samedi 7 juillet 2018

État d'âme... tadam !

Ce sont les vacances.... Bonnes vacances à tous.

Je suis épuisé. Les années se suivent, se ressemblent et ne se ressemblent pas, autant il y a deux ans j'avais vécu une année épouvantable autant malgré le nombre celle-ci a été bonne. Mais c'est moi qui ne suis plus. Mes 57 ans retombent cruellement sur mes épaules. J'ai toujours beaucoup de plaisir à accompagner mes élèves de moyenne ou grande section, j'en reçois beaucoup mais certainement pas plus que ce que je leur donne. Chaque effort aujourd'hui me coûte. La direction par-dessus le marché évidemment, même si notre petite équipe fonctionne bien, même si les familles sont dans leur très grande majorité des gens agréables et compréhensifs. Même si mon IEN est une personne responsable dont la confiance est inébranlable. Même si à mon âge, avec ma personnalité, mon ancienneté, ma réputation et mon entregent personne ne me cherche trop noise. Je n'ai plus l'âge, c'est tout, de lever un gosse qui me tend les bras pour un câlin, ou de supporter le bruit ahurissant d'une classe de maternelle.

Alors ce seront certainement d'excellentes vacances, bien sûr. Je n'appréhende pas la prochaine rentrée, j'en ai trop fait, ni mes prochains élèves qui déjà cette dernière semaine me faisaient quelques tentatives d'approche couronnées de succès parce que je reste malgré tout un amoureux de la petite enfance. Mais je n'ai pas l'énergie ni la force que j'avais il y a trente, vingt, dix ou seulement cinq ans. Si je vous dis que mon passage à la classe exceptionnelle - que mon IEN trop heureuse de m'en informer en milieu de CAPD a qualifié avec raison de "signe de reconnaissance" -, s'il satisfait mes calculs pour ma retraite, concrètement m'indiffère ? Les "signes de reconnaissance" flattent un ego que je n'ai plus, d'une part parce que sais ce que je vaux et ce que je fais, aussi parce que tous ceux qui m'entourent trouvent ça "normal". C'est un peu idiot, c'est très conscient également. Et c'est certainement une question d'âge... Vous verrez ! 

Bref, je ne m'excite plus. Je n'en ai plus les moyens, je n'en ai plus l'envie tant je reste concerné par l'envie que notre travail change. Je ne crois pas à la violence, sa stérilité comme ses effets à retardement l'invalident. Je crois au travail lent et concentré, je crois à l'investissement, à la répétition, à l'acharnement. Ce que j'écris là vaut tout autant pour ma propre vie que pour mon travail ou pour le GDiD, ou pour les mouvements et indignations ponctuels. Les soubresauts sont autant chargés d'illusion qu'ils portent leur propre fin. Oui, je pointe certaines initiatives récentes dont je parlerai plus longuement bientôt quand j'aurai recouvré une partie de mes moyens. Parce que curieusement, à chaque âge de ma vie, ni la fatigue ni les épreuves - j'ai eu et j'ai mon lot, que je vous épargne - ne m'ont fermé ma gueule. J'en suis heureux aujourd'hui, cela m'a servi et desservi, mais permis de conserver ma fierté et le minimum de conscience nécessaire à une juste appréciation des choses.

Si vous m'avez lu jusque là, vous êtes courageux. Je souhaite une bonne retraite à Patrick Salvi, je me doute qu'elle sera excellente. Patrick fut un membre éminent du GDiD, une clef du groupe, dont le travail fut primordial et qui ne sera pas oublié - par personne, qu'il le comprenne et qu'il s'en réjouisse ces prochaines années -. Il nous invitera un jour à Porto-Vecchio, nous boirons comme des cochons en oubliant griefs absurdes et egos vexés. Je souhaite à tous des vacances reposantes et j'exige qu'elles s'abstiennent de toute relation consciente ou inconsciente avec l'école, je vous donne rendez-vous dès... demain ? Après-demain? Dans quelques jours? Pour vous dire clairement ce que je pense de ce qui se passe et des velléités de tout un chacun. Je n'épargnerai rien ni personne, sur Face de bouc, sur le blog du GDiD pour la parole officielle et consensuelle quand j'ai le temps d'y écrire ou sur le Confort Intellectuel pour ceux qui auront envie d'en prendre plein la gueule.

Gros bisous à tous, vous le méritez certainement. Et ne vous méprenez pas, par essence je suis incapable de ne pas aimer, c'est au-dessus de mes forces.

mardi 19 juin 2018

Courrier au Ministre...

Monsieur le Ministre,

Nous vous avons écrit à de nombreuses reprises depuis votre nomination et nous sommes étonnés de rester sans réponse de votre part ni d’aucun membre de votre ministère.

Notre association a pourtant montré sa capacité à travailler avec tous les cabinets de vos prédécesseurs, de Monsieur Jack Lang, qui était en poste à notre création, à Madame Najat Vallaud-Belkacem. Nous avons participé aux travaux des groupes de travail organisés sur les projets EPEP de Monsieur Xavier Darcos. Présents à toutes les réunions sur la gouvernance durant les concertations de 2012 et régulièrement auditionnés depuis dans tous les niveaux de décisions (Sénat, Assemblée Nationale, mais aussi Cabinet de la Ministre, DGESCO… ), nous sommes même intervenus sur une formation de cadres à l’ESEN de Poitiers.

Notre posture a toujours été de faire avancer ce dossier en vue de la reconnaissance du travail réel des directrices et directeurs d’école afin d’en améliorer les conditions dans l’intérêt de nos élèves. Mais alors que la commission Éducation et Culture de l’Assemblée Nationale ouvre une "mission flash" sur les directeurs d’école et que de nombreux députés ont posé des questions sur le sujet nous n’arrivons toujours pas à nous faire entendre par notre ministère.

Nous ne pouvons pas terminer une nouvelle année scolaire sans avoir de perspectives et sans pouvoir informer les directrices et directeurs d’école de l’avenir qui les attend. Nous avons entrepris de nombreuses rencontres sur nos territoires. Les échanges avec les enseignants rencontrés nous ont conforté dans cette analyse que l’école doit pouvoir changer, que son pilotage doit être repensé, qu’une structure du 19° siècle doit savoir se moderniser. Aujourd’hui cette école du 21° siècle a besoin d’une véritable structure juridique, adaptée, qui lui permette de répondre mieux aux missions qui sont les siennes.

Aussi nous sollicitons, Monsieur le Ministre, une audience en urgence, car la situation est devenue très préoccupante. Les directrices et directeurs d'école sont au bord de l’asphyxie et ne peuvent plus continuer ainsi. La prochaine rentrée ne saurait se préparer sans la sérénité qui lui est indispensable.

Nous vous prions d’agréer, Monsieur le Ministre de l’Éducation Nationale, l’expression de nos salutations respectueuses.

Pour le GDiD son président,

Alain Rei

mercredi 13 juin 2018

Circulez, y'a rien à voir !

Le gouvernement vient de lancer un "scud", comme on dit, aux Directrices et Directeurs d'école de France. J'avais évoqué en février dernier l'excellente question posée à l'assemblée nationale par M. Houbron. La réponse - au 12 juin quand même, on n'est pas pressé dans les hautes sphères - vaut son pesant de cacahouètes !

Accompagnés par les pipeaux de la DGESCO, M. Blanquer nous interprète l'air du "On vous a déjà beaucoup donné", jolie ritournelle douce-amère qui ne peut leurrer que ceux qui ne connaissent pas notre métier, c'est à dire 99% de la population quand même, y compris nos propres adjoints qui n'ont pour la plupart aucune idée de nos responsabilités. Pour finalement nous asséner - pan dans les dents - que "Dans ces conditions, il n'est pas envisagé ce jour de créer un statut de personnel de direction pour les professeurs des écoles assumant cette mission."

Pire, en écrivant que "pour l'année scolaire 2016-2017, 65% des directeurs d'écoles bénéficiaient de décharges de service (29 828 sur 45 877 écoles publiques)", M. Blanquer veut laisser croire que la majorité d'entre nous sommes concernés et que nous nous tournons les pouces, ce qui est un peu fort de café si je ne regarde que mon propre sort de Directeur chargé de classe à temps plein... avec dix journées remplacées par an qui tombent toujours comme un cheveu sur la soupe (je n'aurai pas charge de classe le 29 juin, quel bonheur!).

Bref, cette réponse éhontée me reste en travers de la gorge. On voudrait me dire d'aller "me faire foutre" qu'on ne le dirait pas autrement. Circulez, y'a rien à voir ! Et puis appeler "mission" ce que moi j'appelle "métier" m'agace au plus haut point.

Si je rapproche ces affirmations ahurissantes du mutisme effarant du ministère face aux demandes d'entretien du GDiD, je ne peux qu'affirmer que jamais depuis quinze ans nous n'avons été aussi ignorés, méprisés, laissés pour compte. Venant d'un ministre qui se répand dans tous les médias pour expliquer sa puissante volonté de réformer l'école, c'est grossier.

D'un autre côté j'éprouve une certaine satisfaction, celle de constater que la tactique du GDiD depuis quelques années est la bonne de considérer que jamais les Directrices et Directeurs d'école n'obtiendront de statut en dehors de la création des "établissements du 1er degré" dans une logique territoriale. Nous avons été rejoints sur ce chemin par le SGEN-cfdt et semble-t-il le SE-unsa, mais il y a peut-être encore quelques syndicats ou collègues qui s'illusionnent, et si cette réponse abrupte pouvait les amener à l'illumination ce serait une bonne chose.

Maintenant je ferai partie des abandonnés. Je n'imagine pas dans les temps proches que ma petite maternelle puisse être regroupée si facilement que ça avec d'autres, ce qui signifie qu'une fois lancée la machine je resterai un petit Directeur esseulé sans aide ni soutien. Enfin, mon successeur plutôt, je ne vais pas tarder à prendre mon envol vers des cieux moins perturbés, et après quarante années d'abnégation je ne regretterai rien. Néanmoins la question restera posée des Directrices et Directeurs d'école qui ne seront pas chefs d'établissement du 1er degré pour cause de petitesse. Il va bien falloir tout de même inventer quelque chose pour nous. Non ? Ah...

En attendant j'ai du mal à avaler cette réponse monstrueuse à la question de M. Houbron, comme j'ai du mal à avaler pour le GDiD la fin de non-recevoir du ministère. J'aimerais beaucoup que les Directeurs d'école de France puissent monter une opération spectaculaire qui enquiquinerait le ministère sans embêter nos élèves ni les familles, qui ne poserait pas de problème de gestion comme la longue et pseudo-grève administrative des Directeurs d'il y a quinze ans, mais qui serait tout de même hyper-visible du public... Mais quoi ? Quelle action ? Je me creuse la tête depuis des années et ne vois rien. Alors si vous avez des idées - je veux dire des "bonnes" idées - ...

vendredi 18 mai 2018

Vers l'établissement du 1er degré...

Depuis de nombreuses années le GDiD est convaincu que le statut des Directeurs d'école, que nous réclamons depuis presque vingt ans, passera nécessairement par la création d' "établissements du 1er degré". Croire encore aujourd'hui que l’État accordera un statut et ce qui va avec à 45000 Directrices et Directeurs est une illusion.

Pourtant nous y avons cru. Le Grade à Accès Fonctionnel (ou GRAF) aurait été une reconnaissance spécifique qui aurait été un second pas - important - après celui du référentiel-métier. Mais le SNUipp et d'autres ont torpillé la chose, préférant la remplacer par un grade supplémentaire, la "classe exceptionnelle", qui concerne tout le monde mais surtout pas les Directeurs d'école au vu des résultats ahurissants de la première promotion.

Il est évident que la création des établissements du 1er degré est pour beaucoup de Directrices et Directeurs un pas qui n'est pas forcément facile à franchir. Pourtant depuis quelques années nos conditions de travail se sont tellement dégradées que nous prenons aussi tous conscience qu'il nous faut porter un projet viable qui nous permettra d'exercer avec sérénité ce métier que nous aimons. Parce que nous l'aimons, c'est clair ! Qui d'autre que nous sinon pourrait accepter de continuer à travailler avec sur la tête une telle épée de Damoclès ? Nos responsabilités - sécurité, projets, gestion quotidienne... - sont telles qu'il faut aujourd'hui une jolie dose d'altruisme pour oser persister.

Un statut pour tous, nous n'y croyons donc plus vraiment, du moins dans les conditions actuelles. Surtout en ce 21ème siècle où fort justement les énergies se regroupent pour inventer de nouveaux fonctionnements territoriaux : communautés de communes, métropoles... Le nombre de communes en France est en forte baisse depuis quelques années et le mouvement s'amplifie. Pourquoi les écoles ne devraient-elles pas suivre la même voie ?

Nous pensons donc qu'il devient indispensable de créer des établissements du 1er degré qui nous correspondent. Directrices et Directeurs d'école sont les mieux placés pour inventer un établissement dont le fonctionnement, les conditions et les attendus, soient à la mesure de ce que nous connaissons de l'école primaire et de ce que nous y aimons et ne voulons surtout pas perdre. Qui d'entre nous par exemple pourrait supporter qu'un tel établissement ne soit pas "dirigé" par un ancien enseignant du primaire ?

Il serait évidemment possible de réfléchir dans son coin et de proposer un "package" bien ficelé qui peut-être en fin de compte ne conviendrait à personne, car pour discuter depuis des années avec tant de Directrices et Directeurs d'école nous savons que nos méthodes et nos conditions de travail ne sont aucunement identiques d'une commune à l'autre, du rural à l'urbain, selon nos élèves, la "richesse" de la commune... Nous avons bien sûr un minimum commun, mais on ne construit pas un tel projet sur un minimum.

Le GDiD a choisi une autre voie. Nous devons convaincre, mais aussi écouter. Pour cela rien de mieux que de faire le tour du pays à la rencontre des Directrices et des Directeurs d'école, qui peuvent exprimer leurs attentes, leurs espoirs, leurs réticences, leurs doutes, leur expérience surtout qui permet doucement d'ajouter petit à petit quelques pierres plus solides à cet édifice complexe que sera l'établissement du 1er degré.

C'est ce à quoi s'emploie depuis un an et demi Alain Rei, dont c'était aujourd'hui à Dijon - sauf erreur - la 47ème réunion de ce type à la rencontre des Directrices et Directeurs d'école. Nous n'aurions pas les moyens techniques et financiers de procéder à cet exercice de long terme et de patience si nous n'étions pas soutenus par le SGEN-cfdt qui porte aussi depuis longtemps cette idée d'établissement primaire. Cela aurait bien entendu pu être un autre syndicat allié. Mais le SGEN nous a largement ouvert les portes, avec sincérité et sans prosélytisme. Mes réticences syndicales sont suffisamment connues pour que je ne puisse guère être suspecté de me "vendre" à une centrale quelconque. Mais je suis aussi suffisamment honnête pour reconnaître quand on rend au GDiD - dont les membres du bureau je le rappelle sont tous bénévoles - un service qui n'a pas de prix pour faire avancer cette cause qui nous tient tant à cœur.


J'étais donc aujourd'hui en compagnie d'Alain Rei et de Dominique Bruneau, Directeur d'école lui aussi mais également Secrétaire fédéral au SGEN-cfdt, qui accompagne Alain dans sa tournée française des régions, à l'écoute des Directrices, des Directeurs, pour expliquer et peaufiner un projet qui sera certainement, une fois finalisé, porté tout autant par le SGEN-cfdt que par le GDiD. Ce fut une réunion instructive et aussi étonnante tant la disparité de nos conditions de travail est forte, voire stupéfiante, entre par exemple ma petite maternelle de trois classes bien dotée et les 360 élèves dispersés sur six sites ruraux d'une collègue... Mais la discussion amène rapidement sinon des solutions du moins de nombreuses pistes de travail, et un consensus clair autour d'une part l'idée que nous sommes arrivés au bout de ce qu'il est humainement possible de réclamer aux Directrices et Directeurs d'école, d'autre part celle que l'établissement du 1er degré tel que nous le concevons est une solution valide et viable pour notre avenir.

Je ne peux que souhaiter qu'à terme le GDiD et le SGEN soient suffisamment convaincants pour être attentivement écoutés par le ministère, et que les établissements du 1er degré voient le jour. A deux ans de la retraite ce ne sera pas pour moi, mais rien n'interdit de travailler pour les suivants ! Surtout quand le ministre nous annonce sans rire qu'il "réfléchira" à la question en 2019...

Si donc Alain et Dominique passent par chez vous, n'hésitez pas à vous déplacer en "formation syndicale" que vous soyez syndiqué ou non et où que vous soyez syndiqué : c'est un droit, ça n'engage à rien... et ça peut rapporter beaucoup !

samedi 12 mai 2018

Les pieds et les poings liés...

Alors que la plupart des communes de France mettent fin à l'expérience - car c'en fut une - des rythmes scolaires à quatre jours et demi, peut-être peut-on tenter non pas un bilan, ce qui serait présomptueux, mais du moins de rapporter un point de vue :  celui de Directrices et Directeurs d'école qui se trouvèrent encore un peu plus, si cela était possible, les pieds et les poings liés.

Effectivement cette réforme fut comme de juste imposée sans concertation. Nous avons l'habitude de ce fonctionnement : le ministre dit "Je veux !", et le terrain doit s'exécuter comme il peut. Évidemment cela ne peut aller sans tâtonnements parfois malheureux ni sans heurts, car l'école primaire est un lieu bien particulier : son statut veut que le gestionnaire sans pouvoir en soit un enseignant bombardé "directeur d'école" - titre quasi honorifique tant il n'a aucunement les moyens de son action -, mais que le payeur soit une municipalité. Si j'ajoute que le ministère n'a aucune idée du fonctionnement d'une école ni de la charge qui pèse sur le fonctionnaire sensé la piloter, on a déjà un portrait bien peu flatteur qui explique la difficulté de trouver des agneaux pour le sacrifice.

Concrètement, pour répondre aux injonctions de l’État, il fallait pour les enseignants et leur Directeur accepter de se déplacer une demi-journée supplémentaire sans pour autant en recevoir une compensation financière, accepter souvent de laisser leur salle de classe à des intervenants extérieurs - soit abandonner contraints et forcés leur espace de travail -, gérer des "passations" parfois aléatoires (en maternelle, quel ingrat boulot quotidien !), assister à quelques réunions de plus... j'en passe. Il fallait pour les municipalités acheter du matériel et rémunérer des animateurs compétents - dans le meilleur des cas - qu'il fallait dénicher, rémunérer, fidéliser car nombreux sont ceux qui refusaient après quelques semaines de continuer à travailler dans ces conditions, payés à coups de lance-pierre à des horaires absurdes avec des enfants souvent exténués. En maternelle, nombreuses sont les communes à avoir utilisé les compétences de leurs ATSEM qui ont pu ainsi faire deux journées en une, quand elles n'avaient pas déjà la restauration ou la garderie en charge...

J'ai la chance de travailler dans une commune qui a pour l'école une énorme considération. Il y avait en amont de cette réforme des rythmes une responsable du périscolaire d'une rare compétence, et des élus attentifs à l'équilibre du système, à sa justice, à son personnel. Nous avons pu travailler ensemble et limiter les dégâts. Car c'est bien de cela qu'il s'agit : j'ai quotidiennement béni celle que j'ai toujours considérée comme une collègue bien que gérant les "à-côtés" de l'école; pendant ces années elle a pris à sa charge tous les aléas, animateurs disparus ou malades à remplacer au pied-levé - quitte à le faire elle-même -, épuisement des personnels territoriaux après des journées non-stop, luttes de pouvoir entre enseignants et animateurs qui après quelques mois se pensent chez eux à l'école... La Directrice, le Directeur, est là aussi au milieu, apaise les uns, explique aux autres, écarte les bras de stupéfaction parfois devant des "histoires" à la noix et à n'en plus finir, discute le bout de gras avec le Maire et embrasse avec fougue et reconnaissance une responsable du périsco qui se démène sans arrière-pensée. Les deux y laissent leur énergie et leur santé.

Dieu merci, pour moi c'est fini.

Je suis totalement conscient d'avoir eu le meilleur dans cette histoire, parce que j'ai pu travailler avec des personnes responsables. Mais ailleurs ? On me rapporte régulièrement des conflits qui parfois vont même très loin, ces derniers jours encore dans une école maternelle de l'est de notre pays. La fatigue exacerbe les humeurs, fait ressortir ressentiments larvés - que d'habitude on parvient à mettre au placard - et luttes de pouvoir, comportements et rapports humains douteux, agressivité... avec un Directeur toujours au milieu, le cul entre deux chaises, mais conscient que la bonne atmosphère de son école est la clef première d'un travail serein et de la réussite des élèves. Car même s'il a charge de classe, comme 90% des Directrices et Directeurs d'école, il sait aussi qu'il est le premier concerné par le bien-être de tous les élèves de son école.

Je cite Eric Debarbieux:

"...
Journaliste : Beaucoup de directeurs d’établissement sont toujours vent debout contre la réforme des rythmes scolaires. Celle-ci les a obligés de fait à travailler (ou cohabiter) avec d’autres équipes « périscolaires ». Laisser chaque commune faire un choix n’est-il pas céder aux intérêts des adultes plutôt qu’à ceux des enfants ?

Eric Debarbieux : Il ne s’agit pas de directeurs d’établissement mais de directeurs d’école. Un directeur d’école n’a aucun statut hiérarchique. Il ne peut rien obtenir de ses collègues autrement que par son charisme. Comment voulez-vous qu’il n’y ait pas de vrais conflits de territoire avec le périscolaire ? Bien sûr cela se passe souvent bien mais j’ai eu cette année à faire avec une véritable malveillance en certains lieux contre la directrice d’école par exemple.
La réforme des rythmes a entraîné des problèmes de « pouvoir » parfois invraisemblables. Un exemple : ce cas de harcèlement qui se produit certes parfois pendant les heures scolaires et que la directrice tente de prendre en charge tout en se heurtant à un refus de celle qui se nomme « la directrice du périscolaire ». Où est dans ce cas la cohérence ?
Maintenant, l’égoïsme des adultes peut bien exister mais connaissez-vous une profession où, de manière autoritaire, on rajoute une demi-journée de travail sans compensation salariale, ce qui fut le cas de la réforme des rythmes. Il faut bien rappeler que l’enseignant des écoles primaires est aussi celui qui fait le plus d’heures et qui est le moins payé.
..."

Encore une fois nous nous heurtons concrètement à l'absence d'autonomie des écoles. On veut depuis des décennies nous faire croire que nous avons des "partenaires" : institution, Mairie... mais c'est faux, nous n'avons que des donneurs d'ordre ! Quand le ministre nous enjoint d'utiliser "des cahiers de format « 17 x 22 » à « réglure Séyès », pour qui nous prend-il ? Quand une commune décide de diminuer le budget accordé à son école, qu'y pouvons-nous ? La Directrice, le Directeur, observe, constate, peut éventuellement protester ou réclamer, mais ne sera pas entendu. Comme le dit Eric Debarbieux, le Directeur n'est pas chef d'établissement, il n'a pas de budget, pas d'autonomie, aucune marge dans son travail et de moins en moins. Il ne peut qu'acquiescer la mort dans l'âme, et devra en plus dire merci.

Je pense qu'il est temps que ça change. Mais je suis, je l'avoue, fort inquiet, car je ne vois pas chez notre ministre actuel la moindre velléité de changement ou de rénovation du système. Qui a vécu par l'administration perpétuera l'administration. Une institution telle que la nôtre, centralisée à l'extrême et jacobine au pire sens du terme, n'abandonnera jamais - ou très difficilement - ses prérogatives. En dépit de l'évidence de sa propre et continuelle faillite.

vendredi 13 avril 2018

Comment interpréter une photo...

C'est trop facile!

Directeur d'école, un métier complexe: le Directeur chargé de classe vérifie qu'il n'a rien oublié dans sa classe le matin avant d'ouvrir le portail...


Directeur d'école, un métier complexe: manteaux et lacets, la galère quotidienne pour le Directeur d'école chargé de classe... (règle n°1 de ce métier: plier les genoux)


Directeur d'école, un métier complexe: le Directeur reçoit et écoute patiemment un parent d'élève qui n'admet pas que son gosse - une feignasse invétérée - ait eu une appréciation lamentable à sa dernière interro...


Directeur d'école, un métier complexe: le Directeur chargé de classe est de surveillance de récréation...


Directeur d'école, un métier complexe: le Directeur d'une petite école gère en APC un "groupe restreint" en langage oral un soir quelconque de semaine... (il n'a que ça à faire, il faut croire)


dimanche 8 avril 2018

La grande escroquerie...

Voilà, c'est fait, les promotions à la "classe exceptionnelle" pour l'année 2017 sont actées dans chaque département. Les enseignants concernés vont être promus rétroactivement au 1er septembre 2017, et la campagne 2018 ne va pas tarder - elle est même déjà lancée dans certains départements comme la Corse du Sud par exemple -.

Les enseignants?

Je ne peux m'empêcher à la lecture des résultats de ces promotions de grade de penser que les Directrices et Directeurs d'école sont une fois de plus l'objet d'une monstrueuse escroquerie. Il faut effectivement se rappeler qu'il était envisagé en 2013 de créer un "grade d'accès fonctionnel" pour les Directrices et Directeurs d'école, GRAF qui a été ensuite emporté par les vagues des accords PPCR au grand plaisir des centrales syndicales qui pouvaient alors avec allégresse inclure tout le monde dans la future Classe exceptionnelle. Un joli exercice, totalement passé inaperçu aux yeux de Directeurs d'école amorphes, qui permettait de se servir et de servir les petits copains en priorité.

Les résultats présents montrent que l'opération est une totale réussite. Le nombre de personnels "hors-sol" récompensés pour cette promotion 2017 est trop important pour ne pas laisser en bouche un goût amer. Une fois de plus les Directrices et Directeurs d'école sont abandonnés au bord de l'autoroute, une laisse autour du coup qui les attache certainement trop au terrain quotidien, celui des écoles, celui des élèves, celui d'une implication et de responsabilités fortes qui reste ignorées voire méprisées par une institution pyramidale ignorante des réalités. La proportion de nouveaux promus Conseillers pédagogiques et autres bureaucrates qui n'ont plus vu d'enfant depuis des lustres est phénoménale, constatable et constatée, admise par certains DASEN honnêtes eux-mêmes. Au détriment bien entendu des Directeurs d'école dépouillés comme dans un bois d'une reconnaissance pourtant si méritée.


Je dois admettre que la lecture de certains noms dans mon département m'a néanmoins fait plaisir. La reconnaissance du travail exemplaire de certains d'entre eux, que je concède sans sourciller, est méritée. C'est l'absence quasi systématique de celle qui nous est due qui m'apporte un certain ressentiment. Clairement nous avons été grugés, et le barème adopté n'y est pas pour rien: d'une part l'ancienneté dans la plage d'appel (soit le nombre d'années en hors-classe, selon l'échelon), qui apportait un certain nombre de points récompensant l'âge du candidat - en soi, cela n'a rien de choquant, si ce n'est que les carrières un peu chaotiques sont ainsi dépréciées -, d'autre part l'appréciation prépondérante des DASEN, certainement plus douteuse car soumise aux aléas de rapports parfois douloureux d'une Directrice ou d'un Directeur avec son IEN ou simplement à la proximité avec le DASEN lui-même pour certains postes rattachés à la DSDEN.

On peut imaginer que maintenant que les petits camarades ont été servis, la proportionnalité va faire que la promotion du 1er septembre 2018 sera un peu moins étrange pour le 1er vivier, celui qui correspond à nos huit années au moins d'investissement dans nos écoles. Wait and see. Je ne peux pourtant pas m'empêcher de penser que le système a été volontairement dévoyé.

La classe exceptionnelle apporte finalement peu en terme de rémunération. Elle était destinée à être un signe de reconnaissance de notre métier. C'est raté. Il faudra vraiment désormais être attentif à ne pas rater le coche d'un changement de statut pour les Directrices et Directeurs d'école. Il faudra persister dans un lobbying offensif, mouiller nos députés dans la réclamation des changements et des évolutions nécessaires et titiller nos politiques sans relâche, impliquer les centrales syndicales au-delà du feu de paille d'une année électorale qui fait émerger certains d'un long sommeil. La tâche est rude, mais elle est nécessaire pour l'avenir de notre école et celui de nos élèves.

Forza!