dimanche 17 novembre 2019

On nous questionne, on y va !

Le voilà, le fameux questionnaire destiné aux Directrices et Directeurs d'école est arrivé. Depuis quelques jours déjà il est en ligne, bien que de nombreux Directeurs n'en aient pas été notifiés. C'est mon cas, j'ai scruté le courrier de l'école, ma boîte professionnelle, j'ai regardé les "spams", rien, néant... Je ne suis donc pas Directeur ?

L'envoi a été semble-t-il assez aléatoire, et de la part du ministère s'avérer incapable de pondre la liste des 45000 Directrices et Directeurs de ce pays ou des "faisant fonction" en dit long sur la réalité de notre existence institutionnelle, sur la considération qui nous est portée... et hélas sur la compétence des services !

Je pense à mes collègues qui passent de longues heures à inscrire ou récupérer sur Onde les coordonnées électroniques de leurs parents d'élèves pour faire des envois groupés et n'oublier personne... et qui se feront vouer aux gémonies parce qu'ils en auront laissé un de côté ! Il faut croire que les impératifs que nous nous donnons ne sont pas les mêmes que ceux de notre institution.

Ce questionnaire est déprimant. Au GDiD nous l'envisagions ouvert, prêt à accueillir les suggestions des Directrices et Directeurs. C'est en ce sens que dans un billet du blog nous vous avions proposé un document recensant une partie des améliorations immédiates possibles. Nous nous trouvons devant un questionnaire fermé dont les deux tiers semblent destinés à faire un constat : oh mon Dieu les Directeurs sont surchargés, ils ont des difficultés... Comme s'il était nécessaire de faire un constat supplémentaire, alors que j'en ai plein ma valise !

Et puis ce lien disponible sur le net sans contrôle, qui donc peut être rempli par n'importe qui alors qu'il était destiné aux seuls Directrices et Directeurs d'école. Nos adversaires s'en sont évidemment emparés immédiatement : non au statut ! Non aux caporalisme ! Non à la dictature ! Non au pouvoir hiérarchique ! Toutes ces calembredaines qui depuis vingt ans nous tuent à petit feu...

On peut aussi le remplir plusieurs fois, ce questionnaire. Nos membres s'y sont essayé. C'est absurde. Il a même été possible de le remplir de l'étranger. Quelle incohérence !

Néanmoins il est indispensable que les Directrices et Directeurs s'en emparent. Nous n'aurons certainement pas avant longtemps une autre opportunité de ce genre. Placer le mot "statut" à tout bout de champ dans les quelques espace disponibles, y écrire qu'il nous faut un statut d'emploi fonctionnel, est une absolue nécessité. L' Histoire va dans notre sens, nous ne pouvons pas nous soustraire. Peut-on aujourd'hui diriger une école comme on le faisait il y a 150 ans ? Nous sommes en 2019, élèves et familles ont changé, la société a changé, les besoins ne sont plus les mêmes. Si la réussite des élèves reste le point de mire du Directeur, il doit bénéficier d'un statut d'emploi fonctionnel clair qui lui donne les moyens de son action.

Il semble que le dépouillement de ce genre de "sondage" se fasse sur des mots-clefs dont la fréquence est importante.

Accumulation. Statut. Surchargé. Statut. Accompagnement. Statut. Servir. Statut. Aider. Statut. Soutenir. Statut. Sourire. Statut. Ordinateur. Statut. Paperasse. Statut. Rémunération. Statut. Exigeant. Statut. Épuisant. Statut. Passionnant. Statut. Dispersé. Statut. Frustrant. Statut. Courir... Vous en avez certainement d'autres (statut), lâchez-vous (statut).

C'est aujourd'hui dimanche, tiens ma jolie maman, voilà un questionnaire à remplir une fois, deux fois, trois fois...

mercredi 13 novembre 2019

Un questionnaire qui fait pssschiiit !

Je viens de lire sur le site du ministère de l'éducation nationale le communiqué de presse du ce mercredi 13 décembre. Vous pouvez cliquer ici pour le lire mais je peux vous en épargner en grande partie la teneur... parce que bon... enfin... bref...

Le ministre de l’Éducation nationale et de la Jeunesse a lancé un ensemble de travaux et de réflexions destinés à répondre aux enjeux et difficultés que peuvent rencontrer les directeurs d’école dans l’exercice de leur métier.

D'accord. Le GDiD sera-t-l consulté ? En loucedé peut-être, certains syndicats ayant une haine profonde de nous (je n'invente rien, trouvé sur un forum : "les personnages dans ton genre m'agacent au plus haut point et je vais même aller plus loin, je les exècre"). Heureusement nous avons des syndicats partenaires qui soutiennent notre demande de statut fonctionnel.

Lors de la réunion du comité technique ministériel de l’Éducation nationale, mercredi 13 novembre, le ministre a annoncé une série de premières mesures en attendant des mesures plus importantes et plus structurelles qui seront prises après concertation. Le 13 novembre, un questionnaire a été adressé à tous les directeurs d’école. Ce questionnaire vise à établir un état des lieux sur les conditions d’exercice du métier des directeurs d’écoles, leurs difficultés et leurs besoins. Ce questionnaire a été concerté avec les organisations syndicales. Il sera clos le 1er décembre prochain. La restitution des conclusions de ce questionnaire fera l’objet d’une concertation avec les partenaires sociaux, prévue le 17 décembre.

Parlons-en de ce questionnaire. Certains Directeurs l'ont reçu sur leur adresse professionnelle, d'autres sur leur boîte d'école, d'autres pas du tout - dont moi -. En revanche le lien de l'enquête se promène à tous les vents, ouvert à tous, Directeur ou non. Tenez, voilà l'adresse, mais vous la trouverez partout : https://www.consultationdirectiondecole.fr/ Nous avons fait l'essai : certains l'ont rempli deux fois voire plus, certains l'ont fait remplir à leur conjoint ou à un ami, nous avons même fait un essai depuis l'étranger... Essayez, c'est rigolo, mettez-y un copain ou votre grand-mère. Trois citations :

  • mon mari a repondu (consultant chez [grosse boîte de luxe]) et ma fille (étudiante en communication). A la fin dans les questions que l'on n'a pas posé il a écrit : "qui êtes - vous ? Je suis le mari de la directrice et j'en ai marre qu'elle passe ses WE et vacances à bosser".
  • Je l'ai fait 4 fois de mon smartphone dans le train tout à l'heure... Foutage de gueule.
  • Même pas reçu moi !

Mieux encore, certains syndicats demandent à ce que ce questionnaire soit rempli "en équipe"... Non, non, je n'invente rien, cliquez sur l'image pour l'agrandir...



Il est clair que ce questionnaire ne reflétera pas l'opinion des Directrices et Directeurs en poste. C'est pourquoi je réclame l'abandon de l'anonymat et l'identification par clef OTP pour y accéder. L'anonymat, on s'en fout, nous sommes fiers de nos opinions et nous n'avons rien à cacher. Et au moins, quels qu'en soient les résultats, il sera vraiment le reflet de ce que pensent les Directeurs d'école.

Afin d’alléger immédiatement certaines tâches des directeurs, un moratoire a été décidé, jusqu’à la fin de l’année civile, sur toutes les enquêtes pour lesquelles ils auraient pu être sollicités.

C'est gentil, ça. Généralement les enquêtes ont lieu en septembre-octobre. Alors... euh... comment l'exprimer...

Pour faciliter la fin de l’année, une journée supplémentaire de décharge a été allouée, pour tous les directeurs d’école, sur la période novembre - décembre 2019.

C'est gentil aussi. Mais de nombreux collègues, déchargés comme moi une fois par mois, me font savoir qu'il n'ont déjà pas eu les "décharges" auxquelles ils avaient droit. Cela risque donc d'être compliqué. A force de supprimer des postes de remplacement ou de piocher dedans pour répondre aux dédoublements... On va bien rigoler, et pourquoi je suis dubitatif ?

Des groupes départementaux de consultation et de suivi seront mis en place avant la fin de l’année civile. Ces groupes seront réunis régulièrement pour permettre d’identifier des pistes d’allègement de tâches administratives et s’assurer du suivi des mesures d’amélioration des conditions de travail et des missions des directeurs. Ils seront pilotés par les DASEN, auxquels seront associés les représentants des organisations syndicales et des représentants institutionnels. Des élus locaux seront associés à ces travaux en fonction des thèmes abordés.

Pilotés par des DASEN, avec des élus locaux et des représentants syndicaux, on appelle ça des comités Théodule. Déjà que n'existent pas dans tous les départements les aides à la Direction d'école qui devraient normalement être la norme... Bref. On va bien rigoler, encore une fois. Mais que de temps et d'énergie perdus !

Des réunions de directeurs d’écoles volontaires seront organisées, dans toutes les circonscriptions, par les inspecteurs de l’Éducation nationale, entre novembre et février. L’objectif de ces rencontres est de susciter l’expression des directeurs sur les thématiques identifiées : équipe pédagogique, relations avec les parents d’élèves, relations de travail avec la commune ou l’EPCI, relations de travail avec la hiérarchie, etc.

Beaucoup d'IEN ont déjà prévu les premières réunions. Ce qui en sortira me parait douteux, parce qu'extraire des données générales de problèmes particuliers est extrêmement compliqué. Mais si la parole peut s'épancher, si les Directrices et Directeurs peuvent exprimer leurs sentiments de solitude et d'abandon auprès de leurs pairs, alors oui c'est bon à prendre. Mais sur quel temps ? Parce que la question du temps est pour nous une question majeure.

À la suite des conclusions de la consultation des directeurs d’école et de la réunion avec les partenaires sociaux du 17 décembre prochain, le ministre pourrait annoncer une série de mesures complémentaires en matière de simplifications administratives et d’allègements pour les directeurs d’école.

Wait and see.




lundi 11 novembre 2019

Nawak !

On veut nous mettre des emplois-civiques pour recevoir les familles ? Euh... comment exprimer que s'il existe UN domaine où la Directrice ou le Directeur ne peut pas être remplacé, c'est bien celui-là ? Et puis, quel cerveau a pu inventer une pareille ânerie ?


dimanche 10 novembre 2019

Mobilisation générale !

Chère ou cher collègue...

Si vous lisez ce billet c'est parce que pour vous les mots "Directrice d'école" ou "Directeur d'école" ont une signification profonde. Le référentiel n'est pas une vue de l'esprit, car dans votre métier de Directrice ou Directeur c'est tous les jours que vous le mettez en oeuvre : animation, impulsion et pilotage sont pour vous des réalités concrètes; les responsabilités relatives à votre fonction vous les assumez pleinement; les relations avec les familles ou les partenaires institutionnels ont pour vous une signification quotidienne.

Pour autant vous le savez rien n'est fait pour nous aider. Les charges se sont accumulées, la reconnaissance qui nous est due est presque inexistante, et la question relationnelle est devenue parfois ingérable.

C'est pour cela que le GDiD lutte depuis vingt ans, avec un relatif insuccès il est vrai, et quelques réussites que certains syndicats se sont appropriées après les avoir combattues. Mais ce n'est pas grave, ce qui compte c'est qu'au final la Direction d'école soit enfin reconnue par tous comme un vrai métier qui mérite mieux que ce que nous connaissons aujourd'hui. L'école a changé, il faut que notre fonction change aussi.

Dans quelques jours chaque Directrice et Directeur d'école recevra du ministère un questionnaire avec une cinquantaine d'items. Il aura fallu un suicide très médiatisé pour y arriver. C'est épouvantable mais c'est ainsi que notre monde fonctionne. Pour la première fois, le ministère nous demande notre avis, à nous et à nous seulement ! Pas aux syndicats, pas aux enseignants en général, non, à nous uniquement Directrices et Directeurs.

Ce questionnaire, qui sera anonyme, devrait être organisé en trois domaines :
  • La description de votre école et son contexte;
  • Votre métier : la gestion du temps; le respect, l'écoute, la considération, les interactions avec les partenaires; l'autonomie d’action et l'autorité décisionnelle;
  • Des commentaires libres autour de trois questions : Comment envisagez-vous votre fonction de direction ? Quels seraient vos besoins pour améliorer le quotidien ? Quelle question a été oubliée ?

Certains voudraient limiter nos revendications à un allègement des tâches et à une amélioration de notre traitement. Ce sont bien entendu des points importants, mais nous ne pouvons pas nous en contenter ! Si aujourd'hui nous ne réclamons pas un changement profond de notre fonction, une redéfinition et une rénovation complètes, alors rien ne changera vraiment, l'épuisement, l'isolement et les insultes resteront notre pain quotidien. C'est aujourd'hui que nous devons réclamer un statut spécifique, c'est aujourd'hui que nous devons réclamer une profonde rénovation de l'école.

NOUS N'AURONS PAS UNE AUTRE OCCASION !

Vous devez répondre à ce questionnaire. Prenez le temps qu'il vous faudra, réfléchissez bien à votre situation, à notre situation, n'écoutez pas les syndicats qui voudraient nous voir mis à terre. Pensez que vous n'êtes plus depuis longtemps un "enseignant comme les autres". Pensez que la vision que vous avez de votre école, globale, équitable et axée sur la réussite des élèves, n'est plus forcément en phase avec celle des enseignants avec lesquels vous travaillez qui souvent pensent  d'abord à leurs propre sort avant celui du fonctionnement général de l'école. Pensez que vos responsabilités ne sont pas comprises, que votre investissement n'est pas toujours reconnu, que vous n'avez pas les mains libres pour votre action. Et n'hésitez pas à réclamer ce qui nous est absolument nécessaire, soit un statut fonctionnel. Si vous ne le faites pas maintenant, encore une fois il faudra attendre longtemps pour qu'on vous redemande votre avis. C'est une opportunité unique.

Le GDiD peut vous aider à remplir ce questionnaire. Chaque école a bien entendu ses propres difficultés, parfois spécifiques. Mais pour ce qui concerne l'allègement des tâches par exemple certains problèmes sont très communs. C'est pourquoi des membres du GDiD (merci Fanny et Samuel) ont concocté pour vous un document qui recense quelques-uns de ces problèmes, avec des solutions possibles. Vous le trouverez ici au format doc ou ici au format pdf.

Pour ce qui concerne le projet du GDiD de statut d'emploi fonctionnel, vous pouvez vous référer à un billet précédent qui explique notre vision : il s'appelle "Un cadre nouveau" et vous le trouverez là. Mais peut-être ce projet ne vous correspond-il pas totalement ou vous gêne-t-il en partie ? Aménagez-le alors à votre convenance, même si nous pensons qu'il est logique et se tient. Mais quoi qu'il en soit  nous ne devons pas laisser passer cette opportunité exceptionnelle de réclamer un statut d'emploi fonctionnel pour les Directrices et Directeurs d'école de France.

C'est rare, mais je vais aussi vous réclamer un acte militant, celui de répandre ce billet autour de vous, auprès des Directrices et Directeurs de votre connaissance, auprès des écoles que vous connaissez. Si je vous le demande c'est parce que nous ne pouvons pas écrire à toutes les écoles, hélas, comme nous pouvions le faire il y a quelques années. Certains ne connaissent pas le GDiD, certains ne connaissent pas notre projet, certains ne savent pas que ce questionnaire va arriver et peut-être n'en saisiront-ils pas l'importance. Alors...

MOBILISEZ-VOUS ! MOBILISEZ AUTRUI !

Le calendrier ministériel est le suivant :

  • Le questionnaire sera diffusé - normalement - le 12 novembre sur les boîtes pro des Directrices et Directeurs d’école et des personnels faisant fonction.
  • Le Ministère demande parallèlement aux IEN d’organiser des rencontres de circonscription.
  • Le Ministre fera des propositions, notamment d’allègement des tâches, à l’issue du dépouillement et de la présentation aux syndicats le 17 décembre.
  • Agenda social : en janvier, "procédures et missions des directeurs et directrices, conditions de travail et formation"; en février, "réflexion approfondie sur la direction d’école, le fonctionnement de l’école"; en mars–avril, réunions pour échanger sur la rémunération.

On y croit !

Pascal Oudot





jeudi 24 octobre 2019

Un cadre nouveau...

Que souhaitent les Directrices et Directeurs d'école ?

Ils veulent travailler dans la sérénité, c'est à dire pouvoir exercer leur charge de Direction au quotidien sans avoir simultanément à gérer leurs élèves, car aujourd'hui les deux fonctions de Directeur et d'enseignant s'entravent souvent l'un l'autre. Ceci n'était pas le cas lorsque j'ai débuté mon métier de Directeur il y a vingt ans. Serait-ce parce que notre institution a trop chargé la barque ? Certainement en partie, mais mon expérience me montre surtout que d'une part nos élèves ont changé et que leur besoin d'attention individuelle a pris des proportions importantes, et d'autre part que les nécessités de la mission du Directeur d'école ne sont plus du tout les mêmes. Les besoins des familles ou de nos autres interlocuteurs sont souvent immédiats, la sécurité de nos écoles et de nos élèves ne peut attendre, nous travaillons trop dans l'urgence et notre responsabilité est trop fortement engagée pour que nous nous permettions de nous abstenir de répondre à un coup de téléphone, de prévenir immédiatement la mairie d'un problème matériel ou sanitaire, ou de vérifier si les absences de nos élèves sont ou non justifiées.

Dans ce cadre nouveau, continuer à pouvoir enseigner aux élèves devrait être un choix et non une charge. Mais si les Directrices et Directeurs actuels s'imaginent qu'un temps de "décharge" augmenté suffirait à leur bonheur, ils se fourent le doigt dans l’œil, car cela n'enlèverait rien au poids quotidien de leur travail. A mes yeux le Directeur devrait n'avoir aucune charge de classe, mais pouvoir exercer auprès des élèves selon ses disponibilités et les besoins de son école.



Observons donc autour de nous : cette possibilité existe-t-elle ? Pas à ma connaissance. Le statut actuel des "personnels de Direction" ne répond aucunement à ma vision des choses. C'est donc un statut spécifique au primaire que je pense nécessaire, un statut non plus de professeur des écoles chargé d'une Direction, mais un statut de Directeur issu du corps des PE et pouvant éventuellement enseigner. J'inverse donc le système actuel. Plus même, je réclame un statut fonctionnel, c'est à dire uniquement attaché à la fonction lorsqu'un enseignant souhaite l'exercer, mais qui autorise le retour éventuel au corps des PE. Cela impliquerait évidemment que la fonction de Directrice ou Directeur d'école serait rémunérée non avec une échelle spécifique mais en points d'indice supplémentaires (bonification indiciaire) ou avec une prime, que le retour au corps des PE ferait disparaître. Il n'y aurait donc aucune discrimination, la fonction étant accessible à tous à condition d'être en amont enseignant du primaire.

Le Directeur d'école n'a donc plus charge de classe. On peut imaginer que dans une "petite" école sa disponibilité est alors suffisante pour lui permettre d'exercer son métier sans difficulté majeure. Cela pose néanmoins un problème budgétaire pour l'Etat : les 45 000 écoles actuelles nécessitent déjà à la louche aujourd'hui environ 12 000 PE pour exercer les temps de "décharge" nécessaires, sur près de 30 000 "remplaçants" (pour 251 000 classes), et comme il n'est pas question de piocher dans ce contingent déjà réduit mais indispensable, il faudrait créer plus de 30 000 postes... pour un résultat peu probant car les limites du système seraient vite atteintes. Effectivement à partir de sept ou huit classes un Directeur est rapidement saturé par ses devoirs et ses responsabilités, et certaines périodes de l'année sont largement plus lourdes que d'autres. Je n'oublie pas que Christine Renon n'avait "que" onze classes à gérer, de maternelle certes, et que son absence de charge de classe ne l'a pas empêchée de craquer. Celles et ceux qui me lisent et sont dans des situations similaires ou pires comprennent de quoi je veux parler.

Alors il n'est pas impensable d'imaginer les Directrices et Directeurs d'école entourés d'une équipe, comme le sont les chefs d'établissement du collège par exemple. Un secrétariat, un CPE... Mais évidemment mon précédent discours sur la contrainte budgétaire que cela implique prend une ampleur disproportionnée. Seule solution : la fusion d'écoles. Combien de communes françaises n'en ont que deux, une maternelle et une élémentaire, qui bénéficieraient avantageusement d'une telle fusion ? Elle serait d'abord logique et supprimerait la question des admissions annuelles en CP, une école maternelle n'abondant souvent de ses élèves qu'une seule école élémentaire. Pédagogiquement elle serait certainement souhaitable, favorisant projets communs et répondant mieux aux besoins des élèves en difficulté, autorisant un réel suivi et des aménagements de scolarité sur tout le cursus. Elle permettrait également aux enseignants de travailler du cycle 1 au cycle 3 selon leurs envies, ou de "suivre" une classe de GS au CP pour faciliter ce passage parfois difficile. Les Directrices et Directeurs d'école qui gèrent actuellement une école "primaire" savent tout l'intérêt de ne plus avoir deux écoles séparées administrativement. L'éloignement éventuel des bâtiments ? Dans la mesure où le Directeur n'aurait aucune charge de classe, cela ne poserait pas de vraie difficulté.

Deux points méritent notre attention quant à la fusion des écoles : d'abord la question territoriale, ensuite celle des effectifs. A l'heure actuelle une fusion n'a pas un énorme intérêt pour le Directeur : passer de six classes avec une journée de décharge à dix avec deux journées ne changera rien pour lui, la charge même pourra empirer avec la gestion éventuelle de deux sites. Dans le cadre que j'ai défini plus haut en revanche cela devient intéressant, et je vais m'expliquer. Une fusion doit être logique territorialement, c'est à dire que les communes ou autres regroupements doivent pouvoir choisir sans jamais oublier l'intérêt des élèves ni des familles; à ce titre le rapport d'information récent du Sénat dont j'ai parlé dans un billet précédent est passionnant à lire, qui ne cache rien des préoccupations des élus ruraux quant à cette logique de territoire en termes par exemple de bassin, de distance, de transport. La question est tout autant valable dans une métropole, avec de plus la question cruciale des effectifs. J'ai souvent entendu les adversaires du projet du GDiD exprimer - avec raison - leur crainte de la constitution d' "usines à gaz" réunissant plus de classes que nécessaire, avec plusieurs centaines d'élèves. Je pense qu'évidemment l'Etat devrait avoir dans ce domaine un rôle régulateur face à des choix peu pertinents d'élus. Mais je n'oublie pas que ces "usines à gaz" existent déjà qui regroupent dix-huit, vingt, vingt-cinq classes... ou plus ! Oui, elles existent. Je ne doute pas une seconde que je recevrai après la parution de ce billet un certain nombre de témoignages de Directrices et Directeurs exaspérés.

Le rapport du Sénat que j'ai évoqué plus haut peut nous éclairer. Pour l'Etat, il existe une seuil de "viabilité pédagogique", c'est à dire qu'en-dessous d'un certain nombre d'élèves on observe une perte de moyens budgétaires et matériels, ainsi qu'une fuite des familles. Je cite :

" [...] Le seuil de 200 élèves est souvent évoqué par les autorités académiques comme un seuil de viabilité pédagogique. Or, les collèges de moins de 100 élèves sont une réalité, particulièrement dans les zones de montagne. Le maillage des collèges étant plus lâche et impliquant déjà davantage de temps de transport pour les élèves, la rationalisation du réseau des collèges en est d'autant plus difficile.

[...] Du point de vue de l'éducation nationale, la politique de concentration scolaire permet :
- d'assurer la qualité des enseignements, notamment lorsque le nombre d'élèves par classe est insuffisant ;
- de répondre à la problématique d'attractivité des postes d'enseignants, qui mène à l'affectation d'enseignants débutants voire à des vacances de poste, à des difficultés de remplacement ;
- d'améliorer les conditions matérielles d'apprentissage des élèves (bâti scolaire, restauration, accès aux terrains de sport ou zux bibliothèques, équipement numérique) ;
- de mieux répondre à l'impératif d'inclusion scolaire, par la constitution de structures adaptées (ULIS) ;
- de renforcer l'offre périscolaire et extrascolaire.

Comme l'a confié à la mission d'information un IA-DASEN, les regroupements scolaires visent, en accroissant la qualité de l'offre éducative des écoles rurales, à mettre fin à une réalité souvent tue qu'est l'évitement des petites écoles par des familles, dont un certain nombre font le choix de scolariser leurs enfants dans les chefs-lieux de canton. M. Renaud Averly, président de la communauté de communes du pays rethelois, rapportait que la transformation d'un RPI dispersé en un RPI concentré dans un pôle scolaire avait porté ses effectifs de 170 à 225 élèves, par le seul tarissement des « fuites » vers la ville. [...] "

Ce seuil de 200 élèves est facile à atteindre dans le primaire dans le cas d'une fusion. Mais il faut garder une chose à l'esprit et ne pas en démordre : c'est l'intérêt de nos élèves qui prime ! Ce qui signifie qu'il ne faut pas s'interdire des fusions plus petites, ni imaginer qu'il soit absolument nécessaire d'en faire beaucoup plus ou encore d'en trop restreindre la taille. Faudrait-il donner une ampleur maximale ? Je le pense. Comme je pense que scinder certaines écoles monstrueuses d'aujourd'hui ne serait pas forcément une erreur. Pourquoi ne pas construire de nouveaux bâtiments, plus modernes, adaptés à nos besoins pédagogiques, et de taille raisonnable pour conserver des rapports humains constructifs ? L'aide de l'Etat serait la bienvenue. Et ce serait une belle et grande évolution pour l'Education nationale.

Dans ce cadre nouveau un Directeur d'école, chef d'établissement fonctionnel du primaire, aurait toute sa place et prendrait toute son ampleur. Assisté d'une équipe administrative et pédagogique, il pourrait tout donner pour la réussite des élèves de son établissement. A condition d'avoir les moyens de son action. Et cela pour moi passe par une nouvelle définition de l'école. Elle n'a aujourd'hui aucun statut, certaines décisions forcément ne peuvent pas être prises "en interne" puisqu'elle dépend directement de l'institution. Ainsi par exemple la gestion des absences : depuis la rentrée 2019 les enfants de Petite Section qui s'endorment à midi le nez dans leur assiette ne peuvent faire la sieste chez eux sans le consentement explicite d'un IEN; un Directeur d'école chef d'un établissement juridiquement reconnu aurait le droit d'en décider lui-même, puisqu'il en prendrait la totale responsabilité aux yeux de la Loi. J'en passe et des meilleures. Comme Directeur d'école je revendique haut et fort le droit de pouvoir faire moi-même certains choix. Et d'en assurer en pleine connaissance la responsabilité judiciaire.

Dois-je exprimer qu'un Directeur d'école chef d'un établissement à l'existence juridique reconnue aurait une autre envergure face à des familles difficiles ? Et puis gérer des cas compliqués en équipe administrative, avec un référentiel clair, est certainement plus facile que seul comme aujourd'hui. Comme Directeur il m'est arrivé de nombreuses fois de me faire engueuler devant mes élèves et leurs parents, au seuil de ma classe. Si je peux épargner ça à ceux qui exerceront mon métier, je suis prêt à beaucoup.

J'ai une certaine vision de l'école. Vieil instituteur, je n'ai pas la nostalgie d'une époque révolue même si je regrette la facilité passée d'exercer mes deux métiers. Tout a changé, il faut en tenir compte, nous n'enseignons plus comme il y a quarante ans, les besoins et les revendications des familles sont différents, les rapports humains aussi ne sont plus aussi simples et honnêtes. Il est temps, largement temps, d'imaginer une autre école.


mardi 22 octobre 2019

Les nouveaux territoires de l'éducation...

Un document passionnant vient d'être mis en ligne sur le site du Sénat. Nos sénateurs sont des élus des "territoires", on comprend donc l'intérêt et la préoccupation de la chambre haute pour la fracture territoriale. Ce Rapport d'information de MM. Laurent LAFON et Jean-Yves ROUX s'intitule "Les nouveaux territoires de l'éducation" et s'intéresse particulièrement au tissu éducatif rural. Au-delà des constats chiffrés, il nous expose également quelques exemples actuels d'organisations différentes du système scolaire, ainsi que des propositions innovantes qui rejoignent en grande partie mon discours permanent quant à la nécessaire réinvention de l'école.

Ce rapport pourfend au passage une vision stéréotypée de l'école rurale telle qu'elle est encore véhiculée par certains syndicats qui se croient encore en 1878 lorsque la loi obligea les communes à posséder et donc souvent à construire leurs écoles, leur proposant même des plans types.



Lorsque j'écris que ce sera aux territoires de faire leurs propres choix de regrouper ou non les écoles, et non à l'éducation nationale, c'est dans un objectif d'efficience et de synergie. Qui mieux que les communes d'un canton pourront décider de ce qui correspond aux besoins de leur population ? Il n'est pas écrit autre chose dans l'avant-propos :

"Il ne s'agit pas de remettre en cause la définition au niveau central des principes et du contenu de l'enseignement scolaire, garante de l'égalité et de l'unité de notre pays. Mais, la mission d'information a souhaité savoir si cette politique prenait en compte les spécificités et les besoins des territoires. En effet, si la République est une, les territoires de la France sont multiples, avec des contraintes, des difficultés, ou au contraire des avantages, que l'on ne peut passer sous silence. [...]

À l'issue de ce travail, la mission d'information regrette que la politique éducative demeure trop centrée autour de deux éléments : l'échec scolaire et la situation socio-économique des parents. La donnée territoriale et les spécificités et besoins des territoires, nés de la géographie ne sont que trop peu pris en compte, voire méconnus par le ministère de l'éducation nationale. Elle ne l'est que dans les réseaux d'éducation prioritaire, - et encore très partiellement - créant de fait une dichotomie entre l'éducation en réseau d'éducation prioritaire (REP) d'une part, et hors réseau prioritaire d'autre part. La mission d'information plaide ainsi pour une approche plus progressive, permettant de prendre en compte les établissements hors REP, mais connaissant de réelles difficultés."

La DEPP (direction des études, de la prospective et de la performance) met en place actuellement une nouvelle grille d'analyse territoriale, fondée sur le degré de ruralité et d'urbanisation des communes disposant d'une école ou d'un établissement.

"Plusieurs types d'écoles sont désormais identifiés en fonction de leur localisation :
- la ruralité « éloignée », peu dense et très peu dense ;
- la ruralité « périphérique » peu dense et très peu dense ;
- les petits bourgs et petites ville de l'espace rural ;
- l'« urbain périphérique peu dense » ;
- l'urbain dense et très dense.
Selon cette typologie, la répartition en métropole du nombre d'établissements, des élèves et des enseignants dans les écoles et collèges est la suivante :


Contrairement donc à ce qu'on peut imaginer, les élèves français sont très nombreux - et dispersés - dans "la ruralité".

" [...] en 2017, l'espace rural - tel que défini par la mission ruralité de l'IGEN et l'IGAENR20 - comptait ainsi 36 % des écoles de France métropolitaine, scolarisant 20 % des écoliers ; 45 % des écoles de l'espace rural comptaient une ou deux classes et 38 % des collèges avaient moins de 200 élèves."

En fonction de ces chiffres, le rapport préconise de revoir la répartition des budgets de l'éducation nationale.

"La mission d'information constate ainsi que le critère territorial n'est pris en compte que dans de très rares exceptions. C'est le cas de la notion de « zones urbaines sensibles », qui rejoint la politique de la ville : sa définition repose - mais pour partie seulement - sur un critère géographique. Paradoxalement, cette première incursion territoriale est source d'inégalités géographiques supplémentaires, puisque par nature, la notion de « zones urbaines sensibles » n'inclut pas les territoires ruraux. Notre collègue Olivier Paccaud s'en été d'ailleurs ému dans une question orale de décembre dernier, indiquant que le recours à ce critère pour définir les écoles éligibles à la politique de l'éducation prioritaire «peut s'avérer un critère injustement discriminatoire, puisqu'il restreint un soutien scolaire aussi indispensable en milieu rural ». [...]

Aussi, la mission d'information partage l'analyse de M. Jacques Lévy, professeur de géographie à l'Université de Reims Champagne-Ardenne lequel a indiqué lors de son audition la nécessité d'une territorialisation de la politique éducative afin de « passer de l'uniformité inégalitaire à la différenciation égalitaire ».

Les moyens accordés par l'état (dotations budgétaires, matériels, postes d'enseignants...) sont primordiaux et inégalitairement répartis. Mais il faudrait pas croire que les petites communes sont restées aveugles et immobiles face aux besoins éducatifs de leur territoire. Elles sont nombreuses depuis plusieurs décennies qui ont choisi de mutualiser leurs moyens financiers et techniques en créant des RPI ou des ERR.

"À la rentrée scolaire 2017, l'on comptait 4 949 RPI, dont un tiers sont des RPI concentrés (1 648), dans lesquels étaient scolarisés 531 648 élèves. Si le nombre de RPI n'a que très légèrement augmenté depuis une quinzaine d'années, les RPI concentrés sont de plus en plus nombreux : ils n'étaient que 962 en 2003-2004. [...]
Mis en oeuvre sous l'impulsion d'une circulaire de 1998, les réseaux d'écoles ou écoles rurales en réseau (ERR) sont des regroupements d'écoles ou de RPI de plusieurs communes autour d'un projet pédagogique commun, avec souvent une mise en commun d'équipements (sportifs, informatiques...) par les communes concernées. Ils n'ont pas vocation à modifier la structure pédagogique des écoles et des classes existantes. On recensait 170 réseaux d'écoles à la rentrée 2017.
Des expérimentations ont également associé une ou plusieurs écoles et leur collège de secteur, afin de renforcer la continuité des parcours des élèves, notamment dans le cadre du cycle 3, et de favoriser les synergies (échanges de service entre professeurs, mutualisation de moyens administratifs, actions communes). Elle peut prendre la forme d'une mise en réseau ou de l'implantation physique d'une école primaire dans un collège."

Je n'ai jusqu'à présent jamais entendu quiconque se plaindre d'une telle organisation - si j'excepte certaines bisbilles entre élus - et surtout pas les enseignants qui ne sont plus isolés, peuvent construire des projets qui fédèrent énergies et échanges, sont parfois regroupés dans des structures neuves, et ont souvent plus de matériel parce qu'un budget commun l'autorise. Sans oublier l'éventuelle disponibilité ou création d'équipements sportifs mutualisés voire d'une piscine intercommunale dont le coût est alors supportable. L'intérêt pédagogique de telles structures - car la réussite des élèves restera pour moi un leitmotiv inébranlable - me parait difficile à contrer. Je n'ai jamais non plus entendu personne se plaindre que la Directrice ou le Directeur ne soit pas forcément "sur place", ce qui peut faire pièce aux craintes irraisonnées qui me vienne régulièrement aux oreilles lorsque j'évoque la nécessaire fusion d'écoles ou leur regroupement territorial sous la direction d'un chef d'établissement du primaire.

L'exemple donné ci-dessus des collèges est particulièrement intéressant pour moi, dans le cadre des regroupements d'écoles que je persiste à penser aujourd'hui indispensables. Je veux attirer votre attention sur quelques chiffres particulièrement parlants donnés par la mission d'information.

"L'attention de la mission d'information a été attirée sur l'avenir des petits collèges ruraux, également touchés par la déprise démographique et qui semblent à terme menacés dans certains départements.

Le seuil de 200 élèves est souvent évoqué par les autorités académiques comme un seuil de viabilité pédagogique. Or, les collèges de moins de 100 élèves sont une réalité, particulièrement dans les zones de montagne. Le maillage des collèges étant plus lâche et impliquant déjà davantage de temps de transport pour les élèves, la rationalisation du réseau des collèges en est d'autant plus difficile."


Combien d'écoles en France comptent largement plus d'élèves que ces collèges ? Pourtant celles-ci ne disposent d'aucun moyen pour appuyer leur travail, les Directrices et Directeurs d'école doivent faire face seuls à toutes les responsabilités pédagogiques, administratives, d’organisation et relationnelles qui leur incombent. Ce qui n'est pas propice à la stabilité des personnels lorsque ceux-ci travaillent dans des conditions indignes de notre époque.

"Tant les collectivités locales, que les établissements scolaires mènent au niveau local de nombreuses expérimentations. Mais celles-ci butent sur plusieurs obstacles : absence de synergie avec l'éducation nationale, une multiplicité d'acteurs ne partageant pas le même langage ou la même conception du projet éducatif, ou encore le départ de la personne ressource entraînant une stagnation, voire un recul des projets menés."

Notons parallèlement la multiplicité des interlocuteurs au sein de l'institution. Si le chef d'établissement du collège possède les compétences juridiques nécessaires aux projets co-construits avec les élus de son secteur, ce n'est aucunement le cas du Directeur d'école. Un chef d'établissement du primaire serait autrement plus utile.

"La multiplicité des interlocuteurs de l'État, aux périmètres de compétence et aux responsabilités divers, a été citée comme une source de difficulté pour les élus locaux.
Lors de leur audition, les représentants de France urbaine ont ainsi mis en avant qu'ils étaient confrontés à « trop d'interlocuteurs à chaque strate - directeur d'école, chef d'établissement, IEN de circonscription, IEN-ASH, etc. - tous n'ayant pas forcément de pouvoir de décision » et soulignaient la nécessité d'avoir des interlocuteurs, sinon unique, au moins en nombre suffisant.
[...] En outre, la carte des circonscriptions du premier degré et celle de la sectorisation des collèges - qui relèvent de procédures différentes - ne coïncident que très rarement, ce qui constitue un frein non négligeable au développement de projets pédagogiques alliant écoles et collège."

Les territoires ruraux méritent d'être mieux considérés. L'égalité de droit, pourtant inscrite dans la Constitution, n'y est pas respectée. Que les enfants de ces territoires n'aient pas accès aux mêmes possibilités que ceux des métropoles est aujourd'hui une inégalité structurelle à laquelle il est indispensable de mettre fin.

On va me rétorquer avec justesse que la constitution d'établissements du primaire ne va pas de soi partout. Effectivement le maillage scolaire reste encore en partie diffus, surtout dans des régions de montagne. Mais cette diffusion s'estompe progressivement. Ainsi entre 1990 et aujourd'hui le nombre de classes uniques a diminué de moitié.


Il en reste néanmoins beaucoup, et clairement toutes ne pourraient pas si facilement se joindre à un regroupement. Même si la synergie des volontés et des moyens justifient la création des établissements du primaire, il ne peut être question d'y procéder à marche forcée, partout et simultanément. Il ne faut pas oublier qu'une offre éducative de proximité reste primordiale pour nos élèves, il n'est donc pas question de supprimer bêtement des écoles au nom de la modernité. Ceux qui voudraient faire croire que c'est ce que je réclame font une lourde erreur.

"La mission d'information considère que le maintien d'une offre scolaire de proximité, partout sur le territoire, est au fondement de notre contrat social. Ce choix politique doit primer sur les considérations gestionnaires et budgétaires."

Il restera donc pendant longtemps des écoles, à charge pour l'Etat de faciliter leur travail et de veiller à l'égalité territoriale. D'autant que la question des transports des élèves est primordiale, qu'il s'agisse du coût ou du temps.

"Comme l'a affirmé la direction générale de l'enseignement scolaire devant la mission d'information, dans le premier degré il n'est ni possible, ni souhaitable de définir au niveau national une grille uniforme avec des seuils d'ouvertures et de fermetures de classe. Pour la mission d'information, ces réflexions, ainsi que celles sur l'offre de formation et l'enseignement de proximité ne peuvent faire abstraction de la question des temps de trajet des élèves. Or, la mission d'information a constaté que la dimension « temps de trajets des élèves » est très mal connue par l'éducation nationale. En effet, le transport des élèves ne relève pas de sa compétence mais de celle des collectivités territoriales. De l'aveu même de la DEPP lors de son audition, les transports scolaires constituent « l'angle mort de la DEPP pour l'estimation du temps de transport ».

[...] Des temps de trajets très - trop - longs peuvent avoir des conséquences sur la réussite scolaire. Comme l'indique cette étude, « cette variation du temps de transport peut être source d'inégalités. À tel point que certains « décrocheurs », comme des garçons scolarisés en lycée professionnel, motivent leur décrochage par un faisceau de facteurs où l'on peut trouver des temps de transport jugés trop longs ».
La mission d'information juge essentiel de disposer de données plus complètes sur la durée des temps de trajets des élèves, ainsi que leurs effets sur la scolarité des élèves. Or, cet enjeu n'est pas suivi par le ministère et, plus largement, ne fait pas l'objet d'études nationales consolidées que ce soit en termes de temps de transports, de tarifs ou encore d'impacts sur les apprentissages.

[...] La mission d'information s'est interrogée sur l'opportunité d'édicter une limite maximale de temps de trajet entre le domicile de l'élève et l'établissement scolaire, à l'instar des propositions de l'association des maires ruraux de France - laquelle propose une limite maximale de 30 minutes de trajet - ou de la mission « Agenda rural » - 20 minutes maximum de trajet pour le primaire. Toutefois, elle tient à rappeler que toute création de seuil plafond uniforme peut se heurter à des cas spécifiques. Aussi, il lui parait important de laisser à l'intelligence territoriale le soin de mieux prendre en compte cette dimension. Pour cela, un travail concerté avec les collectivités territoriales, les parents d'élèves, les recteurs et les DASEN est nécessaire."

Ainsi pendant de très longues années subsisteront encore des écoles dans certains secteurs ruraux, mais pour autant il ne faudrait pas imaginer que les élus de ces territoires soient nostalgiques d'une époque révolue, aveugles face à la réalité de leurs communes, ou sourds à la modernité. Les déplacements y sont indispensables pour bénéficier de la plupart des services ou des commerces. Imaginer nos petits villages ou nos hameaux repliés sur eux-mêmes est une absurdité. Comme l'exprimer un élu :

" « Le mirage du principe "un village sans école est un village qui meurt" conduit à des aberrations où l'utilisation des locaux, et donc de l'argent public est totalement déconnectée des décisions. En zone de montagne où les communes possèdent souvent de nombreux hameaux et des centre-village les déplacements sont inévitables. Autant les organiser de façon rationnelle par rapport à la qualité de l'enseignement plutôt que par rapport à une image communale désuète. L'éducation nationale pourrait dans ces cas apporter l'expertise nécessaire pour éclairer les positions les élus."

Je ne saurais trop vous recommander la lecture complète de ce rapport passionnant, afin d'éclairer la vue et les discours. Le GDiD ne veut pas uniformiser l'école dans notre pays, il veut la changer pour l'adapter aux besoins de notre époque, qui restent multiples et différents. Certainement alors les Directrices et Directeurs d'école - comme les enseignants - trouveront matière à y travailler sereinement pour le bien de nos élèves, où qu'ils vivent et quelles que soient leurs origines sociales.


samedi 19 octobre 2019

50 questions... pourrions-nous négliger une main tendue ?

M. le Ministre de l'Education nationale a informé il y a quelques jours les syndicats que le ministère enverrait après les vacances de la Toussaint aux Directrices et Directeurs d'école un document comprenant cinquante questions.

Je crois qu'il ne faut pas se tromper quant à l'objectif de cette campagne de questionnement. Pour la première fois le ministère veut interroger directement les premiers intéressés, et non les "équipes" ou les "écoles" ou les centrales syndicales dont les positions sont parfaitement connues. En 2006 le GDiD avait commandé à l'IFOP un sondage auprès des Directeurs d'école, auquel plus de 10000 avaient répondu.


A l'époque l'IFOP elle-même reconnaissait le caractère exceptionnel du nombre de réponses.


A l'époque 73% des interrogés se prononçaient en faveur d'une reconnaissance claire du métier...


... et 93 % en faveur d'un statut spécifique !


En demandant aujourd'hui directement leur avis aux Directrices et Directeurs d'école, on peut montrer aux syndicats réfractaires que les agents de terrain que nous sommes, en charge d'un métier très particulier, ne voulons plus de ce statu quo hérité du XIXème siècle. L'école a changé, il lui faut un statut juridique clair qui lui apporte les moyens de son action auprès des élèves. Un nouveau statut de l'école apportera nécessairement un nouveau statut pour les Directrices et Directeurs d'école qui seront en charge de ces nouvelles école. Au GDiD nous souhaitons un statut fonctionnel (dont attaché à la direction d'une école), statut réservé aux enseignants du primaire, et qui nous permettrait de revenir à une mission d'enseignement qui en elle-même est aujourd'hui déjà compliquée. La question hiérarchique ? Billevesée ! Nous connaissons déjà très bien notre rôle de régulateur dans nos écoles, quand nous devons soutenir des enseignants en difficulté ou en contrer un dysfonctionnel. Depuis quelques années la fameuse "note" n'existe plus, les entretiens sont menés par nos IEN qui de toute manière nous demandent déjà notre avis. Cet épouvantail hiérarchique est une vue de l'esprit parfaitement absurde.

Mais nous devons rester réalistes : les moyens que nous réclamons - personnel de secrétariat, entre autres - sont spécifiquement attachés à une direction d'établissement, et personne ne pourra budgétairement transformer en établissements 45000 écoles dont 80% ont moins de quatre classes. Il y aura donc des sacrifices à faire, certains devront quitter leur poste, des regroupements d'écoles devront être faits qui devront être territorialement logiques (les deux écoles d'une petite commune, par exemple), ce qui implique qu'il y aura de petits établissements du primaire, et des gros, comme il y a aujourd'hui des petits collèges et des gros. Sauf que leur moyens aujourd'hui ne sont pas les nôtres. Je ne connais pas de Directrice ou Directeur d'école chargé de plus de dix classes qui refuserait de devenir chef d'établissement, et ce ne sont pas les collègues avec aujourd'hui quinze, vingt ou vingt-cinq classes qui me diront le contraire...

Qui en décidera ? Les territoires, en accord avec le ministère. Qui paiera ? Ce sera certainement un partage entre l'Education nationale et les communes, comme aujourd'hui, mais qui dit "établissement" suppose "budget", et les négociations avec les territoires quant à la répartition des charges seront certainement ardues. Comme seront ardues aussi celles quant à l'emplacement de ces établissements du primaire.

Je vois donc, dans ce questionnaire destiné aux Directrices et Directeurs d'école, une opportunité unique à ne surtout pas négliger. On nous tend la main, nous devons absolument la saisir pour arrêter de souffrir. Le surmenage, les "burn-out", les démissions, ça suffit ! Nous devons absolument contrecarrer les déclarations ineptes des syndicats qui réclament que rien ne change ou exaltent la "direction collégiale" au mépris des simples réalités. Deux choses sont en jeu : la réussite de nos élèves, et notre santé. Nous pouvons décider de l'avenir de l'école, faisons-le.

Ce qu'il adviendra des résultats de ce questionnaire, je l'ignore. Le Ministre a annoncé qu'ils seraient publics, une raison de plus pour se mobiliser. Quant à la suite... Mais nous pourrions-nous négliger une main tendue ?