lundi 22 mars 2021

Communiqué de Presse commun du 22 mars 2021

 Paris, le 22 mars 2021,

Depuis l’automne dernier, plusieurs syndicats (SE-Unsa, Sgen-CFDT, SNE-Csen) et associations (GDiD, GTRID) se sont concertés pour sortir de l’ornière dans laquelle était englué le dossier de la direction d’école. 

Ces organisations ont mis de côté leurs différences pour mettre en avant leurs convergences, et elles ont travaillé pour produire des propositions concrètes, sur la question prioritaire des seuils de décharge dans un premier temps et en vue de conforter la mission le poste de directeur référent qui se déploie dans les académies.

Nous, SE-Unsa, Sgen-CFDT, SNE, GDiD et GTRID, sommes convenus de poursuivre le travail sur les autres volets de la direction d’école, afin de donner des perspectives aux acteurs de terrain, lassés de devoir attendre encore et toujours une reconnaissance de leur fonction.

Cette reconnaissance qui leur est due ainsi que le temps nécessaire à l’exercice de leurs missions seront de surcroît profitables à l’ensemble des acteurs de l’école : enseignants, élus, parents d’élèves…

Ce lundi 22 mars nos organisations ont été reçues par le directeur de cabinet du ministre. Elles lui ont remis leurs propositions de programmation pluriannuelle de montée en charge des décharges de direction ainsi que la fiche de poste de directeur référent. Pour les directrices et directeurs, cela doit se traduire par une amélioration de leurs conditions matérielles et morales, et rendre leur métier plus attractif. Il est en effet anormal que, faute de candidats, 4 000 à 5 000 adjoints soient contraints chaque année de faire fonction.

En travaillant sur l’être autant que sur l’avoir, un équilibre est possible. Nos organisations le porteront ensemble jusqu’à sa déclinaison en circulaires et notes de services.
 

Stéphane  CROCHET - Secrétaire Général du SE-UNSA     
Catherine NAVE-BEKHTI - Secrétaire Générale du Sgen-CFDT  
Laurent HOEFMAN - Président du SNE                         
Alain REI - Président du GDiD             
Loïc BREILLOUX - Pour le GTRID         



mercredi 17 mars 2021

 Un premier pas qui compte


Le Sénat a conforté notre souhait de création d’un statut spécifique pour la direction d’école, approuvant dans les grandes lignes la loi portée par Cécile Rilhac.
Pour autant, certains amendements s’ils étaient maintenus en l’état risquent de troubler durablement cette avancée fondamentale.
Outre Absence de cadre national contraignant, rupture de l’unité de notre profession, conditions d’emploi liées au bon vouloir du DASEN, disparition annoncée du rêve d’aide administrative, notre métier est comme un malade cardiaque affecté d’un virus reconnu de tous à qui l’on administrerait un médicament encore plus connu et décrié…



L’absence de la référence au concept de hiérarchie était une demande forte que nous avons portée, partagée par plusieurs syndicats et associations. Que les Sénateurs nous aient entendus est un motif de satisfaction et d’encouragement.
Cette suppression est essentielle. Une négation ("Il n’exerce pas d’autorité hiérarchique sur les enseignants de son école") n’est pas de mise dans un texte de Loi, de plus l’interprétation qui aurait pu en être faite risquait d’être délétère. Bien sûr, les opposants à notre métier ne manqueront pas de décrier cette absence, arguant du sens caché de sa suppression. Il est bon alors de se référer à ce qu’est l’autorité fonctionnelle (comme le rappelle très bien l’article du 16 mars 2021 de Dominique Bruneau du SGEN-CFDT *)…
Laissons-les avec leur déni de réalité, et partageons plutôt autour de nous ce que ce premier pas apporte à l’école, non seulement pour les directions, mais aussi et surtout pour le fonctionnement quotidien de l’école et pour l’ensemble des membres de l’équipe enseignante.
Notre statut commence à être intégré dans ce qui sera peut-être une loi fondamentale, et c’est là le plus important. A partir de ce premier pas, tout est possible, enfin !

Pour autant, quelques amendements seront à préciser, à redéfinir, voire même à combattre, tant leur adoption serait autant de brèches parfois très graves dans la définition et l’exercice de notre métier.

Une Éducation Nationale en rupture de légalité

Une première remarque qui me semble un préliminaire essentiel est que l’Éducation Nationale doit être avant tout nationale.
Cela veut dire que lorsqu’un texte est voté, lorsque des dispositions sont prises au niveau national, il n’est pas question qu’un DASEN puisse faire différemment d’un autre DASEN , voire, pire, qu’un IEN puisse faire différemment d’un autre IEN.
Pourquoi ce préalable ?
Parce que sans lui, notre autorité fonctionnelle risque de n’avoir aucun sens, à l’image des deux dernières mesures prises en aout 2020 et si différemment appliquées : la responsabilité de la direction d’école pour les 108h, et les référents directeurs.

Il n’est pas acceptable qu’un directeur académique au titre de sa fonction puisse décréter une interprétation des textes nationaux différente de ce qu’un autre département appliquera.
Cette rupture d’égalité est en fait une rupture de légalité.
C’est contraire à l’État de droit, contraire au principe même du fonctionnement de ce qu’est un fonctionnaire d’État.
Or plusieurs amendements renforcent ou encouragent ce pouvoir local existant de fait et intimement dépendant de la personnalité du DASEN…
Au titre de la nouvelle Proposition de Loi, que dire du “dialogue tous les deux ans avec l’inspection académique" [la DSDEN] que la loi instaurerait pour les directeurs quant aux missions confiées ?
Quelle garantie d’un DASEN à l’autre face à cet amendement très surprenant rajouté par les sénateurs “avant le 30 juin, l’autorité compétente rend compte de l’utilisation effective lors de l’année scolaire en cours des décharges d’enseignement et de leurs motifs pour exercice de l’emploi de direction des écoles maternelles et élémentaires“ ?
Quelle belle ouverture à la justification de la diminution des décharges par voie autoritaire locale !!!
Sans compter de nouvelles enquêtes chronophages et trompeuses…
Un statut, oui, mais devoir justifier tous les ans le temps passé aux missions de notre fonction ? Cet amendement doit disparaitre…

Par ailleurs, comment sera définie la formation “certifiante“ ? Nous voyons aujourd’hui les différences extrêmes d’un département à l’autre dans les injonctions durant la formation, parfois même contraires au Code de l’Éducation… Les modules de formations sont un enjeu très fort et aiguiseront notre vigilance.
Non, un DASEN et moins encore un IEN ne peuvent décider d’une autre organisation que celle prévue dans nos textes nationaux, de nos relations avec les élus municipaux jusqu’au quotidien de nos écoles.
Il serait bon que la loi le rappelle afin que notre autorité fonctionnelle ne soit pas fonction du département d’exercice…

2 métiers, avant et après la décharge totale ?

Nous sommes tous d’accord que l’école publique en France est plurielle.
45 000 écoles, et probablement plus de 1000, 5000 10 000 cas différents.
Pour autant, et même à considérer qu’une école à deux classes n’est évidemment pas la même chose qu’une école à 14 classes ou plus, pourquoi instaurer soudainement dans la loi cette différence “certifiante“ pour les directeurs et directrice d’école entièrement déchargés versus les autres ?

Y aurait-il alors deux types de directions d’école ? Mais alors, ce fameux statut serait défini pour qui, quel type d’école ? Y aurait-il deux métiers différents selon le nombre de classes, nonobstant le fait que nombre d’écoles à 12 classes ont plus d’élèves et de familles que d’autres écoles à 14 classes aujourd’hui ?
Quel fonctionnement administratif autour de cette dichotomie soudainement apparue ? Un(e) directeur(trice) d’école à 11 classes ne pourrait pas demander une école à 14 classes sans repasser un entretien "certifiant“ ? Si je suis dans une école qui passe à la rentrée en nombre de classes permettant la décharge totale, et que je veux conserver ma direction d’école il me faudrait aussi suivre une “formation certifiante“ ? Pourrais-je perdre cette certification dans le cas contraire de mon école perdant une classe ?
Nous aurions donc 2 métiers là où nous revendiquons un seul métier pour une seule autorité fonctionnelle et un seul statut ???

Quid de la liste d’aptitude et de l’entretien qui y est aujourd’hui rattaché ? Quid des conditions “fixées en Conseil d’État“, et pourquoi en Conseil d’État (ce qui pourrait apparaître comme une sécurité risque fort d’être dans les faits un frein réel) ?
La seule phrase qui doit perdurer après "[…] et ayant suivi une formation à la fonction de directeur d’école" est « Cette formation, complétée lors de la première année d’exercice, est certifiante ». Sans aucune mention à une différenciation selon le taux de décharge ou quelque autre spécificité d’école.
En revanche, que la liste d’aptitude soit organisée nationalement différemment selon le type d’école souhaitée, pour une première nomination, pourquoi pas… Mais pas avec cette différence de certification, et en oubliant définitivement les profils très locaux demandés parfois… Notre grande maison est Nationale, rappelons-le…


Des missions complémentaires qui nient la réalité de notre métier

Toujours dans cet article 2, décidément sujet à caution, les sénateurs ont totalement biaisé l’esprit du texte d’origine quant aux “missions de formation ou de coordination“…
Le Projet de Loi d’origine, et issu de l’Assemblée, dans une proposition que nous avions portée puis soutenue, avait intégré la possibilité de confier aux directions d’écoles non entièrement déchargées des missions complémentaires. Ces missions avaient notamment pour effet d’augmenter leur temps de décharge (de diminuer le temps d’enseignement devant élève).
Il ne peut pas être question de charger une directrice ou un directeur entièrement déchargé d’une mission de plus !
Parce qu’entièrement déchargé on a du temps en plus pour faire autre chose que gérer son école ? Et lorsque nous ne sommes pas entièrement déchargés, on pourrait alors augmenter nos missions au risque d’ailleurs de ne pas augmenter notre décharge (cf "bilan d’avant le 30 juin" cité plus haut) ?
Conserver cet amendement serait nier tout l’esprit du travail entamé visant à faire dégager du temps pour la direction d’école !

Ce contre-sens doit impérativement être supprimé en seconde lecture, revenant à notre proposition initiale, pour le respect de notre charge de travail (et pour limiter les différences de traitement entre les DASEN).


Un projet de nouvelle direction d’école qui reste très fragile

On le voit, dans une volonté technocratique ou idéologique de ne pas toujours regarder le réel en face, le législateur sénatorial a cru bon d’intégrer dans ce texte qui aurait dû nous satisfaire quelques éléments qui montrent la plus extrême dangerosité d’une l’idéologie de l’école qui ne la rend toujours pas libre et responsable.

Nombre de sénateurs nous ont entendus, et ont compris la problématique locale des écoles et de leur pilotage. Mais dans la majorité du scrutin sénatorial se sont révélés des obstacles qui pourraient devenir majeurs si nous n’y prenons pas garde…
Partageons et agissons pour que l’Assemblée Nationale, pour sa deuxième lecture, prenne véritablement en compte la dimension de la direction d’école telle que nous l’avons portée et proposée afin qu’elle soit reconnue !
Faute de quoi, outre le gâchis d’une telle modification de l’esprit du projet de loi de Cécile Rilhac et Cathy Racon-Bouzon, notre métier en pâtira durablement et il est un syndicat qui s’en frottera les mains, majoritaire aux élections chez les enseignants mais dont on ne sait pas s’il n’est pas minoritaire en représentation au niveau des directions d’écoles…

Cette loi peut améliorer notre métier, et plus encore le quotidien de toutes les enseignantes et de tous les enseignants.

Si l’avenir de notre statut va probablement être inscrit enfin dans la loi, le chemin qui nous reste à faire n’est pas achevé…
Le combat syndical ami, notre mobilisation associative, de chacune et de chacun, tout doit permettre de renforcer l’esprit de la loi, réparer ce qui doit l’être, élaguer ce qui pique…
Hier encore nous ne savions pas si nous pouvions l’espérer, et le premier pas est fait ! Nous devons toutes et tous nous emparer de cet élan pour tirer cette loi vers le haut !

Marc BURLAT



(*) : www.sgen-cfdt.fr/actu/autorite-fonctionnelle-de-quoi-parle-t-on/


vendredi 29 janvier 2021

Meilleurs Voeux 2021 !

L’exercice incontournable de chaque début d’année est bien entendu de présenter ses vœux. Le mois de janvier se termine et comme toujours j’ai en reculé l’écriture…Il faut dire que cette année plus que toute autre, l’exercice est plutôt compliqué.

Depuis malheureusement 20 ans, chaque année, le GDiD espère voir dans l’année qui s’annonce des perspectives réjouissantes pour les directrices et directeurs d’école.
Et chaque fin d’année, nous fûmes forcément déçus du manque de prise en compte de nos réalités, de notre quotidien.
Malgré tout, l’année suivante nous portions nos vœux, pleins d’espoirs sur l’intelligence collective de nos politiques et nous exprimions que c’était l’année où, enfin, les directrices et directeurs d’écoles seraient reconnus, assurément !

2020 n’a pas échappé pas à la règle.
Après les espoirs suscités par le projet de loi de Cécile RILHAC,
après les espoirs suscités par la mise en place, encore une fois, de groupes de travail « Direction école »,
après les espoirs suscités par le Grenelle de l’éducation,
force est de constater qu’une nouvelle fois nous avons fini l’année plus que désabusés.

Néanmoins, comme chaque mois de janvier, je ne le laisserai pas finir sans vous présenter mes vœux pour cette nouvelle année.
Si 2021 sera sans nul doute difficile pour les directrices et directeurs d’école,
si 2021 a commencé dans une crise sanitaire et nous sommes en première ligne dans nos écoles pour la gérer,
2021 sera aussi l’année qui, je l’espère, contiendra cette pandémie, effacera cette crise sanitaire et nous redonnera un peu le sourire,
2021 verra aussi la situation des directrices et directeurs d’écoles s’améliorer car nous arriverons je l’espère à cette prise en compte collective de l’importance de notre métier dans le fonctionnement des écoles, dans l’équilibre sociétal que ce fonctionnement permet.
La période qui vient de s’écouler l’a largement montré.

2021 verra aussi, semble-t-il, la naissance d’une nouvelle organisation syndicale pour la reconnaissance statutaire des directrices et directeurs d’école.
Ce travail de constitution, de réflexion, d’évaluation des besoins, me rappelle les premières semaines de notre association, déjà si lointaines. Et je reconnais que ces moments sont exaltants. Je souhaite aux collègues qui s’engagent dans cette tâche complexe de trouver la bonne ligne et la force d’être à la hauteur des enjeux et  des espoirs des directrices et directeurs d’école.

Le GDiD n’a jamais souhaité franchir ce pas.
La création d’un nouveau syndicat en l’absence de statut ne peut se faire qu’en étant un syndicat d’enseignants. Et il en existe déjà beaucoup.
Notre choix a donc toujours été d’essayer de faire bouger les lignes des syndicats existants ; mais la tâche, on s’en rend compte après 20 ans, était (et reste toujours) très compliquée. Si le travail a été possible avec certains (SE UNSA, Sgen-CFDT, SNE) et je les en remercie, il a été impossible avec les autres car leurs positionnements politiques les empêchent bien malheureusement d’entrevoir sans filtre les idées que nous portons.
Aujourd’hui le chemin s’est un peu dégagé, et j’espère que nous allons enfin avancer sereinement vers cette reconnaissance.

Alors pour que 2021 soit une belle année, pour que 2021 soit une vraie réussite, ne baissez pas les bras, prenez soin de vous et ensemble nous ferons reconnaître notre métier. Notre engagement est et ne peut être que collectif.

Belle année à toutes et tous.

Alain REI
Président du GDiD


vendredi 18 décembre 2020

Courrier au Président et au 1er Ministre...

Le mercredi 16 décembre 2020.

Monsieur le Président de la République,

la crise sanitaire que la France traverse a particulièrement affecté le fonctionnement des écoles et mis en évidence la nécessité d'un pilotage au plus près du territoire.

Les directrices et directeurs d’école ont à cet effet été particulièrement impactés.

Cette situation ne vient que mettre en évidence leur rôle essentiel mais aussi leurs conditions de travail particulièrement dégradées. Beaucoup de directrices et directeurs, qui veulent seulement faire correctement leur travail, en sont empêchés par manque principalement de temps et de reconnaissance.

Les groupes de travail que le Ministère de l’Éducation nationale mène auraient dû permettre de proposer des mesures fortes pour les personnels. Les annonces faites pour 2021 sont, à ce titre, tout à fait insuffisantes pour régler la situation. C’est la raison pour laquelle, trois organisations syndicales, le SE-Unsa, le SNE et le Sgen-CFDT, ainsi que deux associations professionnelles le GDiD et le GTRID, viennent vous alerter sur la nécessité de prendre un engagement fort.

Cela doit se traduire par un plan pluriannuel visant à faire des mesures 2021 (600 ETP et 450 € annuels consacrés à la direction) la première marche d'un escalier qui assure des réponses aux besoins, tant en termes de décharges que de reconnaissance financière des responsabilités qui sont les leurs.

Être directrice ou directeur est aujourd’hui un métier à part entière qui demande une professionnalité et du temps pour l’exercer. Il n’est plus possible, par exemple, de laisser une directrice, un directeur à mi-temps, piloter un établissement de 300 élèves (12 classes).

L’école est centrale dans notre société confrontée aux crises. Les capacités des directrices et directeurs d’école à en assurer le pilotage pédagogique pour sa solidité et sa réactivité, pour la cohésion des adultes qui la font vivre, pour la sérénité des relations avec tous les partenaires et en premier lieu les familles, sont un enjeu très important gage de réussite des élèves.

Les directrices et directeurs attendent des avancées concrètes et conséquentes pour pouvoir bien faire et aussi bien vivre leur métier.

Nous vous prions d’agréer, Monsieur le Président de la République, l’expression de notre très haute considération.

Stéphane CROCHET Secrétaire Général du SE-UNSA (Syndicat des Enseignants - UNSA)
Catherine NAVE-BEKHTI Secrétaire Générale du Sgen-CFDT (Syndicat Général Education Nationale-CFDT)
Laurent HOEFMAN Président du SNE (Syndicat National des Ecoles)
Alain REI Président du GDiD (Groupe de Défense des Idées des Directeurs)
Loïc BREILLOUX pour le GTRID (Groupe de Travail et de Réflexion Indépendant de Directeurs)

lundi 14 décembre 2020

Le loto perdant, ou l’art du zéro

 Les annonces ministérielles à l’heure d’un grenelle bien frileux et policé, convenu et sans surprise, sont apparues à l'ensemble des directrices et directeurs d'écoles comme de nouvelles miettes jetées en pâture aux médias, aux dépens des 45000 directions d’école dépitées de tant de mépris ressenti.
C'est que le malaise et le mal-être sont trop forts pour que cet “effort“ en période de crise puisse être reconnu...
Trop délaissés, trop meurtris, trop ignorés...
Le PPCM du seuil de décharge pourrait-il conduire à une unité de la profession pour avancer ? Rien n’est moins sûr… Mais au GDID, avec les Organisations Syndicales ayant la même volonté, nous continuons de porter la question vitale de notre métier, sans relâche…

Des chiffres trompeurs pour masquer un immobilisme de 40 ans

Prenons une feuille de loto, et cochons quelques cases… Pas au hasard, avec une science raffinée de l’art mathématique du budget et de la statistique…

5 comme E ; 20 comme T ; 16 comme P… Puis 600, mais comme cela ne rentre pas, nous cocherons 6. 21 pour 21 millions, 45 pour 450, 9 pour 900, 15 pour 1500… Pourquoi s’embarrasser de zéros non significatifs, n’est-ce pas ?
Parce que, vous aurez reconnu ces chiffres et ces lettres, pardon, ces nombres et cet acronyme : Eutépé… Jamais ce mot n’aura autant été prononcé que cette semaine...

Et le zéro… Ce chiffre mystérieux qui est à la fois un nombre, et le signifiant du vide, du “rien“...
Pourtant, lorsque l’on évoque des millions d’euros, le nombre de zéros à l’échelle d’un citoyen ordinaire devient vite étourdissant…
Mais lorsque l’on rapporte le nombre d’équivalents de postes (600), sur le nombre d’enseignants du premier degré (330000), le zéro passe devant (0,18%)… Quel effort !!! Bien moindre de très loin à d’autres mesures phares dont on ne sait pas aujourd’hui mesurer l’utilité réelle…
Quant au nombre d’écoles touchées sur les 45000, ce n’est pas tant le zéro qui compte alors, que le vide de l’avancée obtenue…

Car enfin, les 900 équivalents de postes pour les “petites écoles“ ne devraient pas être présentées comme un beau geste : ici, le zéro passe à droite et fixe le nombre de jours correspondant à l’attente des directrices et directeurs concernés depuis la sortie de la Circulaire n° 2014-115 du 3-9-2014 (rentrée 2015 : 10 jours par an pour 2 ou 3 classes, 5 ans d’attente, presque 2000 jours).

Le vide de la direction d’école

Un autre aspect de ce zéro est l’importance qu’il donne au nombre de jours pendant lesquels la décharge des écoles de 10 à 13 classes n’a pas bougé : c’était la Circulaire n° 80-018 du 9 janvier 1980… 40 ans et 11 mois, soit près de 15000 jours…

Le zéro, dans notre numération de position, est utilisé pour “conserver le rang“ en notation décimale. Et en effet, on nous demande de “garder le rang“, de rester à notre place : directeurs d’écoles sans aucune reconnaissance, abandonnés pour certain(e)s depuis plus de 40 ans, enseignants parmi les enseignants, ce qui est noble en soi, mais avec une charge de responsabilité unique en France, unique, car cette responsabilité est assumée mais non actée.
Alors, la tentation est grande d’aller chercher la transcription originelle, puisque nous parlons des chiffres dits “arabes“ : zéro est issu d’une transcription de l’arabe ṣĭfr, qui signifie le vide… Véridique.
Quelle ironie !

Une annonce médiatique qui veut nous placer en privilégiés

A l’heure où les médias se gargarisent de cette manne de 450 millions d’euros qui nous est grassement octroyée, en cette période si difficile pour toutes et tous, alors que tout le monde se serre la ceinture, nous voyons notre quotidien atteint par cet “élément nul“ qu’est le zéro… Zéro avancée réelle et satisfaisante : à la place d’une reconnaissance statutaire (métier de directeur), ou d’une reconnaissance en temps de travail (décharge), ou d’une reconnaissance financière réelle (point d’indice), la montagne accoucha d’une manne populiste et médiatisée : 450€ pour les directeurs, et 150€ pour l’informatique.

Pour tout un chacun qui se creuse le ventre afin de savoir comment payer ses traites à l’heure où le client reste confiné, pour celui qui n’a plus le travail précaire qui l’aidait à vivre chichement, pour la partie de la population en dessous de la moyenne des revenus ou pire, en dessous du seuil de pauvreté, évidemment que ce montant donne l’illusion de la corne d’abondance qui s’offre à nous, directrices et directeurs enfin privilégiés…

Sauf que, sans vouloir mépriser cette obole, cette corne n’est d’abondance que dans le breuvage d’amertume qu’elle nous prodigue, sans même l’oubli qui pourrait aller avec. Car d’abondance il n’y a pas, c’est un “one shot“, et non une augmentation pérenne…

Alors, le zéro devient cet “élément absorbant“ de la multiplication, multipliant les rancœurs, l’étonnement des familles si nous râlons, multipliant cette incompréhension devant tant de mépris qui entraine tant de démissions et de dépressions dans nos rangs !

La crise s’amplifie malgré les 45000 écoles toujours dirigées, chaque matin

Que faire alors ?
Déjà, ne jouons pas au loto. Ces chiffres donnés par le Ministère ne peuvent suffire en aucun cas.
Le geste est frustre, et pleutre l’intention qui ne veut froisser personne ni aucune organisation. Sauf qu’à attendre le consensus, le seul accord qui risque de se produire est celui du refus manifesté, celui de la colère qui ne peut plus être retenue, celui de la réaction face à ce mépris affiché.

Derrière des discours #JeVousAiCompris, #VousEtesFormidables, #EcoleDeLaConfiance, crachés sur “IouToube“ ou “Béhèfème“, nous ne recevons que les postillons qui nous intiment de rester à notre place, de “tenir notre rang“, zéros bien alignés au service de l’état.

Alors oui, la feuille de loto est perdante. Aujourd’hui.
Et nous devons lui redonner la couleur de l’espoir, celle de notre enthousiasme pour notre mission, plus de 45000 fonctionnaires d’état qui font tourner les écoles accueillant les enfants de notre démocratie républicaine. Ce n’est pas rien tout de même !

Nous devons nous rassembler pour exiger un véritable calendrier, qui commencerait par un tout petit effort de plus pour cette année, gravant dans le marbre des décrets et circulaires la mort de 40 ans d’immobilisme, la reconnaissance du temps nécessaire à faire tourner l’école à classe unique qui fait vivre un village ou celle à taille d’un établissement d’une ville avec ses 300 enfants…

Oui, “les temps sont durs“, ils le sont tout le temps, et chaque année il y a quelque événement venant troubler les possibles… Et nous pourrions comprendre l'effort particulier en cette période de crise extrême.
Mais pour autant, les 45000 écoles vivent, sont ouvertes bon an mal an tous les matins, accueillent des millions d’élèves.

Cinq syndicats et associations ensemble pour notre métier

Au GDID, avec nos collègues du GTRID, du SNE, du SE-UNSA, du SGEN-CFDT, nous ne baissons pas les bras. On peut regretter que l’intersyndicale ne soit pas exhaustive, ce n’est pas faute de l’avoir tentée par le passé. On peut vouloir une nouvelle association, réinventer la poudre, créer un syndicat de direction d’école, ce n’est pas faute d’y avoir déjà travaillé. Tout est toujours possible…
Aujourd’hui, nous faisons avec ce qui existe, avec ceux qui veulent bien reconnaitre notre métier de direction d’école. Et, sans relâche, nous interrogeons nos responsables : quel avenir pour notre métier, quelle suite pour le projet de loi Rilhac ? Tout est sur la table. Tout le monde peut nous rejoindre…
Nous voulons croire que le Ministère ne peut pas rester sourd.

Quel mode d’intégration et quel “seuil“ pour les décharges aujourd’hui ? Raisonnable… dans les deux sens : raisonnable quant à la dépense publique certes, mais raisonnable quant au respect qui est du à l’école publique et aux millions de familles concernées.

Quel calendrier pour ce minimum vital que constitue ces seuils de décharges ? Deux ans… Il ne fallait pas attendre, Monsieur le Président. Vous aviez clamé que l’école était une priorité…

M. le Président, à vous d’assumer !

Plus de 30% de mes collègues vous ont cru… Je ne les juge pas évidemment, mais force est de constater que depuis 2017, la priorité reste des paroles et jamais des actes réels…
Tous nos instants sont à jamais marqués par nos actions… et nos inactions, cela est valable pour toutes et tous, vous compris Monsieur le Président.

Nous pourrions parler de la Circulaire du 25-8-2020, celle qui crée à titre expérimental un référent (inexistant encore dans certains département, sans décharge dans d’autres), qui nous octroie deux jours de formation (nous savons parfaitement que nous ne sommes pas prêt de les voir), qui encourage à combler nos décharges par des moyennes de remplacements (déjà largement dépassés par leurs missions actuelles), celle qui nous donne du travail en plus en prétextant a
lléger nos tâches…

Monsieur le Président, c’est vous qui fixez la feuille de route de votre Ministre… Alors rappelez-lui vos priorités, rappelez-lui l’importance extrême dans l’histoire de la République Française de son école. Nous sommes 45000 fonctionnaires d’état à être chaque matin fidèles au poste, fiers de nos missions, opérant le miracle de faire fonctionner l’école du 21ème siècle avec des règles de plus de 40 ans…

Jusqu’à quand ?
Vous en avez la clé, et l’ultime responsabilité.
Assumez, ou alors annoncez clairement que cette priorité n’en est pas une, et qu’il ne sert à rien de jouer au loto en regardant les étoiles, avec l’espoir que l’une d’elle soit la bonne… Au moins, au lieu d’être baladés comme c’est le cas, nous pourrons décider du chemin de notre propre balade, et envoyer balader ces satanés zéros médiatiques qui polluent toujours et encore l’image de notre belle école auprès de vos électeurs…

Nous aimons nos élèves, si vous ne nous respectez pas, respectez-les au moins eux.

Marc Burlat
Le 13 décembre 2020


jeudi 19 novembre 2020

Communiqué de presse...

Plan global pour la direction d'école:
quand l'urgence dépasse la nécessité


Il y a quelques jours les organisations SE-Unsa, Sgen-CFDT, SNE-Csen, GDID et le GTRID (Groupe de Travail et de Réflexion Indépendant des Directeurs) publiaient une tribune commune pour dire leurs attentes importantes d’évolution pour permettre aux Directrices et Directeurs d’école d’assumer pleinement leur mission.

Pour les organisations signataires, les récentes annonces du ministre et les travaux de l’agenda social n’engagent pas une évolution de fond du fonctionnement de l’école et des moyens donnés aux Directrices et Directeurs d’assumer leurs missions.

Rendre la direction de l’école du premier degré autonome et responsable, lui donner le temps et les moyens de fonctionner, lui reconnaître sa mission spécifique, son « métier », sont des impératifs reconnus par tous les acteurs de l’école. Il faut à présent passer de la reconnaissance du terrain à la concrétisation institutionnelle.

La Directrice/le Directeur anime, impulse, pilote, s’assure, prépare, actualise, veille, coordonne, sensibilise, encourage, contribue, construit, met en place, procède, organise, répartit, fixe et préside.

Mais dans plus de trois quarts des écoles, le temps dévolu à la direction est au maximum d’une journée par semaine…

Mais dans tous les cas, l’école n’a aucune identité juridique, comptable, ni autonomie de fonctionnement.

Pourtant, son bon fonctionnement nécessiterait les moyens d’une gestion locale, au plus près des élèves, des familles et des différents partenaires.

Il est aujourd’hui impératif de donner à l’école les moyens légaux et matériels de faire vivre cette autonomie au service du public qu’elle accueille, en reconnaissant dans un premier temps le rôle essentiel du Directeur d’école, et à terme, l’école comme un établissement d’enseignement du premier degré possédant un statut juridique.

La société avance et les obligations faites à l’école se sont démultipliées. Les élus de la République doivent maintenant faire le choix d’assumer le coût de son fonctionnement au XXIème siècle. Ils doivent donner les moyens aux Directrices et Directeurs d’école d’assurer les missions qui leurs sont confiées pour la réussite de tous élèves, la co-éducation avec leurs familles et la sérénité des équipes. 

Nos organisations n’attendaient pas des annonces ministérielles du 16 novembre des perspectives sur une évolution statutaire. Elles attendaient au moins une perspective pluriannuelle de montée en charge sur la revalorisation et sur le renforcement des décharges. Il est urgent de dégager un plan global d’amélioration pour sortir les directeurs de la situation intenable constatée depuis trop longtemps.

Les organisations syndicales SE-Unsa, Sgen-CFDT et SNE-CSEN tiendront une conférence de presse commune en visioconférence à l’issue du prochain groupe de travail sur la direction d’école le mardi 24 novembre à 15h.

Paris, le 19 novembre 2020

Contacts presse Président GDID : Alain REI alain.rei@gdid.education Port : 06 33 56 13 07



mercredi 18 novembre 2020

Le Dindon de la Farce

Je retiendrai de ce 16 novembre que, directeur d’école avancé dans la carrière, pilotant 310 élèves sur 13 classes et regroupements, je fus comme beaucoup d’entre nous le dindon de la farce…

Au Moyen-Age, les « farces », courtes comédies bouffonnes et sociales, mettaient en scène des hommes crédules, déguisés en dindons (pour signifier un homme dupe, facilement manipulable) dont on se moquait.

Ainsi par exemple, La Farce de maître Pathelin…

La Farce de Maitre Dirlo-lette

Aujourd’hui, nous venons de vivre La Farce de Maitre Dirlo-lette, opéra bouffe en un acte, à ceci près qu’il ne s’agit pas d’un auteur anonyme mais d’un ministre clairement identifié.

Plusieurs sentiments me traversent depuis que je suis sorti de l’école et que bien malheureusement après avoir eu mon ami et Président de notre GDID Alain REI au téléphone, j’ai allumé la radio…

Colère, abattement, résignation, dégoût… je ne vais pas tout citer, vous trouverez toutes les nuances de cette grisaille émotionnelle.

Soyons clairs : la première phrase est flatteuse pour l’auditeur moyen : 400 millions d’euros pour revaloriser les enseignants ! Énorme !
Puis vient le détail : une prime d’équipement numérique de … 150€, première plume arrachée au dindon qui pourra dès lors s’acheter une souris sans fil afin de courir derrière !
Ah, mais mon pauvre gallinacé, ce n’est pas fini : ce n’est pas pour tout le monde, que nenni !
Vous qui avez perdu des plumes au gré de votre métier, vous qui avez cru même un instant au fameux GRAF, vous n’aurez rien… 

Une prime n'est pas une revalorisation !

Attention, c’est très bien que nos jeunes dindons puissent avoir une prime d’attractivité, même si elle me fait penser à une ancienne pub du sel Cérébos : ce petit garçon cruel qui courrait derrière un coquelet pour lui saupoudrer la queue de sel fin… Un peu miroir aux alouettes !

Explication : il s’agit d’une prime, dégressive en fonction de l’ancienneté (une première !), et non d’une augmentation de salaire (augmentation du point d’indice ou augmentation de l’indice)
Résultat : rien n’augmente vraiment, car une prime dégressive attachée à l’ancienneté ne se perpétue pas d’année en année… par définition.
Bon, notre dindon en a vu d’autres, et continuant de glaner ses graines, il arrive à la direction d’école.
Enfin ! Glousse-t-il…

La direction d'école moquée

Ben, euh, comment dire, non … non plus…
Et hop, quelques plumes arrachées du croupion…
Car, avec forces formules habiles, notre sémillant ministre flatte encore une fois l’auditeur au détriment du volatile :
Ce sont les petites écoles qui vont être, enfin, récompensées. Vous savez, celles qui sont la majorité des 45000 écoles de France… A priori, notre dindon peut y voir une belle preuve de solidarité, un peu de justice... Ah, mais non... Le dindon n'a que des graines vides et avariées...

Parce qu'en fait, ce n’est enfin que la mise en place, de ce qui est du à ces “petites“ écoles abandonnées depuis des années : leur directeur ou directrice avait droit à une décharge que jamais on ne leur donna faute de moyens humains disait-on. Sur les 1500 équivalents temps plein, cela en représente 900… Je vous laisse faire le calcul de l’effort inimaginable pour une maison de 333000 enseignants dans le premier degré public…
Bien sûr que c’est une bonne chose, bien sûr que la moitié des écoles de France doit pouvoir compter sur une direction d’école ayant du temps pour sa mission… Sauf que ce n’est pas cela… Juste le rattrapage de ce qui avait été annoncé à l’auditeur crédule il y a plusieurs années et qui ne fut jamais appliqué…
Après les plumes de la queue, on fait mine de remplumer les ailes de notre pauvre dindon que l’on avait déjà coupées…

Notre dindon endolori court toujours… Et il apprend alors que pour mieux courir, il aura deux jours de formation par an ! Quelle aubaine, mais de formation sur quoi, sur quel temps ? Celui de sa pauvre décharge ? Avec quels moyens de remplacement ? Parce que, soyons honnête cher fermier du Meilleur des Mondes, mais le nombre de jours de formation passés à la trappe du poulailler faute de merles pour remplacer se compte sur les plumes restant en place…

Sans compter qu’il va manquer de temps pour courir : il est nommé grand ordonnateur du remplissage des tableaux des 108h… Les très riches heures du Duc de Berry n’ont qu’à se bien tenir…
Sauf que, las… Cette emblématique mesure censée montrer l’autonomie donnée au dindon dirlo-lette n’est encore une fois qu’un leurre : aucune autonomie puisque ces heures ne sont pas libres (donc ne pouvant toujours pas correspondre aux besoins locaux et réels), mais bien encadrées (et devant lui en rendre compte) par le Grand Dindon en Chef, l’Inénarrable Emplumé de Notoriété, qui je pense se serait bien passé de cette mascarade…

Allez, dindon, console toi… Ne glougloute pas à la mort !
Il reste les 600 ETP (équivalents temps plein) pour les autres directrices et directeurs…
Soit 2400 jours par semaine sur la France entière, soit 2400 jours par semaine pour plus de 25000 écoles restantes !
Attention, nous ne crachons pas dans la soupe, mais nous voyons bien que l’auditeur ne connaissant pas la cuisine du dindon, ne peut se rendre compte à quel point la farce est amère …

Des propositions pour réagir ENSEMBLE !

Que faire me direz-vous, désabusés tout autant que déplumés ?
Mme Rilhac, porteuse d’un projet de loi sur le direction d’école, avait chiffré l’abaissement du seuil des décharges : 6000 ETP.
C’est encore faisable.
Que faire ? Réagir enfin… Peut-être, mais ensemble voulez-vous ?
Qu’enfin toutes les Organisations Syndicales et notre GDID national puissions nous asseoir autour d’un table, rapidement, et qu’il sorte le PPCM de cette rencontre vitale…
Parce que là, notre dindon est à l’agonie.
Nous lisons tous les jours les témoignages de collègues qui craquent, qui pleurent, qui dépriment, qui sont intimidé(e)s, qui sont méprisé(e)s, qui ne sont pas respecté(e)s…
Alors ça suffit !

Que des mots d’ordre clairs nous protègent contre toute intimidation afin que nous nous limitions au temps de décharge effectif que nous avons :
- Qu’aucune remontée ne se fasse en dehors de ce temps,
- Qu’un message clair soit programmé sur l’ordinateur de la direction d’école disant : « n’étant pas actuellement en temps de direction d’école, je ne peux traiter ce message. Il s’ajoute à la liste d’attente que je ne pourrai gérer que lors du temps prescrit pour la direction, soit “n“ (où n représente le quota indiqué sur ONDE) jours par semaine ainsi que mentionné sur le logiciel de gestion de cette école ».
- Que la loi relative au droit à la déconnexion s’applique, et que tout mail, qu’il soit du ministère ou de l’IEN, arrivant sur nos boites perso ou d’école soit renvoyé avec la mention : « conformément aux préconisations accompagnant la loi du 21 juillet 2016 relatives au droit à la déconnexion, qui incitent à ne pas envoyer de mail en dehors des heures habituelles de travail, aucune garantie de traitement de ce mail ne peut être assurée »
- Que les téléphones d’écoles soient coupés en classe ;
- Que les portails restent fermés (après avoir prévenu les parents d’élèves éplorés de ces pauvres poussins revenant de l’orthophoniste que nous ne pouvons pas assurer le rôle de secrétariat, concierge, accompagnateur et enseignant en temps de classe (et que nous le regrettons sincèrement, parce que c’est vraiment dommage pour Kevin ou Alison, mais… aujourd’hui, c’est ainsi) ;
- Que la cantine, l’étude, les transports scolaires, la régie des travaux, le peintre et le livreur soient avertis des jours de direction, et sinon, adressez vous à la mairie…

- Qu’aucune enquête non prévue dans le référentiel (donc aucune en fait, hormis le constat des effectifs et la saisie des prévisions) et donc dans ONDE ne soit plus jamais renseignée, même pour 5 minutes…
- Que les certificats de scolarité, les livrets scolaires pour aller dans le privé, les listes pour la médecine scolaire ne puissent être traités que les jours dédiés à cela…

Chacun, dans sa basse-cour, trouvera de quoi alimenter l’expression de notre ressentiment commun.
Pour que notre pauvre dindon puisse enfin s’asseoir sur son croupion dégarni, et dans l’attente du temps nécessaire à son travail, obtenu par l’action conjointe de ses représentants associatifs et syndicaux, il puisse juste respirer un peu, juste un tout petit peu, en attendant que la Guilde des Gallinacés Autonomes soit enfin reconnue comme telle.

Parce qu’il arrive un temps où le dindon ne veut plus être moqué, parce que le temps de la dignité est largement dépassé, et que la confiance ne se joue pas dans les yeux de Kaa…

Marc Burlat