mercredi 17 octobre 2018

Sommes-nous des monstres ?

Déjà en temps normal les revendications du GDiD paraissent incongrues aux yeux de nombreuses formations syndicales. Alors évidemment en période électorale les passions se déchaînent. Que nous réclamions une reconnaissance du métier de Directrice ou Directeur d'école semble ahurissant aux yeux de certains. Croyez-bien, non pardon soyez-en persuadés, ils sont peu nombreux : mais qu'est-ce qu'ils font comme bruit !

Peut-être ne le croirez-vous pas, mais je conserve un côté naïf. Probablement "naïf" n'est-il pas l'adjectif qui convient, mais je n'arrive pas à en trouver un autre. Je suis une personne confiante, je ne crois pas à la bonté inhérente de la personne humaine, je ne suis pas Rousseauiste pour un sou, mais quand je rencontre quelqu'un ou quand je fais une inscription dans mon école pour un nouveau "petit" de trois ans je suis souriant - c'est naturel chez moi - et surtout je veux croire à l'honnêteté et la gentillesse des personnes que je rencontre.

Cela m'a souvent rendu service. Fréquemment dans ma petite école maternelle j'ai affaire avec des personnes dont c'est le premier enfant qu'ils viennent admettre à l'école, ils sont inquiets et je fais tout pour les rassurer, les faire sourire ou rire, d'autant qu'ils sont nombreux à n'avoir pas de bons souvenirs de l'institution. Je ne parle pas des "anciens", ceux dont nous avons déjà eu un enfant, et qui débarquent tout contents de me revoir et de remettre les pieds à la mat'... quand ils l'ont quittée, parce que j'ai quand même pas mal de familles avec trois ou quatre gosses, que depuis quinze ans j'ai tous eu dans ma classe ! Qui s'en souviennent, merci, avec plaisir, et sont heureux de venir m'embrasser chaque matin en accompagnant le petit frère ou la petite sœur même si il ou elle n'est pas dans ma classe. Cela, ce sont des souvenirs emmagasinés pour plus tard, dans peu de temps, quand je serai un retraité soulagé.

Oui, soulagé. Parce que mon double métier, qui est aussi le vôtre si vous êtes Directrice ou Directeur d'école, est trop prenant, trop investissant. Il est castrateur, parce que je ne peux pas aller jusqu'où je l'aimerais, ni faire tout ce que je voudrais pour certains de nos élèves. Il est frustrant; déprimant souvent, fatigant. Il est injuste, parce que je dois parfois abandonner mes élèves pour un acte que seul le Directeur peut accomplir. Il est aussi accomplissant, je l'admets, quand j'ai beaucoup donné et que je vois des enseignants souriants, des enfants heureux, des familles paisibles, une municipalité confiante, un(e) IEN qui ne pense même plus à nous...

Que d'efforts ignorés... Que de travail non reconnu... Que de "petites" choses dont nous ne parlons pas mais qui nous bouffent notre temps, notre énergie... Ah oui ce SMS envoyé aux services techniques parce que patati, ce document imprimé ou transmis pour une enseignante qui pouvait très bien le faire seule mais qu'on sent aux taquets, ces trois mots rassurants donnés à une famille inquiète... C'est constant c'est permanent c'est intrinsèque mais à par nous autres qui s'en rendra compte ? Tant qu'on a pas été Directrice ou Directeur d'école il est impossible de comprendre ce que signifie et ce qu'implique notre travail.

Alors les revendications du GDiD font-elles de nous des monstres ?



Nous voulons que les Directrices et Directrices puissent exercer leur métier selon  le contenu qui a été donné par le référentiel que de nombreuses années de travail nous ont apporté - enfin - en décembre 2014. Ne pensez pas une seule seconde que le GDiD y fut étranger. Si certains syndicats alliés nous y ont aidé, c'est bien notre labeur qui a porté ses fruits. What else ? dirait George Clooney. Ou plutôt "qui d'autre" ?

Car en sommes nous voulons quoi ? Nous ne vivons plus au siècle de Zola, ni à celui de Piaget. Nous sommes en 2018, bientôt en 2019, plus en  1876 ni en 1936 ni en 1942 ou en 1947, j'en suis navré pour les thuriféraires de l'ordre ancien, qu'ils soient nostalgiques du Front populaire ou de l'Etat français, ou spleenétiques de la blouse et du coup de règle sur les doigts. J'en suis navré, mais j'ai connu ça enfant, et franchement je ne regrette rien. M'en voudrez-vous si j'exprime que pour regretter le passé il faut être au mieux abruti au pire un con fini ? Moi je vis dans le présent, et j'espère beaucoup en l'avenir, tant je pense que les générations qui suivent la mienne ont plus à proposer et à offrir. Mes enfants, mon petit-fils, méritent mieux que ce que j'ai connu et que je connais.

Donc nous voulons que les Directrices et Directeurs d'école aient un statut qui leur permette de travailler sereinement. Un statut c'est quoi ? Ce n'est pas juste un titre. C'est la possibilité d'acter, c'est à dire avoir une personnalité juridique. tant qu'à être responsable de tout autant en avoir aussi les avantages, c'est à dire avoir la responsabilité mais aussi le droit de décider : pouvoir prendre une décision en connaissance de cause, décider d'un achat et pouvoir signer un chèque pour en régler le montant, avoir le choix et le droit d'en assumer pleinement et totalement la responsabilité; faire un choix pédagogique pour son école, pour nos élèves, sans avoir à le demander à quiconque qui ne connait pas notre école ou n'y connait que dalle comme aujourd'hui ceux qui nous gouvernent, nous autorisent ou nous interdisent sans savoir ni quoi ni qu'est-ce ni comprendre quoi que ce soit à nos besoins nos envies nos impératifs ni ceux des enfants dont nous avons la charge. En somme être un chef d'établissement, et même plus tant ces derniers ne connaissent que peu leur métier : les principaux de collège sont-ils encore au contact quotidien des élèves ? Allons, soyons sérieux. Aujourd'hui clarté oblige, nous avons toutes les charges sans avoir aucun des avantages. Est-ce trop réclamer ?

Pire encore, le GDiD réclame un statut particulier. Se trouver sous la tutelle d'un collège ? Certainement pas ! Nous faire croire que les besoins d'un enfant entre trois et dix ans seraient les mêmes que ceux d'un adolescent serait nier toute la recherche pédagogique et toute la connaissance chèrement acquise depuis un siècle et demi. Nous voulons regrouper les écoles, parce que croire que les Directrices et Directeurs obtiendront un statut tant qu'ils seront 45000 à diriger des écoles dont 80% ont quatre classes ou moins c'est au mieux une illusion au pire un éhonté foutage de gueule de la part de syndicats dont je veux bien croire que certains sont aveugles. Pour autant devrait-on laisser faire n'importe quoi et accepter des établissements primaires à plus de seize classes ou plus ? Certainement pas, alors que des écoles de cette taille existent déjà. Que cela n'offusque personne me dépasse. Où est le Directeur ? Ah désolé il est en réunion. Comme proximité des élèves et de leurs besoins, des familles et de leurs besoins, des enseignants et de leurs besoins on fait mieux ! Désolé, ce n'est pas ma tasse de thé. Irai-je jusqu'à écrire que ça me dégoûte, et que je ne comprends pas que certains l'admettent aujourd'hui ?

Je suis un monstre. Je veux que mes successeurs puissent travailler dans de meilleures conditions, qu'ils n'aient plus à choisir entre leurs élèves et leur boulot quand on leur téléphone ou qu'on leur demande une paperasse ou une ânerie ministérielle. Parce que ce qui m'importe c'est la réussite de mes élèves, de CHACUN de mes élèves, pas la notoriété d'un ministre ou d'un IEN ou d'un DASEN dont je sais pertinemment que dans deux ans ou trois ou quatre il ne sera plus là pour me conter lanlaire. Moi dans deux ans je serai en retraite, tant mieux, je vois plein de jeunes futures et futurs Directrices et Directeurs d'école qui piaffent pour me remplacer, avec enthousiasme, avec désir, avec la volonté de faire progresser leurs élèves. Est-ce être un monstre que vouloir que ceux qui me suivront puisse avoir les mains et l'esprit libres pour faire au mieux ?

 Alors d'accord, je suis un monstre.


samedi 13 octobre 2018

Bon, je peux rêver.

Ouf, ça y est, les élections des représentants des parents d'élèves sont bouclées. Que de temps perdu, que d'argent et d'énergie gaspillés, que de papier jeté à la poubelle... Tiens, cela me remet en mémoire la merveilleuse "enquête 19" que certains d'entre vous ont certainement connue, qui nous prenait un temps fou avant que le Ministère se décide enfin à mettre ça "en ligne".

Une maman élue hier me demandait pourquoi il n'était pas possible de voter par internet. Me posant la même question chaque année je n'ai pas vraiment su quoi lui répondre, sinon lui dire que l'Education nationale n'était pas connue pour sa réactivité. Pensez à vos bulletins de traitement qui n'apparaîtront au mieux sur ENSAP qu'en avril 2019 pour la plupart des académies !

Pourtant il serait relativement simple d'opérer ce changement, la liste des électeurs d'une école étant déjà incluse dans l'inénarrable "Onde" qui aura nécessité tant d'années pour sembler à peu près au point - mais qu'est-ce que c'est moche encore, presque du réalisme soviétique -. Un code à usage unique attribué à chaque votant, que je veux bien imprimer, tiens, et même distribuer. Et hop ! Je suis sûr que nous augmenterions le nombre des votants - qui reste moyen dans mon école -. Et puis, comme il s'agit d'un scrutin de liste, ce serait la fin des bulletins nuls raturés. Plus de bureau de vote - comment on fait pour conjuguer ça avec les consignes de sécurité et qu'on est en classe ? -. Plus de laborieux dépouillement ni de poubelles remplies de bulletins et d'enveloppes à peine imprimés. Le PV serait fait automatiquement, il n'y aurait plus besoin de le faire parvenir à qui que ce soit, juste à l'imprimer pour affichage. Pour le Directeur, une seule saisie en amont, celle des listes de candidats...

Bon, je peux rêver.



Mais dans la liste de ce qui serait nécessaire pour alléger nos tâches, celle-ci ne me parait pas la moindre, d'autant que ces élections ont lieu à une période de rentrée où nous avons autre chose à faire pour que nos écoles fonctionnent au mieux des besoins de nos élèves et de leurs enseignants. Et je ne ferai qu'évoquer ces étonnantes évaluations nationales qui bien entendu doivent être faites dans l'urgence au même moment avec une saisie aléatoire sur un service qui fonctionne quand il en a envie.

Si j'osais... PPMS ? DUER ?

L'éducation nationale, cela a toujours été Ubu Roi. Cela ne s'arrangera pas tant que les Directrices et Directeurs d'école ne seront pas chefs d'établissement et n'auront pas la haute main sur le fonctionnement de leur école, parce que nos élèves et les enseignants devraient passer en premier dans nos préoccupations. Manifestement ce n'est pas l'avis du Ministère qui persiste à tout vouloir nous balancer avec vigueur du haut de sa pyramide sans se poser de question : un fonctionnaire, c'est fait pour fonctionner, par pour réfléchir. Il est vraiment à se demander pourquoi faire de si longues études et avoir le statut de cadre A - sans en avoir la paye d'ailleurs -. Alors tant qu'à faire, plutôt qu'une vidéo de cyniques compliments de rentrée sur la qualité de mon travail...

lundi 8 octobre 2018

Syndicats et Directeurs...

Quel est le projet syndical pour les Directrices et Directeurs d'école ? Bien malin qui pourrait le dire pour certaines centrales...

On nous pose souvent la question, surtout en ces instants d'élections professionnelles imminentes et de propagande syndicale exacerbée, d'éventuelles consignes syndicales de la part du GDiD.

Nous refusons de le faire. Ce n'est pas notre rôle. Nous voudrions, nous, pouvoir travailler avec tout le monde. Alors nous n'avons pas à vous dire quoi faire. D'autant que ce sont plusieurs niveaux d'élections qui nous attendent, et il est possible de voter différemment selon son académie et pour le "national".

En revanche, nous pouvons vous apporter des pistes de réflexion. Voici un document qui vous donnera une idée de ce que chaque centrale préconise pour les Directrices et Directeurs d'école. J'ai fait ce document avec honnêteté, dans le sens où il est très difficile de savoir précisément les projets des centrales syndicales. Alors j'ai pioché sur le net pendant plusieurs heures, et n'ai fait que des "copier-coller" de ce qui était précisé quant au sort qui nous était réservé.

Ce qui apporte des surprises...

Bref, un document pdf à consulter avec attention avant les prochaines élections (en bas, "télécharger le fichier"). Bon courage !

vendredi 5 octobre 2018

Une consigne...

Attention !

Chers collègues Directrices et Directeurs d'école, vous êtes une cible de choix pour les syndicats en cette période d'élections professionnelles. Ne cédez pas aux peurs irrationnelles, ne vous laissez pas berner par ce qu'on vous expose comme une absolue certitude, à base de rapports divers ou d'articles de presse si mal informés qu'il s'approchent dangereusement de la ligne rouge du mensonge et de la manipulation.

Attention aussi aux clivages artificiels et partisans que certains veulent mettre entre nous. Ce qui nous réunit est plus fort que ce qui pourrait nous diviser. Pensez au vieil adage "Divide ut regnes" et demandez-vous à qui pourrait profiter cette partition.

Gardez la tête froide, raisonnez sainement, sachez que rien n'est dans aucun tuyau et que rien n'est écrit. Vous avez des convictions ? Tant mieux. Et bientôt vous voterez en fonction de ces convictions. Pensez à l'avenir, parce que ces élections vont influer fortement sur la transformation de l'école. Ne décidant rien mais responsables de tout, vous êtes les mieux placés pour comprendre que notre situation est intenable, que cette transformation est indispensable. Elle ne doit pas se faire sans nous ! 

Le GDiD, ce sont des Directrices et Directeurs d'école bénévoles, sur le terrain, qui n'agissent pas pour une idéologie mais pour changer les choses au mieux dans l'intérêt de l'école, celui des enseignants qui nous accompagnent, et surtout de nos élèves qui méritent mieux et toujours mieux. Ne l'oubliez pas, n'en doutez pas, et votez.

mercredi 3 octobre 2018

Poisson rouge...

Je possède une faculté merveilleuse qui je crois m'aide grandement à vivre, celle d'avoir une mémoire de poisson rouge. Je ne suis pas physionomiste - j'ai décidé jeune d'oublier, quand je faisais des remplacements, trop de visages... -, je ne retiens pas les noms ni beaucoup d'autres choses. En revanche je me rappelle très bien ce que je dois faire et quand sans avoir besoin d'agenda, ce qui me convainc qu'il s'agit d'un blocage volontaire lorsque j'oublie quelque chose.

C'est ainsi que j'oublie chaque année à quel point une rentrée peut être difficile. C'est confortable car je n'appréhende rien, mais je me retrouve fort surpris chaque mois de septembre par l'ampleur de la tâche qui attend un Directeur d'école. C'est comme une naissance, un parent oublie rapidement combien les premières semaines d'un nouveau-né sont difficiles, et heureusement car sinon l'humanité aurait depuis longtemps disparu tant personne ne voudrait en faire un deuxième !

Sauf que moi ça fait depuis 2001 ma énième rentrée comme Directeur d'école... L'accouchement me parait chaque fois plus difficile. A mes débuts dans ce métier à double-casquette je n'avais tant à faire, loin de là. Aujourd'hui c'est incroyable à quel point notre besogne est devenue complexe et éreintante. On nous a empilé sur les épaules une masse d'obligations et de corvées qui pour beaucoup sont inutiles - des élections de parents d'élèves avec une seule liste ! - ou qui parait-il ne souffrent aucun délai - c'est à faire pour l'avant-veille dernier délai -, ce qui me laisse perplexe. Quand un IEN en soif de pouvoir absolu n'y ajoute  pas quelques inventions de son cru, en général d'ailleurs avec une rage injonctive ahurissante, la bave et l'écume aux lèvres...

Et puis s'y superposent les "nouveautés". Je pense à une collègue Directrice qui par malheur pour elle aime le CP et y enseigne avec bonheur... Cette année elle se paye en plus du reste la joyeuseté d'évaluations dont l'intérêt nous laisse dubitatifs, que de plus elle n'a pas corrigées et dont elle doit se taper - dans tous les sens du terme - la saisie sur un programme en ligne surchargé qui fonctionne quand il en a envie. Notons que cette collègue n'a qu'une seule journée de "décharge" pourtant déjà fort bien remplie.

Pour ma part je coupe à cette nouvelle obligation avec ma petite école maternelle. Heureusement parce que moi j'ai charge de classe à plein temps. Non, je mens, j'ai eu avant-hier ma "décharge" mensuelle (je déteste ce mot que j'ai mis entre guillemets, j'y vois une connotation vaguement sexuelle et de toute manière ordurière qui m'indispose). J'ai comme de juste passé ma journée dans mon bureau à des tâches bizarres dont certaines ne me paraissent pas réellement dignes de mon niveau de responsabilité, comme d'imprimer des centaines d'enveloppes de toutes tailles pour ces satanées élections dignes d'une dictature fasciste avec leur liste unique dans mon école... J'en suis sorti avec un mal de tête épouvantable.


Chaque année me semble donc plus compliquée. Pourtant...

Pourtant je connais ce métier comme ma poche. Pourtant j'ai de l'entregent et de la bonne humeur. Pourtant j'ai une classe d'élèves gentils et travailleurs. Pourtant j'ai une IEN attentive et proche de ses Directrices et Directeurs. Pourtant je travaille avec une municipalité réactive et sympathique. Pourtant les enseignantes de l'école sont bosseuses et souriantes. Pourtant nos élèves semblent heureux, leurs compétences augmentent à vue d’œil, ils grandissent dans la sérénité et le bien-être. Pourtant notre projet d'école est enthousiasmant. Pourtant...

Alors pourquoi je trouve mon métier de Directeur chaque année plus lourd, moins intéressant, plus stressant, plus fatigant ? Je peux accuser mon âge, je ne recule pas à le faire régulièrement, ou ma santé qui défaille un peu plus à mesure que le temps passe. Mais il faut regarder les choses en face et admettre qu'être Directrice ou Directeur d'école aujourd'hui n'a plus rien à voir avec ce qu'il en a été, nos responsabilités et nos charges désormais dépassent le cadre de la direction d'école telle qu'elle fut construite et telle qu'elle est perçue et rémunérée. C'est bien ce que de nombreux syndicats refusent d'admettre, qui voudraient faire croire qu'on peut encore en cette première moitié du XXIème siècle faire fonctionner l'école comme en 1950 ou 1975. Nos responsabilités, nos charges, ne sont pas partageables ni divisibles, elles réclament des compétences particulières, du temps et de l'investissement. Nous sommes maintenant des cadres supérieurs, nous gérons et supervisons un nombreux personnel adulte et de vastes locaux abondamment fréquentés, nous organisons l'enseignement de qualité que méritent nos nombreux élèves... et en plus la plupart d'entre nous ont charge de classe ! Comment rémunère-t-on normalement un cadre supérieur ? Comment est-il considéré ? Se fiche-t-on à ce point de ses conditions de travail ?

Et plus simplement jusqu'à quand tiendrons-nous le coup ?
D'après l'agenda social du ministère notre métier se retrouvera en "réflexion" début 2019. Ce qui ne veut pas dire grand chose et n'engage pas plus. Au GDiD nous connaissons de longue date les circonvolutions de langage de notre administration. Et nous serons présents évidemment, car même si le ministère persiste à ignorer nos appels du pied et nos courriers nous savons que nous pourrons compter sur nos alliés syndicaux pour y participer, faudrait-il pour cela y contraindre et forcer l'institution. Nous sommes là depuis trop longtemps pour lâcher aussi facilement, et nous sommes encore et toujours les mieux placés pour expliquer ce qui nous convient et ce qui ne nous convient pas. Comptez sur nous.

Un dernier mot : le GDiD ne fonctionne qu'avec votre aide financière. Nous sommes bénévoles, nous n'avons pas de décharge syndicale et pour cause, les voyages à Paris coûtent cher... Adhérez, cela ne vous coûtera que 20 €, et vous serez certains d'être représentés comme Directrice ou Directeur d'école, et non comme "enseignant chargé de direction"... C'est ICI que ça se passe, et rendez-vous sur Facebook dans le groupe GDiD pour des discussions quotidiennes pleines de sens. A bientôt !

dimanche 30 septembre 2018

Lettre aux membres...

Bonjour à tous!

Le mois de septembre se termine et les écoles encore une fois ont pu accueillir les élèves dans des conditions… disons « acceptables ».

Mais à quel prix ?

Encore une fois les directrices et directeurs d’école ont donné de leur temps, de leur énergie, de leur conscience professionnelle - parfois excessive -, au risque de s’épuiser déjà dans ces premières semaines sans que cela n’alerte notre administration.

Des collectifs ont vu le jour l’année dernière… Certains ont rejoint le GDiD, d’autres se sont éteints : pas facile de durer avec toutes nos charges ! D’autres enfin continuent et nous sommes toujours disponibles pour les aider.

De nouveaux rapports sont tombés durant l’été. Celui de la mission flash de l’Assemblée Nationale, pour laquelle nous avions été auditionnés, demande clairement la création d’un statut pour les Directrices et Directeurs d’école, ainsi qu’une amélioration significative du régime de « décharge » par une réduction de la charge d’enseignement et la dissociation claire charge d’enseignement/charge de classe. Celui de l’OCDE une nouvelle fois éclaire les écarts de salaires et conditions de travail des Directrices et Directeurs d’écoles en Europe, et en France entre le premier et le second degré.

Alors oui, nous continuerons de nous mobiliser et nous ne baisserons pas les bras, nous interviendrons encore et encore auprès des députés, et les contacts pris l’année dernière seront réactivés.

Nous interpellons les syndicats en cette période d’élections professionnelles pour connaître leurs réelles positions quant aux Directrices et Directeurs d’école mais aussi quant à la structuration de l’école, qui elle aussi reste toujours sans statut aujourd’hui. Nous savons bien que tous vont nous « draguer » - cela a déjà commencé -, alors faisons une lecture comparative de leurs positions et de leurs projets, car les écarts sont significatifs !

Nous continuerons à interpeller le Ministre pour qu’il prenne en compte réellement la souffrance au travail des Directrices et Directeurs d’école, et pour que notre dossier ne soit plus traité comme un détail, en prétendant une « priorité au primaire ». Puisqu’une « réflexion » sur le sujet est prévue à l’agenda social pour 2019, nous serons résolument actifs et nous ferons entendre notre voix. Nous serons présents plus que jamais pour qu’enfin notre métier soit reconnu, pour qu’enfin les Directrices et Directeurs d’école de notre pays soient traités comme les vrais personnels de Direction qu’ils sont.

Pour cela il est important que notre association continue de progresser, pour cela il est important que nous soyons toujours plus nombreux. Alors en ce début d’année, et passé ce premier mois d’intensité maximale, je tenais à remercier tous les collègues qui ont déjà renouvelé leur adhésion, ceux qui viennent de nous rejoindre, et encourager ceux qui ne l’ont pas encore fait à le faire. Car nous ne pouvons fonctionner qu'avec vos participations et notre force est notre indépendance.

Nous invitons tous ceux qui sont en accord avec le GDiD à nous rejoindre cette année, qui plus que jamais comptera pour notre reconnaissance. Nous n’obtiendrons que ce que nous gagnerons ensemble.

Bonne année scolaire à toutes et tous.

Alain REI
Président du GDiD

samedi 7 juillet 2018

État d'âme... tadam !

Ce sont les vacances.... Bonnes vacances à tous.

Je suis épuisé. Les années se suivent, se ressemblent et ne se ressemblent pas, autant il y a deux ans j'avais vécu une année épouvantable autant malgré le nombre celle-ci a été bonne. Mais c'est moi qui ne suis plus. Mes 57 ans retombent cruellement sur mes épaules. J'ai toujours beaucoup de plaisir à accompagner mes élèves de moyenne ou grande section, j'en reçois beaucoup mais certainement pas plus que ce que je leur donne. Chaque effort aujourd'hui me coûte. La direction par-dessus le marché évidemment, même si notre petite équipe fonctionne bien, même si les familles sont dans leur très grande majorité des gens agréables et compréhensifs. Même si mon IEN est une personne responsable dont la confiance est inébranlable. Même si à mon âge, avec ma personnalité, mon ancienneté, ma réputation et mon entregent personne ne me cherche trop noise. Je n'ai plus l'âge, c'est tout, de lever un gosse qui me tend les bras pour un câlin, ou de supporter le bruit ahurissant d'une classe de maternelle.

Alors ce seront certainement d'excellentes vacances, bien sûr. Je n'appréhende pas la prochaine rentrée, j'en ai trop fait, ni mes prochains élèves qui déjà cette dernière semaine me faisaient quelques tentatives d'approche couronnées de succès parce que je reste malgré tout un amoureux de la petite enfance. Mais je n'ai pas l'énergie ni la force que j'avais il y a trente, vingt, dix ou seulement cinq ans. Si je vous dis que mon passage à la classe exceptionnelle - que mon IEN trop heureuse de m'en informer en milieu de CAPD a qualifié avec raison de "signe de reconnaissance" -, s'il satisfait mes calculs pour ma retraite, concrètement m'indiffère ? Les "signes de reconnaissance" flattent un ego que je n'ai plus, d'une part parce que sais ce que je vaux et ce que je fais, aussi parce que tous ceux qui m'entourent trouvent ça "normal". C'est un peu idiot, c'est très conscient également. Et c'est certainement une question d'âge... Vous verrez ! 

Bref, je ne m'excite plus. Je n'en ai plus les moyens, je n'en ai plus l'envie tant je reste concerné par l'envie que notre travail change. Je ne crois pas à la violence, sa stérilité comme ses effets à retardement l'invalident. Je crois au travail lent et concentré, je crois à l'investissement, à la répétition, à l'acharnement. Ce que j'écris là vaut tout autant pour ma propre vie que pour mon travail ou pour le GDiD, ou pour les mouvements et indignations ponctuels. Les soubresauts sont autant chargés d'illusion qu'ils portent leur propre fin. Oui, je pointe certaines initiatives récentes dont je parlerai plus longuement bientôt quand j'aurai recouvré une partie de mes moyens. Parce que curieusement, à chaque âge de ma vie, ni la fatigue ni les épreuves - j'ai eu et j'ai mon lot, que je vous épargne - ne m'ont fermé ma gueule. J'en suis heureux aujourd'hui, cela m'a servi et desservi, mais permis de conserver ma fierté et le minimum de conscience nécessaire à une juste appréciation des choses.

Si vous m'avez lu jusque là, vous êtes courageux. Je souhaite une bonne retraite à Patrick Salvi, je me doute qu'elle sera excellente. Patrick fut un membre éminent du GDiD, une clef du groupe, dont le travail fut primordial et qui ne sera pas oublié - par personne, qu'il le comprenne et qu'il s'en réjouisse ces prochaines années -. Il nous invitera un jour à Porto-Vecchio, nous boirons comme des cochons en oubliant griefs absurdes et egos vexés. Je souhaite à tous des vacances reposantes et j'exige qu'elles s'abstiennent de toute relation consciente ou inconsciente avec l'école, je vous donne rendez-vous dès... demain ? Après-demain? Dans quelques jours? Pour vous dire clairement ce que je pense de ce qui se passe et des velléités de tout un chacun. Je n'épargnerai rien ni personne, sur Face de bouc, sur le blog du GDiD pour la parole officielle et consensuelle quand j'ai le temps d'y écrire ou sur le Confort Intellectuel pour ceux qui auront envie d'en prendre plein la gueule.

Gros bisous à tous, vous le méritez certainement. Et ne vous méprenez pas, par essence je suis incapable de ne pas aimer, c'est au-dessus de mes forces.