dimanche 9 décembre 2018

Et maintenant ?

"... De Saint-Loup, mon père fit un bond de comète : car franchissant d'un seul coup les faubourgs, il fut nommé - à sa grande surprise - instituteur titulaire à l'école du chemin des Chartreux, la plus grande école communale de Marseille.
Elle était gouvernée par un « directeur sans classe », qui était une sorte de proviseur. Il pouvait aller voir M. l'inspecteur d'Académie sans la moindre convocation, il était membre du jury du brevet élémentaire et même parfois, du brevet supérieur !
D'ailleurs, le concierge avait dit devant moi, à mon père charmé, que les douze instituteurs des Chartreux étaient « l'élite des maîtres », et qu'au bout de quatre ou cinq ans de service, ceux qui le désiraient étaient immédiatement nommés directeurs,et souvent à Marseille même.
Cette déclaration du concierge de l'école du chemin des Chartreux fut souvent citée dans la famille, et ma mère - qui en était toute glorieuse - la répéta devant Mme Mercier et Mlle Guimard, en ajoutant qu'après tout, ce concierge exagérait peut-être un peu : mais elle n'avait pas l'air de le croire.
Elle était toujours pâle et frêle, mais heureuse, entre son Joseph, ses deux garçons, et sa machine à coudre toute neuve. ..."

Je me replonge souvent dans ce merveilleux livre qu'est "La gloire de mon père", de Marcel Pagnol, que j'ai la chance de posséder dans l'édition Pastorelly de 1957 - imprimée à Monaco ! -. Ce récit a fait beaucoup dans mon enfance pour me conforter dans mon idée qu'instituteur était un métier noble : quel plus bel apostolat pouvais-je imaginer que celui d'éduquer de jeunes esprits ? J'étais comme "ces maîtres d'autrefois. Ils avaient une foi totale dans la beauté dans la beauté de leur mission, une confiance radieuse dans l'avenir de la race humaine."

Aujourd'hui encore je crois fermement que mon métier est un métier magnifique. Il est certes souvent difficile, en maternelle, d'accueillir des petits sauvages égocentriques pour en faire des enfants joyeux et curieux d'apprendre. Cela réclame beaucoup d'énergie et parfois même de l'abnégation, cela provoque beaucoup de fatigue, avec l'âge et les changements de mentalité cela me parait de plus en plus compliqué, mais ça fonctionne. Combien en ai-je vu quitter ma classe, quitter l'école, prêts à découvrir les beautés de la lecture quand ils n'étaient pas déjà lecteurs ? J'y crois encore, j'y crois toujours.

Sauf que nous ne sommes plus en 1886. Le "modèle" scolaire de cette époque n'a quasiment pas évolué, alors que deux grandes guerres et beaucoup d'autres massacres, comme 130 années, ont changé nos façons de penser, nos besoins, nos désirs, nos envies, notre mode vie surtout. Je vois des professeurs de tous niveaux se demander si le modèle professoral face à l'élève est encore pertinent alors qu'il ne l'est plus depuis si longtemps - s'il l'a été un jour -. On nous suggère avec raison d'imaginer d'autres fonctionnements, de partager notre savoir plutôt que le délivrer, de faire évoluer la répartition de nos élèves au sein de groupes de diverses formes et peut-être éphémères...

Puisque nos méthodes d'enseignement doivent changer, car nous voulons le meilleur pour nos élèves, pourquoi la structure de l'école devrait-elle rester immuable ?

La création des CEG en 1959, des CES en 1963, puis leur évolution, furent des étapes nécessaires à une scolarisation poussée et une meilleure formation pour les enfants de notre pays. Aujourd'hui la France n'a pas à rougir de son taux de bacheliers ni de son enseignement.


Les efforts accomplis dans l'éducation après le primaire ont porté leurs fruits. Cela signifie-t-il que l'école maternelle et l'école élémentaire sont efficaces ? On pourrait le croire puisque certains réclament que rien n'y change. Pour autant nous savons bien que ce n'est pas la vérité. Dès l'école maternelle nous percevons que certains de nos élèves, malgré nos efforts ininterrompus, seront en difficulté dans leurs études. Nous essayons de leur donner le maximum de ce que nous pouvons, mais la structure de nos écoles, avec leurs classes et leurs enseignants intangibles, avec leurs effectifs pléthoriques, ne nous permet pas toujours d'offrir à chaque enfant ce qu'il devrait recevoir pour réussir.

Certes des efforts sont faits, comme récemment le dédoublement des classes des CP dans certains secteurs; mais cela au détriment d'un jeune dispositif - le "plus de maîtres que de classes" - qui n'a jamais été évalué et qui autorisait les Directeurs d'école à mettre des enseignants en sureffectif ou à dédoubler des groupes en fonction des besoins éducatifs.

Pourquoi je cite ce dispositif ? Parce que pour la première fois on reconnaissait au Directeur d'école sa responsabilité pédagogique comme son rôle de pilotage, et on lui en donnait une partie des moyens. Parce que si notre métier de Directeur d'école est aujourd'hui avec le référentiel-métier pleinement reconnu comme un métier à part entière, nous n'avons pas  plus de moyens pour l'exercer ! Nos locaux sont contraints par les communes qui en sont propriétaires et gestionnaires, nos crédits de fonctionnement ou de projets sont contraints par ces mêmes communes qui n'ont pas toutes l'envergure financière qui serait parfois nécessaire, nos répartitions sont contraintes par un nombre imposant d'élèves que nous ne pouvons que dispatcher du moins mal qu'il nous est possible, les enseignants que nous gérons n'acceptent pas si facilement de changer de niveau ou de groupe ou de lieu d'enseignement... Là où nous devrions "impulser" ou "animer", nous ne pouvons la plupart du temps qu'administrer l"indispensable ou l'urgent. Notre latitude est dérisoire. D'autant que 80% d'entre nous sommes en charge de classe...

Et cela ne devrait pas changer ? "Noli me tangere." nous assènent de nombreux syndicats à longueur de temps. Cette dimension christique donnée à l'école ne peut pas convenir, nous ne pouvons plus nous en satisfaire ou nous en contenter. C'est la réussite de nos élèves qui est en jeu. L'école DOIT changer.

Mon tempérament optimiste me laissait imaginer lors de ces dernières élections professionnelles un vaste élan philosophique, une démarche volontaire et joyeuse portant au pinacle nos alliés syndicaux. Ce ne fut pas le cas. Chacun aujourd'hui proclame sa victoire, et le nombre d'instances est tel dans l'éducation nationale que certainement chacun a raison. Les résultats sont difficiles à lire. Alors untel progresse localement dans ce département, celui-ci gagne un siège dans son académie pour telle branche professionnelle mais en perd un autre ailleurs...

Concrètement rien n'a été vraiment bousculé, semble-t-il. Et surtout au CTMEN où chacun conforte sa place.


Pourquoi ces résultats du Comité Technique Ministériel me gênent-ils ? Parce que si je ne m'abuse ce sont bien ses élus qui discuteront le bout de gras avec le ministère lors des rendez-vous de l'agenda social dont je vous rappelle que la question de la Direction d'école fait partie. Si nos camarades du SE et du SGEN comptent à eux deux 5 sièges, la FSU à elle seule seule en compte 6. Je ne compte guère sur la CGT pour soutenir les revendications du GDiD. Que fera FO ? Ils peuvent parfois nous surprendre même si leurs plus récentes déclarations laissent peu d'espoir. Le SNE ? Peut-être, sauf que le siège est partagé avec le SNALC qui certes veut un statut pour les Directeurs d'école mais est nettement plus réticent pour changer le statut de l'école elle-même.

Alors... et maintenant ?

On peut supposer que le ministre, emporté par son élan, va faire des propositions sans tenir aucunement compte de celles de ses interlocuteurs. On sait la propension de M. Blanquer de n'en faire qu'à sa tête, et les divisions syndicales lui laissent pour cela un boulevard si large que jusqu'à présent il a fait ce qu'il voulait quand il le voulait. Les propositions du ministre iront-elles dans notre sens ? C'est possible, mais je crains néanmoins qu'il en fasse trop, ou qu'il aille inventer des incongruités mortifères - je suis très suspicieux par exemple des rapports avec le collège, ou de sa vision de l'école maternelle -. Nous pouvons espérer d'abord que la vision que nous avons tous de l'école au service de chaque élève ne sera pas trop bousculée. Nous pouvons espérer que les syndicats représentatifs sauront défendre l'âme de nos métiers. Nous pouvons imaginer un changement de notre métier de Directrice et Directeur d'école et espérer qu'il corresponde à la vision que nous en avons. Croiser les doigts ? Je ne suis pas superstitieux. Mais continuer insister persister oui ! Cent fois, mille fois oui.

Pascal Oudot

PS : je suis navré de le redire, mais nous avons besoin de sous. Beaucoup d'entre vous ont adhéré pour l'année scolaire 2018-2019, je vous en remercie infiniment. Alors que pouvez-vous faire de plus ? Cela correspond en fait totalement à la mission que vous vous êtes donnée en adhérant à l'association : faites-nous connaître, parlez du GDiD autour de vous, envoyez un courriel à vos collègues... Plus nous serons nombreux plus nous serons forts. Et peut-être certains accepteront-ils de nous donner 20 euros qui nous permettront de continuer  à bosser pour eux, pour vous, pour nous, pour nous tous. Merci d'avance pour votre investissement en temps et en énergie !

mercredi 5 décembre 2018

Chaud effroi...

Je découvre ce matin une réponse du ministère à la question d'un député quant à notre travail, oui vous savez votre double casquette d'enseignant et de Directeur d'école, qui vous fait tant suer, vous épuise, et vous contraint à sautiller d'un métier à l'autre au détriment des deux parce que je ne connais personne capable d'assumer pleinement deux fonctions simultanées. Qui osera me dire en face, à part un syndicaliste borné d'une centrale béate et confite dans la dévotion d'un passé communiste mal digéré, qu'accepter un coup de téléphone en plein cours ne se fait pas au détriment du travail de classe ? Qui osera me dire en face que se faire engueuler parce qu'on n'est RIEN est socialement responsable et humaniste ? Je suis un enseignant comme les autres, moi ? Wouaaah, blagueur !

La question était bateau ("situation difficile", gna gna gna) mais avait le mérite d'avoir été posée, manifestement par un député sympathique mais sans idée de projet. La réponse en revanche... Les bras m'en tombent, et si ça ne vous est jamais arrivé je peux vous assurer que ça fait mal et qu'en plus c'est dégueulasse parce qu'après il faut nettoyer par-terre avec la serpillière et puis frotter. En plus sans bras c'est compliqué, essayez de brosser avec vos dents pour voir...

Blague à part, après une liste balzacienne des bienfaits ministériels envers les Directeurs d'école depuis trois lustres - à vomir de suffisance -, on arrive à deux petites phrases minables... ou pas : "Dans ces conditions, il n'est pas envisagé ce jour de créer un statut de personnel de direction pour les professeurs des écoles assumant cette mission. Le ministère poursuit sa réflexion pour accompagner ces personnels et simplifier l'exercice de leurs missions."

On est dans "50 nuances de Grey" ? Je sais depuis vingt ans qu'être Directeur d'école requière par essence une certaine dose de masochisme - avouez-le, vous aimez qu'on vous fasse mal -, mais de là à me faire "accompagner" (on sait ce que ça donne sur le terrain, ah ah ah !) ou regarder benoîtement "simplifier" mon travail (ah ah ah aussi, quelle poilade !) par une administration qui ne sait que compliquer tout ce qu'elle est sensée faciliter... Bref, circulez, y'a rien à voir.

Admettez qu'avant la "réflexion" que va s'imposer sans conviction en janvier un ministre perché sur son Olympe fort éloigné des réalités des réflexions parentales pourries qu'on m'impose chaque matin, ça la fout mal. Ce que je veux exprimer, c'est que j'attendais un peu un petit quelque chose pas grand-chose mais on peut espérer, et que maintenant j'attends encore moins.

Sauf...

Vous avez voté pour les élections professionnelles ? C'est bien. Parce que ce seront nos responsables syndicaux qui seront conviés à la "table des négociations" (je mets des guillemets parce qu'il n'y a pas grand-chose à bouffer sinon souvent des couleuvres). Moi quand je vois dans les professions de foi que certains syndicats EXIGENT que les Directrices et Directeurs d'école restent "des enseignants comme les autres", ben ça me fait vomir. Vous faites ce que vous voulez, hein. Si vous aimez vous faire taper sur la gueule, si ça vous fait bander, n'hésitez pas et votez SNU ou FO ou SNALC ou SUD ou CGT, vous aurez ce que vous voulez soit une bonne branlée à chacune de vos prochaines rentrées.

Maintenant, nous vous avons écrit ce que nous pensions et les noms des syndicats qui ont une vision similaire ou parallèle à la nôtre : SGEN, SE, SNE, CFTC. Il y a des nuances mais au moins ces gens-là ne veulent pas du statu quo et savent qu'il est impossible d'obtenir un statut pour 50000 dirlos. Y croire encore comme le SNALC, ou plutôt faire semblant d'y croire, c'est vouloir enfoncer un peu plus profond les Directeurs dans leur merde déjà bien noire et puante. Pire, je ne crois pas une seconde qu'ils soient dupes de leur propre bêtise. Il y a là-dedans des intérêts que je préfère ne pas creuser tant ils me débectent.

Nous sommes à la veille de la fin des élections. Faites ce que vous voulez. Mais SURTOUT, ne venez pas dire que le GDiD ne vous aura pas prévenu. Et si vous votez pour des andouilles ne venez pas vous plaindre, du moins pas auprès de moi parce que je saurai vous recevoir.


samedi 1 décembre 2018

VOTONS ! On saura faire les additions.

Je n’arrive plus à entendre sereinement les mêmes pseudo-arguments avancés par ceux qui rejettent un statut pour les Directrices et Directeurs. De ceux qui disent s’opposer à la caporalisation de l’école, alors qu’ils la maintiennent de fait sous le joug des circos, en passant par ceux qui, avec une certaine morgue, prétendent que ce n’est pas de cela dont on a « besoin » parce que « leur équipe » fonctionne super bien (2% d’autonomie, tu parles !) et jusqu’à ceux qui, à court, nous prédisent l’apocalypse si...

20 ans qu’ils rabâchent qu’avec « plus de… » on règle la chose, 20 ans qu’on donne « plus de… », 20 ans que ça ne suffit pas et 20 ans que notre situation professionnelle se dégrade. Pourtant, tous les rapports et enquêtes qui s’entassent depuis 20 ans vont dans le sens d’une reconnaissance statutaire.C’est une évidence que de commencer par cadrer ce que l’on est pour savoir de quoi on a besoin.

Mais qu’importe, ayant fait de la conservation leur religion, ceux-là ignorent les évolutions sociétales, le déclassement professionnel et la souffrance au travail. Leur credo, « tous pareils et tout ira mieux », ne sert qu’à conforter des bastions électoraux quitte pour cela à cacher sous le tapis le mal-être d’une poignée de « tous-pareils ». Nous ne sommes pas nombreux, on peut nous sacrifier, effacer notre nom au profit de « la direction ». Des Directrices et Directeurs tentent de se faire entendre ? Ils seront stigmatisés comme des petits quelque-choses, des apprentis autres choses… 20 ans que cela dure !

Je comprends qu’à une époque où l’Instit était estimé, que le Directeur tenait une place identifié dans le tissu social et le 1er degré, une époque sans téléphone… portable, sans internet, une époque sans PPMS, où les notes de services étaient tapées à la machine sur des « pelures »…, je comprends qu’alors le « statut » n’était pas nécessaire tant le « contrat » social entre l’école et la société était clair et cohérent. De plus, en ce temps-là, point de travail d’équipe, le curseur était placé sur la classe.

Mais voilà, la société évolue, de plus en plus vite, on parle même de mutation, tandis que l’école, chargée d’en former les citoyens, reste bloquée sur un fonctionnement qui a plus d’un siècle !

Hier, je lisais les chiffres de la redistribution en France. De la santé, de la défense, de la protection sociale… seule l’Éducation n’avait pas l’efficacité attendue rapportée à sa part du PIB. Budgétairement, nous sommes au-dessus de la moyenne de l’OCDE alors que nous sommes dans les derniers quand on compare les résultats scolaires. C’est factuel. Pour améliorer le système le seul levier budgétaire ne suffit pas. J’ai même le sentiment qu’il favorise la bureaucratie au détriment du terrain.

L’élément central du bocage en ce qui nous concerne c’est la question du « supérieur hiérarchique ». Comme cette question n’est abordée que de façon idéologique elle ne produit que du clivage. Il faut avoir une drôle de conception des choses organisées pour penser que le rêve d’un directeur d’école soit de devenir un dictateur d’école…

Revendiquer un statut c’est vouloir ajuster la protection au métier exercé en perte de sens. Le statut définit le cadre dans lequel le professionnel agit et la fonction d’un cadre c’est de borner, de limiter… de protéger. Qui peut prétendre aujourd’hui que les directrices et directeurs d’école ont un cadre suffisant leur permettant d’assumer les missions que l’Institution leur confie ?

Il suffit de comparer le référentiel métier (les missions confiées) à notre quotidien pour constater qu’en l’absence de cadre (statut) l’administration (et non pas l’Institution) nous détourne de nos missions en les faisant remonter vers le haut (IEN). La directrice ou le directeur d’école n’est pas un secrétaire de la circonscription, ni le messager du DASEN. Notre boulot ne consiste pas à passer notre temps à faire de la saisie, remplir des tableaux à cases, distribuer du courrier papier ou mails…

Notre boulot c’est diriger une école, piloter une équipe!

La question centrale c’est de savoir si pour remplir ses missions, l’école doit se rapprocher de son public ou s’en éloigner ? Faut-il, (re)conquérir de l’autonomie afin d’adapter et pouvoir répondre localement ou faut-il se reculer et n’être que des exécutants (ce qui est une forme de protection)?
De la réponse donnée on pourra s’interroger sur la pertinence hiérarchique. La notion de supérieur hiérarchique est une conséquence pas un objectif.

• Soit on choisit le rattachement au collège ou à la circo. voire à la Mairie – dans ce cas, objectivement, il faut retirer le texte de 89, transférer les responsabilités au niveau supérieur et garder dans les écoles satellites des référents, des relais, charger de « faire passer » du haut vers le bas. Pour ceux-la on peut revendiquer des moyens : une décharge pour les innombrables saisies …

• Soit on choisit de conforter le local, ce qui est encore l’ADN du 1er degré – dans ce cas le statut du directeur confirmera le décret de 89 en lui attribuant clairement l’autorité que confère la présidence des conseils, la responsabilité de l’organisation des services, de la sécurité… Toutes ces « actions propres » seront clairement nos prérogatives, le cadre de notre leadership. Ni plus ni moins.

Après un retard à l’allumage les bureaux de vote virtuels sont ouverts et nous avons 3 bonnes raisons de voter :

1) Le ministère a affirmé sa volonté de sortir du statu quo d’ici le printemps prochain.

2) 3 syndicats représentatifs défendent la proposition d’un statut :Le SE-UNSA, le SNE, le SGEN-CFDT auquel il faut ajouter la CFTC-éducation… Même si certains projets sont beaucoup plus construits et avancés que d’autres, nous pouvons voter par adhésion afin d’avoir des représentants qui nous défendent aux prochaines négociations.

3) La crainte d’une forte abstention est majeure. Du coup, le vote « Directrices/Directeurs » peut trouver une visibilité « disproportionnée » si… nous nous mobilisons !

Alors … VOTONS ! On saura faire les additions.

Pierre Lombard



mercredi 28 novembre 2018

Rencontres syndicales avant les élections...

Depuis sa création le GDiD appelle à voter aux élections professionnelles et profite de ce moment important de la vie professionnelle pour interpeller les organisations syndicales sur notre problématique : quelle reconnaissance pour les Directrices et Directeurs d’école ?

Si nous avons toujours tenu à interroger la totalité des syndicats représentés dans les différentes commissions paritaires, il nous faut aujourd’hui prendre en compte deux réalités :

- la première c’est la prééminence du dossier dans les discussions sur le premier degré. Sans refaire l’historique, depuis 4 ans enquêtes, rapports, mesures même… tous convergent vers la reconnaissance du métier de Directrice / Directeur d’école. La question n’est plus de savoir s’il faut ou non nous donner un statut mais quel statut nous donner. Et le rendez-vous pour la réponse est pris puisque le ministère, dans le cadre d’une alerte sociale, s’est engagé à sortir du statu quo début 2019…

- le second constat que nous devons intégrer, c’est que nous ne sommes plus seuls à porter le dossier. Pendant que certains syndicats s’arc-boutent afin de conserver un statu quo mortifère, d’autres, et non des moindres, actent la « maturité » des personnels enseignants dans les écoles et proposent, plutôt que d’être dans l’incantation, des solutions pour incarner et faire vivre les équipes pédagogiques.

En prenant en compte l’ouverture prochaine des discussions autour d’un statut des directeurs et les réflexions avancées de certaines centrales, nous avons donc décidé de ne nous adresser qu’aux seuls syndicats susceptibles de faire avancer le dossier par des propositions concrètes. À savoir : Le SE-UNSA, le SNE-CSEN et le SGEN-CFDT.

Voilà les comptes rendus de nos échanges sur la même base de questions.

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Pour le SE-UNSA :

En premier constat, le SE indique l’impasse de la situation de fonctionnement actuelle qui amène de la souffrance pour les directeurs d’école. Le statu quo n’est plus possible pour tout le monde. La « réflexion sur la direction » est annoncée pour 2019 mais les contours des discussions ne sont pas précisés. Pour le SE-UNSA, il faut trouver des réponses aux difficultés de fonctionnement ressenties par de nombreux Directeurs sur l’ensemble du territoire. Le SE-UNSA s’engagera pleinement dans ces discussions pour porter ses propositions sur plusieurs sujets : Directeur comme adjoints.

Pour sortir de cette impasse, le SE pense qu’il faut aller vers l’établissement du premier degré. Cela ne peut être fait pour tous, d’un coup, de la même manière. Il faut savoir étudier les spécificités de certaines situations (le rural par exemple). Cependant, ce mouvement doit se mettre en avant. Un établissement multisite est possible dans l’esprit des RPI actuels. La structure établissement permettra une meilleure autonomie au niveau de l’école. Pour le SE-UNSA, la structuration de l’école doit évoluer pour la réussite des élèves et la sérénité des équipes pédagogiques. Face à l’absence de statut juridique de l’école primaire, il faut construire un statut d’établissement spécifique à l’école primaire. Les responsabilités seraient ainsi identifiées.

Le SE-UNSA souhaite la création d’une fonction de Directeur d'établissement public d’enseignement : l’enseignant des écoles, Directeur de cet établissement et déchargé totalement, serait alors un interlocuteur institutionnellement reconnu.

Cette transformation de l’école au statut non-identifié vers un établissement public d’enseignement ne peut se faire de façon uniforme et à marche forcée. L’expérimentation sur la base du volontariat conjoint des collectivités et des équipes est nécessaire.

Le SE propose donc qu’il y ait un Directeur d’établissement. C’est pour le syndicat une fonction avec des modalités d’accès spécifiques mais ce n’est pas un corps particulier. Le Directeur d’établissement fait donc obligatoirement partie du corps enseignant.

Pour aider à la reconnaissance de ce Directeur, le SE a mené plusieurs actions dont son soutien au rapport Fotinos qui démontre l’impasse actuel et la souffrance qui augmente. Ces actions permettent de sensibiliser tous les acteurs à la situation de l’école et de son directeur.

Ainsi, pour le SE, Directeur d’école est un vrai métier. Ce métier doit être revalorisé et avoir des meilleurs moyens. L’exercice de ses missions doit être facilité : aide administrative formée et pérenne pour toutes les écoles, formation continue régulière, des animations pédagogiques spécifiques à la direction dans le cadre des 18 heures de formation et amélioration du régime de décharge pour tous.

Le régime amélioré de décharge pourrait prévoir un groupe intermédiaire de 7 à 10 classes, entre la demi-décharge et la décharge totale, où les Directeurs d’école, complètement déchargés de la responsabilité d’une classe, conserveraient une mission d’enseignement, sur le principe d’un maître supplémentaire dans l’école. Le régime de décharges doit être aligné sur celui des écoles maternelles. Il faut un temps supplémentaire de décharge pour les Directeurs exerçant en éducation prioritaire et ceux qui exercent dans une école comprenant une Ulis école, une UPE2A (ex Clin) ou une Clex (classe externalisée).

Les Directeurs d’école doivent être mieux reconnus financièrement par :
• une augmentation de la BI ;
• la création d’un groupe supplémentaire 15 classes et plus ;
• la création d’un groupe 4-9 classes pour la BI ;
• une ISS de 250 euros minimum mensuels.


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Pour le SNE-CSEN :

Nous avons rencontré les dirigeants du SNE dans un coin tranquille d’un « bistro parisien » … Sympathique et efficace car cela a permis une liberté de ton propice à une discussion sur le fond.

1) L’amélioration des moyens des Directeurs et Directrices ?

Sur ce point, une réponse rapide : Le SNE revendique une augmentation du régime des décharges pour tous les Directeurs d’école, un secrétariat pérenne et des outils performants comme une connexion Internet de qualité par exemple.

2) Concernant l’amélioration de la reconnaissance des Directeurs et Directrices.

Pour le SNE la reconnaissance du Directeur d’école passe par celle de la fonction. Il faut mettre en cohérence une situation de fait, règlementée par les textes de l’EN (décret 89) et les moyens pour assumer les missions confiées. Pour cela le SNE revendique une autorité « fonctionnelle » et une perspective de carrière qui puisse permettre au Directeur d’école de s’accomplir dans l’exercice de son métier et aux PE de continuer d’être évalués par un inspecteur du premier degré. Cette autorité fonctionnelle se veut protectrice pour les adjoints : parents et mairies auront un interlocuteur en capacité de s’opposer à tout entrisme.

3) Pour ce qui est d’un statut de l’école du premier degré ?

C’est un point névralgique. Si le SNE considère que la trajectoire qui consiste à reconnaître dans sa fonction le Directeur d’école, à lui attribuer des moyens spécifiques et à retrouver une certaine autonomie mène à un statut juridique pour l’école, il faut que cela soit dans cet ordre : d’abord reconnaître toutes les Directrices et les Directeurs dans leur métier puis, plus tard, envisager un statut pour l’école. Le SNE rejette ce que l’on appelle l’école du socle, soit le rattachement administratif des écoles à leur collège de secteur.

4) Enfin sur un statut pour les Directeurs et les Directrices d’école :

Le statut du Directeur d’école fait partie de l’ADN du SNE. Mais, à l’approche d’une décision du Ministère qui affirme vouloir sortir du statu quo dès 2019, il se veut prudent. Si le Directeur doit être reconnu par un texte législatif, il devra concerner tous les Directeurs et rester dans le corps des PE. La dépendance au principal du collège est clairement rejetée.


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Pour le SGEN-CFDT :

1) L’amélioration des moyens des directeurs et directrices ?

Avant de répondre à cette question, nous souhaitons apporter une petite précision : le SGEN-CFDT voit les choses dans un ordre différent de celui de vos questions. En effet, nous pensons que la situation des Directrices et Directeurs d’école, comme celle de tous les collègues, ne pourra s’améliorer qu’en modifiant d'abord le cadre de l'exercice professionnel, en prenant évidemment en compte les spécificités et les singularités des pratiques actuelles. Nous y reviendrons donc plus tard. 

Dans l’immédiat il est urgent et impératif de prendre de réelles mesures qui pourront significativement améliorer les conditions de travail des personnels. Nous demandons concernant le temps de travail une diminution des temps d’enseignement (temps de décharge augmenté). Surtout, nous revendiquons qu’il y ait une prise en compte de critères supplémentaires pour déterminer le temps réservé à la direction en plus du nombre de classes : le nombres d’élèves, la présence de classes spécifiques, les nombres de dossiers MDPH…

Nous proposons également la dissociation du temps d’enseignement de la charge de classe (proposition reprise par les rapporteuses de la mission flash de l’AN). Dans ce cadre, une annualisation de ces temps d’enseignement serait envisageable et permettrait de gérer en bonne intelligence les différentes temporalités de la vie des écoles.

Nous demandons également une meilleure rémunération avec une bonification indiciaire augmentée au regard des responsabilités réellement assumées.

Par ailleurs, une réelle formation initiale et continue doit permettre une prise de fonction et ensuite un exercice professionnel dans de bonnes conditions.

Pour le Sgen-CFDT ces mesures indispensables ne sont cependant que palliatives. Elles ne permettent pas un changement réel et structurel de l’école. « Après avoir sauvé le malade par tous les moyens, il convient ensuite de tout faire –durablement- pour qu’il ne tombe plus malade » .

2) Concernant l’amélioration de la reconnaissance des Directeurs et Directrices.

Nous avons déjà un peu répondu. Le SGEN-CFDT a toujours défendu l’idée d’un GRAF (grade à accès fonctionnel) pour les Directrices et Directeurs d’école. A l’occasion des discussions PPCR (parcours professionnel, carrière, rémunération) la classe exceptionnelle est apparue comme une opportunité même si nous avons regretté l’abandon du GRAF. Nous aurions pu trouver une solution permettant les deux dispositifs, mais les autres organisations syndicales signataires n’ont pas suivi. Cependant, pour nous, le dispositif actuel de la classe exceptionnelle – même imparfait - permet de reconnaître l'exercice de la fonction de direction sans pour autant retirer des opportunités de promotions aux collègues adjoints. C'est un progrès indéniable obtenu par les signataires de PPCR. Nous souhaitons aujourd’hui que la réflexion sur la reconnaissance de l’école et de tous ses personnels, avec bien entendu un regard appuyé sur les Directrices et Directeurs, soit plus globale et sur toute la carrière.

3) Pour ce qui est d’un statut de l’école du premier degré ?

Clairement oui, nous pensons au SGEN-CFDT que l’école du premier degré, qui repose sur une forme juridique héritée du 19° siècle, devient de moins en moins opérationnelle. Si malgré tout elle continue à ne pas trop mal fonctionner, c’est au prix d’un investissement considérable de tous ses personnels et particulièrement les Directrices et Directeurs d’école.

Il est temps de doter les écoles d’un statut juridique à la hauteur des enjeux du 21° siècle. Pour le SGEN-CFDT il n’est pas question de copier les établissements du 2° degré, de faire de petits collèges, mais bien de tenir compte de la réalité territoriale pour que l’école soit adaptée. Il s’agit de penser la structuration de l’école en fonction de la nature et de la richesse de l’offre éducative de proximité. Mais aussi, de permettre une réelle capacité des personnels à se saisir de leur travail et de son organisation, en cohérence avec les revendications de la CFDT pour le progrès social et l’émancipation des personnels.

Après avoir réfléchi depuis de nombreuses années à cette question dans nos congrès et rédiger des lignes directrices dans nos résolutions, nous avons poussé ces trois dernières années. De plus, nous avons entrepris depuis 18 mois un tour de France des territoires pour échanger avec les équipes dans les départements, les communes, les circonscriptions, avec de nombreuses et nombreux directrices et directeurs (près de 65 interventions pour plus 2500 personnes rencontrées dont 75% de Directrices et Directeurs). Ce qui en ressort, c’est que non seulement les équipes sont prêtes pour aller vers plus d’autonomie dans leur travail, mais qu’elles le souhaitent vivement. Bien entendu, ceci sur la base de nos échanges et de notre projet d’établissement du premier degré qui défend avant tout la possibilité d’expérimenter sur les territoires où les équipes sont volontaires.

4) Enfin sur un statut pour les Directeurs et les Directrices d’école :

Bien sûr. Avec l’évolution vers les établissements du premier degré que nous portons, le statut de la Directrice ou du Directeur d’établissement est nécessaire. Nous souhaitons une évolution vers un statut d’emploi fonctionnel qui est une forme d’emploi qui permet d’exercer la mission dans toutes ses spécificités (référentiel des missions associées) mais qui permet aussi de rester dans son corps d’origine, et donc un retour possible sur un poste d’enseignant.

Durant le temps de la mission on est sur une grille de rémunération spécifique avec des conditions de travail adaptées au réel du poste. Des prérogatives particulières y sont associées (y compris une certaine autorité fonctionnelle). Cela permet de protéger les collègues qui occuperont ces postes. Il s’agit donc d’une forme de statut qui puisse s’adapter aux multiples réalités de l’école du premier degré.

Nous ne croyons pas qu’un statut des Directrices et Directeurs, déconnecté d’une mise à plat préalable du statut de l’école, puisse permettre d’améliorer durablement le fonctionnement des écoles et les conditions de travail de ses personnels. C’est la raison pour laquelle nous tenons à aborder cette problématique sans la dissocier de ses différents aspects.


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Voilà… Comme chaque année d’élection le GDiD appelle donc les Directrices et Directeurs d’école à voter et à faire voter, en espérant que ces comptes-rendus vous permettront de décider qui soutenir. Si nous n’avons pas rencontré les autres organisations syndicales c’est que leurs positions sur la direction d’école sont trop éloignées de nos réalités. Votre vote aujourd'hui est crucial car le dossier est sur la table ! Nous vous invitons donc à choisir, dans tous les scrutins locaux ou nationaux, un ou des partenaires qui portent un projet et soutiennent notre action. Ne votez pas avec vos peurs, mais votez avec vos espoirs et pour un meilleur avenir pour les Directrices et Directeurs d’école.

Pour le GDiD : Alain REI, Pierre LOMBARD, Samuel AUXERRE, Pascal OUDOT

mercredi 21 novembre 2018

Les élections approchent...

"Il n'y aura pas de statu quo.", a dit le ministre devant la Commission de l'éducation. Quelle sera la forme donnée à notre métier, quelles seront les propositions ministérielles et syndicales qui seront présentées et discutées en 2019 ? Nul ne le sait, et appréhender l'avenir est normal.

Si vous êtes ici et Directrice ou Directeur d'école, c'est que vous vous sentez concerné par votre métier. je suis sûr que vous l'aimez, que vous en appréciez beaucoup d'aspects malgré les difficultés et les avanies. Alors évidemment vous craignez d'être laissé pour compte dans une rénovation que vous sentez pourtant indispensable et que certainement vous désirez.

Cette appréhension est humaine, elle est normale, personne ne peut ni ne doit en avoir honte. Qui aimerait se voir délaissé ?

Il y a quelques années, quand je suis entré au GDiD, je militais en partie pour moi, et le temps passant malheureusement c'est de moins en moins pour moi et de plus en plus pour les autres. Je ne veux pas que celles et ceux qui feront mon métier dans l'avenir se trouvent pris dans une nasse mortifère comme nous le sommes depuis tant d'années. Le changement est nécessaire, et ma retraite étant très proche forcément je ne serai pas concerné.

Il faut être clair : la rénovation que j'appelle de mes voeux prendra du temps, des années. J'ai toujours expliqué que les fusions d'écoles ne devront se faire qu'à marche raisonnée, dans une logique territoriale et pédagogique claire pour tout le monde. Un exemple ? Je souhaite la fusion des deux écoles de ma commune; elle est territorialement logique et permettra d'atteindre un nombre de classes critique dans l'optique du rapport de la "mission-flash" Rilhac/Bazin-Malgras. Si elle se faisait aujourd'hui je serais peut-être nommé Directeur de la nouvelle entité, au détriment de ma collègue qui s'investit énormément depuis son arrivée. Je ne souhaite pas pour elle ce que je ne voudrais pas pour moi, soit qu'on me vire de ma direction sans crier gare. J'attendrai donc d'avoir posé mon dossier de retraite pour suggérer la fusion à ma commune d'exercice. Autant le faire au "bon" moment, puisqu'elle se fera de toute manière. Oui, elle se fera, c'est déjà dans les tuyaux de nombreuses communes dont la mienne.

Donc je milite et je continuerai à le faire pour le regroupement des écoles, pour trois raisons :

1) ce sera un bien pour nos élèves, avec une continuité claire de la PS au CM2, un seul responsable, un projet commun, une logique éducative lisible pour les familles;

2) jamais les Directrices et Directeurs de ce pays n'obtiendront un statut si leur nombre ne diminue pas drastiquement : il y 5300 collèges pour 53000 écoles, soit précisément dix fois plus, et croire qu'on peut créer un corps de 53000 chefs d'établissement c'est au mieux une illusion au pire une très mauvaise plaisanterie ; ils sont déjà nombreux en France les Directrices et Directeurs d'école qui pourraient prétendre à un nouveau corps avec leurs grosses voire très grosses écoles, le nombre de leurs élèves et de personnels : dois-je les laisser dans une mouise noire sous prétexte de "sauver" des petites entités ?

3) il faut, il est nécessaire, il est indispensable que les écoles puissent prétendre à une autonomie réglementaire, financière, pédagogique. Nous devons avoir les moyens de notre action en faveur de la réussite de chacun de nos élèves.

Cela ne se fera pas par l'opération du saint esprit ni d'un coup de baguette magique : Poudlard c'est de la littérature. Tant qu'il y aura sur le territoire français autant d'écoles nous n'obtiendrons rien et nous n'arriverons à rien. Certains voudraient faire croire que je me trompe. Je ne le crois pas, c'est le fruit de longues années de réflexion et de militantisme bénévole. Comme je crois depuis deux ans que nous n'arriverons à rien si nous ne créons pas plus de liens très forts avec les centrales syndicales qui rejoignent notre façon de penser. C'est bien le sens des entretiens que nous venons d'avoir avec plusieurs d'entre elles et dont nous vous rendrons bientôt compte.

Il ne faudrait surtout pas que la rénovation de l'école se fasse dans notre dos. Si nous restons arc-boutés sur des revendications absurdes, des archaïsmes répandus dans le monde syndical, des conflits artificiels qui ne servent que les extrêmes, si nous ne saisissons pas la question à bras-le-corps alors les changements se feront sans nous et il ne faudra pas alors se plaindre; nous devons devancer : refuser de discuter, ne faire aucune proposition, ne pas mettre de garde-fou, c'est ouvrir la porte au tout et n'importe quoi, c'est à dire des Directeurs d'école venant d'autres corps de l' Etat, ou se trouver gouvernés par des principaux de collège ignorants de notre culture et de nos besoins.

Vous ne pourrez pas dire que vous n'aurez pas été prévenus. Et oui, encore une fois je le confirme, moi je ne serai plus là pour admirer notre école du XXIème siècle, sauf au travers de la scolarité de mes petits-enfants... ou sinon sans nos efforts conjoints pour subir ce qui aura été inventé d'imbécile.

Alors imaginons... Certains syndicats crient "au loup !" en laissant croire que les collèges pourraient dans leur configuration actuelle "coiffer" les petites écoles, les autres se regroupant en établissements du primaire avec un dictateur à leur tête (passons).

Dans mon coin, même avec des regroupements certains établissements du primaire auraient moins de dix classes. Dans cette logique le principal du collège, dont parait-il on connait l'avidité et les dents longues, en prendrait possession en ricanant, ne rêvant que assujettir les affreux instituteurs, la sale engeance de son secteur.

Cela lui ferait tout de même, sur un secteur géographique étendu parce que je vis en province à élever des cochons au milieu de forêts profondes peuplées de bêtes féroces, une trentaine de classes à gérer en plus de son collège, autour de 800 élèves et trente enseignants sans compter les joyeusetés habituelles (ATSEMs, AESHs...)...

Est-ce plausible ?

Non.

C'est pourquoi il est primordial de baser la constitution des établissements du primaire non pas sur une logique comptable mais sur une logique territoriale, en accord plein et entier avec la ou les communes concernées. Oui, il devrait y avoir de petits établissements du primaire de dix classes ou moins (une école de huit classes ça fait quand même en moyenne 200 élèves), parce que tout le monde ne vit pas à Paris au milieu des gratte-ciels et des théâtres, il en est qui subsistent en grattant le sol pour extraire de la terre quelques carottes et quelques patates pour assurer leur maigre subsistance (et au passage ont besoin de leur voiture).

Bon, j'en rajoute un peu...

Mais j'aimerais avant ces élections professionnelles que la raison l'emporte sur l'émotion, et que personne ne vote en fonction de ses peurs mais plutôt en fonction de ses espoirs.

N'est-ce pas envisageable ?

Car nous vivons une époque de repli identitaire, partout dans le monde, au Brésil ça commence, en France aussi les tentations sont grandes. Quelles que soient nos convictions personnelles, nous avons comme devoir de faire perdurer l'esprit dans lequel l'école de notre pays s'est construite et ses valeurs de base : la gratuité, la laïcité, l'obligation.

L'obligation c'est le droit qu'a ici chaque enfant de recevoir une éducation de qualité, d'avoir l'opportunité d'exalter ses potentialités et de se construire librement. Nous offrons à chacun la possibilité de découvrir une façon différente de voir les choses au sein d'une communauté que nous voulons égalitaire.

La gratuité c'est l'assurance qu'a chaque enfant quelle que soit son origine sociale de recevoir de l'école autant que ses camarades.

La laïcité c'est l'assurance de recevoir une éducation neutre, exempte des soubresauts sociaux ou familiaux, sans que les croyances politiques ou religieuses y interfèrent. L'école assure à chacun l'égalité des droits sans différencier sexe ou couleur de peau, origine géographique ou sociale.

Le GDiD tient aux valeurs fondamentales de l'école française. Si nous voulons qu'elle change, si nous voulons qu'elle progresse, c'est aussi parce que nous sentons qu'il est nécessaire aujourd'hui que l'école soit très forte face aux pressions d'où qu'elles viennent. Nous voulons garantir à chacun de nos élèves, à chacun des enfants dont nous aurons la responsabilité éducative, qu'il recevra avec équité ce à quoi il a droit. Si nous voulons travailler au plus près avec les territoires dans lesquels nous sommes implantés, il est néanmoins important pour le GDiD que l'éducation reste nationale et que les moyens soient équitablement répartis entre les territoires. Alors lorsque selon nos vœux les Directeurs d'école seront devenus pour l'institution des interlocuteurs incontournables, nous aurons certainement d'autres combats à mener pour que l'égalité républicaine soit intégralement respectée sur tout le territoire national. Nous devrons convaincre et entraîner. Je crois fortement que dans un avenir proche l'école sera un refuge important, le dernier peut-être, pour les valeurs républicaines auxquelles nous croyons. Faisons-en donc de l'école française un avant-poste !

Pascal Oudot


A propos d'argent...

... parce que l’association GDiD n’est dotée d’aucune décharge fournie par le ministère, parce qu’elle ne touche aucune subvention, le seul financement permettant de continuer à défendre les Directrices et Directeurs d’école, c’est la cotisation de nos membres. Vous voulez que notre métier soit reconnu ? Unissons-nous pour nous aider nous-mêmes ! Adhérez :



mercredi 7 novembre 2018

Une lecture du "rapport" Fotinos...

Depuis 2004 Georges Fotinos, ancien inspecteur général de l’Education nationale, chargé de mission à la Mutuelle Générale de l’Education Nationale (MGEN), étudie le "moral" des Directrices et Directeurs d'école au travers de nos conditions de travail, la qualité de notre vie professionnelle; et un éventuel "burn-out". Sa dernière enquête est parue en ce début novembre 2018, pour laquelle il s'est adjoint les compétences de José-Mario Horenstein, psychiatre spécialisé. C'est une "étude longitudinale sur 14 ans de l’évolution de composants principaux du moral des directeurs d’école constatée à différents étapes : 2004, 2010, 2013, 2018." avec "l’interrogation de deux panels, l’un de directeurs d’école l’autre d’inspecteurs de l’Éducation nationale de circonscription sur l’état du moral des directeurs et les propositions pour améliorer, si nécessaire, sa qualité."

Autant dire tout de suite qu'il n'y a pas de quoi se réjouir, et que comme nous le percevons sur le terrain tout a empiré.

Cette étude est une somme, mais comme toute enquête sa lecture peut paraître rébarbative. C'est pourquoi je vous en propose une lecture rapide lors de laquelle je vais tenter d'extraire les éléments les plus significatifs. C'est une lecture personnelle, j'ai regroupé certains items, allégé des phrases, je n'évoquerai que peu le très gros travail d'Horenstein sur le "burn-out" certes passionnant mais qui alourdit le propos... Les citations sont exactes mais simplifiées, et je les accompagnerai parfois de mes propres réflexions que je laisserai en noir, le texte de l'étude apparaissant en couleur. Je recommande néanmoins, sinon la lecture totale de l'enquête, au moins celle des annexes du document qui sont extrêmement intéressantes.

D'abord le fond :

En 2018, l’organisation de notre système éducatif public du 1er degré, qui concerne 6,7 millions d’élèves, 347 000 enseignants, 250 000 intervenants, 50 000 contrats aidés, les personnels techniques et administratifs des 35 500 communes affectés aux écoles et 9,2 millions de parents d’élèves, repose de plus en plus sur l’exercice quotidien de 44 800 directeurs (dont 40 000 ayant la responsabilité d’école de 2 classes et plus). Près de 2 directeurs sur 3 sont des femmes et cette répartition apparaît comme très proche de la moyenne nationale avec une (petite) proportion de femmes plus importante. On note que 88 % des directeurs sont chargés de classe (90 % en 2013) ; 20 % bénéficient d’une décharge de quelques jours (absente en 2013) et 12 % d’une décharge totale (10,5 % en 2013).
(...)
Peu d’observateurs ont souligné que ces changements lestés de la contrainte « sécurité » et immergés dans un monde numérique complexe avec une spécificité « Éducation nationale » ont modifié aussi et en profondeur le rôle et les missions du responsable pédagogique, administratif et relationnel de l’école : le directeur. Et pourtant les conséquences sur le terrain sont visibles et tangibles.

Visibles et tangibles effectivement. Les chiffres :
  • 4 directeurs sur 10 considèrent que les relations avec les collectivités territoriales se sont dégradées et près d’un sur 10 qu’elles se sont améliorées.
  • Plus de 6 directeurs sur 10 indiquent que les relations avec les animateurs sont sans changement.
  • Plus de 4 directeurs sur 10 indiquent que la qualité des relations avec les parents s’est dégradée et près de 2 sur 10 qu’elle s’est améliorée.
  • Plus d’1 directeur 10 sur indique que les relations avec les représentants des parents d’élèves se sont dégradées et pour près de 3 directeurs sur 10, elles se sont améliorées.
  • 8 directeurs sur 10 considèrent que les parents d’élèves les respectent.
  • 4 directeurs sur 10 indiquent que les parents ne respectent leur autorité sur les enfants.
  • 56 % des directeurs estiment que les différends avec les parents sont en augmentation contre 5 % en diminution.
  • Près de 9 directeurs sur 10 considèrent que les membres de leur équipe sont solidaires.
  • 8 directeurs sur 10 estiment avoir le soutien des collègues en cas de difficulté.
  • 8 directeurs sur 10 considèrent que les conseillers pédagogiques sont à leur écoute.
  • 7 directeurs sur 10 des directeurs indiquent d’une part avoir l’écoute de leur inspecteur et d’autre part de se sentir soutenus par leur hiérarchie.
  • 6 sur 10 considèrent qu’ils ne disposent pas des outils informatiques nécessaires et 8 sur 10 que les possibilités de formation sont peu ou pas du tout satisfaisantes.
  • Plus de 8 directeurs sur 10 considèrent que les décisions concernant l’exercice de leur métier sont « prises d’en haut ».
  • Plus de 5 sur 10 que leur marge d’autonomie et d’initiative est peu ou pas du tout satisfaisante;
  • Plus de 6 sur 10 estiment qu’ils ne peuvent faire entendre leur voix et opinion.
  • Plus d’un directeur sur 2 estime son temps de travail hebdomadaire à 50 h et plus, et plus d’1 sur 10 à 60 h.
  • 91 % des directeurs estiment leur temps de travail hebdomadaire à 45 h et plus.
  • 83 % des directeurs considèrent que leurs conditions de travail se sont dégradées et 2 % améliorées.
  • Plus de 50 % indiquent avoir été insultés au cours de l’année 2017-2018, surtout par des parents (78 %) et des élèves (15 %).
  • 26 % indiquent avoir été harcelés au cours de la même année surtout par des parents (69 %) et par des enseignants (27 %).
  • 24 % considèrent avoir subi une mise à l’écart d’au moins une partie du personnel de l’école.

Le constat ?

L’analyse globale de ces résultats nous amène à constater trois phénomènes lourds de conséquences pour le moral des directeurs, la reconnaissance de leur « leadership » et in fine sur le fonctionnement de l’école :
  • Le premier constamment sous-évalué est l’importance des agressions dont ils sont victimes.
  • Le second quasiment absent de toutes les réflexions et études portant sur les risques psychosociaux -et/ou par la profession- est l’ostracisme que subissent les directeurs au sein même de l’école et son ampleur (1 directeur sur 4).
  • Le troisième est la forte participation des parents comme auteurs de ces violences.
Ces informations révèlent deux faces de l’exercice du métier. D’un côté des éléments très positifs : plus de 8 directeurs sur 10 trouvent du sens et de l’intérêt dans leur travail. D’un autre côté, des éléments a priori inquiétants : 6 directeurs sur 10 ne s’estiment pas reconnus dans leur travail, plus de 4 sur 10 déclarent que les caractéristiques de leur métier ne sont pas motivantes et 3 sur 10 que l’utilisation de leur compétences professionnelles ne les satisfait pas.

Un des éléments reconnus comme pouvant (selon le contexte) fortement déstabiliser l’exercice professionnel par la perte de points de repères et d’injonctions paradoxales est le changement trop fréquent d’organisations et d’objectifs. Face à ce questionnement, plus de 9 directeurs sur 10 sont d’accord pour répondre qu’il y a trop de changements et plus de 8 sur 10 qu’il n’y a pas de continuité dans la politique éducative.

Ces résultats homogènes et très voisins permettent de constater -sur ce champ fortement constitutif du moral professionnel- que les directeurs dans leur très grande majorité ne sont pas satisfaits :
  • de l’évolution du système éducatif (9 sur 10) ;
  • de leurs possibilités de mobilité professionnelles internes (8 sur 10) et externes (9 sur 10) ;
  • de leurs perspectives d’avenir professionnel (8 sur 10).
À remarquer que 88 % des directeurs sont peu ou pas du tout satisfaits de la reconnaissance sociale de leur métier.

Je rappellerai ici que Georges Fotinos a retenu pour son enquête 7365 réponses, portant sur 105 items. Les proportions sont donc inquiétantes lorsqu'on lit qu'un tiers des Directrices et Directeurs d'école a déjà été remis en cause dans sa propre école. Qu'on ne vienne pas me raconter qu'un quart des Directeurs sont des dictateurs !  Dois-je également m'appesantir sur les 83 % qui estiment que leurs conditions de travail se sont dégradées, et les 88 % qui ne s'estiment pas reconnus socialement ? Nous sommes entre nous, je ne crois pas utile d'en rajouter.

Je simplifie ici les longs chapitres sur le "burn-out" des Directrices et Directeurs d'école en n'en citant qu'un court extrait. Si le sujet vous intéresse vous trouverez largement dans le texte original matière à réflexion.

Les chiffres de fatigue physique chez les IEN et les directeurs d’école sont particulièrement élevés. La lassitude cognitive des directeurs d’école est le double de celle des personnels de direction de collèges et lycées. Pour certains chercheurs qui utilisent des échelles unidimensionnelles comme le SMBM (pas multidimensionnelles comme le Maslach burnout inventory par exemple), il y a burnout quand les résultats sont au-dessus de la moyenne. Si nous appliquons ce critère nous trouvons en burnout : 

  • 59,44 % directeurs d’école ;
  • 46,83 % IEN ;
  • 40,45 % personnel de direction des collèges et lycées. 
39,64 % de directeurs d’école sont en épuisement professionnel et pour 23,44 %, il y a suspicion de gravité cliniquement significative.

Un quart de nos répondants dirigent une école maternelle et c’est chez eux qu’on trouve la plus forte proportion de personnel en épuisement professionnel.

Les jeunes en dessous de 30 ans ont un niveau de burnout plus élevé que leurs aînés. Cette situation ne se retrouve pas chez les directeurs d’école où les différences dans le pourcentage de burnout entre les plages d’âge ne sont pas significatives.

Parmi d’autres caractéristiques qui semblent représenter un risque d’épuisement professionnel nous trouvons :

  • 1/3 de décharge d’enseignement. 41,67 % de ce groupe est en burnout.
  • 1 à 3 classes. 41,11 % de ce groupe est en burnout.
  • C’est dans le groupe 14 classes ou plus qu’il y a le moins de burnout (31,53 %).
  • Supérieur à 20 signalements annuels. 48,28 % de ce groupe est en burnout (mais uniquement 2,15 % de nos répondants sont dans ce groupe). C’est dans le groupe ayant répondu « aucun signalement annuel » qu’on trouve le moins de personnel en burnout (35,40 %).
  • 63 % de nos répondants estiment que leur moral s’est dégradé et 13,38 % qu’il est mauvais. 81,79 % de ce groupe est en épuisement professionnel.
  • 44 % de nos répondants estiment que leur métier n’est pas très motivant. 60 % de ce groupe est en épuisement professionnel.
  • 17 % de nos répondants ne trouvent pas du sens dans le travail réalisé. 74 % de ce groupe est en épuisement professionnel.
  • 8 % de nos répondants ne se sentent pas en sécurité dans leur établissement. 70 % de ce groupe est en épuisement professionnel.

J'avoue que ça fiche la trouille... Mais nous connaissons tous ce mélange de désespérance et de fatigue qui nous touche parfois, cette impression de ne rien faire de bien et de n'arriver à rien. J'arrête là sur ce sujet, l'épuisement est à mon sens un symptôme d'une maladie plus grave qui est celle de l'école.

Comment les choses ont-elle évolué depuis 2004 ? Car un des grands intérêts de cette étude de Georges Fotinos est sa régularité temporelle qui permet de suivre l'évolution de notre fonction depuis quinze ans.

→ La visibilité de la fonction :

  • Alors qu’en 2004, 32 % des directeurs d’école considéraient que les décisions concernant l’exercice de leur métier étaient « prises d’en haut », ils sont 85,5 % en 2018.
  • Alors qu’en 2004, 63 % des directeurs d’école estimaient qu’il y avait trop de réorganisations du système éducatif, ils sont aujourd’hui 90 %.
→ Le sentiment d’accomplissement professionnel :

  • En 2004, 11 % des directeurs d’école avaient le sentiment d’une dégradation de l’adaptation de l’école aux besoins des élèves. En 2018 ils sont 58 %.
  • De même pour la dégradation de la réussite des élèves indiquée par 31 % des directeurs d’école en 2004 et par 50 % en 2018.
Des rapports partenariaux en nette dégradation avec la collectivité locale et les parents d’élèves ainsi qu’un climat d’école (moyen et mauvais) qui double au cours de cette période.

Quatre remarques : l’appréciation majoritairement négative sur les outils informatiques s’amplifie ; l’intérêt du travail diminue ; l’idée d’abandon du travail augmente et l’attrait des actions de formation ne cesse de diminuer.


À noter que les 3 plus fortes évolutions positives concerne le champ du comportement de la hiérarchie vis-à-vis des directeurs (écoute, reconnaissance, soutien) et ceci dans des proportions importantes (du double au tiers).

À noter en priorité la diminution significative du pourcentage de directeur qui considère qu’en cas de difficulté, ils ne peuvent s’adresser à personne. On remarque que l’information « suffisante » sur les objectifs de l’école progresse ainsi que la connaissance de l’école par les services académiques.

La perception des Directrices et Directeurs d'école semble donc marquer aujourd'hui une évolution positive de leurs rapports avec leur hiérarchie immédiate. C'est ce que j'ai constaté moi-même, mais cela n'exclut pas hélas la présence encore plus visible d' IENs imbus de leur personne ou en quête de pouvoir absolu. Certains d'entre nous ont eu à en souffrir encore récemment.

Alors comment les Directeurs d'école perçoivent-ils aujourd'hui leur avenir ? Ou plutôt que désirent-ils ? Les annexes de l'étude sont frappantes puisque Fotinos laissait en fin d'enquête la parole libre à ses participants, autorisant une expression sans contrainte quant à l'avenir de la fonction. Les interventions sont trop nombreuses et trop longues pour être citées ici, je vous suggère donc une fois encore de les lire dans le document original. Néanmoins Geoges Fotinos en a fait un résumé qui me réjouit le cœur dans le sens où la majorité d'entre nous - plus de 84 % - recherche une reconnaissance officielle sous la forme d'une nouvelle "structuration administrative", ce qui conforte le GDiD et le récompense de ses longues années de travail. Travail qui n'est pas terminé bien entendu puisqu'avant la "réflexion" marquée à l'agenda social du ministre nous devons continuer à convaincre collègues et syndicats. Mais ça fait du bien.

D'abord comment les Directrices et Directeurs d'école pensent leur métier :

  • En tête et sans partage, l’organisation pédagogique apparaît comme la mission la plus importante : plus de 4 directeurs sur 10 placent cette mission en 1ère position suivie des relations avec les parents et les réunions internes (3 directeurs sur 10).
  • En second, se placent les relations avec les parents. Près de 35 % des directeurs placent cette activité en position 1 ; 28 % en position 2 ; et plus de 19 % en position 3. C’est le domaine des missions qui est le plus indiqué.
  • Soulignons que près d’un directeur sur 2 ne considère pas les relations avec la mairie comme faisant partie de ses missions.
  • À noter enfin que ce sont la gestion des personnels, les règlements des conflits entre élèves et les réunions hors de l’établissement et/ou institutionnelles qui sont majoritairement considérés (6 directeurs sur 10) comme étant les moins en accord avec la fonction de directeur.

J'avoue un peu ma surprise de ces considérations. Si pour moi l'organisation pédagogique est importante, elle est toujours passée au second plan par rapport aux relations avec les parents - ce que j'appelle la "communication" - et avec nos partenaires (et en premier la municipalité) que je mets sur le même plan. Ce n'est pas en terme de "mission" que j'évoquerai cette communication, mais en terme de nécessité. Je perçois peut-être mieux là la différence qu'il peut y avoir entre les Directeurs adeptes d'une école auto-centrée et qui ne sauront peut-être pas quoi faire d'un statut dont ils ne perçoivent pas tous les enjeux, et ceux qui comme moi-même veulent une école ouverte sur les territoires et sur le monde et efficace socialement - dans tous les sens de ce dernier terme -. Voilà qui est pour moi une piste de réflexion extrêmement intéressante qui m'autorise à mieux comprendre quelques réticences et quelques peurs.

Continuons donc sur le statut des Directrices et Directeurs d'école et celui de l'école (car ils vont de pair, ce que certains ne veulent pas entendre ou comprendre) :

Depuis plus de trente ans, cette interrogation qui taraude notre système éducatif et nos responsables politiques et professionnels reste « en suspens ». Malgré plusieurs « tentatives » officielles pour apporter des réponses dont les plus marquantes sont :
  • le statut de maître-directeur (1987) ;
  • le rapport « Pair » au ministre de l’Éducation nationale, Claude Allègre, qui propose la création des établissements publics du premier degré (1998) ;
  • la loi de décentralisation de 2004 (articles 86 et 69 bis qui autorisent l’expérimentation des établissements publics locaux d’enseignement primaire (EPLEP) ;
  • le rapport « Caraglio/Le Loup » (IGEN/IGAEN) proposant, en 2015, la création d’établissements publics scolaires de circonscription (EPSC).
Notre ambition ici, en rapport direct avec l’objet même de cette étude « Le moral des directeurs en 2018 », en introduisant in fine deux questions sur l’avenir de leur métier (l’une de type QCM, l’autre ouverte) est de connaître de façon plus précise et plus fiable le positionnement actuel des intéressés sur ce sujet ainsi que leurs propositions éventuelles en matière d’évolution.

Les 8 principaux mots clés/spontanés qui ressortent sont :
  • le statut de directeur (chef d’établissement),
  • les décharges (plus importantes et/ou généralisées),
  • le statut de l’école (autonomie/établissement public d’enseignement),
  • la hiérarchie (comportement et qualité des liens),
  • moyens en personnels (administratifs),
  • moyens matériels (finances, outils),
  • simplification (administrative),
  • formation (gestion des ressources humaines et budget).
Les résultats obtenus offrent -sauf erreur de notre part- un « diaporama » inédit de la réflexion actuelle des directeurs et pour la plupart viennent en renfort des analyses et constats effectués au chapitre 3. Ils se présentent ainsi : Pour clarifier les responsabilités et les prises de décision, faut-il que la structuration administrative de l’école évolue ?


Oui 84,11 %
Non 15,89 %

Plus de 8 directeurs sur 10 considèrent que l’administration actuelle de l’école
est inadaptée à leurs responsabilités et à leurs prises de décisions professionnelles
et doit évoluer.

Ah que c'est bon ! Ainsi donc ma propre réflexion et celle de mes camarades du GDiD ne serait pas une absurdité ? Le statut de l'école et celui du Directeur seraient donc liés ? Je sens que quelques syndicats ne vont pas être heureux de cette partie de l'étude de Georges Fotinos.



Merci Georges ! :-)

Terminons :

Quatre informations essentielles ressortent de ce tableau :
  • la proportion très importante des répondants (plus de 4 sur 10) ayant cité (spontanément) l’évolution vers un statut de directeur. Cette réponse est souvent accompagnée de l’indication d’un modèle : le statut des personnels de direction des lycées et collèges.
  • l’intérêt porté à une nouvelle organisation de l’école fondée sur l’autonomie et prenant majoritairement la forme juridique d’un établissement public d’enseignement primaire.
  • une demande claire d’amélioration des conditions de travail plus particulièrement par une modification et/ou une généralisation des décharges fonctionnelles, des moyens matériels et en personnels, des simplifications administratives importantes.
  • une redéfinition des rapports hiérarchiques, plus empreints de bienveillance et plus tournés vers le conseil que vers le contrôle, ainsi qu’une demande de formation conséquente (sur la gestion des ressources humaines et des conflits ainsi que sur le droit et la gestion financière).
La prééminence du statut de directeur indiquée précédemment est ici renforcée. En effet cette proposition est placée en tête du classement des mesures prioritaires (classées n°1) à prendre « pour clarifier les responsabilités et les prises de décisions des directeurs ». Soulignons, sur ce champ du classement des choix, la seconde place du « statut de l’école », la présence tangible des « simplifications » administratives ainsi que les 2 dernières places occupées par la « formation » et les « moyens matériels ».

Tout est dit, ou plutôt écrit, je crois. Quelques semaines avant les élections professionnelles, quelques mois après la "mission-flash" Rilhac/Bazin-Malgras, quelques mois avant l'agenda social 2019, l'étude de Georges Fotinos tombe à pic pour apporter encore plus d'eau à notre moulin qui fonctionne déjà à plein : nous ne manquions pas de farine, voilà qui va nous permettre de moudre le grain. Y compris d'ailleurs avec nos syndicats amis - le SE et le SGEN -, et un syndicat avec lequel nous pourrions nous entendre - le SNE - à condition qu'il accepte de discuter de certaines positons ambiguës. Nous avons rendez-vous avec eux tous en milieu de mois - nous ne chômons pas, vos sous sont bien employés - et... voilà, j'espère que tout ça va enfin dans un an ou deux nous donner un beau fruit.  Moi rassurez-vous je vous le rappelle je ne serai certainement plus dans mon bureau d'école mais devant celui de mon domicile, je bosse pour VOUS, comme Alain, Pierre et Samuel.  Moi... je continuerai peut-être à vous enquiquiner avec mes billets, mais je ne connaîtrai plus le stress de la journée qui me réclame de courir partout pour m'occuper de tout simultanément.

A propos d'argent...

... parce que l’association GDiD n’est dotée d’aucune décharge fournie par le ministère, parce qu’elle ne touche aucune subvention, le seul financement permettant de continuer à défendre les Directrices et Directeurs d’école, c’est la cotisation de nos membres. Vous voulez que notre métier soit reconnu ? Unissons-nous pour nous aider nous-mêmes ! Adhérez :


jeudi 1 novembre 2018

Dans le sens du vent...

Il y a vingt ans le GDiD a lancé depuis Marseille une alerte météo. Cet épisode méditerranéen, de légère brise, s'est transformé en tempête.

Nous disons depuis vingt ans que les Directrices et Directeurs d'école ne peuvent plus travailler dans la sérénité et qu'ils n'ont pas les moyens de leur métier. Nous disons depuis vingt ans qu'un statut leur est indispensable pour leur permettre d'accomplir tout ce qui est nécessaire à la réussite de leurs élèves. Nous disons depuis vingt ans qu'on ne pourra pas se passer de transformer l'école et que cette transformation passe d'abord et avant tout par la Direction d'école.

De nombreuses digues ont été érigées pour éviter cette transformation de l'école : par les différents ministères qui se sont succédé depuis vint ans; par un certain nombre de syndicats pour lesquels l'école doit rester tel qu'elle était il y a cinquante ou cent ans, et en cela ils rejoignent la ferveur populiste du "c'était mieux avant", nostalgique de la férule ou d'un uniforme qui n'a jamais été porté, quitte à faire ami-ami avec l'extrême-droite ou l'extrême-gauche. Ces syndicats sont en train d'en crever, et c'est tant mieux.

Les digues cèdent une à une, parce que le vent est trop fort aujourd'hui et que les flots ne vont pas tarder à submerger les certitudes.

Tout aujourd'hui va dans le sens du vent. Il faut dire que le GDiD n'a pas cessé depuis vingt ans d'alerter qu'une tempête se levait. Après de multiples interpellations à la Chambre ou au Sénat, certaines anciennes comme celles de Frédéric Reiss qui lui aussi est un lanceur d'alerte, après de multiples rapports et autres constats certains internationaux, après avoir été rejoints par quelques syndicats attentifs et responsables, nous avons depuis quelques mois reçu beaucoup de signaux positifs quant à la prise de conscience du phénomène, mais aussi quelques idées de solution dont nombreuses sont celles qui rejoignent les propositions du GDiD.


C'est un soulagement, en un sens. Savoir qu'on n'est pas seul à agiter un drapeau d'alerte est rassurant. Mais que d'efforts incessants depuis toutes ces années... Vous voudriez croire que le GDiD n'est pour rien dans cette ambiance "porteuse" - j'utilise exprès un terme professionnel - ? Alors vous vous trompez lourdement. Au cours des années depuis vingt ans nombreux sont celles et ceux qui ont lâché, qui ont hélas abandonné dégoûtés ce merveilleux métier, qui ont pris leur retraite avec soulagement, qui sont partis sous d'autres cieux pour des divergences de forme mais continuent à se bagarrer de leur côté. Nombreux aussi sont celles et ceux qui sont restés, qui s'accrochent et qui y croient malgré les vicissitudes et l'investissement que cela leur réclame : elles et ils interpellent leurs élus, parlent, expliquent, commentent, contactent les médias... Ce sont autant d'efforts personnels qui font la richesse du GDiD qui reste une association d'individualités convaincues qui aiment le métier de Directeur d'école, en comprennent l'importance pour la réussite des élèves, et continueront à tout faire pour avoir les moyens techniques de leur travail. Merci. Merci à tous, quelles que soient vos opinions, votre éventuelle syndicalisation, quelles que soient nos engueulades et nos fâcheries temporaires : une association comme la nôtre, sans aide, sans support, avec quelques alliés mais pour autant sans plus de moyens, n'est riche que de nos efforts individuels. Oui, je suis le premier à pouvoir l'écrire, j'en ai la légitimité comme petit dirlo de trois classes, c'est du boulot "en plus", ce sont des efforts et de la fatigue supplémentaires. Mais j'aime trop mon travail pour laisser ceux qui vont arriver - parce que je suis très proche de la retraite - dans la merde noire que nous connaissons. Ce n'est pas de l'abnégation pour moi. C'est simplement que je continue dans un élan que je pense juste et nécessaire. Ce n'est par pour moi que je persiste. Je pense simplement, c'est aussi bête que ça, aux enfants qui entrent à l'école maternelle que je chéris, et je veux que leur soient offerts tout les moyens de leur réussite scolaire.

Je mets mon petit-fils dans le lot. Privilège de l'âge, j'ai la chance de viser aujourd'hui à moyen terme.

Mais bon sang qu'est-ce qui va donc tant dans le sens du vent ? Ces derniers mois ont eu lieu plusieurs interpellations du ministre à l' Assemblée et au Sénat. Nous avons eu l'excellente "mission-flash" des députées Rilhac et Bazin-Malgras dont j'ai très longuement parlé dans mon précédent billet. Et puis voilà que débarque un avant-goût du nouveau rapport de Georges Fotinos sur le "moral des personnels de Direction" qui après quatre années va nous livrer le 6 novembre prochain sa nouvelle mouture. Si je ne m'abuse ce travail existe depuis 2008. Un extrait de l'entretien :

"... Notre étude révèle que 23,4 % des 7 404 directeurs d'école interrogés sont potentiellement en état de burn-out clinique. On leur demande de plus en plus l'impossible, et ils ont le sentiment de ne plus pouvoir accomplir leur mission. "On n'oserait jamais demander à un pilote d'être aussi aiguilleur du ciel, hôtesse de l'air, agent d'entretien, vendeur de billets et responsable de la météo", nous ont confié certains durant l'enquête. Il y a urgence à agir. Il faut imaginer une nouvelle gouvernance de l'école primaire, dont les principes n'ont quasiment pas changé depuis... 1908. C'est à ce prix que l'on pourra sortir de cette spirale "mortifère". ..."

Deuxième nouvelle ce matin, celle dont nous gratifie Mme Bazin-Malgras - oui, encore elle, rappelez-vous sa mission-flash dont les conclusions sont parues cet été -, qui veut simplifier nos élections des représentants des parents d'élèves. Wouaaah ! J'ai trop braillé après cette idiotie d'opérer des dépenses somptuaires dans une école, et de perdre un temps qui nous est si précieux quand on n'a qu'une seule liste de candidats, pour ne pas applaudir des quatre mains - juste une citation littéraire, un gros bisous à celui qui trouve -. Un extrait :

"... La 2ème, suite à ma mission sur les directeurs d’école, vise à simplifier les modalités d’élection des représentants des parents d’élèves dans les écoles. En effet, si une seule liste est candidate, je propose d’exempter l’établissement et son directeur, surchargé par d’autres tâches administratives, d’organiser cette élection et tenir un scrutin. ..."

Voilà donc ce jeudi matin deux fleurs supplémentaires dans notre jardin, portées par un vent du sud. Plutôt que les piétiner je préfère les ajouter à un bouquet qui quasi quotidiennement devient de plus en plus gros et impressionnant. Certaines couleurs en sont encore un peu fades, mais je ne doute qu'avec les efforts du GDiD et de ses membres il sera sous peu lumineux et éclatant.

Un ultime point : parce que l’association GDiD n’est dotée d’aucune décharge fournie par le ministère, parce qu’elle ne touche aucune subvention, le seul financement permettant de continuer à défendre les Directrices et Directeurs d’école, c’est la cotisation de nos membres. Vous voulez que notre métier soit reconnu ? Unissons-nous pour nous aider nous-mêmes ! Adhérez :