mardi 8 septembre 2020

L'inconséquence d'un ministère...

Rentrée bizarre, rentrée apeurée, rentrée masquée, rentrée en quarantaine... C'est certainement la rentrée la plus étonnante que vous ayez préparée et vécue, avec son cortège de précautions, de difficultés, de craintes. Vous avez dû imaginer des fonctionnements, des déplacements, des accueils différents. En quelque sorte vous avez fait votre travail de Directrice ou Directeur, ce qui certes peut être valorisant quand vous vous dîtes "ça fonctionne !", mais aussi prend votre temps et votre énergie alors que rien n'a changé de vos tâches habituelles, quand elles n'ont pas empiré.

Qu'est-ce que je suis content d'avoir eu le nez de prendre ma retraite un an plus tôt que prévu ! Certes j'ai une décote mais je n'ai pas ce genre de chose à vivre, le confinement/déconfinement a largement suffi au petit Directeur que j'étais... Je veux vous assurer que je n'en suis pas encore suffisamment éloigné pour ne pas me mettre à votre place. Et je compatis à vos doutes, vos interrogations, votre frustration même si après à peine quelques jours vous vous êtes retrouvé avec une ou plusieurs classes en "quatorzaine".

J'en profite pour vous rappeler que le groupe Facebook du GDiD est fait pour vous soutenir et vous aider. Beaucoup de collègues connaissent les mêmes problèmes que vous, connaissent les mêmes difficultés, parfois les mêmes souffrances. Ne restez pas seule, ne restez pas seul, venez partager vos doutes et vos interrogations. Vous y trouverez beaucoup de réponses et certainement aussi pas mal de réconfort.

Mais pour l'instant je suis effaré de l'inconséquence de notre ministère. Nous avons tous constaté son absence entre mars et juillet, mais son inexistence en cette rentrée me fascine. Comment en deux mois de juillet et août n'a-t-il pas pu se poser les questions:

  1. de la durée de la quarantaine. Qu'elle soit aujourd'hui éventuellement réduite à une semaine n'est-il pas un peu tard ?
  2. de l'usage des masques selon le niveau. J'entends parler de masques en élémentaire, en CM voire plus tôt... N'est-ce pas un peu tard ?
  3. de la portée d'un enseignement masqué auprès d'élèves qui ont besoin de voir notre bouche, surtout en maternelle. Comment parler masqué ? Comment faire de la phonologie masqué ?
  4. du confort de l'enseignant qui porte un masque six heures. Est-ce vraiment supportable ?
  5. d'un éventuel travail à distance pour les élèves mis à l'écart. Des mesures et des instructions claires, est-ce trop demander ?
  6. du chômage partiel des parents d'enfants en quarantaine. Un "dispositif" est discrètement évoqué ces jours-ci, n'aurait-il pas été préférable de le mettre en place dès le 1er septembre ?

Il faut croire que les milliers de bureaucrates de ce ministère se fichent complètement de la réalité de la scolarisation. Ils en ignorent tout, ou alors ils tapent la belote. Cela n'en reste pas moins stupéfiant. Et ça laisse dans le caca 45000 Directrices et Directeurs d'école, 300000 enseignants, 35000 communes, et quelques millions de familles... et je ne parle pas du secondaire.

Pour moi cela augure mal des discussions qui s'engagent dès demain mercredi 9 septembre au ministère, et qui concernent notre métier. On les aura attendues, celles-là ! Mais le décès de Christine Renon, le projet de Loi de Mme Rilhac et notre investissement ces derniers mois auront poussé à la roue. Toutes les organisations syndicales seront présentes, le GDiD lui aussi sera représenté en la personne de son Président Alain Rei. Nous avons désormais de nombreux alliés dans la place, et nos adversaires héréditaires eux-mêmes doivent bien convenir que sans nous la machine ne tournerait pas du tout.

Il y aura quatre groupes de travail :

  1. décharges;
  2. délégation de compétences;
  3. rémunération/carrière;
  4. sécurité.

De statut point. De création d'établissements du primaire point. Pour mon militantisme forcené c'est évidemment décevant. Mais tout est bon à prendre tant la situation est catastrophique. Ce n'est certainement pas un hasard si cette année encore 4000 postes de Direction n'étaient pas pourvus. Qui veut encore exercer ce métier où on prend tout dans la gueule sans rien recevoir ?

M. Blanquer veut donc prendre la main et devancer le texte de Loi qui passera au Sénat en octobre. Comme je l'ai déjà expliqué, c'est de bonne guerre. Mais je crains que le soufflé retombe tout aussi vite qu'il est monté. Si certaines mesures d'envergure ne sont pas prises et appliquées immédiatement, je crains que les Directrices et Directeurs d'école de notre pays ne tiennent pas moralement et physiquement le coup. Je ne voudrais pas voir s'effondrer trop de collègues poussés à bout, ni surtout revoir un drame comme celui qui tous nous a bouleversé il y a deux ans maintenant.

Donc je vous demande de veiller prioritairement à votre santé. L'école, les enseignants, les enfants, très bien... Mais vous êtes important aussi, votre rôle est celui de pivot de notre système scolaire. Pensez à vous, pensez à votre famille, soyez attentifs à votre santé physique et intellectuelle. Si ça ne va pas mettez-vous en arrêt sans remord. Et ne prenez pas sur vous toute la misère des insuffisances de l'Etat.

Allez, nous au GDiD il va nous falloir bosser... On y va !


vendredi 4 septembre 2020

Bon repos M. Graeber...

L'anthropologue David Graeber est décédé à 59 ans (nous avions le même âge). Il était l'inventeur en 2013 du concept des "bullshit jobs" ou "métiers à la con". Graeber était un esprit brillant, un peu anarchiste, et qui détonnait dans l'establishment professoral américain.

Son idée a été largement critiquée. Pour Graeber le monde du travail contemporain est farci de contraintes inutiles :
« Pour y arriver, des emplois ont dû être créés qui sont, par définition, inutiles. Des troupes entières de gens, en Europe et en Amérique du Nord particulièrement, passent leur vie professionnelle à effectuer des tâches qu’ils savent sans réelle utilité. Les nuisances morales et spirituelles qui accompagnent cette situation sont profondes. »

Les "bullshit jobs" appartiennent au secteur des services: les fonctions dites de support et de service (ressources humaines, management, droit, qualité, finance, communication, conseil, etc.) et plus largement les emplois de bureau, de l’employé administratif au manager:
« Nous avons pu observer le gonflement, non seulement des industries de “service”, mais aussi du secteur administratif, jusqu’à la création de nouvelles industries comme les services financiers, le télémarketing, ou la croissance sans précédent de secteurs comme le droit des affaires, les administrations, ressources humaines ou encore relations publiques. »

Les critiques ont estimé que l’avalanche de normes, de procédures et autres formalités, indispensables au management de l’économie globalisée, rendait nécessaire l’inflation de cette bureaucratisation des tâches.

Ce que les critiques ont totalement oublié, c'est que ces normes et procédures ont été inventées de toutes pièces justement par ces "bullshit jobs" qui ainsi peuvent justifier leur propre existence. et bien entendu se croire utiles. Pour Graeber les détenteurs d’un "métier de merde" se reconnaissent à ce qu’ils ne se leurrent absolument pas sur la vacuité de leur travail; il leur est alors évidemment important de faire croire à leur importance en créant les conditions nécessaires à celle-ci. C'est un leurre, où le serpent se mord la queue.

Nous connaissons clairement le phénomène dans l'éducation nationale. Combien de personnes connaissons-nous dont le seul et unique labeur consiste à nous emmerder inutilement ? J'ai personnellement foutu à la porte de mon école il y a quelques années un de ces enquiquineurs incompétents dont la seule motivation consistait à faire ch[...] le monde. Je précise que c'était de notoriété publique, et que le type en question s'était débrouillé toute sa carrière pour ne pas mettre les pieds dans une classe.

Ces "métiers de merde" sont une plaie purulente dans le monde du travail contemporain, et surtout dans l'administration qui n'enquiquine pas que les agents publics mais également largement les entreprises comme les territoires. Pour ne parler que de l'éducation nationale la DGESCO est remplie de personnes de ce genre qui manipulent jusqu'au cabinet du Ministre et s'en targuent impunément. Dois-je exprimer le coût pour la société de cette engeance ?

Il est clair pour moi que le Ministre, qui se prend tout dans les dents, n'est pas responsable de la situation actuelle des Directrices et Directeurs d'école. Je suis persuadé qu'il souhaite lui-même que notre situation évolue positivement vers une responsabilité claire, accrue, reconnue et aidée. Mais que faire quand votre propre administration fait tout pour que perdurent des strates pyramidales innombrables de pseudo-responsables pourtant nuisibles ? Qui exprimera encore et encore sinon moi combien les écoles ont bien fonctionné durant le confinement/déconfinement que nous avons connu, alors que pour une fois et à notre grand soulagement ces gens restaient muets d'incompétence ?

Alors j'exprime à M. Graeber toute ma reconnaissance pour avoir exprimé tout haut ce que chacun pense tout bas. Que cet homme désormais en paix puisse reposer avec la satisfaction d'avoir dit ce qu'il fallait dire.





mercredi 2 septembre 2020

Y'a pas à discuter !

Je veux râler devant les questions que beaucoup se posent quant aux velléités de certains IEN de vous demander des choses qu'ils n'ont pas à vous demander. La circulaire du 25 août est très claire. Je cite :

" (...) L'enquête menée auprès des directeurs d'école a confirmé la nécessité de leur redonner de l'autonomie et de simplifier leurs tâches. C'est pourquoi, dès cette rentrée : les directeurs d'école ont, avec les équipes pédagogiques, la pleine responsabilité de la programmation et de la mise en œuvre des 108 heures dans le respect de la répartition réglementaire ; (...) "

Les trois mots "la pleine responsabilité" ne sont pas discutables, et la volonté du Ministre est bien de "simplifier les tâches" et de nous "redonner de l'autonomie". Personne n'a donc à valider quoi que ce soit. Les IEN qui vous réclament un quelconque document ou une répartition qu'ils devraient approuver n'ont pas à le faire, c'est un abus. Donc vous faites la sourde oreille, et en cas d'insistance lourde vous pouvez gentiment les renvoyer au BO. Il est temps que les Directrices et Directeurs marquent leur territoire, sinon le suicide de Christine Renon et l'investissement de tous lors du confinement/déconfinement n'auront servi à rien.

lundi 31 août 2020

Les vertus du silence...

Certains se sont étonnés de mon silence depuis quelques semaines.

Il y avait de bonnes raisons à cela. Déjà la fatigue et la lassitude, après ces mois de confinement, de travail à domicile avec la gestion des enfants de soignants, puis un déconfinement impromptu en deux étapes qui a mis nos nerfs à rude épreuve. Ensuite la gestion de mon départ définitif et la passation de pouvoir, puisque je suis en retraite au 1er septembre. Enfin, et ce fut le principal, la volonté de ne pas polluer notre travail de fond du GDiD avec des considérations abruptes, des excitations et des énervements certes compréhensibles, mais clairement contraires à ce qu'il s'agit de faire quand on veut arriver quelque part. Les réactions à chaud ne sont généralement pas constructives. Depuis vingt années nous nous contraignons au GDiD à un travail ingrat, déprimant, dont aucun d'entre nous ne tire quoi que ce soit sinon lassitude et fatigue. J'ai donc préféré, et ça m'arrangeait bien, laisser la sauce retomber.

Du coup j'ai pu me montrer agressif voire désagréable avec certains d'entre vous, par courriel ou sur le groupe Facebook. Je m'en excuse. J'étais comme vous, très proche du fossé et fatigué, si cela peut excuser les mots que je regrette aujourd'hui même si sur le fond je les maintiendrais. Mais il y a aussi la forme. Vous me voyez désolé.

Nous avons eu un dernier trimestre d'école et une fin d'année sur les chapeaux de roue. Ce qui je le suppose pouvait également excuser les propos et jugements péremptoires que j'ai eu à connaître, toutes ces envolées à l'emporte-pièce sur le projet de loi Rilhac. Aujourd'hui que nos vacances sont terminées il est bon de dépassionner le débat. Ceci nous épargnera aussi les hurlements factices et les indignations surjouées, comme les critiques douteuses voire franchement suspectes qui ne servent que nos ennemis syndicaux.

Concrètement Mme Rilhac ne nous doit rien. Son projet de Loi au contraire est le fruit d'une obstination qui, parce qu'elle est députée de la majorité, l'a amenée à tenter de passer en force malgré les réticences. Je lui suis reconnaissant de sa remarquable obstination. D'autres députés qui pourtant tiennent depuis de longues années le même discours n'ont pas osé le faire.

Il est vrai que concrètement le texte d'origine a été vidé de la plus grande partie de sa substance. Le statut d'emploi fonctionnel a disparu du texte - à la demande de Mme Rilhac, je vais y revenir - et c'en était évidemment à mes yeux le principal. J'y reviendrai parce que cette disparition est logique, le GDiD a compris depuis longtemps qu'un changement de statut du Directeur impliquait un changement de statut de l'école. Qu'avons-nous à la place ? Un "emploi de direction", dont la définition relèvera du domaine réglementaire ce qui signifie que rien ne change. En revanche Directrices et Directeurs d'école bénéficient d'une "délégation de compétences de l'autorité académique pour le bon fonctionnement de l'école". C'est un pouvoir à défaut d'un statut, et il faudra prochainement bien marquer notre territoire sur ce point. Valérie Bazin-Malgras, députée de l'Aube et co-signataire d'une étude récente avec Cécile Rilhac, regrette : "On ne saura pas aujourd'hui à quoi cet emploi ressemble." Elle a effectivement raison. Sauf que le cadre de notre travail est déjà défini depuis le référentiel-métier. Il nous reste donc à prendre totalement la main, ce qui fut le cas ces derniers mois quand le Ministère était muet et que chacun d'entre nous avons fait ce que nous devions faire. Quand notre ministre nous délègue aujourd'hui - c'est un début - la gestion effective des "108 heures", ce n'est pas de la blague, nous n'avons aucun compte à rendre à personne. Ne vous faites pas avoir par un IEN trop zélé ou un DASEN incompétent !

La "décharge totale" à partir de huit classes a disparu du texte aussi, et à la demande de Mme Rilhac elle-même aussi. Si on veut me faire croire que notre députée a abandonné également ce second point par peur ou pour je ne sais quelle autre raison obscure, j'aurais tendance à m'esclaffer. Non, il y a eu des tractations, des assurances claires reçues du ministre, et la volonté de lui laisser la main pour qu'il puisse bénéficier de ce qui sera décidé avant le vote de la Loi. C'est de bonne guerre, c'est de bonne diplomatie. D'autant que je ne pense pas M. Blanquer adversaire de nous refiler l'intégralité du paquet de la Direction d'école, surtout après l'épreuve du feu que nous venons de subir. Clairement si dans le primaire le système a fonctionné à plein et immédiatement c'est de notre fait. Nous le savons, il le sait, comme tout le pays s'en est rendu compte et nous en a su gré. Si les "décharges de Direction" font partie des mesures réglementaires ? Certainement. Les inscrire dans la Loi est une erreur si aucun statut spécifique n'est dévolu aux Directrices et Directeurs d'école, une Loi est immuable et la faire évoluer un parcours du combattant.

Aujourd'hui le texte de Loi et les mesures décidées par le Ministère vont avancer de pair. M. Blanquer va devancer certaines demandes faciles, et le texte le Loi va passer au Sénat en octobre. Le Sénat va y remettre des choses enlevées, qui seront rebutées lors du second passage à la Chambre... Rien de nouveau à attendre. Le Ministre va donner ce qu'il peut donner, mais pour cela attendre les discussions avec les partenaires sociaux qui débutent le 9 septembre si je ne me trompe pas. Oui, nous y serons, avec nos complices syndicaux, ceux qui nous accompagnent depuis longtemps : le SE, le SGEN, le SNE... Pourquoi attendre ? Ben parce qu'il faut bien donner à manger aux syndicats, ces braves bourriques...

Mais il ne faut pas se faire d'illusion. Il est certain que nos prérogatives vont évoluer, il est clair que nos conditions de travail vont changer - en indemnité par exemple -... de peu certainement mais le moindre est bon à prendre. En charge de classe ? Il y a aussi des chances. Peut-être également serons-nous accompagnés, si les communes acceptent de payer la facture. Pour autant il n'y aura pas de "statut" à la clef même si nos adversaires sont aujourd'hui bien incapables d’exprimer une raison valide à leur réticence obstinée : encore une fois cette crise du COVID aura servi notre objectif tant la réalité a une cruelle velléité de systématiquement revenir au galop.

Je suis conforté dans mes convictions : le statut ne changera pas si le statut de l'école ne change pas. Tant que ne seront pas créés des Etablissements du primaire, les Directrices et Directeurs d'école resteront tributaires d'un système injuste, quelque cautère on lui applique et les menus changements en marge. De la classe unique - vouée à disparaître - à l'école de trois classes, de l'école maternelle de campagne à la grosse école école de vingt classes ou pire, les conditions de travail resteront les mêmes, toujours aussi contraignantes, désespérantes, épuisantes, énergivores voire mortifères... et j'aimerais ne pas revivre le choc que fut le passage à l'acte de notre malheureuse collègue Christine il y a deux ans.

Je veux vous souhaiter une bonne rentrée. Nous sommes là, nous ne lâchons pas. Le GDiD travaille depuis trop longtemps peut-être, avec une infinie patience mais aussi beaucoup de présence et de volonté bénévole, pour abandonner sur le perron. Nous voulons bien essuyer nos pieds, voire mettre des patins pour entrer, mais nous continuerons aussi à pousser de nos épaules pour que la porte reste ouverte, et il y a déjà beaucoup de verrous qui ont sauté.

Portez vous bien, mettez vos masques, souriez car nous nous approchons du but ensemble. Moi-même je n'en profiterai pas mais combien je me réjouirai !


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mercredi 10 juin 2020

Au sujet du projet de loi de Mme Rilhac...

Alain Rei et Samuel Auxerre sont ce matin mercredi 10 juin en visio-conférence avec la Commission de l'éducation de l'Assemblée nationale, pour être entendus au nom du GDiD au sujet du projet de loi de Mme Rilhac concernant les Directrices et Directeurs d'école.

Voici la déclaration liminaire du GDiD, qu'a exprimée tout à l'heure Alain Rei :

Madame la députée Cécile Rilhac,
Mesdames Messieurs les députés.

Depuis plus de 20 ans, le GDiD se mobilise pour faire reconnaître le métier de directrice et directeur d’école.

Nous avons été reçus à de nombreuses reprises par la Commission Éducation et culture, nous avons été auditionnés au Sénat et nous avons travaillé avec les cabinets des différents ministres depuis les années 2000.

Depuis toutes ces années nous ne cessons de dire que le métier de Directrice ou Directeur d’école est bel et bien un métier à part entière qui nécessite des compétences spécifiques. C’est pourtant dans l’isolement d’un fossé entre le prescrit et le réel, que les directrices et directeurs d’école ont dû chercher à se construire cette capacité à gérer un établissement… qui n’en est pas un.

Toutes les crises servent de révélateur. Dans le 1er degré, celle-ci à mis en évidence et de façon éclatante le rôle central du directeur d’école. Ce qui était latent depuis devient une évidence: Il manque un échelon dans le Primaire, celui qui permet le pilotage local.

Ce niveau de responsabilité est pourtant bien identifié par les familles, les usagers de l’école, par les collectivités territoriales avec lesquelles nous travaillons régulièrement, et, de mieux en mieux par nos Inspecteurs de l’éducation nationale avec qui nous sommes en contact régulier, et même par nos collègues qui constatent combien ils pouvaient compter sur leurs Directrices ou Directeurs d’école.

Il ne reste que notre Institution qui tarde à trouver la bonne formule statutaire pour distinguer ce personnel spécifique. Les Directrices et Directeurs ne peuvent que s’installer dans le mal-être puisque responsables de tout à part entière mais ni vraiment personnels de direction car l’école n’est pas un établissement, ni vraiment supérieurs hiérarchiques car les enseignants sont sur le même grade … 

Cette situation sans équivalent dans les pays de l’OCDE et particulièrement inconfortable a entraîné ces dernières années de nombreux collègues à jeter l’éponge et quitter la profession… Ce projet de Loi parlementaire présenté par Madame la députée Cécile RILHAC est un pas essentiel vers une reconnaissance très attendue.

Le statut d’emploi fonctionnel est la forme juridique qui nous parait la plus consensuelle puisque qu’elle laisse le directeur dans le corps des PE , ce qui lui permet un retour vers l’enseignant sans direction tout en l’équipant de l’autorité fonctionnelle nécessaire.

Il introduit également la notion de temps d’enseignement dissocié de la responsabilité de classe. C’est un sujet sur lequel nous sommes très satisfaits car dans la plupart des écoles le directeur a encore une charge d’enseignement, et pouvoir le faire dans le cadre du projet d’école et non dans celui d’une classe permettra à la fois d’avoir des organisations d’équipes plus pertinentes et efficaces pour les élèves (fonctionnement du style plus de maîtres que de classes) mais permettra aussi au Directeur de réduire sa tension liée au suivi d’une classe.

La revalorisation de l’indemnitaire, également introduite dans ce texte, est aussi bien entendu une bonne chose. Enfin, la prise de conscience de la nécessaire formation importante que ce poste nécessite ne peut que nous satisfaire.

Le texte prévoit également la création de référents académiques dédiés à la direction d’école ; c’est une proposition que nous portons depuis longtemps et qui a été mise en place dans le département du Nord il y a déjà quelques années. Nous ne pouvons que nous féliciter de la voir entrer dans la loi. 

Vous aurez compris que notre association est impatiente d’écouter les débats que ce texte va susciter au sein de votre assemblée et nous espérons vivement que ce projet non seulement sera validé, mais aussi qu’il le sera avec, sinon l’unanimité, au moins une majorité écrasante dépassant les limites traditionnelles des courants politiques. Le sujet de l’école du premier degré est un sujet fort qu’il faut penser en transcendant les clivages traditionnels, et en ayant comme seul souci l’avenir à moyen et long terme de notre système éducatif.

Renforcer l’école du premier degré en regardant particulièrement les territoires sera sans doute l’étape suivante. Nous serons bien entendu toujours disponibles pour partager nos analyses et nos propositions en ce sens. Je vous remercie.


samedi 6 juin 2020

Ch'tite gâterie...

Les institutionnels qui jouent sur l'accueil des enfants à mi-temps pour certains, et pour d'autres à temps plein, ne réalisent pas ce que ça représente sur le plan pédagogique. Pour eux il suffit de claquer des doigts pour que ceux qui ne fréquentent qu'à temps partiel fassent le reste du travail "à la maison"...

Ben non, ça ne fonctionne pas comme ça. Dans toute cette crise la préparation de notre travail d'enseignant est passé par pertes et profits, par un yaka insupportable techniquement. Combien d'heures faut-il pour préparer sa classe ? Et oui, même en temps de crise le travail proposé doit être logique et adapté aux circonstances, ce qui représente une réflexion intense de la part d'un enseignant. De plus il fallait pouvoir le proposer "en ligne"... Si je veux bien croire que dans le secondaire c'est à peu près faisable - et encore, selon les matières...-, en élémentaire cela a représenté un gros boulot d'explication et d'énormes renoncements, et que dire de la maternelle ?

Aujourd'hui on m'y ajoute des groupes de travail qui se succèdent et - la cerise sur le gâteau - qui changent de semaine en semaine avec la valse-hésitation du ministère. J'ai des groupes d'enfants entre trois et six ans qui changent au gré du vent... Vous voulez rester logique avec ça ? Alors je me prends la tête pour ne laisser personne en arrière. La continuité pédagogique ? Non, je n'ai plus vraiment le temps. Le boulot pourrait se faire mais, qu'on m'en excuse, gérer comme Directeur ce que je gère en ce moment tout en préparant le travail de mes Grands et parallèlement le mettre sur le net, ben non désolé... J'ai déjà deux métiers que j'ai du mal à assumer en temps normal, en faire trois est insurmontable.

Entendre là-dessus la porte-parole du gouvernement sortir une fois de plus une ânerie monumentale m'insupporte. Le boulot, c'est moi qui le fais, et j'en bave comme ce n'est pas possible, j'y passe des heures et encore des heures, tout ça pour répondre à l'incompétence évidente d'une administration dépassée. Faites-la taire ! Qu'elle se la boucle une bonne fois pour toute, cette personne est incapable d'ouvrir la bouche sans dire une [...].

Je ne risque pas d'oublier l'année de ma retraite. J'aurai été gâté ! Que de cadeaux ! Mais s'il vous plait, arrêtez de m'en jeter.

mardi 2 juin 2020

Ben voilà ça craque... Témoignages.

Beaucoup de Directrices et Directeurs en arrêt maladie, en dépression, épuisés... Beaucoup de Directrices et Directeurs qui reçoivent des coups de fil désagréables, des courriels incendiaires...

Quelques mots aussi, il faut le dire, de parents dans la mouise mais compréhensifs.

Ce protocole sanitaire nous en fait voir de toutes les couleurs. Alors ça craque, les Directrices et les Directeurs craquent. Logique. Imparable.

Un témoignage, en réaction au billet qui précède celui-ci :

Chers collègues enseignants et directeurs,

Je suis directrice d'école maternelle depuis plus de 10 ans maintenant. Je souhaitais partager mon témoignage sur ces dernières semaines écoulées même si tout ne pourra être écrit tellement la "coupe est pleine". 

J'appréhendais cette reprise mais je me suis lentement décomposée à la lecture du premier jet du protocole sanitaire le samedi 2 mai au soir avant la reprise. A partir de ce moment-là, mes nuits ont été agitées et j'ai perdu l'appétit tellement la boule au ventre était ancrée en moi. Cependant, j'ai fait face malgré les injonctions changeantes de dernières minutes et le tout à faire dans l'urgence sans l'aide dont on avait réellement besoin. Comment par exemple savoir qui est prioritaire ou pas sans liste? Comment faire respecter des mesures de distanciation à des enfants de 3 ou 4 ans? Comment faire classe à des PS et MS sans jeux? Comment prévoir et organiser quand les retours des parents, eux-mêmes face à leurs incertitudes et angoisses, ne peuvent vous répondre? 

Réflexion faite, je ne suis pas sûre d'avoir fait face puisque cela fait 4 semaines que je pleure régulièrement seule dans mon coin tellement je suis épuisée psychologiquement et nerveusement. Effectivement, tout au long de ces semaines, je n'ai cessé de penser à autre chose que mon travail de directrice et d'enseignante du lundi matin au dimanche soir. Je me suis lentement enfoncée.

Malgré mes craintes, la première rentrée des élèves de grande section ne s'est pas si mal passée puisque l'effectif était réduit mais je savais que la suite allait nous réserver de mauvaises surprises.. et je me suis littéralement effondrée lorsque j'ai entendu l'intervention de notre Ministre jeudi 28 mai. Comment allais-je faire pour accueillir plus de jeunes enfants en maintenant ce protocole? Et c'est la panique qui m'a envahie et les larmes qui ne cessaient de couler n'allaient pas solutionner le problème. 

Alors, deux solutions s'offraient à moi : y laisser ma santé ou aller voir mon médecin. C'est mon médecin qui a vu que la souffrance au travail dont j'étais victime ne pouvait continuer. J'ai alors culpabilisé pour mes collègues, les parents d'élèves et mes élèves mais malgré toute cette culpabilité, j'ai accepté cet arrêt. 

Je souhaite par ce courrier alerter l’institution sur le mal-être des tous les directeurs d’école. 

Ayons tous également une pensée pour honorer la mémoire de Christine Renon et Bruno Delbecq dont je ne peux qu'imaginer la souffrance dont ils ont dû être victimes pour en arriver à ce geste d'autodestruction. Qu'ils reposent en paix.

Chers collègues, prenez-soin de vous.

Un autre :

Bravo Pascal pour cette lettre. Elle reflète parfaitement la situation et mon état d esprit.

Et que fait on du distanciel quand on est de retour avec des élèves et plus de décharge.... Double peine.

Et des collègues qui ne reviennent pas pour garder leurs enfants, puis, qui reviennent à mi-temps et s'arrêtent à nouveau . Et des parents qui vous harcèlent par mail jusqu à plus d'heure car ils doivent reprendre le travail impérativement et qui vous disent qu ils sont prioritaires car indispensables à la gestion de leur entreprise.

Je suis épuisée, dépitée, découragée. Aucune considération  de notre institution à part des gentilles phrases d'encouragement aucune reconnaissance de notre investissement personnel par les collègues qui pour certains sont immatures et toujours prompt à la critique. Et la rentrée s'annonce bien compliquée aussi.

Quelle triste fin de carrière pour toi et tous ceux qui partent à la retraite. Merci en tout cas pour ces lettres qui nous rendent moins seuls. 

Un autre encore :

Merci, merci mille fois pour cet édito qui nous permettra de répondre à des demandes légitimes que nous ne pouvons pas satisfaire la mort dans l’âme. 

Comme nous aimerions que notre ministre se taise une bonne fois  pour toutes!!

Pour moi la retraite est à quelques semaines mais comme je plains nos collègues qui devront faire face à la rentrée de septembre. Le mépris de nos dirigeants envers nous n’a d’égal que leur inconséquence. 

Avec toute ma sympathie, je vous renouvelle ma gratitude pour ce courrier explicite. 

Et puis :

Merci d'avoir si bien exprimé cette colère, cette frustration, et cette grande fatigue que nous ressentons.

Un dernier :

Merci pour ce courrier qui est tellement vrai. J’ai passé mon we de pentecôte à expliquer aux parents , la différence entre 100% des écoles et 100% des classes et élèves. Nous n’avions effectivement pas besoin de ça en plus…

Cyrille Largillier a tenu un journal de confinement, en deux parties, et j'attends - hélas - la suite avec crainte :



Pensez à vous...