vendredi 18 décembre 2020

Courrier au Président et au 1er Ministre...

Le mercredi 16 décembre 2020.

Monsieur le Président de la République,

la crise sanitaire que la France traverse a particulièrement affecté le fonctionnement des écoles et mis en évidence la nécessité d'un pilotage au plus près du territoire.

Les directrices et directeurs d’école ont à cet effet été particulièrement impactés.

Cette situation ne vient que mettre en évidence leur rôle essentiel mais aussi leurs conditions de travail particulièrement dégradées. Beaucoup de directrices et directeurs, qui veulent seulement faire correctement leur travail, en sont empêchés par manque principalement de temps et de reconnaissance.

Les groupes de travail que le Ministère de l’Éducation nationale mène auraient dû permettre de proposer des mesures fortes pour les personnels. Les annonces faites pour 2021 sont, à ce titre, tout à fait insuffisantes pour régler la situation. C’est la raison pour laquelle, trois organisations syndicales, le SE-Unsa, le SNE et le Sgen-CFDT, ainsi que deux associations professionnelles le GDiD et le GTRID, viennent vous alerter sur la nécessité de prendre un engagement fort.

Cela doit se traduire par un plan pluriannuel visant à faire des mesures 2021 (600 ETP et 450 € annuels consacrés à la direction) la première marche d'un escalier qui assure des réponses aux besoins, tant en termes de décharges que de reconnaissance financière des responsabilités qui sont les leurs.

Être directrice ou directeur est aujourd’hui un métier à part entière qui demande une professionnalité et du temps pour l’exercer. Il n’est plus possible, par exemple, de laisser une directrice, un directeur à mi-temps, piloter un établissement de 300 élèves (12 classes).

L’école est centrale dans notre société confrontée aux crises. Les capacités des directrices et directeurs d’école à en assurer le pilotage pédagogique pour sa solidité et sa réactivité, pour la cohésion des adultes qui la font vivre, pour la sérénité des relations avec tous les partenaires et en premier lieu les familles, sont un enjeu très important gage de réussite des élèves.

Les directrices et directeurs attendent des avancées concrètes et conséquentes pour pouvoir bien faire et aussi bien vivre leur métier.

Nous vous prions d’agréer, Monsieur le Président de la République, l’expression de notre très haute considération.

Stéphane CROCHET Secrétaire Général du SE-UNSA (Syndicat des Enseignants - UNSA)
Catherine NAVE-BEKHTI Secrétaire Générale du Sgen-CFDT (Syndicat Général Education Nationale-CFDT)
Laurent HOEFMAN Président du SNE (Syndicat National des Ecoles)
Alain REI Président du GDiD (Groupe de Défense des Idées des Directeurs)
Loïc BREILLOUX pour le GTRID (Groupe de Travail et de Réflexion Indépendant de Directeurs)

lundi 14 décembre 2020

Le loto perdant, ou l’art du zéro

 Les annonces ministérielles à l’heure d’un grenelle bien frileux et policé, convenu et sans surprise, sont apparues à l'ensemble des directrices et directeurs d'écoles comme de nouvelles miettes jetées en pâture aux médias, aux dépens des 45000 directions d’école dépitées de tant de mépris ressenti.
C'est que le malaise et le mal-être sont trop forts pour que cet “effort“ en période de crise puisse être reconnu...
Trop délaissés, trop meurtris, trop ignorés...
Le PPCM du seuil de décharge pourrait-il conduire à une unité de la profession pour avancer ? Rien n’est moins sûr… Mais au GDID, avec les Organisations Syndicales ayant la même volonté, nous continuons de porter la question vitale de notre métier, sans relâche…

Des chiffres trompeurs pour masquer un immobilisme de 40 ans

Prenons une feuille de loto, et cochons quelques cases… Pas au hasard, avec une science raffinée de l’art mathématique du budget et de la statistique…

5 comme E ; 20 comme T ; 16 comme P… Puis 600, mais comme cela ne rentre pas, nous cocherons 6. 21 pour 21 millions, 45 pour 450, 9 pour 900, 15 pour 1500… Pourquoi s’embarrasser de zéros non significatifs, n’est-ce pas ?
Parce que, vous aurez reconnu ces chiffres et ces lettres, pardon, ces nombres et cet acronyme : Eutépé… Jamais ce mot n’aura autant été prononcé que cette semaine...

Et le zéro… Ce chiffre mystérieux qui est à la fois un nombre, et le signifiant du vide, du “rien“...
Pourtant, lorsque l’on évoque des millions d’euros, le nombre de zéros à l’échelle d’un citoyen ordinaire devient vite étourdissant…
Mais lorsque l’on rapporte le nombre d’équivalents de postes (600), sur le nombre d’enseignants du premier degré (330000), le zéro passe devant (0,18%)… Quel effort !!! Bien moindre de très loin à d’autres mesures phares dont on ne sait pas aujourd’hui mesurer l’utilité réelle…
Quant au nombre d’écoles touchées sur les 45000, ce n’est pas tant le zéro qui compte alors, que le vide de l’avancée obtenue…

Car enfin, les 900 équivalents de postes pour les “petites écoles“ ne devraient pas être présentées comme un beau geste : ici, le zéro passe à droite et fixe le nombre de jours correspondant à l’attente des directrices et directeurs concernés depuis la sortie de la Circulaire n° 2014-115 du 3-9-2014 (rentrée 2015 : 10 jours par an pour 2 ou 3 classes, 5 ans d’attente, presque 2000 jours).

Le vide de la direction d’école

Un autre aspect de ce zéro est l’importance qu’il donne au nombre de jours pendant lesquels la décharge des écoles de 10 à 13 classes n’a pas bougé : c’était la Circulaire n° 80-018 du 9 janvier 1980… 40 ans et 11 mois, soit près de 15000 jours…

Le zéro, dans notre numération de position, est utilisé pour “conserver le rang“ en notation décimale. Et en effet, on nous demande de “garder le rang“, de rester à notre place : directeurs d’écoles sans aucune reconnaissance, abandonnés pour certain(e)s depuis plus de 40 ans, enseignants parmi les enseignants, ce qui est noble en soi, mais avec une charge de responsabilité unique en France, unique, car cette responsabilité est assumée mais non actée.
Alors, la tentation est grande d’aller chercher la transcription originelle, puisque nous parlons des chiffres dits “arabes“ : zéro est issu d’une transcription de l’arabe ṣĭfr, qui signifie le vide… Véridique.
Quelle ironie !

Une annonce médiatique qui veut nous placer en privilégiés

A l’heure où les médias se gargarisent de cette manne de 450 millions d’euros qui nous est grassement octroyée, en cette période si difficile pour toutes et tous, alors que tout le monde se serre la ceinture, nous voyons notre quotidien atteint par cet “élément nul“ qu’est le zéro… Zéro avancée réelle et satisfaisante : à la place d’une reconnaissance statutaire (métier de directeur), ou d’une reconnaissance en temps de travail (décharge), ou d’une reconnaissance financière réelle (point d’indice), la montagne accoucha d’une manne populiste et médiatisée : 450€ pour les directeurs, et 150€ pour l’informatique.

Pour tout un chacun qui se creuse le ventre afin de savoir comment payer ses traites à l’heure où le client reste confiné, pour celui qui n’a plus le travail précaire qui l’aidait à vivre chichement, pour la partie de la population en dessous de la moyenne des revenus ou pire, en dessous du seuil de pauvreté, évidemment que ce montant donne l’illusion de la corne d’abondance qui s’offre à nous, directrices et directeurs enfin privilégiés…

Sauf que, sans vouloir mépriser cette obole, cette corne n’est d’abondance que dans le breuvage d’amertume qu’elle nous prodigue, sans même l’oubli qui pourrait aller avec. Car d’abondance il n’y a pas, c’est un “one shot“, et non une augmentation pérenne…

Alors, le zéro devient cet “élément absorbant“ de la multiplication, multipliant les rancœurs, l’étonnement des familles si nous râlons, multipliant cette incompréhension devant tant de mépris qui entraine tant de démissions et de dépressions dans nos rangs !

La crise s’amplifie malgré les 45000 écoles toujours dirigées, chaque matin

Que faire alors ?
Déjà, ne jouons pas au loto. Ces chiffres donnés par le Ministère ne peuvent suffire en aucun cas.
Le geste est frustre, et pleutre l’intention qui ne veut froisser personne ni aucune organisation. Sauf qu’à attendre le consensus, le seul accord qui risque de se produire est celui du refus manifesté, celui de la colère qui ne peut plus être retenue, celui de la réaction face à ce mépris affiché.

Derrière des discours #JeVousAiCompris, #VousEtesFormidables, #EcoleDeLaConfiance, crachés sur “IouToube“ ou “Béhèfème“, nous ne recevons que les postillons qui nous intiment de rester à notre place, de “tenir notre rang“, zéros bien alignés au service de l’état.

Alors oui, la feuille de loto est perdante. Aujourd’hui.
Et nous devons lui redonner la couleur de l’espoir, celle de notre enthousiasme pour notre mission, plus de 45000 fonctionnaires d’état qui font tourner les écoles accueillant les enfants de notre démocratie républicaine. Ce n’est pas rien tout de même !

Nous devons nous rassembler pour exiger un véritable calendrier, qui commencerait par un tout petit effort de plus pour cette année, gravant dans le marbre des décrets et circulaires la mort de 40 ans d’immobilisme, la reconnaissance du temps nécessaire à faire tourner l’école à classe unique qui fait vivre un village ou celle à taille d’un établissement d’une ville avec ses 300 enfants…

Oui, “les temps sont durs“, ils le sont tout le temps, et chaque année il y a quelque événement venant troubler les possibles… Et nous pourrions comprendre l'effort particulier en cette période de crise extrême.
Mais pour autant, les 45000 écoles vivent, sont ouvertes bon an mal an tous les matins, accueillent des millions d’élèves.

Cinq syndicats et associations ensemble pour notre métier

Au GDID, avec nos collègues du GTRID, du SNE, du SE-UNSA, du SGEN-CFDT, nous ne baissons pas les bras. On peut regretter que l’intersyndicale ne soit pas exhaustive, ce n’est pas faute de l’avoir tentée par le passé. On peut vouloir une nouvelle association, réinventer la poudre, créer un syndicat de direction d’école, ce n’est pas faute d’y avoir déjà travaillé. Tout est toujours possible…
Aujourd’hui, nous faisons avec ce qui existe, avec ceux qui veulent bien reconnaitre notre métier de direction d’école. Et, sans relâche, nous interrogeons nos responsables : quel avenir pour notre métier, quelle suite pour le projet de loi Rilhac ? Tout est sur la table. Tout le monde peut nous rejoindre…
Nous voulons croire que le Ministère ne peut pas rester sourd.

Quel mode d’intégration et quel “seuil“ pour les décharges aujourd’hui ? Raisonnable… dans les deux sens : raisonnable quant à la dépense publique certes, mais raisonnable quant au respect qui est du à l’école publique et aux millions de familles concernées.

Quel calendrier pour ce minimum vital que constitue ces seuils de décharges ? Deux ans… Il ne fallait pas attendre, Monsieur le Président. Vous aviez clamé que l’école était une priorité…

M. le Président, à vous d’assumer !

Plus de 30% de mes collègues vous ont cru… Je ne les juge pas évidemment, mais force est de constater que depuis 2017, la priorité reste des paroles et jamais des actes réels…
Tous nos instants sont à jamais marqués par nos actions… et nos inactions, cela est valable pour toutes et tous, vous compris Monsieur le Président.

Nous pourrions parler de la Circulaire du 25-8-2020, celle qui crée à titre expérimental un référent (inexistant encore dans certains département, sans décharge dans d’autres), qui nous octroie deux jours de formation (nous savons parfaitement que nous ne sommes pas prêt de les voir), qui encourage à combler nos décharges par des moyennes de remplacements (déjà largement dépassés par leurs missions actuelles), celle qui nous donne du travail en plus en prétextant a
lléger nos tâches…

Monsieur le Président, c’est vous qui fixez la feuille de route de votre Ministre… Alors rappelez-lui vos priorités, rappelez-lui l’importance extrême dans l’histoire de la République Française de son école. Nous sommes 45000 fonctionnaires d’état à être chaque matin fidèles au poste, fiers de nos missions, opérant le miracle de faire fonctionner l’école du 21ème siècle avec des règles de plus de 40 ans…

Jusqu’à quand ?
Vous en avez la clé, et l’ultime responsabilité.
Assumez, ou alors annoncez clairement que cette priorité n’en est pas une, et qu’il ne sert à rien de jouer au loto en regardant les étoiles, avec l’espoir que l’une d’elle soit la bonne… Au moins, au lieu d’être baladés comme c’est le cas, nous pourrons décider du chemin de notre propre balade, et envoyer balader ces satanés zéros médiatiques qui polluent toujours et encore l’image de notre belle école auprès de vos électeurs…

Nous aimons nos élèves, si vous ne nous respectez pas, respectez-les au moins eux.

Marc Burlat
Le 13 décembre 2020


jeudi 19 novembre 2020

Communiqué de presse...

Plan global pour la direction d'école:
quand l'urgence dépasse la nécessité


Il y a quelques jours les organisations SE-Unsa, Sgen-CFDT, SNE-Csen, GDID et le GTRID (Groupe de Travail et de Réflexion Indépendant des Directeurs) publiaient une tribune commune pour dire leurs attentes importantes d’évolution pour permettre aux Directrices et Directeurs d’école d’assumer pleinement leur mission.

Pour les organisations signataires, les récentes annonces du ministre et les travaux de l’agenda social n’engagent pas une évolution de fond du fonctionnement de l’école et des moyens donnés aux Directrices et Directeurs d’assumer leurs missions.

Rendre la direction de l’école du premier degré autonome et responsable, lui donner le temps et les moyens de fonctionner, lui reconnaître sa mission spécifique, son « métier », sont des impératifs reconnus par tous les acteurs de l’école. Il faut à présent passer de la reconnaissance du terrain à la concrétisation institutionnelle.

La Directrice/le Directeur anime, impulse, pilote, s’assure, prépare, actualise, veille, coordonne, sensibilise, encourage, contribue, construit, met en place, procède, organise, répartit, fixe et préside.

Mais dans plus de trois quarts des écoles, le temps dévolu à la direction est au maximum d’une journée par semaine…

Mais dans tous les cas, l’école n’a aucune identité juridique, comptable, ni autonomie de fonctionnement.

Pourtant, son bon fonctionnement nécessiterait les moyens d’une gestion locale, au plus près des élèves, des familles et des différents partenaires.

Il est aujourd’hui impératif de donner à l’école les moyens légaux et matériels de faire vivre cette autonomie au service du public qu’elle accueille, en reconnaissant dans un premier temps le rôle essentiel du Directeur d’école, et à terme, l’école comme un établissement d’enseignement du premier degré possédant un statut juridique.

La société avance et les obligations faites à l’école se sont démultipliées. Les élus de la République doivent maintenant faire le choix d’assumer le coût de son fonctionnement au XXIème siècle. Ils doivent donner les moyens aux Directrices et Directeurs d’école d’assurer les missions qui leurs sont confiées pour la réussite de tous élèves, la co-éducation avec leurs familles et la sérénité des équipes. 

Nos organisations n’attendaient pas des annonces ministérielles du 16 novembre des perspectives sur une évolution statutaire. Elles attendaient au moins une perspective pluriannuelle de montée en charge sur la revalorisation et sur le renforcement des décharges. Il est urgent de dégager un plan global d’amélioration pour sortir les directeurs de la situation intenable constatée depuis trop longtemps.

Les organisations syndicales SE-Unsa, Sgen-CFDT et SNE-CSEN tiendront une conférence de presse commune en visioconférence à l’issue du prochain groupe de travail sur la direction d’école le mardi 24 novembre à 15h.

Paris, le 19 novembre 2020

Contacts presse Président GDID : Alain REI alain.rei@gdid.education Port : 06 33 56 13 07



mercredi 18 novembre 2020

Le Dindon de la Farce

Je retiendrai de ce 16 novembre que, directeur d’école avancé dans la carrière, pilotant 310 élèves sur 13 classes et regroupements, je fus comme beaucoup d’entre nous le dindon de la farce…

Au Moyen-Age, les « farces », courtes comédies bouffonnes et sociales, mettaient en scène des hommes crédules, déguisés en dindons (pour signifier un homme dupe, facilement manipulable) dont on se moquait.

Ainsi par exemple, La Farce de maître Pathelin…

La Farce de Maitre Dirlo-lette

Aujourd’hui, nous venons de vivre La Farce de Maitre Dirlo-lette, opéra bouffe en un acte, à ceci près qu’il ne s’agit pas d’un auteur anonyme mais d’un ministre clairement identifié.

Plusieurs sentiments me traversent depuis que je suis sorti de l’école et que bien malheureusement après avoir eu mon ami et Président de notre GDID Alain REI au téléphone, j’ai allumé la radio…

Colère, abattement, résignation, dégoût… je ne vais pas tout citer, vous trouverez toutes les nuances de cette grisaille émotionnelle.

Soyons clairs : la première phrase est flatteuse pour l’auditeur moyen : 400 millions d’euros pour revaloriser les enseignants ! Énorme !
Puis vient le détail : une prime d’équipement numérique de … 150€, première plume arrachée au dindon qui pourra dès lors s’acheter une souris sans fil afin de courir derrière !
Ah, mais mon pauvre gallinacé, ce n’est pas fini : ce n’est pas pour tout le monde, que nenni !
Vous qui avez perdu des plumes au gré de votre métier, vous qui avez cru même un instant au fameux GRAF, vous n’aurez rien… 

Une prime n'est pas une revalorisation !

Attention, c’est très bien que nos jeunes dindons puissent avoir une prime d’attractivité, même si elle me fait penser à une ancienne pub du sel Cérébos : ce petit garçon cruel qui courrait derrière un coquelet pour lui saupoudrer la queue de sel fin… Un peu miroir aux alouettes !

Explication : il s’agit d’une prime, dégressive en fonction de l’ancienneté (une première !), et non d’une augmentation de salaire (augmentation du point d’indice ou augmentation de l’indice)
Résultat : rien n’augmente vraiment, car une prime dégressive attachée à l’ancienneté ne se perpétue pas d’année en année… par définition.
Bon, notre dindon en a vu d’autres, et continuant de glaner ses graines, il arrive à la direction d’école.
Enfin ! Glousse-t-il…

La direction d'école moquée

Ben, euh, comment dire, non … non plus…
Et hop, quelques plumes arrachées du croupion…
Car, avec forces formules habiles, notre sémillant ministre flatte encore une fois l’auditeur au détriment du volatile :
Ce sont les petites écoles qui vont être, enfin, récompensées. Vous savez, celles qui sont la majorité des 45000 écoles de France… A priori, notre dindon peut y voir une belle preuve de solidarité, un peu de justice... Ah, mais non... Le dindon n'a que des graines vides et avariées...

Parce qu'en fait, ce n’est enfin que la mise en place, de ce qui est du à ces “petites“ écoles abandonnées depuis des années : leur directeur ou directrice avait droit à une décharge que jamais on ne leur donna faute de moyens humains disait-on. Sur les 1500 équivalents temps plein, cela en représente 900… Je vous laisse faire le calcul de l’effort inimaginable pour une maison de 333000 enseignants dans le premier degré public…
Bien sûr que c’est une bonne chose, bien sûr que la moitié des écoles de France doit pouvoir compter sur une direction d’école ayant du temps pour sa mission… Sauf que ce n’est pas cela… Juste le rattrapage de ce qui avait été annoncé à l’auditeur crédule il y a plusieurs années et qui ne fut jamais appliqué…
Après les plumes de la queue, on fait mine de remplumer les ailes de notre pauvre dindon que l’on avait déjà coupées…

Notre dindon endolori court toujours… Et il apprend alors que pour mieux courir, il aura deux jours de formation par an ! Quelle aubaine, mais de formation sur quoi, sur quel temps ? Celui de sa pauvre décharge ? Avec quels moyens de remplacement ? Parce que, soyons honnête cher fermier du Meilleur des Mondes, mais le nombre de jours de formation passés à la trappe du poulailler faute de merles pour remplacer se compte sur les plumes restant en place…

Sans compter qu’il va manquer de temps pour courir : il est nommé grand ordonnateur du remplissage des tableaux des 108h… Les très riches heures du Duc de Berry n’ont qu’à se bien tenir…
Sauf que, las… Cette emblématique mesure censée montrer l’autonomie donnée au dindon dirlo-lette n’est encore une fois qu’un leurre : aucune autonomie puisque ces heures ne sont pas libres (donc ne pouvant toujours pas correspondre aux besoins locaux et réels), mais bien encadrées (et devant lui en rendre compte) par le Grand Dindon en Chef, l’Inénarrable Emplumé de Notoriété, qui je pense se serait bien passé de cette mascarade…

Allez, dindon, console toi… Ne glougloute pas à la mort !
Il reste les 600 ETP (équivalents temps plein) pour les autres directrices et directeurs…
Soit 2400 jours par semaine sur la France entière, soit 2400 jours par semaine pour plus de 25000 écoles restantes !
Attention, nous ne crachons pas dans la soupe, mais nous voyons bien que l’auditeur ne connaissant pas la cuisine du dindon, ne peut se rendre compte à quel point la farce est amère …

Des propositions pour réagir ENSEMBLE !

Que faire me direz-vous, désabusés tout autant que déplumés ?
Mme Rilhac, porteuse d’un projet de loi sur le direction d’école, avait chiffré l’abaissement du seuil des décharges : 6000 ETP.
C’est encore faisable.
Que faire ? Réagir enfin… Peut-être, mais ensemble voulez-vous ?
Qu’enfin toutes les Organisations Syndicales et notre GDID national puissions nous asseoir autour d’un table, rapidement, et qu’il sorte le PPCM de cette rencontre vitale…
Parce que là, notre dindon est à l’agonie.
Nous lisons tous les jours les témoignages de collègues qui craquent, qui pleurent, qui dépriment, qui sont intimidé(e)s, qui sont méprisé(e)s, qui ne sont pas respecté(e)s…
Alors ça suffit !

Que des mots d’ordre clairs nous protègent contre toute intimidation afin que nous nous limitions au temps de décharge effectif que nous avons :
- Qu’aucune remontée ne se fasse en dehors de ce temps,
- Qu’un message clair soit programmé sur l’ordinateur de la direction d’école disant : « n’étant pas actuellement en temps de direction d’école, je ne peux traiter ce message. Il s’ajoute à la liste d’attente que je ne pourrai gérer que lors du temps prescrit pour la direction, soit “n“ (où n représente le quota indiqué sur ONDE) jours par semaine ainsi que mentionné sur le logiciel de gestion de cette école ».
- Que la loi relative au droit à la déconnexion s’applique, et que tout mail, qu’il soit du ministère ou de l’IEN, arrivant sur nos boites perso ou d’école soit renvoyé avec la mention : « conformément aux préconisations accompagnant la loi du 21 juillet 2016 relatives au droit à la déconnexion, qui incitent à ne pas envoyer de mail en dehors des heures habituelles de travail, aucune garantie de traitement de ce mail ne peut être assurée »
- Que les téléphones d’écoles soient coupés en classe ;
- Que les portails restent fermés (après avoir prévenu les parents d’élèves éplorés de ces pauvres poussins revenant de l’orthophoniste que nous ne pouvons pas assurer le rôle de secrétariat, concierge, accompagnateur et enseignant en temps de classe (et que nous le regrettons sincèrement, parce que c’est vraiment dommage pour Kevin ou Alison, mais… aujourd’hui, c’est ainsi) ;
- Que la cantine, l’étude, les transports scolaires, la régie des travaux, le peintre et le livreur soient avertis des jours de direction, et sinon, adressez vous à la mairie…

- Qu’aucune enquête non prévue dans le référentiel (donc aucune en fait, hormis le constat des effectifs et la saisie des prévisions) et donc dans ONDE ne soit plus jamais renseignée, même pour 5 minutes…
- Que les certificats de scolarité, les livrets scolaires pour aller dans le privé, les listes pour la médecine scolaire ne puissent être traités que les jours dédiés à cela…

Chacun, dans sa basse-cour, trouvera de quoi alimenter l’expression de notre ressentiment commun.
Pour que notre pauvre dindon puisse enfin s’asseoir sur son croupion dégarni, et dans l’attente du temps nécessaire à son travail, obtenu par l’action conjointe de ses représentants associatifs et syndicaux, il puisse juste respirer un peu, juste un tout petit peu, en attendant que la Guilde des Gallinacés Autonomes soit enfin reconnue comme telle.

Parce qu’il arrive un temps où le dindon ne veut plus être moqué, parce que le temps de la dignité est largement dépassé, et que la confiance ne se joue pas dans les yeux de Kaa…

Marc Burlat


jeudi 12 novembre 2020

Tribune : GDiD, SE-UNSA, Sgen-CFDT, SNE, GTRID

Tribune commune :
GDiD, SE-UNSA, Sgen-CFDT, SNE, GTRID

École: de crises en crises
les Directrices et Directeurs d'école
en manque de reconnaissance.

Si la crise sanitaire agit comme un révélateur aux yeux de tous, elle ne fait qu’accroître jusqu’à l’insupportable les difficultés profondes des directrices et directeurs d’école.

Pour faire évoluer l’école et lui permettre de répondre à ce qu’on lui demande, il faut enfin lui reconnaître son pilotage.

La proposition de rendre la direction de l’école du premier degré autonome et responsable, de lui donner le temps et les moyens de fonctionner, de lui reconnaître sa mission spécifique, son “métier“, est un impératif reconnu par tous les acteurs de l’école. Il faut passer de la reconnaissance à la concrétisation.

Depuis trop longtemps, de nombreuses directrices et nombreux directeurs sont au bord du gouffre moral, physique, motivationnel... Trop d’entre eux demandent aussi à ne plus être seul. Trop encore démissionnent, et parfois même disparaissent.

« Bonjour, je veux parler au responsable, au Directeur ! »

Mais, qui est “le responsable“ à l’école de la République ?

Aux yeux de tous, la directrice ou le directeur. C’est ainsi qu’elle ou il le ressent aussi au quotidien. Mais dans quel cadre et avec quels moyens ?

Cette question récurrente depuis plus de 20 ans est en fait celle du pilotage de l’école, du fonctionnement de l’école, de la vie des élèves et des enseignants à l’école. C’est la question des relations avec tous les partenaires, de la sécurité, du quotidien incertain.

Malgré cela, les directrices et directeurs viennent tous les matins ouvrir ce portail vert par où passent tous leurs élèves.

L’école, ici, c’est l’école maternelle, c’est l’école élémentaire, ou encore l’école primaire qui alors regroupe les deux premières : l’école, c’est le premier degré.

Tout le monde connaît cette école, celle où il a été, celle de ses enfants, de ses nièces et neveux…

L’école du village, du quartier, son école.

Personne ne doute que l’école publique est essentielle.

Tout le monde entend parler de l’école lors d’un drame…

Et pourtant, personne ou presque ne sait vraiment comment elle fonctionne…

L’école de la République, en France, est multiple, plurielle, plus encore que tout établissement du second degré. Elle est rurale, urbaine, de 1 ou 2 classes, de 20 classes, ou plus encore. Il s’y croise de 10 à plus de 400 élèves… Et pour piloter tout cela, une directrice ou un directeur.

Ou plutôt une enseignante ou un enseignant chargé de direction.

Tout est dit : « chargé(e) de direction »

Depuis plus de 20 ans, tous les syndicats et toutes les directrices et directeurs d’école tirent la sonnette d’alarme. Les quotidiens comme les magazines ne cessent de faire des unes sur l’école… Toutes les plumes ont écrit leur vision de l’école.

Une directrice disparaît, mettant fin à sa vie, la parole se libère, et puis l’actualité l’emporte… Et la mémoire, de ce qui un temps a secoué les consciences, s’efface.

Tout le monde aujourd’hui loue l’abnégation et l’importance des directrices et directeurs d’école : « Sans vous, on ne sait pas comment on aurait fait, hein ! »

Si cette reconnaissance du quotidien fait du bien quand elle est prononcée, elle ne suffit pas à tenir.

Que représente la direction d’école ?

Être “directeur d’école “est défini dans le référentiel métier de 2014.

En particulier, « un directeur veille à la bonne marche de chaque école maternelle ou élémentaire. Il prend toute disposition pour que l'école assure sa fonction de service public », mais dans la réalité, rien ne lui permet de prendre toutes ces dispositions !

Animation, impulsion, pilotage, il assure, prépare, actualise, veille, coordonne, sensibilise, encourage, contribue, construit, met en place, procède, organise, répartit, fixe... et préside !

Dans plus des 3/4 des écoles, la direction d’école n’est dévolue au maximum qu’à ¼ de temps… 2 demi-journées par semaine… Et dans un tiers des écoles, elle est au mieux d’une journée par mois.

Comment réaliser cette prouesse ? Sur quel temps, avec quels moyens ? Comment peut véritablement s’exercer la mission des directrices et des directeurs d’école ?

Dans les plus grandes écoles, il n’est pas rare que pour 300 élèves ou plus, la direction d’école ne soit assurée qu’à mi-temps… quand dans un collège de même taille, 7 personnes à plein temps peuvent en assurer les différentes missions.

Ainsi, une directrice ou un directeur est, tour à tour ou simultanément : directrice ou directeur, comptable, infirmier, secrétaire, agent d’accueil, factotum, et accessoirement surveillant voire agent de surface… Tout cela à mi-temps pour un fonctionnement à plein temps de l’école !

Ce référentiel devient vide de sens dans la mesure où la plupart des points qui lui correspondent ne répondent pas à une responsabilité clairement identifiée, à des moyens humains ou encore au temps nécessaire pour leur mise en oeuvre, ni enfin à une définition de l’école en tant qu’établissement.

Un dernier point dans cette liste à la Prévert, la sécurité…

La sécurité de l’école. Un dossier anxiogène dans tous les territoires, avec des entrées souvent obsolètes, un manque de signaux d’alerte spécifiques, des procédures de mise en sûreté inadaptées compte tenu de la configuration de bien des bâtiments, et aucun retour sur les remarques que les directrices et directeurs rédigent avec application, suite à chaque exercice mobilisant silence et attention des enfants parqués sous des tables dans des salles aux grandes baies vitrée.

La sécurité des enfants, des personnels, encore un vaste programme irréalisable… Ou comment être responsable de quelqu’un qui entre dans l’école sans que l’on en soit informé puisqu’on est en classe…

Et pour piloter un établissement, un minimum d’autonomie est requis.

En effet, savez-vous que l’école n’est pas un établissement scolaire ?

Vous avez bien lu, l’école n’est pas un établissement. En cela, elle n’a aucune identité juridique, comptable, ni autonomie de fonctionnement.

Les finances ? De complexes circuits associatifs entre les associations de parents d’élèves, les coopératives, associations sportives, caisses des écoles… Rien de clair, tout à la marge.

L’autonomie ? Des fiches navettes, des conventions, des propositions de cursus de scolarité, des protocoles sanitaires, tout doit passer par l’approbation de l’Inspecteur. De fait celui-ci perd ainsi un temps précieux qui devrait être consacré au pilotage pédagogique de toutes les équipes, pour l’évaluation et la gestion de la circonscription.

Les Inspecteurs sont les supérieurs hiérarchiques des enseignants. Ils les évaluent, en assurent leur formation continue. Ils doivent reprendre leur cœur de métier et aider les directrices et directeurs à faire le leur. Que leurs tâches soient dévolues à cette évaluation, à la remédiation de carrière, et non à la supervision factuelle et systématique du fonctionnement quotidien de l’école !

Disons-le tout net : les directrices et directeurs refusent d’être
les supérieurs hiérarchiques des autres enseignants.

Les directrices et directeurs d’écoles pilotent, sont autonomes, responsables et professionnels. Ils considèrent qu’être responsables d’une école maternelle ou élémentaire et la piloter ne peut se faire que dans le cadre d’un travail d’équipe, dans une logique d’impulsion et de facilitation des échanges et de confiance partagée.

Le constat est clair : l’autonomie actuelle de l’école primaire n’est que de 2% (rapport OCDE).

La direction d’école, et à travers elle toute l’équipe de l’école, n’a pas aujourd’hui les moyens ni légaux ni matériels pour faire vivre cette autonomie au service du public.

Il est donc impératif, pour l’école, de donner aux directrices et directeurs la reconnaissance et les moyens des responsabilités qu’ils assument de fait aujourd’hui.

Et il est tout autant impératif de donner à l’école, quelle que soit sa taille, la reconnaissance d’un établissement.

Régulièrement, on nous dit que nous avons raison, que l’on nous comprend…Mais que tout cela a un coût.

Cela suffit !

Pour permettre aux directrices et directeurs d’école d’assurer les missions qui leurs sont confiées pour la réussite des élèves, la co-éducation avec les familles et la sérénité des équipes, il faut assumer ce coût du fonctionnement de l’école au XXIème siècle et lui en donner les moyens.

Si l’école publique est essentielle, elle ne peut fonctionner et être gérée qu’au local, au plus près des élèves, des familles, des municipalités.

Les parents d’élèves et les communes doivent avoir en face d’eux un unique interlocuteur, un directeur responsable, représentant de l’équipe enseignante, et pilote d’une école plus autonome et plus à même de répondre localement aux besoins de ses élèves.

L’avenir de l’école est là.

Il est assez simple, il s’agit d’une volonté d’inscrire
l’école dans le temps présent.

Alors collectivement ayons cette volonté !


Stéphane CROCHET, Secrétaire Général du SE-UNSA (Syndicat des Enseignants-UNSA)
Catherine NAVE-BEKHTI, Secrétaire Générale du Sgen-CFDT (Syndicat Général Education Nationale-CFDT)
Laurent HOEFMAN, Président du SNE (Syndicat National des Ecoles)
Alain REI, Président du GDiD, (Groupe de Défense des Idées des Directeurs)
Loïc BREILLOUX, pour le GTRID (Groupe de Travail et de Réflexion Indépendant de Directeurs)


lundi 9 novembre 2020

De Compostelle à Grenelle...

A l’heure où le Grenelle de l’Éducation est lancé par Jean-Michel Blanquer depuis ce jeudi 22 octobre, à l’heure où un joueur de rugby, une doyenne de science-po et un chercheur en génétique moléculaire président aux ateliers Encadrement, Gou(r)vernance des écoles et des établissements (sic), Déconcentration et autonomie, il est temps de faire, encore une fois, un point d’étape…
Encore une fois, car depuis plus de 20 ans, les plus “anciens“ d’entre nous (dont je ne fais pas partie) en ont fait, des points d’étapes, des compte-rendus, des textes et communiqués.
Depuis plus de 20 ans, le Groupement de Défense des Idées des Directeurs, ce fameux “j’ai des idées“, parcours la France, les écoles et les pages virtuelles pour écrire notre volonté d’avenir pour l’école et la direction d’école, pour échanger, aider, soulager… Notre but est ainsi complété par cette mission d'aide, de soutien de partage ou nous échangeons nos fardeaux en soulageant souvent ceux des autres, où les jurons (Nom de Grrr…) peuvent surgir comme autant de sourires ou de larmes.
Il est essentiel encore aujourd’hui de comprendre que écoles et directions sont liées.
L’avenir de l’école est lié par une relation bijective à celui de la direction d’école.

Un constat : 

Faisons simple :
Soit nous en restons à l’école des années 80, certains syndicats rejettent bien le référentiel métier de 2014 pour rester sur les textes de février 1989. D’accord, c’était l’ère de Rocard et Jospin, on peut apprécier cet héritage (c’est mon cas, je l’avoue), mais quelle que soit notre orientation politique personnelle, l’école ne vit plus au rythme des années 80…
Soit nous acceptons de considérer que le monde a évolué, et que l’école doit évoluer dans son fonctionnement. 

Les fondamentaux de l’école laïque et publique de la nation ne sont pas à remettre en cause. Les textes fondateurs de Jaurès, Ferry, Buisson, sont autant d’assises qui portent encore l’idéal républicain de notre école, celle au sein de laquelle nous accueillons, guidons, éduquons, formons, des jeunes et futurs citoyens… 

Ces fondamentaux ne sont pas antinomiques de l’évolution du fonctionnement de l’école comme ils s’accommodent des nouveautés pédagogiques, de l’état de la recherche en didactique ou même de cette sacro-sainte neuroscience… 

De colloques en assises :

Il semble que pour le temps médiatique et politique, cette école du XXIème siècle doive se définir par de vastes rencontres en ateliers, autant de raouts médiatisés au sein desquels participeront avec rigueur de nombreux acteurs réels de l’école, dont les représentants des syndicats qui depuis longtemps nous accompagnent sur notre chemin de Compostelle laïque, et d’autres plus médiatiques, polémistes, montreurs d'ours ou déballeurs de grandes idées toutes faites. 
Las…
Quel Grenelle que celui de l’éducation ! Loin de moi l’idée d’être défaitiste, pour autant, au-delà des titres flatteurs des dix ateliers, leur description laisse tout de même le pédagogue et directeur que je suis sur sa faim…
La première frustration est que nulle part, dans le document de présentation de cette importante consultation, il n’est mentionné le mot “direction“ ou “directeur“ (hormis la phrase fort sibylline qui ne nous concerne pas quant à “l’épanouissement professionnel des enseignants et des personnels de direction“ : nous ne sommes pas PerDir, mais restons les fantômes récurrents du ministère et de ses concertations).
La deuxième frustration est que la formulation du contenu du 6ème atelier, gouvernance des écoles et des établissements, malgré ce vocable surprenant (et très en mode), ne semble pas ouvrir vers l’organisation de l’école et la prise en compte de ses spécificités au regard des “établissements“. Sans compter que sa présidence étant assurée par la doyenne de Science-po, il est naturel d’avoir un a priori frileux quant à l’orientation des débats. 

« Quelles gouvernances des écoles et des établissements pour mobiliser, faire converger et développer les compétences individuelles et collectives au sein de la communauté éducative, assurer un climat scolaire serein, partager une vision commune et des éléments communs de réponse pour la réussite de chaque élève ? Avec qui et avec quels outils ? »
Si la question semble ouverte et légitime, et en comprenant que l’enjeu de ces assises dépasse le seul premier degré, nous sommes fondés à être vigilants, et dubitatifs pour le moins.

D'hier à aujourd'hui 

En effet, le long pèlerinage du GDID sur le chemin de la reconnaissance du métier de directrice et directeur d’école a déjà été pavé de tant de cailloux pointus et de déconvenues…
Rappeler ici l’article 2 des statuts fondateurs ne semble pas inutile :
« Cette association a pour objet, en France, d'arriver à la définition et à la reconnaissance légale du métier de Directeur d'École.
Cette association demande la création d'un statut original, non hiérarchique, de la Direction d'École.
Cette association demande la création d'un statut d'Établissement Public des Écoles, définissant clairement les rôles et responsabilités de chacun dans l'école. » 

Il est à noter que nous restons bien en dehors du débat que certains syndicats ont voulu créer d'un supérieur hiérarchique, souhaitant ainsi opposer le vilain “directateur“ et les gentils adjoints maltraités. Il s’agit pour nous d’une équipe qui doit travailler ensemble, chacun à son niveau, pour la réussite des élèves.
Renforcer l'autonomie de la direction de l’école renforce l'autonomie de toute l'école. 

De nombreuses pistes ont été avancées, dans le désordre et non exhaustivement : intégrer le corps des PerDir ; obtenir un statut d’emploi fonctionnel ; rester sur une définition de mission mais avec une véritable reconnaissance financière ; avoir plus de temps de décharge ; aller vers un établissement du premier degré…
La réflexion s’est affinée avec le temps, les propositions ont évolué, les arguments se sont précisés, des syndicats nous ont rejoints (d’autres nous ont méprisé en maniant la fange du caniveau sans honte)… 

Des incontournables ont émergé : 

En 2006, le GDID rappelle que l’on ne peut pas améliorer les conditions de travail sans définir en parallèle les conditions statutaires. La capacité de décision avec un pilote reconnu au sein de l’école est essentielle. 

En 2008, le GDID précise sa volonté de promouvoir la création d’un établissement du premier degré avec une limite “haute“ (maximum 500 élèves, 15 à 20 classes) mais sans limite basse (exemple d’une école à 2 classes en tant qu’établissement).
La différence étant uniquement quant aux moyens que l’on attribuerait aux écoles en fonction de leur taille et non au statut d’établissement.
Mais le schéma de pensée très “second degré“ des interlocuteurs trouble les échanges, ils ont beaucoup de mal à dissocier statut et moyens.
Il semble très difficile de faire comprendre par exemple que même dans le cas d’un établissement, la forme juridique demeurant la même, les moyens pouvant être liés à la taille, un directeur d’une école de 3 classes peut garder une charge d’enseignement. 

Pour autant, le changement de paradigme est essentiel : la directrice ou le directeur est d’abord directrice ou directeur, et elle (il) peut avoir une charge d’enseignement en complément.
Cette distinction change tout : actuellement, nous sommes des enseignants chargés de direction (d’ailleurs, ONDE ne s’y trompe pas indiquant la quotité de temps de direction comme si une école pouvait par exemple n’avoir de direction que sur 1/7ème de temps)…

Nous en sommes toujours au point mort : 

L’école continue, chaque jour, à travers crises et confinements, à travers ordres et contre-ordres. Elle dépasse le temps des médias, et les directions d’école sont comme toujours en première ligne, maillon essentiel de la continuité de l’état, maillon qui parfois cède, se déforme, mais maintient pourtant la cohésion de tous les autres maillons constituant l'école.

Un référentiel métier en 2014 est venu compléter le Décret de février 1989 relatif aux directeurs d'école, mais le temps et les moyens pour assurer les responsabilités et toutes les actions citées (le nombre de verbes injonctifs est un inventaire à la Prévert à lui tout seul) n’y sont toujours pas. 

Alors, à l’heure où débute un “Grenelle“ de l’Éducation, à l’heure où l’on veut nous faire croire que les frontières vont bouger pour aller vers l’école de demain, à l’heure où la Proposition de Loi de Mme Rilhac semble risquer de s’endormir, il nous faut prendre toutes et tous notre bâton de pèlerin Dézécolle et continuer notre chemin de traverse pour réaffirmer nos exigences, non pas tant pour nous, qu’aussi pour le fonctionnement de l’école publique, pour la scolarité de nos élèves, pour un service public d’éducation inscrit dans sa temporalité.
Nous ne pouvons pas laisser passer cette chance historique !

Des exigences communes et une association qui vit ! 

Rappelons alors que le GDID demande, avec plusieurs syndicats par ailleurs:
- une redéfinition réelle de notre métier en inversant le paradigme actuel d’enseignant à directeur pouvant assurer une charge d’enseignement et en définissant la reconnaissance d’un statut (le statut fonctionnel semblant actuellement la meilleure étape et en aucun cas, faut-il le rappeler, un statut hiérarchique !) ; 
- la redéfinition du statut de l’école vers un établissement, avec enfin l’autonomie reconnue nécessaire au fonctionnement ; 
- le temps et les moyens inhérents à ces deux premiers points. 

Enfin, pour notre communication, pour faire vivre notre association commune, pour échanger et trouver tous les points d’appui, de pression, d’ancrage, pour affiner nos arguments, témoigner, alerter, un groupe Facebook a été créé en février 2013. 

Fort aujourd’hui de 1700 membres, nous devons rappeler que son objectif n’est pas celui d’autres groupes plus généraux, il doit rester conforme à celui de l’association éponyme : échanger pour « arriver à la définition et à la reconnaissance légale du métier de Directeur d'École par la création d'un statut original, non hiérarchique, de la Direction d'École, et à la création d'un statut d'Établissement Public des Écoles, définissant clairement les rôles et responsabilités de chacun dans l'école ».
Je vole pour finir les mots de Samuel : « Si nous y rions parfois, si nous nous y entraidons et partageons souvent, c'est toujours en gardant cet objectif de reconnaissance de notre métier, avec les moyens de l'exercer. Professionnels nous devons être, mais souvent trop b/cons nous sommes. » 

Marc Burlat