mercredi 16 janvier 2019

Le grand débat national, une opportunité à saisir...

Le grand débat national initié par M. le Président de la République est une occasion à ne pas manquer pour les Directeurs d'école. Quatre thèmes sont proposés: transition écologique, fiscalité et dépenses publiques, démocratie et citoyenneté, organisation des services publics. Evidemment rien ne vous interdit de participer à un débat public, ou d'en organiser un, mais vous pourrez bientôt exprimer votre opinion sur un site internet, bien au sec, sans perte de temps ni d'énergie. Personnellement, après quarante années de réunions de toutes sortes, j'en ai largement ma claque, et supporter parti-pris, racisme, réclamation de la peine de mort et autres déclarations ineptes est à mon âge au-dessus de mes forces.

Mais néanmoins en profiter pour s'exprimer est important, sur les thèmes qui vous sont chers bien sûr, mais également sur l'organisation des services publics, et évidemment en priorité pour nous sur l'éducation et particulièrement sur la pyramide administrative et la nécessaire organisation de l'école primaire en établissements juridiquement reconnus et autonomes, avec des Directeurs formés, correctement rémunérés, ayant les moyens de leur action.


Je vous invite donc, en dehors de ce que vous pourrez faire par ailleurs, à vous connecter à partir du 21 janvier prochain sur le site du grand débat national. Il est absolument indispensable que les Directrices et Directeurs d'école fassent connaître leur opinion pour contrer des syndicats qui depuis quelques mois multiplient les injonctions du style "non à la caporalisation, nous sommes tous égaux". Exprimez-vous, faites connaître l'adresse du site à tous nos sympathisants et collègues qui n'en peuvent plus de notre situation mortifère qui ne fait que s'aggraver chaque mois, chaque année, depuis des lustres.

Allez hop, on se bouge !

https://granddebat.fr/ (tout en bas, contribuer en ligne)

dimanche 13 janvier 2019

Votre retraite ? Et la mienne...

M. Jean-Paul Delevoye, haut-commissaire à la réforme des retraites, travaille courageusement depuis de longs mois à l'organisation de la concertation sur la prochaine réforme des retraites. Ce que donnera cette concertation, chacun l'ignore, mais elle se fera certainement dans la douleur. Pour nous en particulier qui dans la fonction publique conservons pour l'instant le calcul de notre retraite à partir du montant de nos six derniers mois de traitement.

Il va y avoir du travail pour les syndicats, et particulièrement pour les syndicats alliés du GDiD, dans les mois qui viennent entre ce chantier important et celui qui l'est tout autant de l'avenir des Directeurs d'école. D'où ma tristesse de constater la désaffection réelle du corps enseignant lors des dernières élections professionnelles. Ce ne sont pas des gilets ou des stylos qui disputeront le bout de gras et défendront nos ultimes avantages.

En attendant, je suis toujours surpris de constater à quel point les agents de la fonction publique, et évidemment les enseignants au premier chef, sont peu au courant de leurs conditions de départ à la retraite.

Si chacun d'entre nous sait que pour l'instant celle-ci est calculée en fonction de nos six derniers mois de traitement, beaucoup ignorent en revanche que les "primes" et autres indemnités sont également prises en compte par le régime de Retraite Additionnelle de la Fonction Publique (RAFP). Les Directrices et Directeurs d'école sont évidemment concernés au premier chef par cette mesure. Si je regrette que notre statut ne soit pas différent de celui de nos adjoints alors que notre travail l'est totalement, si je regrette donc que nous n'ayons qu'une "indemnité"  au lieu d'un salaire représentatif de nos responsabilités, pour autant j'apprécie que cette obole soit néanmoins considérée pour notre retraite.

Chaque mois depuis le 1er janvier 2005 nous cotisons, et notre employeur également, à ce régime additionnel. L’employeur déclare les cotisations des agents (le taux de cotisation étant réparti à parts égales entre l’agent, 5%, et l’employeur, 5%) calculées sur leurs rémunérations accessoires dans la limite de 20% du traitement indiciaire brut. Ces rémunérations sont ensuite transformées en points qui, multipliés par la valeur de service du point, donnent le montant de la prestation perçue par l’agent.

Cette prestation pour ceux qui partent en retraite maintenant sera certainement versée sous forme de capital car pour obtenir une rente il faut bénéficier d'un nombre de points égal ou supérieur à 5125, et la durée effective des versements depuis 2005 ne le permettra peut-être pas.

De plus il faut savoir que l'âge d'ouverture des droits est de 62 ans pour ceux qui sont nés après le 1er janvier 1955. Moi-même né en 1961 et qui partirai à 59 ans (après 41 ans de carrière quand même, j'ai fait ce choix) ne toucherai mon capital qu'à 62 ans.

Pour vous informer, vous pouvez consulter le site de la RAFP.

Pour consulter votre compte, vous devez le créer sur le site de la Caisse des dépôts.

Pour calculer votre capital (ou votre rente) vous pourrez ensuite vous pencher sur cette page qui vous donne les éléments de calcul.

Bons calculs !

samedi 5 janvier 2019

Des goûts et des couleurs...

Nous vivons un hiver chatoyant. Notre horizon se couvre depuis quelques semaines de couleurs voyantes et variées, le jaune des gilets, le bleu des gyrophares, aujourd'hui le rouge des stylos... Et demain ? Des casquettes vertes ? Des culottes roses ?

A mesure que le temps passe se mêle à une légitime exaspération un salmigondis indigeste de revendications absurdes, anti-républicaines, populistes, voire anarchistes. C'est l'auberge espagnole, où chacun apporte son grain de colère égoïste en mélangeant tout et n'importe quoi. On y colle les lubies révolutionnaires de pseudos sans-culotte, des Robespierre au petit pied qui voudraient réinventer le Comité de Salut Public mais n'ont ni l'aura d'un Condorcet, ni le feu d'un Danton, ni le talent d'un Marat. Tout cela est entretenu avec délectation par des médias heureux de remplir leurs cases horaires et nous gaver, sous prétexte d'écoute et d'information, de discours incompréhensibles et de prétendus débats lamentables d'autosatisfaction. Je peux ajouter enfin le raccrochage désespéré des politiques les plus divers prêts à soutenir n'importe qui et n'importe quoi dans l'espoir vague et forcément déçu d'en tirer un profit même minime.

Ne vous méprenez pas : j'ai beaucoup de respect pour l'immense détresse que révèlent ces mouvements. Les gilets jaunes c'est d'abord la révélation - si elle était nécessaire - de la fracture territoriale qui oppose les habitants des centres des grandes métropoles aux français de province, des périphéries des grandes villes, du monde rural, où la voiture est une nécessité et la précarité une réalité quotidienne, où les services disparaissent, où les emplois publics sont supprimés, où les Maires démissionnent dégoûtés; c'est la dénonciation de la cruelle méconnaissance que la bourgeoisie nantie a des difficultés d'argent et de travail que vit une immense majorité de la population de ce pays; c'est la mise au jour, quasi archéologique, d'une multitude silencieuse de français qui depuis des décennies encaisse de plein fouet tous les soubresauts d'une société dont la nomenklatura aveugle et sourde, sous prétexte de sauver ses entreprises, ses banques, ses fonctionnements, ses privilèges, pique des sous dans la poche des plus pauvres et enrichit encore les plus riches. Je sais tout cela. Je sais aussi que les "gyros bleus" montraient la fatigue et l'exaspération de forces de l'ordre qu'on maintient sur le pied de guerre depuis des années, et qui se font taper dessus pour des clopinettes. Les "stylos rouges" dénoncent une situation que je vis chaque jour et pour cause, entre classes surchargées et manque de considération, administration sourde, rémunération minable mais responsabilités qui s'alourdissent...

Pour autant je ne peux pas cautionner ce genre de mouvement. Le rassemblement des foules n'est jamais qu'un vain exutoire. On me répliquera que ça fonctionne, la preuve les "gilets jaunes" ont obtenu ça et ça. Et mon cul, c'est du poulet ? Ce qu'on vous octroie aujourd'hui vous sera retiré demain d'une façon discrète, sans même que vous y preniez garde, en restreignant encore les services publics, en supprimant des emplois territoriaux, en coupant l'éclairage des rues arrivée une certaine heure sous le prétexte de "sauver la planète"... Elle a bon dos, la planète, et vous aussi en croyant toute les billevesées qu'on vous serine quotidiennement depuis si longtemps. Si vous croyez les quotidiens qui évoquent un "cadeau de 10 milliards", il va vous falloir revenir à l'école et apprendre un peu de calcul; si vous n'avez toujours pas compris qu'à terme ce sera toujours vous qui payerez, alors je n'ai plus rien à écrire.

C'est bien pour cela que je ne crois pas au génie des foules, ni à sa bonté, ou à son innocence. Un rassemblement de ce type n'est qu'un regroupement d'égoïsmes voué à l'échec. La révolution française ? Après quelques mois d’auto-congratulation elle s'est évidemment terminée dans le sang des milliers d'innocents décapités au nom du peuple par quelques malfrats profiteurs qui ont fort logiquement fini par s'entre-guillotiner eux-mêmes. Pour aboutir à une dictature impériale qui a opéré un massacre dans toute l’Europe au nom de la liberté. Les français sont - parait-il - friands d' Histoire : qu'ils regardent un peu le passé pour comprendre où mènent les prétendues révolutions, les mouvements citoyens ou populaires, les libérations... A la dictature, à l'absolutisme, au goulag, aux stades remplis d'innocents sacrifiés, au racisme, à l'antisémitisme, à l'exode, à la famine. S'il vous faut des prisons, des exclusions, des blessés et des morts, et combien de larmes, désolé mais ce sera sans moi.

Je n'ai aucunement la nostalgie des siècles passés. Si les sursauts populaires sont certainement parfois nécessaires, pour autant ils ne peuvent ni ne doivent dépasser le stade de l'alerte. Le droit imprescriptible de chaque être humain est évidemment de se défendre, de défendre ses enfants, sa famille, son conjoint, ses amis, ses compatriotes. Mais jusqu'où ? Et à quel prix ? Ce que révèle la situation actuelle en Europe est une inquiétude sourde de l'avenir, par manque de projet clair et propre à emporter l'adhésion de tous. C'est le cas dans l'Union européenne, c'est le cas dans chaque pays qui la compose. Cette inquiétude est perceptible ailleurs, en Amérique du Sud, aux Etats-Unis. Elle n'amène que le refus et le repli, l'abandon de chacun à son propre destin. Elle autorise, au nom d'une perception faussée, l'abandon de populations entières obligées de migrer par leur misère, leur faim, par la guerre et la destruction. Elle exacerbe les pires aspects de l'humanité, elle exalte ses pires instincts, elle repousse le meilleur des religions pour n'en garder que la lie monstrueuse, loi du Talion, vengeance et lapidation. L'inquiétude est mère de la violence et de la mort.

Nous avons en France la chance inouïe de vivre dans une démocratie. Notre système n'est certainement pas parfait, nous en voyons constamment les limites comme les excès de ceux qui savent en profiter. Pour autant notre constitution nous donne les moyens de nous exprimer et d'orienter les choix de notre nation. Nous avons des élus - certainement critiquables -, nous avons des représentants syndicaux - parfois déficients et ce d'autant plus que certains ont depuis quarante ans fortement dévoyé le sens des mots "grève" et "manifestation" -. Mais la plupart d'entre eux croient suffisamment aux valeurs de notre république pour la défendre au mieux de leurs possibilités. Ils donnent sans compter temps et énergie pour protéger et soutenir autrui, maintenir nos droits, défendre une laïcité que je pense inégalable lorsqu'elle est bien comprise. Certes chaque citoyen a le devoir d'orienter leurs choix et de les alerter de leurs conséquences, de les avertir des problèmes, d'exprimer ses doutes. Mais nous devons également les protéger parce que le devoir de ces représentants est d'abord l'intérêt de la collectivité, avant celui des individus. C'est parfois compliqué à comprendre, ils ne savent pas forcément expliquer, ou se méprennent sur le sens et l'importance de leur communication. Mettre en doute constamment et universellement leur abnégation et leur honnêteté ne sera utile qu'à ceux qui veulent le chaos.

Moi je ne suis pas content. Je ne suis pas content parce que mon métier n'est pas bien considéré, parce qu'on me dit toujours en vacances, parce que je ne suis pas bien payé. Je ne suis pas content parce que mon administration fait la sourde oreille et préfère ses lubies à la résolution de mes problèmes. Je ne suis pas content parce que mes élèves sont si nombreux que je n'ai pas la possibilité de donner à chacun d'entre eux le temps dont il aurait besoin. Je ne suis pas content parce que je prends quotidiennement de plein fouet l' inquiétude des familles qui la traduisent en récriminations acerbes, en plaintes ou en menaces. Je ne suis pas content parce que le Directeur d'école que je suis n'a pas le temps de faire correctement son travail, et je ne suis pas content parce que mon ministère s'en fout.

Mais je persiste à croire aux vertus de la communication, de l'explication, de la discussion. Je reste persuadé que la situation de chacun, et la mienne en particulier, ne peut s'améliorer qu'en parlant, en commentant, en démontrant, en convaincant. Le mot "lutte" qui a fait les beaux jours syndicaux m'a toujours fait vomir. Je ne serais pas entré au GDiD si je ne pensais pas qu'enseigner aux décideurs n'était pas une démarche aussi valide que celle d'enseigner à des enfants. Je ne me serais pas finalement et récemment syndiqué si je ne pensais pas que c'est en verbalisant les problèmes qu'on peut soi-même mieux les appréhender et surtout les faire comprendre.

2019 va être une année de travail syndical intense. Pour les enseignants, pour les Directeurs d'école. Nous devons soutenir celles et ceux qui vont travailler pour nous. Brailler ne fait qu'exacerber les tensions même si ça soulage momentanément. Nous ne devons braquer personne, nous devons nous expliquer et chercher ensemble des solutions, qui inévitablement ne seront pas idéales et qui prendront du temps. Mais au moins travaillerons-nous ensemble à améliorer une machine déficiente pour la remettre en marche, dans l'intérêt de nos élèves qui aujourd'hui sont les victimes innocentes de notre stérilité.


mercredi 19 décembre 2018

La gadoue du fossé...

Je viens aujourd'hui faire un peu de publicité pour le groupe Facebook du GDiD. Je le trouve intéressant, pourvoyeur d'informations pertinentes, exutoire sans non plus être larmoyant... J'appelle tout un chacun, Directrice ou Directeur d'école ou simplement passionné par le sujet du pilotage de l'école primaire, à demander à y entrer. Une suggestion tout de même : des questions vous sont posées à l'entrée, répondez-y pour exprimer la raison de votre demande, que vous soyez ou non du métier.

J'y ai invité, sans leur demander leur avis, un certain nombre de personnes dont j'apprécie l'engagement ou les compétences. Je vais citer Véronique Decker, qui est à mon sens une personnalité remarquable avec laquelle je ne suis pas souvent d'accord mais pour qui j'ai un profond respect. Je m'en excuse auprès d'elles et eux mais je ne le regrette aucunement. Ce que je ne supporte pas c'est le prosélytisme inaudible et sans écoute, qui m'en a fait exclure deux personnes dont la seule volonté était d'opérer un lobbyisme syndical étroit et vindicatif. Mais je pense profondément que la discussion, même entre sourds, les échanges qui peuvent même être houleux, les explications même douteuses, les craintes et les peurs qui doivent être exprimées, les incompréhensions, les doutes, font un tout.

C'est ce "tout" qui permettra à notre école d'évoluer. Les réticences permettent de se poser la question de la pertinence d'une idée ou d'une envie qui sans garde-fou peut être égoïste. Une interrogation parfois simple peut autoriser une remise en question salutaire. Oui, au GDiD nous avons des convictions. Pour autant nous n'avons pas la science infuse, et croire que nous ne sommes pas inquiets quant à la remise sur le billot de notre métier de Directrice ou Directeur d'école serait illusoire. Quand on ne sait pas de quoi demain sera fait peut-on vivre dans le confort ? Néanmoins nous y sommes déjà tellement peu, que je crois que plus grand-chose ne peut nous impressionner.

Disons-le, nous vivons notre métier aux taquets. Quelle que soit la taille de notre école, nous n'avons pas le temps, ni l'énergie. Et nous avons de moins en moins l'envie, parce que nous sommes vampirisés par nos élèves, nos parents, nos enseignants, nos mairies, notre hiérarchie qui reste hélas souvent d'une noire incompétence (moi j'avoue que j'ai un bol monstre), notre administration...

Tiens, parlons-en de notre administration ! Je veux en profiter tant que cela ne peut m'être reproché si j'en crois l'article 1 du texte pompeux que M. Blanquer veut faire voter par le Parlement. Effectivement notre ministre s'est fendu d'un projet de loi ampoulé "pour l'école de la confiance" plus connu sous le nom de "loi Blanquer", ce nom étant juste là pour rappeler qu'en 2017, dans la foulée de l'élection d'Emmanuel Macron à la Présidence de la République, Jean-Michel Blanquer nouveau ministre de l'Education nationale assurait que « l'école n'a pas besoin, à chaque alternance politique, d'une nouvelle loi. Elle peut se gouverner autrement. Il n'y aura pas de loi Blanquer, j'en serai fier. » Pu[...] qu'est-ce qu'on se marre ! Comme quoi tout un chacun, même un ministre et surtout un ministre aurait tout intérêt à se taire quand il évoque l'avenir. Comme quoi également le syndrome de l'éducation nationale - ministère auquel désormais je n'accorderai parcimonieusement que des minuscules tant il est minable - frappe systématiquement. Il semble ne pas y avoir ni vaccin ni remède.

Cet article 1 fait l'objet de quelques propos journalistiques assez réjouissants. Je rends grâce à Philippe Watrelot de sa veille médiatique ! Il faut bien dire que je n'imaginais pas qu'en 2018 un ministre puisse encore se faire avoir à ce point-là de croire que personne ne lira avec attention ce que son cabinet pond.

Je cite "Marianne" :

"...
Présenté le 5 décembre en conseil des ministres, ce projet de loi, nommé "pour l'école de la confiance" mais plus connu sous le nom de "loi Blanquer", doit prochainement être examiné par les parlementaires. Pour le président de la République, Emmanuel Macron, cette "réforme importante" de l'école "est le fondement même de la politique de justice sociale". Au programme : scolarité obligatoire dès l'âge de 3 ans, création d'un nouvel organisme d'évaluation des politiques éducatives… et muselage des professeurs trop bavards sur les réseaux sociaux ? L'article 1 le fait redouter.

Dans un premier temps, celui-ci insiste sur la nécessaire "exemplarité" du personnel éducatif avant de demander l'insertion, dans le Code de l'éducation, de l'article suivant : "Par leur engagement et leur exemplarité, les personnels de la communauté éducative contribuent à l’établissement du lien de confiance qui doit unir les élèves et leur famille au service public de l’éducation". Anodin ? Pas vraiment, à en croire l'étude d'impact commandée par le gouvernement.

Cette étude, établie à l'intention des parlementaires et dont le but est de clarifier les objectifs du texte, précise que l'introduction de la notion de "lien de confiance" pourrait en effet se retourner contre certains professeurs. "Si cette confiance trouve pour l’essentiel son origine dans la capacité de l’Etat à répondre, par la politique publique qu’il conduit en matière éducative, aux attentes des citoyens, elle reste intimement liée aux comportements de l’ensemble des membres de la communauté éducative", précise ainsi le texte, avant d'indiquer : "Les dispositions de la présente mesure pourront ainsi être invoquées dans le cadre d’affaires disciplinaires concernant des personnels de l’Education nationale s’étant rendus coupables de faits portant atteinte à la réputation du service public". Quelques exemples sont ensuite cités : pourront être concernés par cette disposition les propos "mensongers", "diffamatoires" contre "leurs collègues" ou "l'institution scolaire", "notamment par le biais de publications sur les réseaux sociaux".

Dès lors, une question se pose : pour un professeur, le fait de rapporter des situations telles que celles rendues publiques via le hashtag #PasDeVague, pourra-t-il désormais tomber sous le coup de cet article ? Une énorme majorité de ces publications dénonçait en effet l'attitude de l'inspection d'académie ou des rectorats, autrement dit : l'institution. Chez les syndicats enseignants, cet article du projet de loi suscite l'inquiétude.
..."

Le ministère bien entendu se défend de telles intentions. Disons-le clairement : il nous prend pour des [...]. Je rappelle utilement sur ce propos qu'un quelconque "devoir de réserve" n'existe pas dans la fonction publique quand on n'est pas fonctionnaire d'autorité, et que le "devoir de discrétion" qui en revanche est le nôtre sera certainement respecté par essence par chacun d'entre nous si on a un minimum de cervelle et surtout de respect pour les familles, pour nos adjoints, pour notre hiérarchie qui n'est pas forcément toujours à la fête. Tous nos problèmes ne sont pas destinés à être partagés en place publique.

Du coup, comme cette "école de la confiance" ne sera plus bientôt si nous laissons faire qu'une école de la défiance, j'en profite pour exprimer ici avec je l'admets une certaine rage ce que je pense d'un certain nombre de choses, et avec un vocabulaire clair et des mots peut-être vulgaires mais fortement démonstratifs de ce que je pense. Peut-être dans quelques mois devrai-je avec humilité censurer mon expression ? Si c'est ce que veut notre ministre... Non, rassurez-vous, je blague, euuuuh. J'ai connu la censure il y a dix ans quand sur un blog personnel j'avais osé qualifier le ministre d'alors, un Xavier Darcos qui à mes yeux reste le pire personnage que nous ayons pu connaître à la tête du ministère (vous vous souvenez des "couches" en maternelle ? ), de ce qu'il était, soit expulsé de la mairie de Périgueux. Aaaah ça n'avait pas plu, et j'avais été reçu à l'époque par un IA-adjoint que je remercie encore aujourd'hui pour sa bonhommie et son humour, assisté par un IEN empli d'esprit qui fut un vrai soutien. Je reste persuadé qu'ils étaient en plein accord avec ce que j'avais écrit, qu'ils ne me l'ont pas dit - responsabilité admise -.

Le GDiD ne se taira pas. Faut pas déconner. Et c'est bien pourquoi en plus de toute fierté personnelle je signe mes billets.

J'aurais deux trucs à ajouter. D'une part le déni pécuniaire dans lequel nous sommes laissés au moment où tout le monde est primé comme un beau bovidé. En dépit des listes ahurissantes que le ministère livre à nos députés pour exprimer comme nous sommes bien lotis, nous restons rémunérés à coup de lance-pierre, à cent coudées de nos collègues des autres pays de l'OCDE. Nous sommes de bons cons. La classe exceptionnelle ? J'en fais partie, l'âge oblige. Mais justement 95% de mes collègues Directrices et Directeurs n'y sont pas. Alors le PPCR c'est très bien, mais quand on laisse tout le monde dans la gadoue du fossé... et puis euh... financièrement, cette classe "exceptionnelle" reste fort loin des standards de l'OCDE.

Et puis notre boulot : les listes précédemment citées expriment tout le bien que l'administration nous  a octroyé en informatisant le système. Quand ça marche, pourquoi pas. Mais ça consiste surtout clairement à nous assujettir un peu plus avec des trucs qui merdent SYSTÉMATIQUEMENT et qui enflent au fil du temps comme un gras fonctionnaire de la DGESCO. La Directrice d'école, le Directeur, sont des Holstein bonnes à traire jusqu'à en crever.

Le ministre a convoqué ses DASEN hier... Il a parlé de nous. Ce qui s'est dit ne transpirera pas, nos Directeurs Académiques ne voudraient surtout pas jouer les cygnes noirs de la pyramide institutionnelle éducative. Mais pourquoi je n'ai aucune confiance ? Jusqu'à présent M. Blanquer, s'il nous fait désormais la grâce de ne plus se répandre dans les magazines people comme il nous l'a fait jusqu'à la nausée, n'a pour autant pas plus fait preuve d'une quelconque compétence ni de son esprit d'à-propos. Le bilan de M. Blanquer depuis un an et demi ? Le néant, zéro, niente, nada... On ne peut pas rénover ce qu'on ne connait pas, et malheureusement pour moi l'impression globale est que ce ministre qu'on nous a présenté en 2017 comme un "professionnel" n'est en fait qu'un mirage. Pour ne pas écrire une illusion.



Pour résumer aujourd'hui, avec le stress que je vis quotidiennement dans ma toute petite école, avec mes trente gosses excités et malheureusement pas tous au top - et je veux absolument TOUS les accompagner -, avec mon plein-temps en classe, je n'ai plus envie de m'amuser avec des déclarations ronflantes, avec des idées toutes faites, avec une administration qui aujourd'hui clairement limite mon action de Directeur et la sclérose. La confiance ? Non, elle n'est plus là, alors que la question de la direction d'école va se jouer dans les mois qui viennent. Je fais confiance dans les syndicats qui nous sont alliés, mais aussi dans ceux ceux qui ne le sont pas pour nous épargner des âneries, parce que pour le coup je ne fais aucune confiance au ministre pour comprendre nos besoins ni nos désirs d'une gouvernance libérée des contraintes. Nom de nom, ce métier nous le faisons pour nos élèves, pas pour nous-mêmes ou pour un quelconque besoin de pouvoir - comme certains syndicats aimeraient le croire, qu'ils se réveillent merde ! -.

Joyeux Noël ? Oui, nous vous souhaitons de bonnes fêtes, avec votre famille, vos amis... Surtout reposez-vous, comme je vais essayer de me reposer moi. Et puis dormez bien, je n'ai pas fait une vraie bonne nuit reposante sans stress ni réveil précoce depuis des mois...

samedi 15 décembre 2018

Chauds, chauds les marrons ! Chauds !

"...
Dans le cadre de l'agenda social 2019, un changement du statut du directeur d'école est à l'étude. Les solutions qui en résulteront, notamment après des discussions avec les collectivités locales, ne seront pas uniformes ni plaquées de la même manière sur tout le territoire."

Ce n'est pas moi qui l'écris, c'est le ministère après beaucoup de blabla dans une réponse à un député au Journal Officiel !

Il y a des choses agréables à lire, parfois... Il suffit de peu de mots. Mais les discussions risquent d'être chaudes, entre syndicats réfractaires et syndicats progressistes, selon les idées qui seront exposées par M. le Ministre et son cabinet. Espérons que ce sera l'année - enfin ! - du changement de statut pour les Directrices et Directeurs d'école, épuisés en cette fin d'année. Alors... Joyeux Noël ! Passez de bonnes fêtes, et espérons ensemble en l'avenir.



dimanche 9 décembre 2018

Et maintenant ?

"... De Saint-Loup, mon père fit un bond de comète : car franchissant d'un seul coup les faubourgs, il fut nommé - à sa grande surprise - instituteur titulaire à l'école du chemin des Chartreux, la plus grande école communale de Marseille.
Elle était gouvernée par un « directeur sans classe », qui était une sorte de proviseur. Il pouvait aller voir M. l'inspecteur d'Académie sans la moindre convocation, il était membre du jury du brevet élémentaire et même parfois, du brevet supérieur !
D'ailleurs, le concierge avait dit devant moi, à mon père charmé, que les douze instituteurs des Chartreux étaient « l'élite des maîtres », et qu'au bout de quatre ou cinq ans de service, ceux qui le désiraient étaient immédiatement nommés directeurs,et souvent à Marseille même.
Cette déclaration du concierge de l'école du chemin des Chartreux fut souvent citée dans la famille, et ma mère - qui en était toute glorieuse - la répéta devant Mme Mercier et Mlle Guimard, en ajoutant qu'après tout, ce concierge exagérait peut-être un peu : mais elle n'avait pas l'air de le croire.
Elle était toujours pâle et frêle, mais heureuse, entre son Joseph, ses deux garçons, et sa machine à coudre toute neuve. ..."

Je me replonge souvent dans ce merveilleux livre qu'est "La gloire de mon père", de Marcel Pagnol, que j'ai la chance de posséder dans l'édition Pastorelly de 1957 - imprimée à Monaco ! -. Ce récit a fait beaucoup dans mon enfance pour me conforter dans mon idée qu'instituteur était un métier noble : quel plus bel apostolat pouvais-je imaginer que celui d'éduquer de jeunes esprits ? J'étais comme "ces maîtres d'autrefois. Ils avaient une foi totale dans la beauté dans la beauté de leur mission, une confiance radieuse dans l'avenir de la race humaine."

Aujourd'hui encore je crois fermement que mon métier est un métier magnifique. Il est certes souvent difficile, en maternelle, d'accueillir des petits sauvages égocentriques pour en faire des enfants joyeux et curieux d'apprendre. Cela réclame beaucoup d'énergie et parfois même de l'abnégation, cela provoque beaucoup de fatigue, avec l'âge et les changements de mentalité cela me parait de plus en plus compliqué, mais ça fonctionne. Combien en ai-je vu quitter ma classe, quitter l'école, prêts à découvrir les beautés de la lecture quand ils n'étaient pas déjà lecteurs ? J'y crois encore, j'y crois toujours.

Sauf que nous ne sommes plus en 1886. Le "modèle" scolaire de cette époque n'a quasiment pas évolué, alors que deux grandes guerres et beaucoup d'autres massacres, comme 130 années, ont changé nos façons de penser, nos besoins, nos désirs, nos envies, notre mode vie surtout. Je vois des professeurs de tous niveaux se demander si le modèle professoral face à l'élève est encore pertinent alors qu'il ne l'est plus depuis si longtemps - s'il l'a été un jour -. On nous suggère avec raison d'imaginer d'autres fonctionnements, de partager notre savoir plutôt que le délivrer, de faire évoluer la répartition de nos élèves au sein de groupes de diverses formes et peut-être éphémères...

Puisque nos méthodes d'enseignement doivent changer, car nous voulons le meilleur pour nos élèves, pourquoi la structure de l'école devrait-elle rester immuable ?

La création des CEG en 1959, des CES en 1963, puis leur évolution, furent des étapes nécessaires à une scolarisation poussée et une meilleure formation pour les enfants de notre pays. Aujourd'hui la France n'a pas à rougir de son taux de bacheliers ni de son enseignement.


Les efforts accomplis dans l'éducation après le primaire ont porté leurs fruits. Cela signifie-t-il que l'école maternelle et l'école élémentaire sont efficaces ? On pourrait le croire puisque certains réclament que rien n'y change. Pour autant nous savons bien que ce n'est pas la vérité. Dès l'école maternelle nous percevons que certains de nos élèves, malgré nos efforts ininterrompus, seront en difficulté dans leurs études. Nous essayons de leur donner le maximum de ce que nous pouvons, mais la structure de nos écoles, avec leurs classes et leurs enseignants intangibles, avec leurs effectifs pléthoriques, ne nous permet pas toujours d'offrir à chaque enfant ce qu'il devrait recevoir pour réussir.

Certes des efforts sont faits, comme récemment le dédoublement des classes des CP dans certains secteurs; mais cela au détriment d'un jeune dispositif - le "plus de maîtres que de classes" - qui n'a jamais été évalué et qui autorisait les Directeurs d'école à mettre des enseignants en sureffectif ou à dédoubler des groupes en fonction des besoins éducatifs.

Pourquoi je cite ce dispositif ? Parce que pour la première fois on reconnaissait au Directeur d'école sa responsabilité pédagogique comme son rôle de pilotage, et on lui en donnait une partie des moyens. Parce que si notre métier de Directeur d'école est aujourd'hui avec le référentiel-métier pleinement reconnu comme un métier à part entière, nous n'avons pas  plus de moyens pour l'exercer ! Nos locaux sont contraints par les communes qui en sont propriétaires et gestionnaires, nos crédits de fonctionnement ou de projets sont contraints par ces mêmes communes qui n'ont pas toutes l'envergure financière qui serait parfois nécessaire, nos répartitions sont contraintes par un nombre imposant d'élèves que nous ne pouvons que dispatcher du moins mal qu'il nous est possible, les enseignants que nous gérons n'acceptent pas si facilement de changer de niveau ou de groupe ou de lieu d'enseignement... Là où nous devrions "impulser" ou "animer", nous ne pouvons la plupart du temps qu'administrer l"indispensable ou l'urgent. Notre latitude est dérisoire. D'autant que 80% d'entre nous sommes en charge de classe...

Et cela ne devrait pas changer ? "Noli me tangere." nous assènent de nombreux syndicats à longueur de temps. Cette dimension christique donnée à l'école ne peut pas convenir, nous ne pouvons plus nous en satisfaire ou nous en contenter. C'est la réussite de nos élèves qui est en jeu. L'école DOIT changer.

Mon tempérament optimiste me laissait imaginer lors de ces dernières élections professionnelles un vaste élan philosophique, une démarche volontaire et joyeuse portant au pinacle nos alliés syndicaux. Ce ne fut pas le cas. Chacun aujourd'hui proclame sa victoire, et le nombre d'instances est tel dans l'éducation nationale que certainement chacun a raison. Les résultats sont difficiles à lire. Alors untel progresse localement dans ce département, celui-ci gagne un siège dans son académie pour telle branche professionnelle mais en perd un autre ailleurs...

Concrètement rien n'a été vraiment bousculé, semble-t-il. Et surtout au CTMEN où chacun conforte sa place.


Pourquoi ces résultats du Comité Technique Ministériel me gênent-ils ? Parce que si je ne m'abuse ce sont bien ses élus qui discuteront le bout de gras avec le ministère lors des rendez-vous de l'agenda social dont je vous rappelle que la question de la Direction d'école fait partie. Si nos camarades du SE et du SGEN comptent à eux deux 5 sièges, la FSU à elle seule seule en compte 6. Je ne compte guère sur la CGT pour soutenir les revendications du GDiD. Que fera FO ? Ils peuvent parfois nous surprendre même si leurs plus récentes déclarations laissent peu d'espoir. Le SNE ? Peut-être, sauf que le siège est partagé avec le SNALC qui certes veut un statut pour les Directeurs d'école mais est nettement plus réticent pour changer le statut de l'école elle-même.

Alors... et maintenant ?

On peut supposer que le ministre, emporté par son élan, va faire des propositions sans tenir aucunement compte de celles de ses interlocuteurs. On sait la propension de M. Blanquer de n'en faire qu'à sa tête, et les divisions syndicales lui laissent pour cela un boulevard si large que jusqu'à présent il a fait ce qu'il voulait quand il le voulait. Les propositions du ministre iront-elles dans notre sens ? C'est possible, mais je crains néanmoins qu'il en fasse trop, ou qu'il aille inventer des incongruités mortifères - je suis très suspicieux par exemple des rapports avec le collège, ou de sa vision de l'école maternelle -. Nous pouvons espérer d'abord que la vision que nous avons tous de l'école au service de chaque élève ne sera pas trop bousculée. Nous pouvons espérer que les syndicats représentatifs sauront défendre l'âme de nos métiers. Nous pouvons imaginer un changement de notre métier de Directrice et Directeur d'école et espérer qu'il corresponde à la vision que nous en avons. Croiser les doigts ? Je ne suis pas superstitieux. Mais continuer insister persister oui ! Cent fois, mille fois oui.

Pascal Oudot

PS : je suis navré de le redire, mais nous avons besoin de sous. Beaucoup d'entre vous ont adhéré pour l'année scolaire 2018-2019, je vous en remercie infiniment. Alors que pouvez-vous faire de plus ? Cela correspond en fait totalement à la mission que vous vous êtes donnée en adhérant à l'association : faites-nous connaître, parlez du GDiD autour de vous, envoyez un courriel à vos collègues... Plus nous serons nombreux plus nous serons forts. Et peut-être certains accepteront-ils de nous donner 20 euros qui nous permettront de continuer  à bosser pour eux, pour vous, pour nous, pour nous tous. Merci d'avance pour votre investissement en temps et en énergie !