mardi 2 juin 2020

Ben voilà ça craque... Témoignages.

Beaucoup de Directrices et Directeurs en arrêt maladie, en dépression, épuisés... Beaucoup de Directrices et Directeurs qui reçoivent des coups de fil désagréables, des courriels incendiaires...

Quelques mots aussi, il faut le dire, de parents dans la mouise mais compréhensifs.

Ce protocole sanitaire nous en fait voir de toutes les couleurs. Alors ça craque, les Directrices et les Directeurs craquent. Logique. Imparable.

Un témoignage, en réaction au billet qui précède celui-ci :

Chers collègues enseignants et directeurs,

Je suis directrice d'école maternelle depuis plus de 10 ans maintenant. Je souhaitais partager mon témoignage sur ces dernières semaines écoulées même si tout ne pourra être écrit tellement la "coupe est pleine". 

J'appréhendais cette reprise mais je me suis lentement décomposée à la lecture du premier jet du protocole sanitaire le samedi 2 mai au soir avant la reprise. A partir de ce moment-là, mes nuits ont été agitées et j'ai perdu l'appétit tellement la boule au ventre était ancrée en moi. Cependant, j'ai fait face malgré les injonctions changeantes de dernières minutes et le tout à faire dans l'urgence sans l'aide dont on avait réellement besoin. Comment par exemple savoir qui est prioritaire ou pas sans liste? Comment faire respecter des mesures de distanciation à des enfants de 3 ou 4 ans? Comment faire classe à des PS et MS sans jeux? Comment prévoir et organiser quand les retours des parents, eux-mêmes face à leurs incertitudes et angoisses, ne peuvent vous répondre? 

Réflexion faite, je ne suis pas sûre d'avoir fait face puisque cela fait 4 semaines que je pleure régulièrement seule dans mon coin tellement je suis épuisée psychologiquement et nerveusement. Effectivement, tout au long de ces semaines, je n'ai cessé de penser à autre chose que mon travail de directrice et d'enseignante du lundi matin au dimanche soir. Je me suis lentement enfoncée.

Malgré mes craintes, la première rentrée des élèves de grande section ne s'est pas si mal passée puisque l'effectif était réduit mais je savais que la suite allait nous réserver de mauvaises surprises.. et je me suis littéralement effondrée lorsque j'ai entendu l'intervention de notre Ministre jeudi 28 mai. Comment allais-je faire pour accueillir plus de jeunes enfants en maintenant ce protocole? Et c'est la panique qui m'a envahie et les larmes qui ne cessaient de couler n'allaient pas solutionner le problème. 

Alors, deux solutions s'offraient à moi : y laisser ma santé ou aller voir mon médecin. C'est mon médecin qui a vu que la souffrance au travail dont j'étais victime ne pouvait continuer. J'ai alors culpabilisé pour mes collègues, les parents d'élèves et mes élèves mais malgré toute cette culpabilité, j'ai accepté cet arrêt. 

Je souhaite par ce courrier alerter l’institution sur le mal-être des tous les directeurs d’école. 

Ayons tous également une pensée pour honorer la mémoire de Christine Renon et Bruno Delbecq dont je ne peux qu'imaginer la souffrance dont ils ont dû être victimes pour en arriver à ce geste d'autodestruction. Qu'ils reposent en paix.

Chers collègues, prenez-soin de vous.

Un autre :

Bravo Pascal pour cette lettre. Elle reflète parfaitement la situation et mon état d esprit.

Et que fait on du distanciel quand on est de retour avec des élèves et plus de décharge.... Double peine.

Et des collègues qui ne reviennent pas pour garder leurs enfants, puis, qui reviennent à mi-temps et s'arrêtent à nouveau . Et des parents qui vous harcèlent par mail jusqu à plus d'heure car ils doivent reprendre le travail impérativement et qui vous disent qu ils sont prioritaires car indispensables à la gestion de leur entreprise.

Je suis épuisée, dépitée, découragée. Aucune considération  de notre institution à part des gentilles phrases d'encouragement aucune reconnaissance de notre investissement personnel par les collègues qui pour certains sont immatures et toujours prompt à la critique. Et la rentrée s'annonce bien compliquée aussi.

Quelle triste fin de carrière pour toi et tous ceux qui partent à la retraite. Merci en tout cas pour ces lettres qui nous rendent moins seuls. 

Un autre encore :

Merci, merci mille fois pour cet édito qui nous permettra de répondre à des demandes légitimes que nous ne pouvons pas satisfaire la mort dans l’âme. 

Comme nous aimerions que notre ministre se taise une bonne fois  pour toutes!!

Pour moi la retraite est à quelques semaines mais comme je plains nos collègues qui devront faire face à la rentrée de septembre. Le mépris de nos dirigeants envers nous n’a d’égal que leur inconséquence. 

Avec toute ma sympathie, je vous renouvelle ma gratitude pour ce courrier explicite. 

Et puis :

Merci d'avoir si bien exprimé cette colère, cette frustration, et cette grande fatigue que nous ressentons.

Un dernier :

Merci pour ce courrier qui est tellement vrai. J’ai passé mon we de pentecôte à expliquer aux parents , la différence entre 100% des écoles et 100% des classes et élèves. Nous n’avions effectivement pas besoin de ça en plus…

Cyrille Largillier a tenu un journal de confinement, en deux parties, et j'attends - hélas - la suite avec crainte :



Pensez à vous...

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