jeudi 21 février 2019

Au boulot...

J'ai beaucoup de mal avec les nouvelles concernant l' "école" en ce moment. Certains, qui ne fréquentent pas le groupe Facebook du GDiD, se sont étonnés de "notre" silence en cette période de chambardement. Y avait-il urgence ? Pas forcément.

Je suis en quelque sorte la voix de l'association, ou du moins son script. Si le verbe est porté par les autres membres du bureau de l'association auprès des députés, des syndicats, du Ministre, c'est moi qui écris généralement les échos du GDiD. Et hélas verba volant scripta manent, ce qui signifie que le travail de mes collègues reste souvent ignoré pour ceux qui ne se tiennent pas au courant sur Facebook, entre rencontres et assistance téléphonique ou autre. C'est profondément injuste. Mais c'est une répartition des tâches qui fonctionne à peu près, car malheureusement nous restons bénévoles et connaissons les mêmes affres que vous. Sans parler de nos vies familiales.

Pour tout vous dire, j'ai fait un burn-out, comme on dit aujourd'hui. Je devrais écrire "je fais", parce que je n'en suis pas sorti, je n'en sors pas. Tout ce qui concerne l'école me dégoûte, me révulse, je ne peux lire un mot sur le sujet sans avoir un haut-le-coeur. Je suis sous médicament, qu'est-ce que ce serait sans ? Alors je vais à reculons sur Facebook, je ne lis plus ma revue de presse, et je regarde de très très loin ce qui se passe en ce moment, avec des pincettes. Ce n'est même pas pour me préserver, c'est une réaction physique. Cette dépression profonde est un risque que nous courons tous, Directrices et Directeurs d'école surmenés et malmenés, une épée de Damoclès dont on imagine pouvoir éviter la chute. Au GDiD nous évoquons souvent le sujet. Mais ça m'est tombé dessus, littéralement tant ce fut soudain et violent, et le choc de me voir touché aussi malgré mon âge et mon expérience, ou à cause peut-être, me laisse un goût très amer.

Autant exprimer que la "loi pour l'école de la confiance" ne fut pas ces derniers jours ma lecture préférée. Elle marque une étape décisive qui je pense peut-être désastreuse pour les Directeurs d'école. Oui, seulement "peut-être". Il n'y a rien là d'imprévu, le ministre n'a jamais caché ses intentions ni son idée de ce rattachement au collège. C'est encore pire quand je lis malgré mes difficultés certaines réactions syndicales. Nos alliés -SE-UNSA, SGEN-CFDT,  SNE - ont réagi très vite, avec justesse, le jour même de la première discussion à l'assemblée de la création des "écoles des savoirs fondamentaux". Les autres... Là ça devient épidermique, j'en ai la chair de poule. Quand l'inénarrable ahurie Francette Popineau, du SNU, se désole en faisant semblant de découvrir ce qui se passe, quand FO braille dans le vent comme d'habitude, je pleure de colère, de lassitude, d’écœurement. Depuis combien d'années le GDiD, nous, les Directeurs d'école sur le terrain, tirons le signal d'alarme en disant que si nous ne réagissions pas nous serions les dindons d'une mauvaise farce et nous trouverions assujettis au collège ? Cela fait des années que nous le disons, que nous avertissons, que nous dénonçons les procès idiots que nous font le SNU, FO, SUD et consorts lorsque nous réclamons un statut pour des Directrices et Directeurs d'école issus du primaire. Que puis-je écrire sur celles et ceux qui depuis des années m'affirment bille en tête et cerveau en berne que je ne cherche qu'à être "petit chef", "caporal", dictateur ridicule d'une pseudo-démocratie ? Vous la vouliez, cette mise au point ? Vous l'avez. A force de dénigrer notre volonté de conserver des enseignants du primaire pour diriger les écoles, à force de dénigrer notre volonté de conforter une position singulière proche de nos élèves, à force de dénigrer le GDiD qui depuis tant d'années vous assène une vérité désagréable, vous avez obtenu le pire de ce qui était possible.

Maintenant que puis-je écrire sur la création des "écoles du socle" ? Le GDiD a immédiatement demandé à rencontrer les députés dont Cécile Rilhac (mission "flash" de juillet 2018) ce qui fut fait avec écoute le 6 février. Aura-ce un effet ? Pour l'instant tout le monde s'affole, mais le texte définitif n'a été voté que mardi 19 février par la Chambre. Il n'est pas passé devant le Sénat, il n'est donc que provisoire, ensuite il faudra une parution au Journal Officiel pour connaître la réalité de la Loi. Et puis il faudra encore attendre les décrets d'application. Je dois vous l'apprendre ? Une loi n'existe pas tant qu'elle n'est pas appliquée, et pour qu'elle soit appliquée il faut un ou plusieurs décrets ministériels qui en explicitent les tenants et aboutissants. Et ça va être un beau bordel, car la portée et les exigences du texte semblent en partie avoir manifestement échappé à nos députés, quelle que soit leur bonne ou mauvaise volonté. C'est ce qu'exprimait Alain Rei au nom du GDiD en écrivant le 1er février à nos représentants :

"Le 01 février 2018 nous vous avions écrit pour vous interpeller sur la situation préoccupante des directrices et directeurs d’école. Depuis une mission Flash a rendu son rapport (juillet 2018) et le Ministre avait annoncé que la question serait à l’agenda social du mois de janvier 2019.Le mois de janvier est terminé et non seulement il n’y a aucun signe de discussion sur le sujet de la direction d’école mais, beaucoup plus préoccupant, la commission des lois vient d’adopter un amendement à la loi « l’école de la confiance » permettant le rattachement des écoles aux collèges par la création d’ « Etablissements des savoirs fondamentaux ».

Cet amendement s’il était validé en l’état par l’assemblée sonnerait la fin de l’école du premier degré et verrait disparaître la richesse et l’expertise qui en font sa spécificité. Si la question du pilotage des écoles est bien réelle, si la question de l’encadrement des petites écoles est un vrai sujet, si la notion de taille critique peut et même doit être posée, ce n’est néanmoins certainement pas en éloignant le cercle de décision vers le collège que l’on rendra plus opérante cette école riche de son rapport de proximité avec ses usagers (enfants, familles, élus des communes…et bien entendu ses personnels), ou plus efficace, ou plus à même de conduire les enfants de tous les territoires de notre pays vers la réussite scolaire.

Alors que tous les rapports publiés ces dernières années indiquent la nécessité de donner de l’autonomie et de mettre au cœur du système les capacités de décisions pour conduire les équipes, cet amendement s’il est voté éloignera encore un peu plus les prises de décisions des collectifs de travail.

Depuis que cet amendement adopté par la commission a été rendu public nous ne cessons de recevoir des messages d’inquiétude, de lassitude, d’incompréhension des équipes d’écoles et particulièrement des directrices et directeurs d’école. Pourtant après le rapport de la mission flash de Mmes les députées Cécile Rilhac et Valérie Bazin-Malgras, ils avaient pu espérer être enfin entendus. Il est évident qu’au regard de la grande diversité des structures scolaires on ne peut proposer une solution unique et miracle sur tout le territoire.

Aujourd’hui cette école du 21° siècle a besoin d’une véritable structure juridique adaptée et d’un directeur reconnu pour ce qu’il est afin de répondre aux missions qui sont les siennes. Permettre aujourd’hui la création d’ « Etablissements des savoirs fondamentaux » sans avoir pris la juste mesure des conséquences réelles et multiples sur le fonctionnement des écoles, sans avoir auparavant stabilisé la situation des écoles qui y seraient intégrées et des personnels qui y travaillent, serait largement préjudiciable au service public d’éducation et aux personnels qui le servent.

Mesdames et Messieurs les Députés, nous vous demandons de mesurer les conséquences de cet amendement et nous sommes à votre entière disposition pour venir vous présenter les solutions que nous portons pour un meilleur fonctionnement de nos écoles."

Un courrier similaire a été envoyé aux Sénateurs le 19 février. Mais que dit concrètement le texte adopté mardi dernier ?

"Les établissements publics locaux d’enseignement des savoirs fondamentaux sont constitués de classes du premier degré et du premier cycle du second degré. Ils associent les classes d’un collège et d’une ou plusieurs écoles situées dans son secteur de recrutement.
Après avis de l’autorité de l’État compétente en matière d’éducation, ces établissements sont créés par arrêté du représentant de l’État dans le département sur proposition conjointe des collectivités territoriales ou établissements publics de coopération intercommunale de rattachement du collège et des écoles concernés, après conclusion d’une convention entre ces collectivités.
La convention mentionnée fixe la durée pour laquelle elle est conclue et les conditions dans lesquelles, lorsqu'elle prend fin, les biens de l’établissement sont répartis entre les collectivités et les établissements publics de coopération intercommunale signataires. Elle détermine également le délai minimal, qui ne peut être inférieur à une année scolaire, au terme duquel peut prendre effet la décision de l’une des parties de se retirer de la convention.
La convention détermine la répartition entre les parties des charges leur incombant en vertu des chapitres II à IV du titre Ier du livre II au titre de la gestion des écoles et des collèges. Elle définit notamment la répartition entre les parties des charges liées à la construction, la reconstruction, l’extension, les grosses réparations, l’équipement et le fonctionnement de l’ensemble de l’établissement et des dépenses de personnels autres que ceux mentionnés à l’article L. 211-8 qui exercent leurs missions dans l’établissement."

Sur le fond on pourrait imaginer que créer un établissement de ce type, qui prend modèle sur les écoles françaises à l'étranger qui fonctionnent bien, n'est pas forcément une mauvaise idée. Sauf que le fond est totalement différent : les écoles de l'étranger connaissent unité de lieu et unité de temps, avec une population particulière. Si je prends l'exemple de la France dite "rurale", il s'agit de regrouper administrativement des écoles dispersées, dont les choix pédagogiques sont différents et adaptés à leurs élèves, dont les locaux n'ont pas forcément la même qualité, qui sont gérées par des communes parfois fort différentes dans les moyens dont elles disposent comme dans leur vision de la politique éducative. Comment seront répartis les élèves ? Quels seront les coûts générés par d'éventuels transports ? Quels seront les horaires de ces écoles, dont il est fort à craindre qu'ils ne seront plus décidés localement avec l'accord des familles ? Quelle dotation par élève sera imposée aux communes concernées ? Malgré la bonne volonté des municipalités partantes pour un tel projet, il reste à craindre qu'en dehors des ECPI existants peu de Maires accepteront sans heurts de participer à l'élaboration d'une convention qui leur fera abandonner nombre de prérogatives et leur coûtera fort cher. Et pour quel intérêt ? Qu'y gagneront-ils ? Bien entendu nous verrons la création de tels établissements, mais ils seront certainement dans ces conditions peu nombreux, du moins dans les proches années. Imaginer une disparition proche des écoles de campagne me parait donc pour l'instant purement spéculatif, et destiné à faire peur. En revanche ce sont les grosses communes qui possèdent un collège, ou les métropoles, que le projet peut intéresser. Ne nous cachons pas que ce rapprochement, s'il est bien étudié et porteur de projets innovants, s'il ne crée pas des usines à apprendre de plusieurs milliers d'enfants, offre des perspectives intéressantes pour la réussite des élèves. S'il est bien étudié... et je crains avec l'exemple récent du fiasco des rythmes scolaires que le choix des édiles territoriaux soit souvent plus politique ou économique que pédagogique. Mais nous ne pouvons pas refuser d'emblée une formule qui peut offrir une opportunité pour certains de nos élèves, comme d'ailleurs la création des "établissements publics locaux d’enseignement international".

Que devient le Directeur d'école dans toute cette histoire ? Ne seront concernés par ces établissements que peu d'écoles - pour l'instant -. Les Directrices et Directeurs des écoles non concernées conserveront donc les missions définies par le référentiel-métier - en particulier l'admission des élèves, leur répartition et celles des classes et des moyens -, leur charge de classe et leur "indemnité", telles que définies actuellement. Mais le ministre a précisé que les discussions initialement prévues à l'agenda social - pour... janvier dernier - auraient bien lieu. Quand et sous quelle forme, c'est le mystère. Mais il ne s'agira donc pas de créer un statut particulier pour les Directeurs d'école, hélas et en dépit également des efforts de nombreux députés et sénateurs qui auraient voulu le voir inscrit dans la "loi pour l'école de la confiance", mais par décret ou circulaire de peut-être "améliorer" en marge certains aspects de notre métier, indemnité et régime de décharge. Pour le GDiD et nos alliés syndicaux le travail est donc loin d'être terminé.

Pour les Directeurs qui se trouveront pris dans la création d'un établissement, cela sera différent :

"Les établissements publics locaux d’enseignement des savoirs fondamentaux sont dirigés par un chef d’établissement qui exerce simultanément les compétences attribuées au directeur d’école par l’article L. 411-1 et les compétences attribuées au chef d’établissement par l’article L. 421-3. Un ou plusieurs chefs d’établissement adjoints, dont un au moins est en charge des classes du premier degré, exercent aux côtés du chef d’établissement. Ce chef d’établissement adjoint, en charge du premier degré, est issu du premier degré. Les modalités de son recrutement sont fixées par décret."

Le chef d'établissement est donc un "perdir", certainement le principal du collège, qui "veille à la bonne marche de chaque école maternelle ou élémentaire".

C'est tout ? C'est tout. On est dans un flou absolu sans décret d'application. Ce chef d'établissement adjoint "issu du premier degré" entre dans le corps des personnels de Direction. Est-il recruté par concours - ce qui serait logique pour un changement de corps - ou sur titre, après un entretien par exemple - ce qui me parait douteux - ? Sera-t-il seulement un ancien Directeur d'école ou pas nécessairement ? On peut supposer que le chef d'établissement déléguera les charges liées au primaire - admissions, etc - à son adjoint. Comment, sous quelle forme, avec quelle aide administrative ? On peut supposer également que seront déléguées l'organisation et la tenue des diverses réunions habituelles, conseil des maîtres, conseil de cycle, mais pas le conseil école-collège qui est présidé par le chef d'établissement ni le conseil d'école qui évidemment disparaît au profit du conseil d'administration. Et dans la mesure où est créé dans chacun de ces établissements un "conseil pédagogique" présidé aussi par le chef d'établissement, quelle est la place de son adjoint ?

"Dans chaque établissement public local d'enseignement, est institué un conseil pédagogique. Ce conseil, présidé par le chef d'établissement, réunit au moins un professeur principal de chaque niveau d'enseignement, au moins un professeur par champ disciplinaire, un conseiller principal d'éducation et, le cas échéant, le chef de travaux. Il a pour mission de favoriser la concertation entre les professeurs, notamment pour coordonner les enseignements, la notation et l'évaluation des activités scolaires. Il prépare la partie pédagogique du projet d'établissement."

"Outre les membres mentionnés à l’article L. 421-5, le conseil pédagogique comprend au moins un enseignant de chaque niveau de classe du premier degré. Le conseil pédagogique peut être réuni en formation restreinte aux enseignants des niveaux, degrés ou cycles concernés par l’objet de la séance."

On notera dans ce cadre pédagogique la disparition de l'IEN. Certains pourront s'en réjouir, pas moi. Dans la mesure où un établissement fonctionne sur la base d'un contrat d'objectifs, on peut légitimement se poser des questions quant à ceux qui seront imposés au primaire. Quelle sera l'autonomie accordée aux classes du premier degré ? Et puis, nous ne devons pas oublier l'importance de la relation privilégiée qui lie actuellement le Directeur d'école aux élèves et aux familles. Que deviendra-t-elle ? Qui fera le lien quotidien ? Qui restera pour recevoir en urgence des parents inquiets ou gérer les problèmes quotidiens, de sécurité ou autre ? Qui tiendra ce rôle sur place ? Un "Directeur de site" ? Un "référent" ? Ou les enseignants resteront-ils esseulés ?

La charge qui sera donnée aux premiers adjoints du primaire aux chefs des établissements publics locaux d'enseignement est donc immense. Il leur reviendra, après publication des décrets, de définir un cadre viable pour que le primaire ne devienne pas une variable d'ajustement ni soit abandonné, ou assujetti à des objectifs inatteignables. Il faudra des gens aux reins solides, capables d'expliquer mais aussi de composer, tout en maintenant la spécificité de l'enseignement à ce niveau et surtout à l'école maternelle !

Le travail qui attend le GDiD et nos partenaires syndicaux est tout aussi gigantesque. S'il va falloir défendre notre volonté d'une reconnaissance spécifique des Directrices et Directeurs d'école, et persister dans la création d'établissements du primaire autonomes à taille raisonnable - seul moyen selon nous d'obtenir un statut -, il va nous falloir également défendre une vision de l'école qui fait la part belle à la réussite individuelle de nos élèves et non à des objectifs globaux. Il va certainement, et c'est nouveau, nous falloir y défendre aussi le rôle pédagogique important des IEN, qui auront toute leur place dans le fonctionnement d'établissements du primaire.

En général, je ne désespère pas. Bon, en ce moment, je broie du noir avec un pilon que je ne maîtrise pas, et j'ai abandonné quelques secondes ce billet pour avaler un anxiolytique. Mais je veux croire que ce qui pourrait être un désastre peut néanmoins devenir un excellent pont d'envol pour nos élèves et les Directeurs d'école, à condition de saisir la question à bras-le-corps. Je veux espérer que notre gouvernement va enfin consulter les corps intermédiaires et ne plus arriver dans de pseudo-discussions avec des projets déjà emballés et ficelés. De nombreux représentants de la Nation sont à nos côtés, à la Chambre et au Sénat, nous devons les convaincre que nos idées sont dignes d'être écoutées, entendues, retenues... et que leur rôle est aussi certainement d'en convaincre à leur tour un gouvernement qui fonce à toute allure avec quelques œillères.

Au boulot.

mercredi 16 janvier 2019

Le grand débat national, une opportunité à saisir...

Le grand débat national initié par M. le Président de la République est une occasion à ne pas manquer pour les Directeurs d'école. Quatre thèmes sont proposés: transition écologique, fiscalité et dépenses publiques, démocratie et citoyenneté, organisation des services publics. Evidemment rien ne vous interdit de participer à un débat public, ou d'en organiser un, mais vous pourrez bientôt exprimer votre opinion sur un site internet, bien au sec, sans perte de temps ni d'énergie. Personnellement, après quarante années de réunions de toutes sortes, j'en ai largement ma claque, et supporter parti-pris, racisme, réclamation de la peine de mort et autres déclarations ineptes est à mon âge au-dessus de mes forces.

Mais néanmoins en profiter pour s'exprimer est important, sur les thèmes qui vous sont chers bien sûr, mais également sur l'organisation des services publics, et évidemment en priorité pour nous sur l'éducation et particulièrement sur la pyramide administrative et la nécessaire organisation de l'école primaire en établissements juridiquement reconnus et autonomes, avec des Directeurs formés, correctement rémunérés, ayant les moyens de leur action.


Je vous invite donc, en dehors de ce que vous pourrez faire par ailleurs, à vous connecter à partir du 21 janvier prochain sur le site du grand débat national. Il est absolument indispensable que les Directrices et Directeurs d'école fassent connaître leur opinion pour contrer des syndicats qui depuis quelques mois multiplient les injonctions du style "non à la caporalisation, nous sommes tous égaux". Exprimez-vous, faites connaître l'adresse du site à tous nos sympathisants et collègues qui n'en peuvent plus de notre situation mortifère qui ne fait que s'aggraver chaque mois, chaque année, depuis des lustres.

Allez hop, on se bouge !

https://granddebat.fr/ (tout en bas, contribuer en ligne)

dimanche 13 janvier 2019

Votre retraite ? Et la mienne...

M. Jean-Paul Delevoye, haut-commissaire à la réforme des retraites, travaille courageusement depuis de longs mois à l'organisation de la concertation sur la prochaine réforme des retraites. Ce que donnera cette concertation, chacun l'ignore, mais elle se fera certainement dans la douleur. Pour nous en particulier qui dans la fonction publique conservons pour l'instant le calcul de notre retraite à partir du montant de nos six derniers mois de traitement.

Il va y avoir du travail pour les syndicats, et particulièrement pour les syndicats alliés du GDiD, dans les mois qui viennent entre ce chantier important et celui qui l'est tout autant de l'avenir des Directeurs d'école. D'où ma tristesse de constater la désaffection réelle du corps enseignant lors des dernières élections professionnelles. Ce ne sont pas des gilets ou des stylos qui disputeront le bout de gras et défendront nos ultimes avantages.

En attendant, je suis toujours surpris de constater à quel point les agents de la fonction publique, et évidemment les enseignants au premier chef, sont peu au courant de leurs conditions de départ à la retraite.

Si chacun d'entre nous sait que pour l'instant celle-ci est calculée en fonction de nos six derniers mois de traitement, beaucoup ignorent en revanche que les "primes" et autres indemnités sont également prises en compte par le régime de Retraite Additionnelle de la Fonction Publique (RAFP). Les Directrices et Directeurs d'école sont évidemment concernés au premier chef par cette mesure. Si je regrette que notre statut ne soit pas différent de celui de nos adjoints alors que notre travail l'est totalement, si je regrette donc que nous n'ayons qu'une "indemnité"  au lieu d'un salaire représentatif de nos responsabilités, pour autant j'apprécie que cette obole soit néanmoins considérée pour notre retraite.

Chaque mois depuis le 1er janvier 2005 nous cotisons, et notre employeur également, à ce régime additionnel. L’employeur déclare les cotisations des agents (le taux de cotisation étant réparti à parts égales entre l’agent, 5%, et l’employeur, 5%) calculées sur leurs rémunérations accessoires dans la limite de 20% du traitement indiciaire brut. Ces rémunérations sont ensuite transformées en points qui, multipliés par la valeur de service du point, donnent le montant de la prestation perçue par l’agent.

Cette prestation pour ceux qui partent en retraite maintenant sera certainement versée sous forme de capital car pour obtenir une rente il faut bénéficier d'un nombre de points égal ou supérieur à 5125, et la durée effective des versements depuis 2005 ne le permettra peut-être pas.

De plus il faut savoir que l'âge d'ouverture des droits est de 62 ans pour ceux qui sont nés après le 1er janvier 1955. Moi-même né en 1961 et qui partirai à 59 ans (après 41 ans de carrière quand même, j'ai fait ce choix) ne toucherai mon capital qu'à 62 ans.

Pour vous informer, vous pouvez consulter le site de la RAFP.

Pour consulter votre compte, vous devez le créer sur le site de la Caisse des dépôts.

Pour calculer votre capital (ou votre rente) vous pourrez ensuite vous pencher sur cette page qui vous donne les éléments de calcul.

Bons calculs !

samedi 5 janvier 2019

Des goûts et des couleurs...

Nous vivons un hiver chatoyant. Notre horizon se couvre depuis quelques semaines de couleurs voyantes et variées, le jaune des gilets, le bleu des gyrophares, aujourd'hui le rouge des stylos... Et demain ? Des casquettes vertes ? Des culottes roses ?

A mesure que le temps passe se mêle à une légitime exaspération un salmigondis indigeste de revendications absurdes, anti-républicaines, populistes, voire anarchistes. C'est l'auberge espagnole, où chacun apporte son grain de colère égoïste en mélangeant tout et n'importe quoi. On y colle les lubies révolutionnaires de pseudos sans-culotte, des Robespierre au petit pied qui voudraient réinventer le Comité de Salut Public mais n'ont ni l'aura d'un Condorcet, ni le feu d'un Danton, ni le talent d'un Marat. Tout cela est entretenu avec délectation par des médias heureux de remplir leurs cases horaires et nous gaver, sous prétexte d'écoute et d'information, de discours incompréhensibles et de prétendus débats lamentables d'autosatisfaction. Je peux ajouter enfin le raccrochage désespéré des politiques les plus divers prêts à soutenir n'importe qui et n'importe quoi dans l'espoir vague et forcément déçu d'en tirer un profit même minime.

Ne vous méprenez pas : j'ai beaucoup de respect pour l'immense détresse que révèlent ces mouvements. Les gilets jaunes c'est d'abord la révélation - si elle était nécessaire - de la fracture territoriale qui oppose les habitants des centres des grandes métropoles aux français de province, des périphéries des grandes villes, du monde rural, où la voiture est une nécessité et la précarité une réalité quotidienne, où les services disparaissent, où les emplois publics sont supprimés, où les Maires démissionnent dégoûtés; c'est la dénonciation de la cruelle méconnaissance que la bourgeoisie nantie a des difficultés d'argent et de travail que vit une immense majorité de la population de ce pays; c'est la mise au jour, quasi archéologique, d'une multitude silencieuse de français qui depuis des décennies encaisse de plein fouet tous les soubresauts d'une société dont la nomenklatura aveugle et sourde, sous prétexte de sauver ses entreprises, ses banques, ses fonctionnements, ses privilèges, pique des sous dans la poche des plus pauvres et enrichit encore les plus riches. Je sais tout cela. Je sais aussi que les "gyros bleus" montraient la fatigue et l'exaspération de forces de l'ordre qu'on maintient sur le pied de guerre depuis des années, et qui se font taper dessus pour des clopinettes. Les "stylos rouges" dénoncent une situation que je vis chaque jour et pour cause, entre classes surchargées et manque de considération, administration sourde, rémunération minable mais responsabilités qui s'alourdissent...

Pour autant je ne peux pas cautionner ce genre de mouvement. Le rassemblement des foules n'est jamais qu'un vain exutoire. On me répliquera que ça fonctionne, la preuve les "gilets jaunes" ont obtenu ça et ça. Et mon cul, c'est du poulet ? Ce qu'on vous octroie aujourd'hui vous sera retiré demain d'une façon discrète, sans même que vous y preniez garde, en restreignant encore les services publics, en supprimant des emplois territoriaux, en coupant l'éclairage des rues arrivée une certaine heure sous le prétexte de "sauver la planète"... Elle a bon dos, la planète, et vous aussi en croyant toute les billevesées qu'on vous serine quotidiennement depuis si longtemps. Si vous croyez les quotidiens qui évoquent un "cadeau de 10 milliards", il va vous falloir revenir à l'école et apprendre un peu de calcul; si vous n'avez toujours pas compris qu'à terme ce sera toujours vous qui payerez, alors je n'ai plus rien à écrire.

C'est bien pour cela que je ne crois pas au génie des foules, ni à sa bonté, ou à son innocence. Un rassemblement de ce type n'est qu'un regroupement d'égoïsmes voué à l'échec. La révolution française ? Après quelques mois d’auto-congratulation elle s'est évidemment terminée dans le sang des milliers d'innocents décapités au nom du peuple par quelques malfrats profiteurs qui ont fort logiquement fini par s'entre-guillotiner eux-mêmes. Pour aboutir à une dictature impériale qui a opéré un massacre dans toute l’Europe au nom de la liberté. Les français sont - parait-il - friands d' Histoire : qu'ils regardent un peu le passé pour comprendre où mènent les prétendues révolutions, les mouvements citoyens ou populaires, les libérations... A la dictature, à l'absolutisme, au goulag, aux stades remplis d'innocents sacrifiés, au racisme, à l'antisémitisme, à l'exode, à la famine. S'il vous faut des prisons, des exclusions, des blessés et des morts, et combien de larmes, désolé mais ce sera sans moi.

Je n'ai aucunement la nostalgie des siècles passés. Si les sursauts populaires sont certainement parfois nécessaires, pour autant ils ne peuvent ni ne doivent dépasser le stade de l'alerte. Le droit imprescriptible de chaque être humain est évidemment de se défendre, de défendre ses enfants, sa famille, son conjoint, ses amis, ses compatriotes. Mais jusqu'où ? Et à quel prix ? Ce que révèle la situation actuelle en Europe est une inquiétude sourde de l'avenir, par manque de projet clair et propre à emporter l'adhésion de tous. C'est le cas dans l'Union européenne, c'est le cas dans chaque pays qui la compose. Cette inquiétude est perceptible ailleurs, en Amérique du Sud, aux Etats-Unis. Elle n'amène que le refus et le repli, l'abandon de chacun à son propre destin. Elle autorise, au nom d'une perception faussée, l'abandon de populations entières obligées de migrer par leur misère, leur faim, par la guerre et la destruction. Elle exacerbe les pires aspects de l'humanité, elle exalte ses pires instincts, elle repousse le meilleur des religions pour n'en garder que la lie monstrueuse, loi du Talion, vengeance et lapidation. L'inquiétude est mère de la violence et de la mort.

Nous avons en France la chance inouïe de vivre dans une démocratie. Notre système n'est certainement pas parfait, nous en voyons constamment les limites comme les excès de ceux qui savent en profiter. Pour autant notre constitution nous donne les moyens de nous exprimer et d'orienter les choix de notre nation. Nous avons des élus - certainement critiquables -, nous avons des représentants syndicaux - parfois déficients et ce d'autant plus que certains ont depuis quarante ans fortement dévoyé le sens des mots "grève" et "manifestation" -. Mais la plupart d'entre eux croient suffisamment aux valeurs de notre république pour la défendre au mieux de leurs possibilités. Ils donnent sans compter temps et énergie pour protéger et soutenir autrui, maintenir nos droits, défendre une laïcité que je pense inégalable lorsqu'elle est bien comprise. Certes chaque citoyen a le devoir d'orienter leurs choix et de les alerter de leurs conséquences, de les avertir des problèmes, d'exprimer ses doutes. Mais nous devons également les protéger parce que le devoir de ces représentants est d'abord l'intérêt de la collectivité, avant celui des individus. C'est parfois compliqué à comprendre, ils ne savent pas forcément expliquer, ou se méprennent sur le sens et l'importance de leur communication. Mettre en doute constamment et universellement leur abnégation et leur honnêteté ne sera utile qu'à ceux qui veulent le chaos.

Moi je ne suis pas content. Je ne suis pas content parce que mon métier n'est pas bien considéré, parce qu'on me dit toujours en vacances, parce que je ne suis pas bien payé. Je ne suis pas content parce que mon administration fait la sourde oreille et préfère ses lubies à la résolution de mes problèmes. Je ne suis pas content parce que mes élèves sont si nombreux que je n'ai pas la possibilité de donner à chacun d'entre eux le temps dont il aurait besoin. Je ne suis pas content parce que je prends quotidiennement de plein fouet l' inquiétude des familles qui la traduisent en récriminations acerbes, en plaintes ou en menaces. Je ne suis pas content parce que le Directeur d'école que je suis n'a pas le temps de faire correctement son travail, et je ne suis pas content parce que mon ministère s'en fout.

Mais je persiste à croire aux vertus de la communication, de l'explication, de la discussion. Je reste persuadé que la situation de chacun, et la mienne en particulier, ne peut s'améliorer qu'en parlant, en commentant, en démontrant, en convaincant. Le mot "lutte" qui a fait les beaux jours syndicaux m'a toujours fait vomir. Je ne serais pas entré au GDiD si je ne pensais pas qu'enseigner aux décideurs n'était pas une démarche aussi valide que celle d'enseigner à des enfants. Je ne me serais pas finalement et récemment syndiqué si je ne pensais pas que c'est en verbalisant les problèmes qu'on peut soi-même mieux les appréhender et surtout les faire comprendre.

2019 va être une année de travail syndical intense. Pour les enseignants, pour les Directeurs d'école. Nous devons soutenir celles et ceux qui vont travailler pour nous. Brailler ne fait qu'exacerber les tensions même si ça soulage momentanément. Nous ne devons braquer personne, nous devons nous expliquer et chercher ensemble des solutions, qui inévitablement ne seront pas idéales et qui prendront du temps. Mais au moins travaillerons-nous ensemble à améliorer une machine déficiente pour la remettre en marche, dans l'intérêt de nos élèves qui aujourd'hui sont les victimes innocentes de notre stérilité.


mercredi 19 décembre 2018

La gadoue du fossé...

Je viens aujourd'hui faire un peu de publicité pour le groupe Facebook du GDiD. Je le trouve intéressant, pourvoyeur d'informations pertinentes, exutoire sans non plus être larmoyant... J'appelle tout un chacun, Directrice ou Directeur d'école ou simplement passionné par le sujet du pilotage de l'école primaire, à demander à y entrer. Une suggestion tout de même : des questions vous sont posées à l'entrée, répondez-y pour exprimer la raison de votre demande, que vous soyez ou non du métier.

J'y ai invité, sans leur demander leur avis, un certain nombre de personnes dont j'apprécie l'engagement ou les compétences. Je vais citer Véronique Decker, qui est à mon sens une personnalité remarquable avec laquelle je ne suis pas souvent d'accord mais pour qui j'ai un profond respect. Je m'en excuse auprès d'elles et eux mais je ne le regrette aucunement. Ce que je ne supporte pas c'est le prosélytisme inaudible et sans écoute, qui m'en a fait exclure deux personnes dont la seule volonté était d'opérer un lobbyisme syndical étroit et vindicatif. Mais je pense profondément que la discussion, même entre sourds, les échanges qui peuvent même être houleux, les explications même douteuses, les craintes et les peurs qui doivent être exprimées, les incompréhensions, les doutes, font un tout.

C'est ce "tout" qui permettra à notre école d'évoluer. Les réticences permettent de se poser la question de la pertinence d'une idée ou d'une envie qui sans garde-fou peut être égoïste. Une interrogation parfois simple peut autoriser une remise en question salutaire. Oui, au GDiD nous avons des convictions. Pour autant nous n'avons pas la science infuse, et croire que nous ne sommes pas inquiets quant à la remise sur le billot de notre métier de Directrice ou Directeur d'école serait illusoire. Quand on ne sait pas de quoi demain sera fait peut-on vivre dans le confort ? Néanmoins nous y sommes déjà tellement peu, que je crois que plus grand-chose ne peut nous impressionner.

Disons-le, nous vivons notre métier aux taquets. Quelle que soit la taille de notre école, nous n'avons pas le temps, ni l'énergie. Et nous avons de moins en moins l'envie, parce que nous sommes vampirisés par nos élèves, nos parents, nos enseignants, nos mairies, notre hiérarchie qui reste hélas souvent d'une noire incompétence (moi j'avoue que j'ai un bol monstre), notre administration...

Tiens, parlons-en de notre administration ! Je veux en profiter tant que cela ne peut m'être reproché si j'en crois l'article 1 du texte pompeux que M. Blanquer veut faire voter par le Parlement. Effectivement notre ministre s'est fendu d'un projet de loi ampoulé "pour l'école de la confiance" plus connu sous le nom de "loi Blanquer", ce nom étant juste là pour rappeler qu'en 2017, dans la foulée de l'élection d'Emmanuel Macron à la Présidence de la République, Jean-Michel Blanquer nouveau ministre de l'Education nationale assurait que « l'école n'a pas besoin, à chaque alternance politique, d'une nouvelle loi. Elle peut se gouverner autrement. Il n'y aura pas de loi Blanquer, j'en serai fier. » Pu[...] qu'est-ce qu'on se marre ! Comme quoi tout un chacun, même un ministre et surtout un ministre aurait tout intérêt à se taire quand il évoque l'avenir. Comme quoi également le syndrome de l'éducation nationale - ministère auquel désormais je n'accorderai parcimonieusement que des minuscules tant il est minable - frappe systématiquement. Il semble ne pas y avoir ni vaccin ni remède.

Cet article 1 fait l'objet de quelques propos journalistiques assez réjouissants. Je rends grâce à Philippe Watrelot de sa veille médiatique ! Il faut bien dire que je n'imaginais pas qu'en 2018 un ministre puisse encore se faire avoir à ce point-là de croire que personne ne lira avec attention ce que son cabinet pond.

Je cite "Marianne" :

"...
Présenté le 5 décembre en conseil des ministres, ce projet de loi, nommé "pour l'école de la confiance" mais plus connu sous le nom de "loi Blanquer", doit prochainement être examiné par les parlementaires. Pour le président de la République, Emmanuel Macron, cette "réforme importante" de l'école "est le fondement même de la politique de justice sociale". Au programme : scolarité obligatoire dès l'âge de 3 ans, création d'un nouvel organisme d'évaluation des politiques éducatives… et muselage des professeurs trop bavards sur les réseaux sociaux ? L'article 1 le fait redouter.

Dans un premier temps, celui-ci insiste sur la nécessaire "exemplarité" du personnel éducatif avant de demander l'insertion, dans le Code de l'éducation, de l'article suivant : "Par leur engagement et leur exemplarité, les personnels de la communauté éducative contribuent à l’établissement du lien de confiance qui doit unir les élèves et leur famille au service public de l’éducation". Anodin ? Pas vraiment, à en croire l'étude d'impact commandée par le gouvernement.

Cette étude, établie à l'intention des parlementaires et dont le but est de clarifier les objectifs du texte, précise que l'introduction de la notion de "lien de confiance" pourrait en effet se retourner contre certains professeurs. "Si cette confiance trouve pour l’essentiel son origine dans la capacité de l’Etat à répondre, par la politique publique qu’il conduit en matière éducative, aux attentes des citoyens, elle reste intimement liée aux comportements de l’ensemble des membres de la communauté éducative", précise ainsi le texte, avant d'indiquer : "Les dispositions de la présente mesure pourront ainsi être invoquées dans le cadre d’affaires disciplinaires concernant des personnels de l’Education nationale s’étant rendus coupables de faits portant atteinte à la réputation du service public". Quelques exemples sont ensuite cités : pourront être concernés par cette disposition les propos "mensongers", "diffamatoires" contre "leurs collègues" ou "l'institution scolaire", "notamment par le biais de publications sur les réseaux sociaux".

Dès lors, une question se pose : pour un professeur, le fait de rapporter des situations telles que celles rendues publiques via le hashtag #PasDeVague, pourra-t-il désormais tomber sous le coup de cet article ? Une énorme majorité de ces publications dénonçait en effet l'attitude de l'inspection d'académie ou des rectorats, autrement dit : l'institution. Chez les syndicats enseignants, cet article du projet de loi suscite l'inquiétude.
..."

Le ministère bien entendu se défend de telles intentions. Disons-le clairement : il nous prend pour des [...]. Je rappelle utilement sur ce propos qu'un quelconque "devoir de réserve" n'existe pas dans la fonction publique quand on n'est pas fonctionnaire d'autorité, et que le "devoir de discrétion" qui en revanche est le nôtre sera certainement respecté par essence par chacun d'entre nous si on a un minimum de cervelle et surtout de respect pour les familles, pour nos adjoints, pour notre hiérarchie qui n'est pas forcément toujours à la fête. Tous nos problèmes ne sont pas destinés à être partagés en place publique.

Du coup, comme cette "école de la confiance" ne sera plus bientôt si nous laissons faire qu'une école de la défiance, j'en profite pour exprimer ici avec je l'admets une certaine rage ce que je pense d'un certain nombre de choses, et avec un vocabulaire clair et des mots peut-être vulgaires mais fortement démonstratifs de ce que je pense. Peut-être dans quelques mois devrai-je avec humilité censurer mon expression ? Si c'est ce que veut notre ministre... Non, rassurez-vous, je blague, euuuuh. J'ai connu la censure il y a dix ans quand sur un blog personnel j'avais osé qualifier le ministre d'alors, un Xavier Darcos qui à mes yeux reste le pire personnage que nous ayons pu connaître à la tête du ministère (vous vous souvenez des "couches" en maternelle ? ), de ce qu'il était, soit expulsé de la mairie de Périgueux. Aaaah ça n'avait pas plu, et j'avais été reçu à l'époque par un IA-adjoint que je remercie encore aujourd'hui pour sa bonhommie et son humour, assisté par un IEN empli d'esprit qui fut un vrai soutien. Je reste persuadé qu'ils étaient en plein accord avec ce que j'avais écrit, qu'ils ne me l'ont pas dit - responsabilité admise -.

Le GDiD ne se taira pas. Faut pas déconner. Et c'est bien pourquoi en plus de toute fierté personnelle je signe mes billets.

J'aurais deux trucs à ajouter. D'une part le déni pécuniaire dans lequel nous sommes laissés au moment où tout le monde est primé comme un beau bovidé. En dépit des listes ahurissantes que le ministère livre à nos députés pour exprimer comme nous sommes bien lotis, nous restons rémunérés à coup de lance-pierre, à cent coudées de nos collègues des autres pays de l'OCDE. Nous sommes de bons cons. La classe exceptionnelle ? J'en fais partie, l'âge oblige. Mais justement 95% de mes collègues Directrices et Directeurs n'y sont pas. Alors le PPCR c'est très bien, mais quand on laisse tout le monde dans la gadoue du fossé... et puis euh... financièrement, cette classe "exceptionnelle" reste fort loin des standards de l'OCDE.

Et puis notre boulot : les listes précédemment citées expriment tout le bien que l'administration nous  a octroyé en informatisant le système. Quand ça marche, pourquoi pas. Mais ça consiste surtout clairement à nous assujettir un peu plus avec des trucs qui merdent SYSTÉMATIQUEMENT et qui enflent au fil du temps comme un gras fonctionnaire de la DGESCO. La Directrice d'école, le Directeur, sont des Holstein bonnes à traire jusqu'à en crever.

Le ministre a convoqué ses DASEN hier... Il a parlé de nous. Ce qui s'est dit ne transpirera pas, nos Directeurs Académiques ne voudraient surtout pas jouer les cygnes noirs de la pyramide institutionnelle éducative. Mais pourquoi je n'ai aucune confiance ? Jusqu'à présent M. Blanquer, s'il nous fait désormais la grâce de ne plus se répandre dans les magazines people comme il nous l'a fait jusqu'à la nausée, n'a pour autant pas plus fait preuve d'une quelconque compétence ni de son esprit d'à-propos. Le bilan de M. Blanquer depuis un an et demi ? Le néant, zéro, niente, nada... On ne peut pas rénover ce qu'on ne connait pas, et malheureusement pour moi l'impression globale est que ce ministre qu'on nous a présenté en 2017 comme un "professionnel" n'est en fait qu'un mirage. Pour ne pas écrire une illusion.



Pour résumer aujourd'hui, avec le stress que je vis quotidiennement dans ma toute petite école, avec mes trente gosses excités et malheureusement pas tous au top - et je veux absolument TOUS les accompagner -, avec mon plein-temps en classe, je n'ai plus envie de m'amuser avec des déclarations ronflantes, avec des idées toutes faites, avec une administration qui aujourd'hui clairement limite mon action de Directeur et la sclérose. La confiance ? Non, elle n'est plus là, alors que la question de la direction d'école va se jouer dans les mois qui viennent. Je fais confiance dans les syndicats qui nous sont alliés, mais aussi dans ceux ceux qui ne le sont pas pour nous épargner des âneries, parce que pour le coup je ne fais aucune confiance au ministre pour comprendre nos besoins ni nos désirs d'une gouvernance libérée des contraintes. Nom de nom, ce métier nous le faisons pour nos élèves, pas pour nous-mêmes ou pour un quelconque besoin de pouvoir - comme certains syndicats aimeraient le croire, qu'ils se réveillent merde ! -.

Joyeux Noël ? Oui, nous vous souhaitons de bonnes fêtes, avec votre famille, vos amis... Surtout reposez-vous, comme je vais essayer de me reposer moi. Et puis dormez bien, je n'ai pas fait une vraie bonne nuit reposante sans stress ni réveil précoce depuis des mois...

samedi 15 décembre 2018

Chauds, chauds les marrons ! Chauds !

"...
Dans le cadre de l'agenda social 2019, un changement du statut du directeur d'école est à l'étude. Les solutions qui en résulteront, notamment après des discussions avec les collectivités locales, ne seront pas uniformes ni plaquées de la même manière sur tout le territoire."

Ce n'est pas moi qui l'écris, c'est le ministère après beaucoup de blabla dans une réponse à un député au Journal Officiel !

Il y a des choses agréables à lire, parfois... Il suffit de peu de mots. Mais les discussions risquent d'être chaudes, entre syndicats réfractaires et syndicats progressistes, selon les idées qui seront exposées par M. le Ministre et son cabinet. Espérons que ce sera l'année - enfin ! - du changement de statut pour les Directrices et Directeurs d'école, épuisés en cette fin d'année. Alors... Joyeux Noël ! Passez de bonnes fêtes, et espérons ensemble en l'avenir.