec "une réflexion juridique en cours sur la répartition des responsabilités entre le directeur et la collectivité locale, de même que le rôle de la DSDEN". Soit, réfléchissons.

AFFELNET est "étudiée", la DGESCO s'engage à la "revoir". Soit, engageons-nous.

Une "certaine autonomie" dans la gestion des 108h "pourrait" être accordée. Les modalités restent à définir. Prout prout, raaah que c'est compliqué de lâcher son os.

Enfin la durée de validité des PAI serait allongée. Bon, là, d'accord, de toute manière plus aucun des miens n'a reçu d'aval quelconque depuis plusieurs années, ce qui ne nous empêche pas de veiller à la santé de nos élèves.

Les élections à liste unique semblent n'avoir été évoquées que par les syndicats. Mais je n'étais pas là, soyons bien d'accord.

Je récapitule : une réflexion, une étude, "pourrait", une autre étude et un engagement à réviser, une "certaine autonomie" qui "pourrait", "serait"... Les représentants du ministère semblent avoir très bien assimilé leurs leçons sur le conditionnel, bravo aux enseignants qui le leur ont appris en primaire ! Bon, je suis méchant, M. Blanquer avait exprimé que les premières simplifications ne s'appliqueraient qu'à la rentrée de septembre 2020, ce n'est donc pas une surprise. Je ne m'en agite pas moins sur mon fauteuil en tapant sur la clavier. Et je crois bien chers collègues Directrices et Directeurs d'école que vous aurez encore à organiser ces élections de [...] avec une liste unique en octobre 2020, impressions et multiples enveloppes et manipulations et envois compris. Vous auriez préféré faire des économies d'argent et de temps et épargner nos forêts ? M'enfin...


J'écris "vous" parce que moi je serai certainement en villégiature en Italie à ce moment-là. Ben oui, c'est bon, j'ai donné, plus de 40 années de métier dont une vingtaine à la Direction d'école, je laisse la place à plus jeune et plus énergique en me posant tout de même la question de qui osera aujourd'hui devenir Directeur d'école dans ces conditions. Nous étions entrés dans la fonction par goût ou par opportunité, je ne suis pas sûr sans évolution majeure que nos successeurs auront autant d'abnégation... ou seront aussi cons que le suis encore.

Tout cela est fort mince, mais je ne cracherai certainement pas sur quelques progrès si petits soient-ils. Les prochaines rencontres (je ne crois pas qu'il y ait des petits fours) évoqueront - mais sans certitude - les aspects statutaires et la rémunération. On va bien rigoler. Je suis effarouché d'avance par l'aumône que recevront les Directrices et Directeurs d'école. Quant à l'aspect statutaire... ouarf !

Ce n'est pas que le bât blesse... ou ça ne l'est plus. Il est certain que notre situation est plus que difficile, voire parfois insurmontable, et je comprends totalement nos collègues qui craquent  et qui lâchent, parce qu'ils veillent à leur santé physique et intellectuelle et qu'ils ont totalement raison. Personne ne nous est vraiment redevable de ce que nous faisons, à moins d'avoir des partenaires - enseignants, municipalités, hiérarchie immédiate, familles... " particulièrement conscients. Ménagez-vous, pensez à vous, le temps passe et votre santé est primordiale pour votre entourage et vous-même.

Je veux exprimer que tout cela est fort beau mais que nous appliquons compresses et pansements sur un corps malade. Oui nous aurons quelque soulagement, la douleur sera moins vive, mais la maladie va néanmoins progresser. L'école est malade. Notre école publique que nous aimons si fort est moribonde. Nous traitons des symptômes, nous ne luttons pas contre l'agression d'origine. C'est bien là le l'insigne défaut de ces rencontres.

Le GDiD veut une révolution systémique de l'école. Ce sera certainement désormais l'axe majeur de notre travail. Non, nous ne laissons pas de côté les Directrices et Directeurs d'école, bien au contraire. Le "statut", ce fameux statut pour lequel nous luttons depuis vingt ans, est bien en ligne de mire. Mais il ne sera que la conséquence immédiate et nécessaire d'un changement de statut de l'école. Il est LÀ, notre nouveau combat. Parce que...

Parce que nous savons très bien que le système est pourri, inopérant, inconséquent, parfaitement inefficace et totalement inéquitable. Ce ne sont pas des évaluations normées pondues par des intellectuels hors-sol, ni des neurosciences installées dans un absolu scientifique éloigné de toute humanité, qui concrètement nous sortiront de la boue et de la merde dans laquelle nous nous dépêtrons et dont nous tentons quotidiennement d'extirper nos élèves. Personne d'autre que nous ne s'intéresse ni ne s'inquiète des enfants dont nous avons la lourde charge et dont tous nous voulons faire des élèves heureux et compétents, qui ont envie de grandir et d'apprendre, curieux de leur environnement et de leur avenir, qui voudront le changer... parfois peut-être malgré nous mais cela a toujours été le rôle des nouvelles générations ! Mes élèves m'appellent parfois "pépé" pour me charrier, j'en suis heureux parce qu'avec leurs cinq ans j'ai su leur autoriser le nécessaire pour qu'au-delà de leur respect et de leur amour qu'ils me manifestent à tout moment ils soient capables de trouver eux-mêmes la distance nécessaire à toute remise en cause et à toute compréhension de soi, d'autrui, ou du monde qui les entoure. Je n'aurai pas été, j'en ai la prétention à la veille de ma retraite, ni un mauvais instit ni un mauvais Directeur.

Tant que tout nous tombera du ciel, tant que rien ne sera pris en compte des besoins du territoire dans lequel nous travaillons, tant qu'aucune latitude ne nous sera laissée quant à notre pédagogie ou notre répartition des moyens d'enseignement, tant que notre éducation "nationale" restera ce qu'elle est actuellement - pléthorique pyramide incompétente -, tant que les Directrices et Directeurs d'école ne pourront pas eux-mêmes mettre en place les moyens nécessaires à la réussite scolaire de leurs élèves, rien ne changera et aucun quelconque prétendu changement de statut ne sera opérant.

L'école doit changer de statut. Les Directeurs nécessairement suivront. Et nos élèves réussiront. What else ?