dimanche 9 février 2020

Chef d'établissement... mais lequel ?

Certaines organisations syndicales cherchent à faire peur. Cela n'a rien de nouveau pour ces gens-là, dont la crainte de l'avenir est le fond de commerce. Trembleeeez, pauvres morteeeels ! Tout changement est à proscrire, toute évolution à bannir. Ce qui est évidemment une absurdité sociale et historique.

Dans le sac des propositions honnies il y a évidemment en bonne place le statut d'emploi fonctionnel que réclame le GDiD pour les Directrices et Directeurs d'école, le changement de statut de l'école qui va avec, et les établissements du primaire que nous estimons inévitables pour cette évolution constructive de l'enseignement primaire. Le GDiD est bien sûr lui-même considéré comme une émanation diabolique et pestilentielle, aux volontés inavouables, aux amitiés perverses... Nous sentons le souffre.

Devenir chef d'établissement du primaire d'accord, mais quel chef d'établissement ? Copier le statut existant des personnels de direction du secondaire ? Certainement pas, même si quelques syndicats s'acharnent à le faire croire. Ce n'est pas le projet du GDiD.

D'abord nous voulons que ce chef d'établissement du primaire - appelons-le CEP pour simplifier - ait un statut d'emploi fonctionnel, pour plusieurs raisons simples à comprendre. Il est indispensable que le CEP soit professeur des écoles, il est même primordial qu'il ait enseigné X années, dans plusieurs fonctions et lieux, en REP ou autre ou comme remplaçant, bref qu'il connaisse le milieu comme sa poche. Ensuite il ne doit pas être sélectionné sur concours, afin de ne pas ouvrir la porte à d'autres personnels, mais dans le vivier des PE par un jury ad-hoc dont il recevra l'agrément - comme aujourd'hui la "liste d'aptitude" pour être Directeur d'école -. Cela doit bien entendu être un choix, porté par un projet personnel. Et enfin le statut d'emploi fonctionnel, s'il donne au CEP un statut spécifique accompagné de pouvoirs de décision étendus, d'une reconnaissance spécifique et d'un salaire à la hauteur, lui permet aussi de quitter la fonction pour revenir dans le corps des PE s'il estime s'être fourvoyé... ou en cas de faute grave dans le cadre de sa fonction de chef d'établissement.

Dans ma vision des choses le CEP s'engage dans le projet de son établissement qui doit avoir été élaboré par un prédécesseur dans l'intérêt premier des élèves du territoire concerné. Il s'y implique pour un temps déterminé, éventuellement par un contrat de Y années qui peut être renouvelable une ou plusieurs fois. Ce projet d'établissement il va le travailler avec tous les personnels de l'équipe éducative, l'infléchir voire le changer si nécessaire, toujours dans l'intérêt des élèves et en accord avec son Conseil d'administration.

Le CEP ne procède pas à l'évaluation des personnels enseignants de son établissement qui sont fonctionnaires et dépendent de l'Etat, mais il fait celle de certains personnels non enseignants dont il est l'employeur. Il reste bien entendu à définir de qui dépendent ceux-ci (personnel d'entretien, secrétariat, intendance, les éventuels surveillants et Conseiller d'éducation, etc) : établissement, commune, région, Etat ? Cette question de l'évaluation des enseignants est un épouvantail traditionnel qu'agitent les syndicats moyenâgeux réfractaires à toute évolution. Mais ce n'est que de la paille. L'évaluation des enseignants du primaire, qui aujourd'hui hélas se résume à quelques sommaires "rendez-vous de carrière", n'a de sens que si elle est formative. Evaluer est une tâche que maîtrisent les personnels qui l'ont toujours exercée soient les IEN. Il suppose la possibilité technique d'élaborer les formations adaptées qui permettront aux enseignants de peaufiner leur pratique. Bref c'est un métier distinct de celui d'un chef d'établissement, c'est une fonction fondamentale que les IEN doivent persister à remplir. Je souhaite, concrètement, que les IEN reviennent à leur rôle premier et puissent s'y impliquer totalement et sereinement, comme je souhaite que les Directrices et Directeurs d'école devenus ou non chefs d'établissement puissent exercer leur métier avec la même implication et tout aussi sereinement.



Comment est payé le CEP ? Puisqu'il n'est pas "personnel de direction" et qu'il n'est pas créé de corps spécifique, le CEP reste à l'échelle des PE. Au même titre qu'aujourd'hui les Directeurs perçoivent une bonification indiciaire, il me semble logique de poursuivre dans cette voie en en conservant le principe. Mais je souhaite deux choses : d'une part qu'il n'y ait pas de différenciation par la taille de l'établissement (ce qui à mon sens ne se justifie pas non plus aujourd'hui dans le fonctionnement de la Direction en primaire); d'autre part qu'on abandonne l'idée d'une "indemnité" dont le simple terme me révulse. Bien entendu le fait d'être chef d'établissement du primaire implique que la rémunération totale (traitement de PE + bonification) soit à la hauteur de ce que perçoivent les personnels de Direction.

Y aurait-il des astreintes ? Cela ne me parait pas indispensable dans la mesure où tout ce qui concerne le fonctionnement par rapport aux élèves ne change pas. A moins que la restauration soit à la charge de l'établissement, par exemple, ou... ce qui sera dévolu à l'établissement et à son chef reste à définir, et à mon sens cela relève d'un accord contractuel passé distinctement pour chaque établissement entre le territoire concerné et l'Etat, avec des responsabilités adaptées aux contraintes ou aux envies locales. Mais le CEP saura parfaitement dans quoi il s'engage. Avec quel budget ? On peut imaginer une délégation de gestion publique - qui existe dans le droit français - au Conseil d'administration de l'établissement dans lequel de toute manière le ou les territoires concernés seront forcément représentés.

Quelle taille pour un établissement ? Sur ce point il ne peut y avoir aucune règle. Seule compte la volonté d'un territoire qui désire synthétiser les synergies engagées sur un projet local puissant. Il y aurait de "petits" établissements ou des gros, sur un ou plusieurs sites, tout dépendant du lieu et de l'étendue territoriale concernée.

Quelle mobilité ? Devenir CEP reste un choix, celui de son établissement aussi comme aujourd'hui on choisit son école. Chaque Direction d'établissement étant évidemment un poste "à profil" son futur CEP est libre ou non de la demander, rien ne peut lui être imposé en ce sens. Le chef d'établissement peut décider de rester si tout va bien, de changer d'établissement à la fin du contrat s'il en existe un, ou de simplement retourner enseigner. Evidemment un tel statut exige des garde-fous pour que le système ne soit pas à la merci de potentats locaux, qu'ils soient élus ou fonctionnaires...

Mais les autres Directrices et Directeurs d'école alors ? Ils restent le bec dans l'eau ? Il n'est bien entendu par question de laisser quiconque sur le bord du chemin, tout ce qui définit aujourd'hui notre métier doit être redéfini sur la base du "référentiel-métier" qu'on pourrait presque plutôt appeler "différentiel-métier" tant il marque plus nos différences avec le métier d'enseignant. Une charge de classe nettement moins lourde, c'est à dire le temps de remplir sa fonction de Direction, ce qui implique de clairement et largement étendre le régime de "décharge"; l'aide d'un secrétariat éventuellement partagé selon la taille de l'école; la création de postes de surveillance et même de Conseillers d'éducation selon la taille ou le type d'école (REP); une définition claire des responsabilités et des charges dont certaines qui nous incombent aujourd'hui réclament formation et assistance (PPMS...); une meilleure adéquation des systèmes d'information et de gestion à nos besoins (ONDE); une bonification indiciaire largement revue et adaptée aux responsabilités qui sont les nôtres...

Comme vous le constatez, le travail à faire est important, et personne ne doit baisser les bras. Il nous appartient je crois aujourd'hui de définir l'école française du XXIème siècle, et nous avons trois décennies de retard. Le GDiD persiste et persistera, nos alliés syndicaux aussi, pour que perdure l'école publique. car nous croyons fortement à sa mission. Nous déplorons tous l'abandon dans laquelle on la laisse aujourd'hui, malgré les efforts de chacun dans sa classe, dans son école, dans sa commune. Mais le bonne volonté ne peut pas suffire. Nous voulons le meilleur pour nos élèves, qui ne méritent pas que nous leur laissions une telle chienlit.


1 commentaire:

  1. Merci beaucoup pour cet exposé clair, c'est tout ce que j'avais compris instinctivement et à travers tous les posts depuis que je suis le GDiD (quelques mois), et ça correspond vraiment à la direction d'école comme je l'aimerais.
    Je dirai malgré tout que le CEP pourrait participer à l'évaluation des collègues (attention, gros mot...) dans le sens où en tant que porteur du projet d'établissement, il pourrait évaluer l'investissement de ses collègues à celui-ci, leur implication dans le travail de l'équipe (on a tous des collègues "courants d'air" qui arrivent à 8h25, ne mangent pas à l'école, repartent à 16h20 et viennent aux réunions en trainant les pieds et en posant la montre sur la table...).
    A l'inverse, on a surtout beaucoup de collègues qui sont en perpétuelles réflexions et discussions péda pour aider les élèves, qui font énormément avancer les projets par leur dynamisme et leurs idées, qui sont largement autant investis que nous dans la réussite d'une école, et tout ça, l'IEN peut difficilement le voir, surtout si le directeur fait bien son boulot et arrive à mener les projets malgré les membres peu impliqués... Donc je trouve que si l'évaluation de l'IEN doit perdurer et continuer à pleinement lui appartenir, les CEP pourrait aussi avoir un moyen de faire savoir qui porte avec lui la réussite d'une école...

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