dimanche 17 mars 2019

C'est au Sénat...

Le Sénat, que beaucoup à tort imaginent une assemblée de vieux notables rentiers aux longues siestes, est en fait une assemblée de représentants des territoires. Alors qu'aujourd'hui la fracture territoriale devient évidente, le supprimer comme les ignorants le réclament serait une imbécillité mortifère. Le Sénat est concrètement un contre-pouvoir puissant.

C'est entre les mains du Sénat qu'aujourd'hui réside le sort de la "Loi pour l'école de la confiance" de M. Blanquer. C'est au Sénat qu'elle est actuellement dépouillée sans état d'âme et qu'elle sera dans quelques semaines discutée et disputée.

Comme je l'ai déjà écrit, la création des "écoles du socle", des EPSF, ne souffrira en elle-même aucune discussion, sinon sur les détails de son envergure et des prérogatives des institutions directement et financièrement concernées soient les communes et les départements. Pourquoi en souffrirait-elle d'ailleurs ? Cette création répond à des besoins exprimés depuis très longtemps, faire mine de l'ignorer c'est encore nier la fracture territoriale que j'évoquais au début de ce billet.

En revanche un certain nombre de points restent obscurs pour tout le monde, en particulier évidemment la gouvernance des EPSF ou celle des écoles. C'est clairement là-dessus que de nombreux élus vont se pencher. D'abord parce que quand ce n'est pas dans la Loi on peut imaginer tout et n'importe quoi, et que les Décrets d'application sont une porte ouverte à des mesures qui ne conviendraient ni aux territoires ni aux agents concernés, qu'ils soient d'Etat ou Territoriaux.

Un certain nombre de sénateurs ont pris les devants. Nous savons au GDiD que nous y avons beaucoup d'alliés objectifs qui pour la plupart connaissent la réalité de l'importance de l'école au sein d'une commune ou d'un bassin de vie. Nous y sommes intervenus plusieurs fois, nous y avons toujours été écoutés avec beaucoup d'attention. Tiens, pour le plaisir je vous remets ici une intervention en 2014 - sur un autre sujet - où parlaient Alain Rei, Samuel Auxerre et Pierre Lombard dont je souligne avec tendresse la passion qu'il y met toujours depuis tant d'années -.


Avant même le vote de la Chambre, j'ai pu observer un certain nombre de réactions et de mises en garde, que je vous transcris ici. Elles valent leur pesant de gratons.

M. Olivier Paccaud (Oise - Les Républicains) :

"M. Olivier Paccaud attire l'attention de M. le ministre de l'éducation nationale et de la jeunesse sur la place des directeurs d'école dans le projet de loi n° 1481 (Assemblée nationale, XVe législature) pour une école de la confiance. Alors que l'une des promesses du programme du président de la République pour l'éducation était de « renforcer et encourager l'autonomie des établissements pour favoriser l'adaptation aux besoins de leurs élèves et aux situations locales et stimuler l'innovation », ce projet de loi fait l'impasse sur le statut de directeur d'école primaire. Pourtant, comme l'énonce la mission « flash » menée à l'Assemblée nationale (conclusions du 1er août 2018), « les directeurs et directrices d'école sont des maîtres qui assurent des responsabilités de directeur en plus de leur fonction d'enseignant et sans réel pouvoir de décision ». Par ailleurs, « la diminution des emplois de vie scolaire, contrats aidés affectés dans les écoles et dédiés à l'aide administrative, et l'augmentation, ces dernières années, des contraintes liées à la sécurité ont accentué un malaise des directeurs, avéré depuis déjà plusieurs années ». Contrairement aux principaux des collèges, les directeurs d'école sont des enseignants ayant une décharge partielle ou totale, selon le nombre de classes, pour exercer de nombreuses responsabilités (fonctionnement de l'école dont la sécurité, l'animation pédagogique, les relations avec la commune et les parents, etc.) sans pour autant détenir l'autorité et la reconnaissance légitimes afin de remplir leur mission. Valoriser la fonction de directeur d'école primaire en lui conférant un véritable statut constituerait un des leviers d'attractivité du métier de professeur comme « voie de promotion, d'ascension et de justice sociale ». Il soutient la revendication de la fédération des parents d'élèves de l'enseignement public (PEEP) et souhaite savoir si le Gouvernement compte intégrer le statut du directeur d'école dans le projet de loi actuellement examiné à l'Assemblée nationale."

M. Yves Détraigne (Marne - UC) :

"M. Yves Détraigne attire l'attention de M. le ministre de l'éducation nationale et de la jeunesse sur le fait que le projet de loi (AN n° 1481, XVe leg) pour une école de la confiance omet de traiter de la question du statut du directeur d'école primaire. Pourtant, les directeurs d'école effectuent des tâches administratives essentielles au bon fonctionnement de l'école, leurs responsabilités sont multiples et se sont accrues au cours des dernières années (pilotage pédagogique, fonctionnement de l'école, relations avec les parents et les partenaires de l'école). En outre, la diminution des emplois de vie scolaire, contrats aidés affectés dans les écoles et dédiés à l'aide administrative et l'augmentation, ces dernières années, des contraintes liées à la sécurité ont accentué les difficultés liées à cette fonction. Les directeurs d'école ne bénéficient pas d'un statut et ne sont pas secondés par un adjoint et un conseiller principal d'éducation, contrairement aux principaux des collèges. Ils bénéficient seulement d'une décharge partielle ou totale, selon le nombre de classes, pour exercer de nombreuses responsabilités qui leur incombent : fonctionnement de l'école dont la sécurité, l'animation pédagogique, les relations avec la commune et les parents, etc. Dans un même temps, ils ne disposent pas réellement de l'autorité et la reconnaissance légitimes afin de remplir leur mission. Il convient donc de remédier à ce constat de valoriser la fonction de directeur d'école primaire en lui conférant enfin un véritable statut, ce qui constituerait, en sus, un des leviers d'attractivité du métier de professeur comme voie de promotion. En conséquence, il lui demande s'il entend revoir son projet de loi et profiter de ce véhicule législatif pour élaborer un véritable statut du directeur d'école primaire."

M. Jean-Marie Janssens (Loir-et-Cher - UC) :

"M. Jean-Marie Janssens attire l'attention de M. le ministre de l'éducation nationale et de la jeunesse sur la question du statut de directeur d'école primaire. Chargé de nombreuses responsabilités dans la vie de l'école, responsabilités qui n'ont été qu'en croissant ces dernières années, les directrices et directeurs d'écoles primaires ne bénéficient pourtant d'aucun statut particulier. De même, ils ne bénéficient pas de l'appui d'un adjoint ou d'un conseiller principal d'éducation, comme c'est le cas pour les principaux de collèges. Le projet de loi n° 1481 (Assemblée nationale, XVe législature) pour une école de la confiance ne fait pas mention de la création d'un statut pour les directeurs d'écoles primaires. Il lui demande si, dans le cadre de l'examen de ce projet de loi, il compte faire évoluer le texte pour conférer aux directeurs d'écoles un statut qui leur permette d'exercer leurs missions dans des conditions adaptées."

... et enfin celle de M. Sébastien Meurant (Val-d'Oise - Les Républicains), qui met le doigt sur l'inquiétude que ressentent beaucoup d'entre vous :

"M. Sébastien Meurant interroge M. le ministre de l'éducation nationale et de la jeunesse sur le projet de loi n° 1481 (Assemblée nationale, XVe législature) pour une école de la confiance et ses répercussions sur le statut des directeurs d'écoles maternelles et primaires. Les directeurs d'écoles réclament depuis longtemps des mesures permettant de renforcer leur statut, leur poids, ainsi que leurs moyens. Le ministre de l'éducation nationale avait d'ailleurs récemment rappelé le rôle fondamental joué par ces derniers et formulé le souhait qu'ils : « jouissent d'une situation statutaire et administrative identique à celle des chefs d'établissement du second degré ». Dans son rapport annuel « Regards sur l'éducation 2018 » l'organisation de coopération et de développement économiques (OCDE) souligne très justement la faible reconnaissance des directeurs d'écoles maternelles et primaires en France, pointant du doigt le manque d'autonomie de ces derniers ainsi que leur rémunération seulement 7 % supérieure à celle d'un enseignant, alors que l'écart est de 41 % en moyenne dans les pays de l'OCDE. Néanmoins, à l'examen du projet de loi pour une école de la confiance et des amendements proposés, une direction diamétralement opposée semble avoir été prise. Le regroupement de classes d'un collège et d'une ou plusieurs écoles risque au contraire de dénaturer, rétrograder, voire de supprimer les postes des chefs d'établissement de maternelle et du primaire. Cette simplification de la direction d'établissement dits voisins n'est pas aussi simple qu'elle n'y paraît. En effet, au-delà des inquiétudes qu'elle suscite parmi les directeurs d'école et les syndicats, les parents d'élève craignent eux aussi que la réforme rende inaccessible le directeur et fasse disparaitre cette fonction de certaines de nos écoles pour créer des établissements scolaires pour les élèves de 3 à 16 ans. Face à ces questions, il lui demande les mesures qu'il compte prendre pour rassurer les directeurs d'écoles maternelles et primaires quant à leur statut et l'avenir de leur profession."

Toutes ces questions sont restées sans réponse. Il faut dire que face au Sénat le gouvernement reste souvent coi tant il y a peu d'influence. Un vrai contre-pouvoir, je vous dis ! Et il en a peur.

C'est donc auprès des sénateurs qu'il nous faut aujourd'hui intervenir. Le Sénat s'est donné le temps de lire attentivement le texte, puisqu'il ne devrait y être discuté qu'en mai prochain. Si donc vous avez envie de mettre un peu de pression pour nous aider, c'est aux sénateurs de votre région qu'il faudra vous adresser ces prochaines semaines. C'est ce que nous allons persister à faire au GDiD, après un premier contact en février. Car nous ne perdons aucunement la raison d'être de notre association : nous voulons un statut pour tous ceux qui pilotent l'école de la République, afin d'être pleinement efficaces pour la réussite de chacun de nos élèves.

mercredi 13 mars 2019

Faites du boudin...

Bien que malade, je suis aussi un peu en colère. Je ne suis fier ni content de l'un ni de l'autre.

J'entends et je lis en ce moment des choses fort étranges : on ne me dit pas encore que je serais un ennemi de "la cause" - laquelle ? - mais cela ne saurait tarder. J'ai déjà entendu pire à mon sujet depuis quarante ans, j'ai même à une époque été traité "d'ennemi de la démocratie" parce que j'avais le malheur d'avoir une opinion contraire à celle d'une pseudo-majorité illusoire. Je parle évidemment de mon idée de la direction d'école. C'était avant que je rejoigne le GDiD.

L' "école" en général connait de nombreux problèmes. Contrairement aux idées reçues, je pense que le primaire fait son maximum pour faire réussir ses élèves, dans des conditions épouvantables. S'il est un maillon faible ce serait à mon avis le collège, mais surtout la façon totalement obsolète dont la France gère son système éducatif, que ce soit pédagogiquement ou administrativement. Mais justement là, c'est un autre problème que celui qui nous concerne.

Le GDiD est une association qui se consacre au sort des Directeurs d'école. Point barre. Nous savons tous que nous pourrions faire mieux et plus pour nos élèves. Nous n'en avons pas les moyens. Mon "combat" il est là et pas ailleurs, je ne suis pas un responsable syndical national. Oui, on peut parfaitement scinder les "luttes" - que je déteste ces mots guerriers ! -, j'en suis la preuve encore vivante. Je ne sais pas pour combien de temps. Et ce n'est pas mon âge qui m'y fera renoncer.

D'ailleurs je vois les soubresauts syndicaux du moment avec un regard narquois tant rien n'a changé pendant mes quatre décennies de boulot. Les exigences, les mots d'ordre, les préavis de grève, restent les mêmes qu'en 1979 toutes proportions gardées : on mélange tout, vieille technique syndicale, pour ne surtout répondre à aucune question précise. Vous ne croyez tout de même pas que les ennemis du statut des Directeurs d'école vont soudain changer leur fusil d'épaule ? Vous seriez fort naïfs !

J'en entends quelques-uns qui réclament que la création des écoles du socle soit abrogée. Voilà un combat perdu d'avance, LES EPSF VONT EXISTER, que ça vous plaise ou non. Vous voulez bouder ? Vous leur tournerez le dos ? Cela vous regarde, mais ça me rappelle la création des PE, quand les premiers à passer le concours furent les syndicalistes détracteurs les plus virulents. Je vous le dis, je vous l'affirme, je vous le garantis, si vous, Directrice ou Directeur en poste, vous ne sautez pas sur les postes qui seront créés, n'ayez crainte d'autres sauront bien le faire, syndicalistes en fin de mandat ou IEN et CPC à l'avenir incertain. Et ils auront bien raison de profiter de votre naïveté que je me garderai bien de qualifier autrement, parce que je vous respecte, comme je respecte infiniment toute idée et tout point de vue, à condition qu'il soit sensé. Les revendications illusoires, ce n'est pas mon truc, et je l'exprime gentiment.

Alors n'hésitez pas, faites du boudin, comme les enfants de maternelle. Z'est vraiment trop inzuste. Mais ça ne vous mènera pas loin.


J'exprime d'autre part ma conviction profonde que les EPSF sont une chance pour nos élèves. Voilà un système nouveau, que nous ne connaissions pas malgré les rapprochements plus ou moins forcés de l'élémentaire avec le collège depuis plusieurs années. Cette fois, il est question de nommer un "directeur adjoint au chef d'établissement issu du primaire". Vous ne voyez pas la nouveauté de la chose ? Malheureux que vous êtes ! Il est question d'inventer un nouveau système qui peut être profitable à nos élèves, d'expliquer et montrer nos fonctionnements et leur souplesse aux enseignants du collège, de prouver notre force et l'importance de notre conviction de la réussite individuelle des enfants dont nous avons la charge. Ce serait donc si idiot ? Vous avez le droit de le croire, moi je ne vous rejoindrai pas, jamais, sur cette idée.

On me dit que ça va supprimer des classes, pour des raisons de cumul d'effectifs. Je ne vois pas ce que ça aurait de nouveau, entre les communes qui changent les secteurs au gré des besoins ou les RPI qui déjà optimisent au mieux les sites. En revanche, j'ai du mal à imaginer le Conseil départemental - qui sera certainement en charge des transports puisque les classes des EPSF seront sous la tutelle du collège - accepter sans broncher des transports supplémentaires d'élèves qui ne seraient pas justifiés. Voilà bien une question que les syndicats qui braillent à ce sujet se gardent bien d'évoquer...

Les Directeurs d'école vont disparaître... J'ai abordé la question dans mes billets précédents. C'est une idiotie bien digne de ceux qui la propagent. Quelques directions d'école vont être supprimées, mais il y aura toujours besoin d'un interlocuteur sur place. Et c'est bien là en revanche l'une des questions que le GDiD amène au front des revendications légitimes. Qui seront les indispensables "référents" sur chaque site ? Quel sera leur titre ? Quelles seront leurs missions ? Comment seront-elles reconnues ? Et puis qu'en sera-t-il des nombreux Directeurs et Directrices d'école qui subsisteront ? Notre travail il est là, pas dans des idées farfelues, des représentations surannées de notre métier, ni surtout l'abandon de l'importance de notre rôle ni des moyens indispensables à son exercice. Nous savons ce que nous sommes, nous savons ce que nous représentons, nous savons notre importance. A nous de persister à l'exprimer et à l'expliquer. La gouvernance de l'école n'est pas un vain mot, c'est une réalité concrète qu'il nous faut défendre, et un seul et unique objectif: celui de la réussite de chacun de nos élèves.

dimanche 10 mars 2019

Les filles aînées de Phorcys et de Céto...

Suite au premier vote de la Chambre en faveur de la "Loi pour l'école de la confiance", de nombreux députés de la majorité sont chargés de porter la bonne parole dans les territoires, et de "rassurer" - ce sont leurs termes - les personnels de l'éducation nationale, et en premier lieu les Directrices et Directeurs d'école.

Ils ont pour cela des "éléments de langage", comme on dit, soit un texte standard dont je vous épargnerai la teneur même s'il pointe quelques éléments intéressants. N'oublions en aucun cas, comme je l'expliquais dans le billet précédent, que le texte doit passer devant le Sénat, être éventuellement amendé, repasser devant la Chambre... pour ensuite être explicité avec des décrets d'application. On n'y est donc pas encore.

Néanmoins on peut légitimement prévoir une conséquence quasi inéluctable de cette loi pour ce qui concerne la direction des écoles, soit une division d'un corps de Directeurs qui n'existe pourtant pas en trois parties distinctes:

1) les "Directeurs adjoints au chef d'établissement", qui auront en charge les afférents du référentiel-métier actuel : administration certes mais aussi certainement la partie pédagogique du métier avec la gestion des projets d'école, les synergies inter-écoles et inter-cycles, etc. En soit, je l'ai déjà écrit, c'est un métier à inventer mais dont je pense qu'il pourra être passionnant. D'où ma recommandation expresse aux Directrices et Directeurs d'école actuels de se précipiter sur ces postes sans écouter les Cassandre, tant il est indispensable que les amoureux de l'école primaire publique donnent à ce nouveau statut - pour le coup c'en sera un car les récipiendaires seront certainement amenés à intégrer le corps des "personnels de direction" - un avenir radieux proche des besoins de l'école publique laïque et obligatoire et de ses élèves.

2) les Directrices et Directeurs d'école qui pendant quelques années subsisteront nombreux, et dont le statut est nuageux même s'il semblerait que se profile au fond d'un long tunnel un semblant d'amélioration qui hélas, si le Sénat n'agite pas bras et jambes pour imposer un statut spécifique, n'apporterait que des régimes de "décharge" légèrement valorisés et éventuellement une "indemnité" qui suivrait peut-être le même chemin. Bref, pour le pécore moyen, un cautère sur une jambe de bois. Mais je suppose que cela pourrait satisfaire le SNU et autres affidés qui depuis des lustres ne réclament que cela au nom d'une idée qu'ils restent les seuls à défendre tant elle est idiote. De là à écrire que ces gens-là sont idiots je ne m'y risquerai pas mais vous pouvez à bon droit imaginer le fond de ma pensée.

3) aaaah là il est difficile de trouver un nom : des "référents" ? Des Directrices et Directeurs d'école - sans le titre - qui feraient dans chaque école attachée à un collège le lien avec les familles et les élèves ? Et qui géreraient toutes les merdes quotidiennes - innombrables - que nous connaissons tous ? Pour l'instant il semble que le ministère n'ait pas vraiment pensé à cette "mission" - oui, nous sommes des missionnaires, avec tous les à-côtés que vous pouvez imaginer tas de petites coquines et de petits coquins -. Voilà un truc complètement dans les limbes, que NOUS nous savons indispensable et la base active de notre travail de chaque jour. Ce travail que jamais ne pourra faire un "Directeur adjoint au chef d'établissement" dans les écoles dont il aura la charge, quels que soient sa bonne volonté et son charisme. Les familles surtout ont besoin d'un interlocuteur reconnaissable et "respectable", qui doit donc avoir un titre connu et identifiable, parce que notre inconscient collectif est un support indispensable aux derniers métiers historiquement proches du "peuple", dernières preuves également de la présence de l'Etat dans nos 35000 communes après la disparition des postiers ou autres.

Ainsi, telles les filles aînées de Phorcys et de Céto, ces Grées qui n'avaient qu'un seul œil à se partager, nous aurions trois fonctions différentes pour une seule vision et un seul métier, celui de Directeur d'école. Ce n'est évidemment aucunement ce que le GDiD réclame depuis vingt ans.


Nous voulions un statut, un seul, pour les Directrices et Directeurs d'école. Mais nous admettions qu'avec 45000 écoles de tailles si différentes ce statut ne pouvait passer que par des regroupements d'écoles en "établissements du premier degré". Nous avons été rejoints dans cette idée par plusieurs syndicats dont je dois citer le SGEN-CFDT tant leur projet est similaire au nôtre.

Aujourd'hui ce projet est battu en brèche. Nous travaillons sans relâche avec nos alliés depuis plusieurs semaines - sans pour autant rejeter le projet du Ministre - pour faire comprendre les tenants et aboutissants de cette loi, comme nos craintes nos doutes nos interrogations ou nos suspicions. Le Ministre, disons-le, n'est aucunement à l'écoute. Nos demandes restent vaines, depuis de très longs mois. Pour autant nous persistons, et c'est pour l'instant auprès de nos élus, sénateurs et députés, que nous faisons d'autant plus le forcing qu'ils sont nombreux à soutenir, et certains depuis très longtemps, nos revendications qui leurs semblent légitimes et propices à une amélioration du succès scolaire de nos élèves. C'est bien là notre première volonté, non ? Même s'il faut admettre que notre double casquette est devenue importable et j'en suis hélas actuellement une vivante illustration.

Les Grées étaient les sœurs aînées des Gorgones et donc de Méduse. Il est à craindre que cette division difficilement compréhensible donne également naissance à quelques monstres. Comme nous avons tous connu des Directeurs d'école pétant plus haut que leur cul et persuadés de leur compétence, Peut-être connaîtrons-nous des chefs d'établissement ou adjoints imbéciles et imbus de leur pouvoir. Je ne néglige aucunement cette possibilité. Pour autant je sais l'infinie capacité de résistance d'un enseignant du primaire ! Elle ou il est quotidiennement dans sa classe et au contact des familles, nul mieux que lui n'est capable de faire ou de ne pas faire : un système qui ne convient pas ne peut pas fonctionner. J'ai donc, cela pourrait paraître étrange, une grande confiance dans la capacité de freinage de ceux qui sont sur le terrain et gèrent au jour le jour les avancées ou les difficultés de leurs élèves.

Comme vous le voyez, contrairement à ce que vous pourriez imaginer de moi, j'ai tout autant confiance que j'appréhende l’avenir. Oui, au GDiD nous avons des idées et des envies, oui nous avons un projet, pour autant nous n'avons pas la science infuse. Nous ne sommes pas aussi nombreux que nous le souhaiterions parce que nous avons du mal à nous  faire connaître (allez, bougez-vous !), mais nous avons la conviction de l'importance de notre travail et de la puissance de son avenir. Pourquoi travaillons-nous ? Pour que nos élèves réussissent, et nous ferons tout pour ça. Nous ne cherchons pas quoi que soit d'autre, pouvoir ou gloriole comme peuvent le clamer certains, nous voulons simplement faire notre métier du mieux qu'il nous est possible. Pour l'instant c'est impossible et peine perdue.

Je veux terminer ce billet avec un petit mot sur un autre convaincu, je veux parler de Lucien Marbœuf, dont tous vous connaissez les merveilleux écrits - ce type a un talent ahurissant! -. Son dernier billet m'a agacé. Mais j'entends pleinement ses interrogations, dont certaines sont aussi les miennes. Nous nous "connaissons" depuis de longues années, le respect est mutuel, il y a certainement aussi de part et d'autre un peu d'affection et c'est étonnant car nous ne nous sommes jamais vus. C'est la magie d'internet après des années de rencontres virtuelles. Je suspecte Lucien d'avoir été influencé par de nombreux écrits à charge, alors que le projet du Ministre ne peut pas à mon idée être rejeté en bloc tant il a d'aspects intéressants. Mais je ne peux pas non plus mettre une seconde en doute son honnêteté intellectuelle (et puis je garde son bouquin en tête, si vous ne l'avez pas lu et aimez vos élèves précipitez-vous). En revanche il est clair que les questions, les interrogations, les doutes comme les craintes sont nombreux.

Allez, des bisous à tous. J'imagine difficilement que notre métier puisse devenir pire qu'il ne l'est actuellement, Je veux me convaincre que les choses ne peuvent aller que dans le bon sens. Mais nous ne devons rien lâcher. Discutez avec nous sur Facebook ! Et rejoignez-nous !:

jeudi 21 février 2019

Au boulot...

J'ai beaucoup de mal avec les nouvelles concernant l' "école" en ce moment. Certains, qui ne fréquentent pas le groupe Facebook du GDiD, se sont étonnés de "notre" silence en cette période de chambardement. Y avait-il urgence ? Pas forcément.

Je suis en quelque sorte la voix de l'association, ou du moins son script. Si le verbe est porté par les autres membres du bureau de l'association auprès des députés, des syndicats, du Ministre, c'est moi qui écris généralement les échos du GDiD. Et hélas verba volant scripta manent, ce qui signifie que le travail de mes collègues reste souvent ignoré pour ceux qui ne se tiennent pas au courant sur Facebook, entre rencontres et assistance téléphonique ou autre. C'est profondément injuste. Mais c'est une répartition des tâches qui fonctionne à peu près, car malheureusement nous restons bénévoles et connaissons les mêmes affres que vous. Sans parler de nos vies familiales.

Pour tout vous dire, j'ai fait un burn-out, comme on dit aujourd'hui. Je devrais écrire "je fais", parce que je n'en suis pas sorti, je n'en sors pas. Tout ce qui concerne l'école me dégoûte, me révulse, je ne peux lire un mot sur le sujet sans avoir un haut-le-coeur. Je suis sous médicament, qu'est-ce que ce serait sans ? Alors je vais à reculons sur Facebook, je ne lis plus ma revue de presse, et je regarde de très très loin ce qui se passe en ce moment, avec des pincettes. Ce n'est même pas pour me préserver, c'est une réaction physique. Cette dépression profonde est un risque que nous courons tous, Directrices et Directeurs d'école surmenés et malmenés, une épée de Damoclès dont on imagine pouvoir éviter la chute. Au GDiD nous évoquons souvent le sujet. Mais ça m'est tombé dessus, littéralement tant ce fut soudain et violent, et le choc de me voir touché aussi malgré mon âge et mon expérience, ou à cause peut-être, me laisse un goût très amer.

Autant exprimer que la "loi pour l'école de la confiance" ne fut pas ces derniers jours ma lecture préférée. Elle marque une étape décisive qui je pense peut-être désastreuse pour les Directeurs d'école. Oui, seulement "peut-être". Il n'y a rien là d'imprévu, le ministre n'a jamais caché ses intentions ni son idée de ce rattachement au collège. C'est encore pire quand je lis malgré mes difficultés certaines réactions syndicales. Nos alliés -SE-UNSA, SGEN-CFDT,  SNE - ont réagi très vite, avec justesse, le jour même de la première discussion à l'assemblée de la création des "écoles des savoirs fondamentaux". Les autres... Là ça devient épidermique, j'en ai la chair de poule. Quand l'inénarrable ahurie Francette Popineau, du SNU, se désole en faisant semblant de découvrir ce qui se passe, quand FO braille dans le vent comme d'habitude, je pleure de colère, de lassitude, d’écœurement. Depuis combien d'années le GDiD, nous, les Directeurs d'école sur le terrain, tirons le signal d'alarme en disant que si nous ne réagissions pas nous serions les dindons d'une mauvaise farce et nous trouverions assujettis au collège ? Cela fait des années que nous le disons, que nous avertissons, que nous dénonçons les procès idiots que nous font le SNU, FO, SUD et consorts lorsque nous réclamons un statut pour des Directrices et Directeurs d'école issus du primaire. Que puis-je écrire sur celles et ceux qui depuis des années m'affirment bille en tête et cerveau en berne que je ne cherche qu'à être "petit chef", "caporal", dictateur ridicule d'une pseudo-démocratie ? Vous la vouliez, cette mise au point ? Vous l'avez. A force de dénigrer notre volonté de conserver des enseignants du primaire pour diriger les écoles, à force de dénigrer notre volonté de conforter une position singulière proche de nos élèves, à force de dénigrer le GDiD qui depuis tant d'années vous assène une vérité désagréable, vous avez obtenu le pire de ce qui était possible.

Maintenant que puis-je écrire sur la création des "écoles du socle" ? Le GDiD a immédiatement demandé à rencontrer les députés dont Cécile Rilhac (mission "flash" de juillet 2018) ce qui fut fait avec écoute le 6 février. Aura-ce un effet ? Pour l'instant tout le monde s'affole, mais le texte définitif n'a été voté que mardi 19 février par la Chambre. Il n'est pas passé devant le Sénat, il n'est donc que provisoire, ensuite il faudra une parution au Journal Officiel pour connaître la réalité de la Loi. Et puis il faudra encore attendre les décrets d'application. Je dois vous l'apprendre ? Une loi n'existe pas tant qu'elle n'est pas appliquée, et pour qu'elle soit appliquée il faut un ou plusieurs décrets ministériels qui en explicitent les tenants et aboutissants. Et ça va être un beau bordel, car la portée et les exigences du texte semblent en partie avoir manifestement échappé à nos députés, quelle que soit leur bonne ou mauvaise volonté. C'est ce qu'exprimait Alain Rei au nom du GDiD en écrivant le 1er février à nos représentants :

"Le 01 février 2018 nous vous avions écrit pour vous interpeller sur la situation préoccupante des directrices et directeurs d’école. Depuis une mission Flash a rendu son rapport (juillet 2018) et le Ministre avait annoncé que la question serait à l’agenda social du mois de janvier 2019.Le mois de janvier est terminé et non seulement il n’y a aucun signe de discussion sur le sujet de la direction d’école mais, beaucoup plus préoccupant, la commission des lois vient d’adopter un amendement à la loi « l’école de la confiance » permettant le rattachement des écoles aux collèges par la création d’ « Etablissements des savoirs fondamentaux ».

Cet amendement s’il était validé en l’état par l’assemblée sonnerait la fin de l’école du premier degré et verrait disparaître la richesse et l’expertise qui en font sa spécificité. Si la question du pilotage des écoles est bien réelle, si la question de l’encadrement des petites écoles est un vrai sujet, si la notion de taille critique peut et même doit être posée, ce n’est néanmoins certainement pas en éloignant le cercle de décision vers le collège que l’on rendra plus opérante cette école riche de son rapport de proximité avec ses usagers (enfants, familles, élus des communes…et bien entendu ses personnels), ou plus efficace, ou plus à même de conduire les enfants de tous les territoires de notre pays vers la réussite scolaire.

Alors que tous les rapports publiés ces dernières années indiquent la nécessité de donner de l’autonomie et de mettre au cœur du système les capacités de décisions pour conduire les équipes, cet amendement s’il est voté éloignera encore un peu plus les prises de décisions des collectifs de travail.

Depuis que cet amendement adopté par la commission a été rendu public nous ne cessons de recevoir des messages d’inquiétude, de lassitude, d’incompréhension des équipes d’écoles et particulièrement des directrices et directeurs d’école. Pourtant après le rapport de la mission flash de Mmes les députées Cécile Rilhac et Valérie Bazin-Malgras, ils avaient pu espérer être enfin entendus. Il est évident qu’au regard de la grande diversité des structures scolaires on ne peut proposer une solution unique et miracle sur tout le territoire.

Aujourd’hui cette école du 21° siècle a besoin d’une véritable structure juridique adaptée et d’un directeur reconnu pour ce qu’il est afin de répondre aux missions qui sont les siennes. Permettre aujourd’hui la création d’ « Etablissements des savoirs fondamentaux » sans avoir pris la juste mesure des conséquences réelles et multiples sur le fonctionnement des écoles, sans avoir auparavant stabilisé la situation des écoles qui y seraient intégrées et des personnels qui y travaillent, serait largement préjudiciable au service public d’éducation et aux personnels qui le servent.

Mesdames et Messieurs les Députés, nous vous demandons de mesurer les conséquences de cet amendement et nous sommes à votre entière disposition pour venir vous présenter les solutions que nous portons pour un meilleur fonctionnement de nos écoles."

Un courrier similaire a été envoyé aux Sénateurs le 19 février. Mais que dit concrètement le texte adopté mardi dernier ?

"Les établissements publics locaux d’enseignement des savoirs fondamentaux sont constitués de classes du premier degré et du premier cycle du second degré. Ils associent les classes d’un collège et d’une ou plusieurs écoles situées dans son secteur de recrutement.
Après avis de l’autorité de l’État compétente en matière d’éducation, ces établissements sont créés par arrêté du représentant de l’État dans le département sur proposition conjointe des collectivités territoriales ou établissements publics de coopération intercommunale de rattachement du collège et des écoles concernés, après conclusion d’une convention entre ces collectivités.
La convention mentionnée fixe la durée pour laquelle elle est conclue et les conditions dans lesquelles, lorsqu'elle prend fin, les biens de l’établissement sont répartis entre les collectivités et les établissements publics de coopération intercommunale signataires. Elle détermine également le délai minimal, qui ne peut être inférieur à une année scolaire, au terme duquel peut prendre effet la décision de l’une des parties de se retirer de la convention.
La convention détermine la répartition entre les parties des charges leur incombant en vertu des chapitres II à IV du titre Ier du livre II au titre de la gestion des écoles et des collèges. Elle définit notamment la répartition entre les parties des charges liées à la construction, la reconstruction, l’extension, les grosses réparations, l’équipement et le fonctionnement de l’ensemble de l’établissement et des dépenses de personnels autres que ceux mentionnés à l’article L. 211-8 qui exercent leurs missions dans l’établissement."

Sur le fond on pourrait imaginer que créer un établissement de ce type, qui prend modèle sur les écoles françaises à l'étranger qui fonctionnent bien, n'est pas forcément une mauvaise idée. Sauf que le fond est totalement différent : les écoles de l'étranger connaissent unité de lieu et unité de temps, avec une population particulière. Si je prends l'exemple de la France dite "rurale", il s'agit de regrouper administrativement des écoles dispersées, dont les choix pédagogiques sont différents et adaptés à leurs élèves, dont les locaux n'ont pas forcément la même qualité, qui sont gérées par des communes parfois fort différentes dans les moyens dont elles disposent comme dans leur vision de la politique éducative. Comment seront répartis les élèves ? Quels seront les coûts générés par d'éventuels transports ? Quels seront les horaires de ces écoles, dont il est fort à craindre qu'ils ne seront plus décidés localement avec l'accord des familles ? Quelle dotation par élève sera imposée aux communes concernées ? Malgré la bonne volonté des municipalités partantes pour un tel projet, il reste à craindre qu'en dehors des ECPI existants peu de Maires accepteront sans heurts de participer à l'élaboration d'une convention qui leur fera abandonner nombre de prérogatives et leur coûtera fort cher. Et pour quel intérêt ? Qu'y gagneront-ils ? Bien entendu nous verrons la création de tels établissements, mais ils seront certainement dans ces conditions peu nombreux, du moins dans les proches années. Imaginer une disparition proche des écoles de campagne me parait donc pour l'instant purement spéculatif, et destiné à faire peur. En revanche ce sont les grosses communes qui possèdent un collège, ou les métropoles, que le projet peut intéresser. Ne nous cachons pas que ce rapprochement, s'il est bien étudié et porteur de projets innovants, s'il ne crée pas des usines à apprendre de plusieurs milliers d'enfants, offre des perspectives intéressantes pour la réussite des élèves. S'il est bien étudié... et je crains avec l'exemple récent du fiasco des rythmes scolaires que le choix des édiles territoriaux soit souvent plus politique ou économique que pédagogique. Mais nous ne pouvons pas refuser d'emblée une formule qui peut offrir une opportunité pour certains de nos élèves, comme d'ailleurs la création des "établissements publics locaux d’enseignement international".

Que devient le Directeur d'école dans toute cette histoire ? Ne seront concernés par ces établissements que peu d'écoles - pour l'instant -. Les Directrices et Directeurs des écoles non concernées conserveront donc les missions définies par le référentiel-métier - en particulier l'admission des élèves, leur répartition et celles des classes et des moyens -, leur charge de classe et leur "indemnité", telles que définies actuellement. Mais le ministre a précisé que les discussions initialement prévues à l'agenda social - pour... janvier dernier - auraient bien lieu. Quand et sous quelle forme, c'est le mystère. Mais il ne s'agira donc pas de créer un statut particulier pour les Directeurs d'école, hélas et en dépit également des efforts de nombreux députés et sénateurs qui auraient voulu le voir inscrit dans la "loi pour l'école de la confiance", mais par décret ou circulaire de peut-être "améliorer" en marge certains aspects de notre métier, indemnité et régime de décharge. Pour le GDiD et nos alliés syndicaux le travail est donc loin d'être terminé.

Pour les Directeurs qui se trouveront pris dans la création d'un établissement, cela sera différent :

"Les établissements publics locaux d’enseignement des savoirs fondamentaux sont dirigés par un chef d’établissement qui exerce simultanément les compétences attribuées au directeur d’école par l’article L. 411-1 et les compétences attribuées au chef d’établissement par l’article L. 421-3. Un ou plusieurs chefs d’établissement adjoints, dont un au moins est en charge des classes du premier degré, exercent aux côtés du chef d’établissement. Ce chef d’établissement adjoint, en charge du premier degré, est issu du premier degré. Les modalités de son recrutement sont fixées par décret."

Le chef d'établissement est donc un "perdir", certainement le principal du collège, qui "veille à la bonne marche de chaque école maternelle ou élémentaire".

C'est tout ? C'est tout. On est dans un flou absolu sans décret d'application. Ce chef d'établissement adjoint "issu du premier degré" entre dans le corps des personnels de Direction. Est-il recruté par concours - ce qui serait logique pour un changement de corps - ou sur titre, après un entretien par exemple - ce qui me parait douteux - ? Sera-t-il seulement un ancien Directeur d'école ou pas nécessairement ? On peut supposer que le chef d'établissement déléguera les charges liées au primaire - admissions, etc - à son adjoint. Comment, sous quelle forme, avec quelle aide administrative ? On peut supposer également que seront déléguées l'organisation et la tenue des diverses réunions habituelles, conseil des maîtres, conseil de cycle, mais pas le conseil école-collège qui est présidé par le chef d'établissement ni le conseil d'école qui évidemment disparaît au profit du conseil d'administration. Et dans la mesure où est créé dans chacun de ces établissements un "conseil pédagogique" présidé aussi par le chef d'établissement, quelle est la place de son adjoint ?

"Dans chaque établissement public local d'enseignement, est institué un conseil pédagogique. Ce conseil, présidé par le chef d'établissement, réunit au moins un professeur principal de chaque niveau d'enseignement, au moins un professeur par champ disciplinaire, un conseiller principal d'éducation et, le cas échéant, le chef de travaux. Il a pour mission de favoriser la concertation entre les professeurs, notamment pour coordonner les enseignements, la notation et l'évaluation des activités scolaires. Il prépare la partie pédagogique du projet d'établissement."

"Outre les membres mentionnés à l’article L. 421-5, le conseil pédagogique comprend au moins un enseignant de chaque niveau de classe du premier degré. Le conseil pédagogique peut être réuni en formation restreinte aux enseignants des niveaux, degrés ou cycles concernés par l’objet de la séance."

On notera dans ce cadre pédagogique la disparition de l'IEN. Certains pourront s'en réjouir, pas moi. Dans la mesure où un établissement fonctionne sur la base d'un contrat d'objectifs, on peut légitimement se poser des questions quant à ceux qui seront imposés au primaire. Quelle sera l'autonomie accordée aux classes du premier degré ? Et puis, nous ne devons pas oublier l'importance de la relation privilégiée qui lie actuellement le Directeur d'école aux élèves et aux familles. Que deviendra-t-elle ? Qui fera le lien quotidien ? Qui restera pour recevoir en urgence des parents inquiets ou gérer les problèmes quotidiens, de sécurité ou autre ? Qui tiendra ce rôle sur place ? Un "Directeur de site" ? Un "référent" ? Ou les enseignants resteront-ils esseulés ?

La charge qui sera donnée aux premiers adjoints du primaire aux chefs des établissements publics locaux d'enseignement est donc immense. Il leur reviendra, après publication des décrets, de définir un cadre viable pour que le primaire ne devienne pas une variable d'ajustement ni soit abandonné, ou assujetti à des objectifs inatteignables. Il faudra des gens aux reins solides, capables d'expliquer mais aussi de composer, tout en maintenant la spécificité de l'enseignement à ce niveau et surtout à l'école maternelle !

Le travail qui attend le GDiD et nos partenaires syndicaux est tout aussi gigantesque. S'il va falloir défendre notre volonté d'une reconnaissance spécifique des Directrices et Directeurs d'école, et persister dans la création d'établissements du primaire autonomes à taille raisonnable - seul moyen selon nous d'obtenir un statut -, il va nous falloir également défendre une vision de l'école qui fait la part belle à la réussite individuelle de nos élèves et non à des objectifs globaux. Il va certainement, et c'est nouveau, nous falloir y défendre aussi le rôle pédagogique important des IEN, qui auront toute leur place dans le fonctionnement d'établissements du primaire.

En général, je ne désespère pas. Bon, en ce moment, je broie du noir avec un pilon que je ne maîtrise pas, et j'ai abandonné quelques secondes ce billet pour avaler un anxiolytique. Mais je veux croire que ce qui pourrait être un désastre peut néanmoins devenir un excellent pont d'envol pour nos élèves et les Directeurs d'école, à condition de saisir la question à bras-le-corps. Je veux espérer que notre gouvernement va enfin consulter les corps intermédiaires et ne plus arriver dans de pseudo-discussions avec des projets déjà emballés et ficelés. De nombreux représentants de la Nation sont à nos côtés, à la Chambre et au Sénat, nous devons les convaincre que nos idées sont dignes d'être écoutées, entendues, retenues... et que leur rôle est aussi certainement d'en convaincre à leur tour un gouvernement qui fonce à toute allure avec quelques œillères.

Au boulot.

mercredi 16 janvier 2019

Le grand débat national, une opportunité à saisir...

Le grand débat national initié par M. le Président de la République est une occasion à ne pas manquer pour les Directeurs d'école. Quatre thèmes sont proposés: transition écologique, fiscalité et dépenses publiques, démocratie et citoyenneté, organisation des services publics. Evidemment rien ne vous interdit de participer à un débat public, ou d'en organiser un, mais vous pourrez bientôt exprimer votre opinion sur un site internet, bien au sec, sans perte de temps ni d'énergie. Personnellement, après quarante années de réunions de toutes sortes, j'en ai largement ma claque, et supporter parti-pris, racisme, réclamation de la peine de mort et autres déclarations ineptes est à mon âge au-dessus de mes forces.

Mais néanmoins en profiter pour s'exprimer est important, sur les thèmes qui vous sont chers bien sûr, mais également sur l'organisation des services publics, et évidemment en priorité pour nous sur l'éducation et particulièrement sur la pyramide administrative et la nécessaire organisation de l'école primaire en établissements juridiquement reconnus et autonomes, avec des Directeurs formés, correctement rémunérés, ayant les moyens de leur action.


Je vous invite donc, en dehors de ce que vous pourrez faire par ailleurs, à vous connecter à partir du 21 janvier prochain sur le site du grand débat national. Il est absolument indispensable que les Directrices et Directeurs d'école fassent connaître leur opinion pour contrer des syndicats qui depuis quelques mois multiplient les injonctions du style "non à la caporalisation, nous sommes tous égaux". Exprimez-vous, faites connaître l'adresse du site à tous nos sympathisants et collègues qui n'en peuvent plus de notre situation mortifère qui ne fait que s'aggraver chaque mois, chaque année, depuis des lustres.

Allez hop, on se bouge !

https://granddebat.fr/ (tout en bas, contribuer en ligne)

dimanche 13 janvier 2019

Votre retraite ? Et la mienne...

M. Jean-Paul Delevoye, haut-commissaire à la réforme des retraites, travaille courageusement depuis de longs mois à l'organisation de la concertation sur la prochaine réforme des retraites. Ce que donnera cette concertation, chacun l'ignore, mais elle se fera certainement dans la douleur. Pour nous en particulier qui dans la fonction publique conservons pour l'instant le calcul de notre retraite à partir du montant de nos six derniers mois de traitement.

Il va y avoir du travail pour les syndicats, et particulièrement pour les syndicats alliés du GDiD, dans les mois qui viennent entre ce chantier important et celui qui l'est tout autant de l'avenir des Directeurs d'école. D'où ma tristesse de constater la désaffection réelle du corps enseignant lors des dernières élections professionnelles. Ce ne sont pas des gilets ou des stylos qui disputeront le bout de gras et défendront nos ultimes avantages.

En attendant, je suis toujours surpris de constater à quel point les agents de la fonction publique, et évidemment les enseignants au premier chef, sont peu au courant de leurs conditions de départ à la retraite.

Si chacun d'entre nous sait que pour l'instant celle-ci est calculée en fonction de nos six derniers mois de traitement, beaucoup ignorent en revanche que les "primes" et autres indemnités sont également prises en compte par le régime de Retraite Additionnelle de la Fonction Publique (RAFP). Les Directrices et Directeurs d'école sont évidemment concernés au premier chef par cette mesure. Si je regrette que notre statut ne soit pas différent de celui de nos adjoints alors que notre travail l'est totalement, si je regrette donc que nous n'ayons qu'une "indemnité"  au lieu d'un salaire représentatif de nos responsabilités, pour autant j'apprécie que cette obole soit néanmoins considérée pour notre retraite.

Chaque mois depuis le 1er janvier 2005 nous cotisons, et notre employeur également, à ce régime additionnel. L’employeur déclare les cotisations des agents (le taux de cotisation étant réparti à parts égales entre l’agent, 5%, et l’employeur, 5%) calculées sur leurs rémunérations accessoires dans la limite de 20% du traitement indiciaire brut. Ces rémunérations sont ensuite transformées en points qui, multipliés par la valeur de service du point, donnent le montant de la prestation perçue par l’agent.

Cette prestation pour ceux qui partent en retraite maintenant sera certainement versée sous forme de capital car pour obtenir une rente il faut bénéficier d'un nombre de points égal ou supérieur à 5125, et la durée effective des versements depuis 2005 ne le permettra peut-être pas.

De plus il faut savoir que l'âge d'ouverture des droits est de 62 ans pour ceux qui sont nés après le 1er janvier 1955. Moi-même né en 1961 et qui partirai à 59 ans (après 41 ans de carrière quand même, j'ai fait ce choix) ne toucherai mon capital qu'à 62 ans.

Pour vous informer, vous pouvez consulter le site de la RAFP.

Pour consulter votre compte, vous devez le créer sur le site de la Caisse des dépôts.

Pour calculer votre capital (ou votre rente) vous pourrez ensuite vous pencher sur cette page qui vous donne les éléments de calcul.

Bons calculs !

samedi 5 janvier 2019

Des goûts et des couleurs...

Nous vivons un hiver chatoyant. Notre horizon se couvre depuis quelques semaines de couleurs voyantes et variées, le jaune des gilets, le bleu des gyrophares, aujourd'hui le rouge des stylos... Et demain ? Des casquettes vertes ? Des culottes roses ?

A mesure que le temps passe se mêle à une légitime exaspération un salmigondis indigeste de revendications absurdes, anti-républicaines, populistes, voire anarchistes. C'est l'auberge espagnole, où chacun apporte son grain de colère égoïste en mélangeant tout et n'importe quoi. On y colle les lubies révolutionnaires de pseudos sans-culotte, des Robespierre au petit pied qui voudraient réinventer le Comité de Salut Public mais n'ont ni l'aura d'un Condorcet, ni le feu d'un Danton, ni le talent d'un Marat. Tout cela est entretenu avec délectation par des médias heureux de remplir leurs cases horaires et nous gaver, sous prétexte d'écoute et d'information, de discours incompréhensibles et de prétendus débats lamentables d'autosatisfaction. Je peux ajouter enfin le raccrochage désespéré des politiques les plus divers prêts à soutenir n'importe qui et n'importe quoi dans l'espoir vague et forcément déçu d'en tirer un profit même minime.

Ne vous méprenez pas : j'ai beaucoup de respect pour l'immense détresse que révèlent ces mouvements. Les gilets jaunes c'est d'abord la révélation - si elle était nécessaire - de la fracture territoriale qui oppose les habitants des centres des grandes métropoles aux français de province, des périphéries des grandes villes, du monde rural, où la voiture est une nécessité et la précarité une réalité quotidienne, où les services disparaissent, où les emplois publics sont supprimés, où les Maires démissionnent dégoûtés; c'est la dénonciation de la cruelle méconnaissance que la bourgeoisie nantie a des difficultés d'argent et de travail que vit une immense majorité de la population de ce pays; c'est la mise au jour, quasi archéologique, d'une multitude silencieuse de français qui depuis des décennies encaisse de plein fouet tous les soubresauts d'une société dont la nomenklatura aveugle et sourde, sous prétexte de sauver ses entreprises, ses banques, ses fonctionnements, ses privilèges, pique des sous dans la poche des plus pauvres et enrichit encore les plus riches. Je sais tout cela. Je sais aussi que les "gyros bleus" montraient la fatigue et l'exaspération de forces de l'ordre qu'on maintient sur le pied de guerre depuis des années, et qui se font taper dessus pour des clopinettes. Les "stylos rouges" dénoncent une situation que je vis chaque jour et pour cause, entre classes surchargées et manque de considération, administration sourde, rémunération minable mais responsabilités qui s'alourdissent...

Pour autant je ne peux pas cautionner ce genre de mouvement. Le rassemblement des foules n'est jamais qu'un vain exutoire. On me répliquera que ça fonctionne, la preuve les "gilets jaunes" ont obtenu ça et ça. Et mon cul, c'est du poulet ? Ce qu'on vous octroie aujourd'hui vous sera retiré demain d'une façon discrète, sans même que vous y preniez garde, en restreignant encore les services publics, en supprimant des emplois territoriaux, en coupant l'éclairage des rues arrivée une certaine heure sous le prétexte de "sauver la planète"... Elle a bon dos, la planète, et vous aussi en croyant toute les billevesées qu'on vous serine quotidiennement depuis si longtemps. Si vous croyez les quotidiens qui évoquent un "cadeau de 10 milliards", il va vous falloir revenir à l'école et apprendre un peu de calcul; si vous n'avez toujours pas compris qu'à terme ce sera toujours vous qui payerez, alors je n'ai plus rien à écrire.

C'est bien pour cela que je ne crois pas au génie des foules, ni à sa bonté, ou à son innocence. Un rassemblement de ce type n'est qu'un regroupement d'égoïsmes voué à l'échec. La révolution française ? Après quelques mois d’auto-congratulation elle s'est évidemment terminée dans le sang des milliers d'innocents décapités au nom du peuple par quelques malfrats profiteurs qui ont fort logiquement fini par s'entre-guillotiner eux-mêmes. Pour aboutir à une dictature impériale qui a opéré un massacre dans toute l’Europe au nom de la liberté. Les français sont - parait-il - friands d' Histoire : qu'ils regardent un peu le passé pour comprendre où mènent les prétendues révolutions, les mouvements citoyens ou populaires, les libérations... A la dictature, à l'absolutisme, au goulag, aux stades remplis d'innocents sacrifiés, au racisme, à l'antisémitisme, à l'exode, à la famine. S'il vous faut des prisons, des exclusions, des blessés et des morts, et combien de larmes, désolé mais ce sera sans moi.

Je n'ai aucunement la nostalgie des siècles passés. Si les sursauts populaires sont certainement parfois nécessaires, pour autant ils ne peuvent ni ne doivent dépasser le stade de l'alerte. Le droit imprescriptible de chaque être humain est évidemment de se défendre, de défendre ses enfants, sa famille, son conjoint, ses amis, ses compatriotes. Mais jusqu'où ? Et à quel prix ? Ce que révèle la situation actuelle en Europe est une inquiétude sourde de l'avenir, par manque de projet clair et propre à emporter l'adhésion de tous. C'est le cas dans l'Union européenne, c'est le cas dans chaque pays qui la compose. Cette inquiétude est perceptible ailleurs, en Amérique du Sud, aux Etats-Unis. Elle n'amène que le refus et le repli, l'abandon de chacun à son propre destin. Elle autorise, au nom d'une perception faussée, l'abandon de populations entières obligées de migrer par leur misère, leur faim, par la guerre et la destruction. Elle exacerbe les pires aspects de l'humanité, elle exalte ses pires instincts, elle repousse le meilleur des religions pour n'en garder que la lie monstrueuse, loi du Talion, vengeance et lapidation. L'inquiétude est mère de la violence et de la mort.

Nous avons en France la chance inouïe de vivre dans une démocratie. Notre système n'est certainement pas parfait, nous en voyons constamment les limites comme les excès de ceux qui savent en profiter. Pour autant notre constitution nous donne les moyens de nous exprimer et d'orienter les choix de notre nation. Nous avons des élus - certainement critiquables -, nous avons des représentants syndicaux - parfois déficients et ce d'autant plus que certains ont depuis quarante ans fortement dévoyé le sens des mots "grève" et "manifestation" -. Mais la plupart d'entre eux croient suffisamment aux valeurs de notre république pour la défendre au mieux de leurs possibilités. Ils donnent sans compter temps et énergie pour protéger et soutenir autrui, maintenir nos droits, défendre une laïcité que je pense inégalable lorsqu'elle est bien comprise. Certes chaque citoyen a le devoir d'orienter leurs choix et de les alerter de leurs conséquences, de les avertir des problèmes, d'exprimer ses doutes. Mais nous devons également les protéger parce que le devoir de ces représentants est d'abord l'intérêt de la collectivité, avant celui des individus. C'est parfois compliqué à comprendre, ils ne savent pas forcément expliquer, ou se méprennent sur le sens et l'importance de leur communication. Mettre en doute constamment et universellement leur abnégation et leur honnêteté ne sera utile qu'à ceux qui veulent le chaos.

Moi je ne suis pas content. Je ne suis pas content parce que mon métier n'est pas bien considéré, parce qu'on me dit toujours en vacances, parce que je ne suis pas bien payé. Je ne suis pas content parce que mon administration fait la sourde oreille et préfère ses lubies à la résolution de mes problèmes. Je ne suis pas content parce que mes élèves sont si nombreux que je n'ai pas la possibilité de donner à chacun d'entre eux le temps dont il aurait besoin. Je ne suis pas content parce que je prends quotidiennement de plein fouet l' inquiétude des familles qui la traduisent en récriminations acerbes, en plaintes ou en menaces. Je ne suis pas content parce que le Directeur d'école que je suis n'a pas le temps de faire correctement son travail, et je ne suis pas content parce que mon ministère s'en fout.

Mais je persiste à croire aux vertus de la communication, de l'explication, de la discussion. Je reste persuadé que la situation de chacun, et la mienne en particulier, ne peut s'améliorer qu'en parlant, en commentant, en démontrant, en convaincant. Le mot "lutte" qui a fait les beaux jours syndicaux m'a toujours fait vomir. Je ne serais pas entré au GDiD si je ne pensais pas qu'enseigner aux décideurs n'était pas une démarche aussi valide que celle d'enseigner à des enfants. Je ne me serais pas finalement et récemment syndiqué si je ne pensais pas que c'est en verbalisant les problèmes qu'on peut soi-même mieux les appréhender et surtout les faire comprendre.

2019 va être une année de travail syndical intense. Pour les enseignants, pour les Directeurs d'école. Nous devons soutenir celles et ceux qui vont travailler pour nous. Brailler ne fait qu'exacerber les tensions même si ça soulage momentanément. Nous ne devons braquer personne, nous devons nous expliquer et chercher ensemble des solutions, qui inévitablement ne seront pas idéales et qui prendront du temps. Mais au moins travaillerons-nous ensemble à améliorer une machine déficiente pour la remettre en marche, dans l'intérêt de nos élèves qui aujourd'hui sont les victimes innocentes de notre stérilité.