mercredi 2 septembre 2020

Y'a pas à discuter !

Je veux râler devant les questions que beaucoup se posent quant aux velléités de certains IEN de vous demander des choses qu'ils n'ont pas à vous demander. La circulaire du 25 août est très claire. Je cite :

" (...) L'enquête menée auprès des directeurs d'école a confirmé la nécessité de leur redonner de l'autonomie et de simplifier leurs tâches. C'est pourquoi, dès cette rentrée : les directeurs d'école ont, avec les équipes pédagogiques, la pleine responsabilité de la programmation et de la mise en œuvre des 108 heures dans le respect de la répartition réglementaire ; (...) "

Les trois mots "la pleine responsabilité" ne sont pas discutables, et la volonté du Ministre est bien de "simplifier les tâches" et de nous "redonner de l'autonomie". Personne n'a donc à valider quoi que ce soit. Les IEN qui vous réclament un quelconque document ou une répartition qu'ils devraient approuver n'ont pas à le faire, c'est un abus. Donc vous faites la sourde oreille, et en cas d'insistance lourde vous pouvez gentiment les renvoyer au BO. Il est temps que les Directrices et Directeurs marquent leur territoire, sinon le suicide de Christine Renon et l'investissement de tous lors du confinement/déconfinement n'auront servi à rien.

lundi 31 août 2020

Les vertus du silence...

Certains se sont étonnés de mon silence depuis quelques semaines.

Il y avait de bonnes raisons à cela. Déjà la fatigue et la lassitude, après ces mois de confinement, de travail à domicile avec la gestion des enfants de soignants, puis un déconfinement impromptu en deux étapes qui a mis nos nerfs à rude épreuve. Ensuite la gestion de mon départ définitif et la passation de pouvoir, puisque je suis en retraite au 1er septembre. Enfin, et ce fut le principal, la volonté de ne pas polluer notre travail de fond du GDiD avec des considérations abruptes, des excitations et des énervements certes compréhensibles, mais clairement contraires à ce qu'il s'agit de faire quand on veut arriver quelque part. Les réactions à chaud ne sont généralement pas constructives. Depuis vingt années nous nous contraignons au GDiD à un travail ingrat, déprimant, dont aucun d'entre nous ne tire quoi que ce soit sinon lassitude et fatigue. J'ai donc préféré, et ça m'arrangeait bien, laisser la sauce retomber.

Du coup j'ai pu me montrer agressif voire désagréable avec certains d'entre vous, par courriel ou sur le groupe Facebook. Je m'en excuse. J'étais comme vous, très proche du fossé et fatigué, si cela peut excuser les mots que je regrette aujourd'hui même si sur le fond je les maintiendrais. Mais il y a aussi la forme. Vous me voyez désolé.

Nous avons eu un dernier trimestre d'école et une fin d'année sur les chapeaux de roue. Ce qui je le suppose pouvait également excuser les propos et jugements péremptoires que j'ai eu à connaître, toutes ces envolées à l'emporte-pièce sur le projet de loi Rilhac. Aujourd'hui que nos vacances sont terminées il est bon de dépassionner le débat. Ceci nous épargnera aussi les hurlements factices et les indignations surjouées, comme les critiques douteuses voire franchement suspectes qui ne servent que nos ennemis syndicaux.

Concrètement Mme Rilhac ne nous doit rien. Son projet de Loi au contraire est le fruit d'une obstination qui, parce qu'elle est députée de la majorité, l'a amenée à tenter de passer en force malgré les réticences. Je lui suis reconnaissant de sa remarquable obstination. D'autres députés qui pourtant tiennent depuis de longues années le même discours n'ont pas osé le faire.

Il est vrai que concrètement le texte d'origine a été vidé de la plus grande partie de sa substance. Le statut d'emploi fonctionnel a disparu du texte - à la demande de Mme Rilhac, je vais y revenir - et c'en était évidemment à mes yeux le principal. J'y reviendrai parce que cette disparition est logique, le GDiD a compris depuis longtemps qu'un changement de statut du Directeur impliquait un changement de statut de l'école. Qu'avons-nous à la place ? Un "emploi de direction", dont la définition relèvera du domaine réglementaire ce qui signifie que rien ne change. En revanche Directrices et Directeurs d'école bénéficient d'une "délégation de compétences de l'autorité académique pour le bon fonctionnement de l'école". C'est un pouvoir à défaut d'un statut, et il faudra prochainement bien marquer notre territoire sur ce point. Valérie Bazin-Malgras, députée de l'Aube et co-signataire d'une étude récente avec Cécile Rilhac, regrette : "On ne saura pas aujourd'hui à quoi cet emploi ressemble." Elle a effectivement raison. Sauf que le cadre de notre travail est déjà défini depuis le référentiel-métier. Il nous reste donc à prendre totalement la main, ce qui fut le cas ces derniers mois quand le Ministère était muet et que chacun d'entre nous avons fait ce que nous devions faire. Quand notre ministre nous délègue aujourd'hui - c'est un début - la gestion effective des "108 heures", ce n'est pas de la blague, nous n'avons aucun compte à rendre à personne. Ne vous faites pas avoir par un IEN trop zélé ou un DASEN incompétent !

La "décharge totale" à partir de huit classes a disparu du texte aussi, et à la demande de Mme Rilhac elle-même aussi. Si on veut me faire croire que notre députée a abandonné également ce second point par peur ou pour je ne sais quelle autre raison obscure, j'aurais tendance à m'esclaffer. Non, il y a eu des tractations, des assurances claires reçues du ministre, et la volonté de lui laisser la main pour qu'il puisse bénéficier de ce qui sera décidé avant le vote de la Loi. C'est de bonne guerre, c'est de bonne diplomatie. D'autant que je ne pense pas M. Blanquer adversaire de nous refiler l'intégralité du paquet de la Direction d'école, surtout après l'épreuve du feu que nous venons de subir. Clairement si dans le primaire le système a fonctionné à plein et immédiatement c'est de notre fait. Nous le savons, il le sait, comme tout le pays s'en est rendu compte et nous en a su gré. Si les "décharges de Direction" font partie des mesures réglementaires ? Certainement. Les inscrire dans la Loi est une erreur si aucun statut spécifique n'est dévolu aux Directrices et Directeurs d'école, une Loi est immuable et la faire évoluer un parcours du combattant.

Aujourd'hui le texte de Loi et les mesures décidées par le Ministère vont avancer de pair. M. Blanquer va devancer certaines demandes faciles, et le texte le Loi va passer au Sénat en octobre. Le Sénat va y remettre des choses enlevées, qui seront rebutées lors du second passage à la Chambre... Rien de nouveau à attendre. Le Ministre va donner ce qu'il peut donner, mais pour cela attendre les discussions avec les partenaires sociaux qui débutent le 9 septembre si je ne me trompe pas. Oui, nous y serons, avec nos complices syndicaux, ceux qui nous accompagnent depuis longtemps : le SE, le SGEN, le SNE... Pourquoi attendre ? Ben parce qu'il faut bien donner à manger aux syndicats, ces braves bourriques...

Mais il ne faut pas se faire d'illusion. Il est certain que nos prérogatives vont évoluer, il est clair que nos conditions de travail vont changer - en indemnité par exemple -... de peu certainement mais le moindre est bon à prendre. En charge de classe ? Il y a aussi des chances. Peut-être également serons-nous accompagnés, si les communes acceptent de payer la facture. Pour autant il n'y aura pas de "statut" à la clef même si nos adversaires sont aujourd'hui bien incapables d’exprimer une raison valide à leur réticence obstinée : encore une fois cette crise du COVID aura servi notre objectif tant la réalité a une cruelle velléité de systématiquement revenir au galop.

Je suis conforté dans mes convictions : le statut ne changera pas si le statut de l'école ne change pas. Tant que ne seront pas créés des Etablissements du primaire, les Directrices et Directeurs d'école resteront tributaires d'un système injuste, quelque cautère on lui applique et les menus changements en marge. De la classe unique - vouée à disparaître - à l'école de trois classes, de l'école maternelle de campagne à la grosse école école de vingt classes ou pire, les conditions de travail resteront les mêmes, toujours aussi contraignantes, désespérantes, épuisantes, énergivores voire mortifères... et j'aimerais ne pas revivre le choc que fut le passage à l'acte de notre malheureuse collègue Christine il y a deux ans.

Je veux vous souhaiter une bonne rentrée. Nous sommes là, nous ne lâchons pas. Le GDiD travaille depuis trop longtemps peut-être, avec une infinie patience mais aussi beaucoup de présence et de volonté bénévole, pour abandonner sur le perron. Nous voulons bien essuyer nos pieds, voire mettre des patins pour entrer, mais nous continuerons aussi à pousser de nos épaules pour que la porte reste ouverte, et il y a déjà beaucoup de verrous qui ont sauté.

Portez vous bien, mettez vos masques, souriez car nous nous approchons du but ensemble. Moi-même je n'en profiterai pas mais combien je me réjouirai !


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mercredi 10 juin 2020

Au sujet du projet de loi de Mme Rilhac...

Alain Rei et Samuel Auxerre sont ce matin mercredi 10 juin en visio-conférence avec la Commission de l'éducation de l'Assemblée nationale, pour être entendus au nom du GDiD au sujet du projet de loi de Mme Rilhac concernant les Directrices et Directeurs d'école.

Voici la déclaration liminaire du GDiD, qu'a exprimée tout à l'heure Alain Rei :

Madame la députée Cécile Rilhac,
Mesdames Messieurs les députés.

Depuis plus de 20 ans, le GDiD se mobilise pour faire reconnaître le métier de directrice et directeur d’école.

Nous avons été reçus à de nombreuses reprises par la Commission Éducation et culture, nous avons été auditionnés au Sénat et nous avons travaillé avec les cabinets des différents ministres depuis les années 2000.

Depuis toutes ces années nous ne cessons de dire que le métier de Directrice ou Directeur d’école est bel et bien un métier à part entière qui nécessite des compétences spécifiques. C’est pourtant dans l’isolement d’un fossé entre le prescrit et le réel, que les directrices et directeurs d’école ont dû chercher à se construire cette capacité à gérer un établissement… qui n’en est pas un.

Toutes les crises servent de révélateur. Dans le 1er degré, celle-ci à mis en évidence et de façon éclatante le rôle central du directeur d’école. Ce qui était latent depuis devient une évidence: Il manque un échelon dans le Primaire, celui qui permet le pilotage local.

Ce niveau de responsabilité est pourtant bien identifié par les familles, les usagers de l’école, par les collectivités territoriales avec lesquelles nous travaillons régulièrement, et, de mieux en mieux par nos Inspecteurs de l’éducation nationale avec qui nous sommes en contact régulier, et même par nos collègues qui constatent combien ils pouvaient compter sur leurs Directrices ou Directeurs d’école.

Il ne reste que notre Institution qui tarde à trouver la bonne formule statutaire pour distinguer ce personnel spécifique. Les Directrices et Directeurs ne peuvent que s’installer dans le mal-être puisque responsables de tout à part entière mais ni vraiment personnels de direction car l’école n’est pas un établissement, ni vraiment supérieurs hiérarchiques car les enseignants sont sur le même grade … 

Cette situation sans équivalent dans les pays de l’OCDE et particulièrement inconfortable a entraîné ces dernières années de nombreux collègues à jeter l’éponge et quitter la profession… Ce projet de Loi parlementaire présenté par Madame la députée Cécile RILHAC est un pas essentiel vers une reconnaissance très attendue.

Le statut d’emploi fonctionnel est la forme juridique qui nous parait la plus consensuelle puisque qu’elle laisse le directeur dans le corps des PE , ce qui lui permet un retour vers l’enseignant sans direction tout en l’équipant de l’autorité fonctionnelle nécessaire.

Il introduit également la notion de temps d’enseignement dissocié de la responsabilité de classe. C’est un sujet sur lequel nous sommes très satisfaits car dans la plupart des écoles le directeur a encore une charge d’enseignement, et pouvoir le faire dans le cadre du projet d’école et non dans celui d’une classe permettra à la fois d’avoir des organisations d’équipes plus pertinentes et efficaces pour les élèves (fonctionnement du style plus de maîtres que de classes) mais permettra aussi au Directeur de réduire sa tension liée au suivi d’une classe.

La revalorisation de l’indemnitaire, également introduite dans ce texte, est aussi bien entendu une bonne chose. Enfin, la prise de conscience de la nécessaire formation importante que ce poste nécessite ne peut que nous satisfaire.

Le texte prévoit également la création de référents académiques dédiés à la direction d’école ; c’est une proposition que nous portons depuis longtemps et qui a été mise en place dans le département du Nord il y a déjà quelques années. Nous ne pouvons que nous féliciter de la voir entrer dans la loi. 

Vous aurez compris que notre association est impatiente d’écouter les débats que ce texte va susciter au sein de votre assemblée et nous espérons vivement que ce projet non seulement sera validé, mais aussi qu’il le sera avec, sinon l’unanimité, au moins une majorité écrasante dépassant les limites traditionnelles des courants politiques. Le sujet de l’école du premier degré est un sujet fort qu’il faut penser en transcendant les clivages traditionnels, et en ayant comme seul souci l’avenir à moyen et long terme de notre système éducatif.

Renforcer l’école du premier degré en regardant particulièrement les territoires sera sans doute l’étape suivante. Nous serons bien entendu toujours disponibles pour partager nos analyses et nos propositions en ce sens. Je vous remercie.


samedi 6 juin 2020

Ch'tite gâterie...

Les institutionnels qui jouent sur l'accueil des enfants à mi-temps pour certains, et pour d'autres à temps plein, ne réalisent pas ce que ça représente sur le plan pédagogique. Pour eux il suffit de claquer des doigts pour que ceux qui ne fréquentent qu'à temps partiel fassent le reste du travail "à la maison"...

Ben non, ça ne fonctionne pas comme ça. Dans toute cette crise la préparation de notre travail d'enseignant est passé par pertes et profits, par un yaka insupportable techniquement. Combien d'heures faut-il pour préparer sa classe ? Et oui, même en temps de crise le travail proposé doit être logique et adapté aux circonstances, ce qui représente une réflexion intense de la part d'un enseignant. De plus il fallait pouvoir le proposer "en ligne"... Si je veux bien croire que dans le secondaire c'est à peu près faisable - et encore, selon les matières...-, en élémentaire cela a représenté un gros boulot d'explication et d'énormes renoncements, et que dire de la maternelle ?

Aujourd'hui on m'y ajoute des groupes de travail qui se succèdent et - la cerise sur le gâteau - qui changent de semaine en semaine avec la valse-hésitation du ministère. J'ai des groupes d'enfants entre trois et six ans qui changent au gré du vent... Vous voulez rester logique avec ça ? Alors je me prends la tête pour ne laisser personne en arrière. La continuité pédagogique ? Non, je n'ai plus vraiment le temps. Le boulot pourrait se faire mais, qu'on m'en excuse, gérer comme Directeur ce que je gère en ce moment tout en préparant le travail de mes Grands et parallèlement le mettre sur le net, ben non désolé... J'ai déjà deux métiers que j'ai du mal à assumer en temps normal, en faire trois est insurmontable.

Entendre là-dessus la porte-parole du gouvernement sortir une fois de plus une ânerie monumentale m'insupporte. Le boulot, c'est moi qui le fais, et j'en bave comme ce n'est pas possible, j'y passe des heures et encore des heures, tout ça pour répondre à l'incompétence évidente d'une administration dépassée. Faites-la taire ! Qu'elle se la boucle une bonne fois pour toute, cette personne est incapable d'ouvrir la bouche sans dire une [...].

Je ne risque pas d'oublier l'année de ma retraite. J'aurai été gâté ! Que de cadeaux ! Mais s'il vous plait, arrêtez de m'en jeter.

mardi 2 juin 2020

Ben voilà ça craque... Témoignages.

Beaucoup de Directrices et Directeurs en arrêt maladie, en dépression, épuisés... Beaucoup de Directrices et Directeurs qui reçoivent des coups de fil désagréables, des courriels incendiaires...

Quelques mots aussi, il faut le dire, de parents dans la mouise mais compréhensifs.

Ce protocole sanitaire nous en fait voir de toutes les couleurs. Alors ça craque, les Directrices et les Directeurs craquent. Logique. Imparable.

Un témoignage, en réaction au billet qui précède celui-ci :

Chers collègues enseignants et directeurs,

Je suis directrice d'école maternelle depuis plus de 10 ans maintenant. Je souhaitais partager mon témoignage sur ces dernières semaines écoulées même si tout ne pourra être écrit tellement la "coupe est pleine". 

J'appréhendais cette reprise mais je me suis lentement décomposée à la lecture du premier jet du protocole sanitaire le samedi 2 mai au soir avant la reprise. A partir de ce moment-là, mes nuits ont été agitées et j'ai perdu l'appétit tellement la boule au ventre était ancrée en moi. Cependant, j'ai fait face malgré les injonctions changeantes de dernières minutes et le tout à faire dans l'urgence sans l'aide dont on avait réellement besoin. Comment par exemple savoir qui est prioritaire ou pas sans liste? Comment faire respecter des mesures de distanciation à des enfants de 3 ou 4 ans? Comment faire classe à des PS et MS sans jeux? Comment prévoir et organiser quand les retours des parents, eux-mêmes face à leurs incertitudes et angoisses, ne peuvent vous répondre? 

Réflexion faite, je ne suis pas sûre d'avoir fait face puisque cela fait 4 semaines que je pleure régulièrement seule dans mon coin tellement je suis épuisée psychologiquement et nerveusement. Effectivement, tout au long de ces semaines, je n'ai cessé de penser à autre chose que mon travail de directrice et d'enseignante du lundi matin au dimanche soir. Je me suis lentement enfoncée.

Malgré mes craintes, la première rentrée des élèves de grande section ne s'est pas si mal passée puisque l'effectif était réduit mais je savais que la suite allait nous réserver de mauvaises surprises.. et je me suis littéralement effondrée lorsque j'ai entendu l'intervention de notre Ministre jeudi 28 mai. Comment allais-je faire pour accueillir plus de jeunes enfants en maintenant ce protocole? Et c'est la panique qui m'a envahie et les larmes qui ne cessaient de couler n'allaient pas solutionner le problème. 

Alors, deux solutions s'offraient à moi : y laisser ma santé ou aller voir mon médecin. C'est mon médecin qui a vu que la souffrance au travail dont j'étais victime ne pouvait continuer. J'ai alors culpabilisé pour mes collègues, les parents d'élèves et mes élèves mais malgré toute cette culpabilité, j'ai accepté cet arrêt. 

Je souhaite par ce courrier alerter l’institution sur le mal-être des tous les directeurs d’école. 

Ayons tous également une pensée pour honorer la mémoire de Christine Renon et Bruno Delbecq dont je ne peux qu'imaginer la souffrance dont ils ont dû être victimes pour en arriver à ce geste d'autodestruction. Qu'ils reposent en paix.

Chers collègues, prenez-soin de vous.

Un autre :

Bravo Pascal pour cette lettre. Elle reflète parfaitement la situation et mon état d esprit.

Et que fait on du distanciel quand on est de retour avec des élèves et plus de décharge.... Double peine.

Et des collègues qui ne reviennent pas pour garder leurs enfants, puis, qui reviennent à mi-temps et s'arrêtent à nouveau . Et des parents qui vous harcèlent par mail jusqu à plus d'heure car ils doivent reprendre le travail impérativement et qui vous disent qu ils sont prioritaires car indispensables à la gestion de leur entreprise.

Je suis épuisée, dépitée, découragée. Aucune considération  de notre institution à part des gentilles phrases d'encouragement aucune reconnaissance de notre investissement personnel par les collègues qui pour certains sont immatures et toujours prompt à la critique. Et la rentrée s'annonce bien compliquée aussi.

Quelle triste fin de carrière pour toi et tous ceux qui partent à la retraite. Merci en tout cas pour ces lettres qui nous rendent moins seuls. 

Un autre encore :

Merci, merci mille fois pour cet édito qui nous permettra de répondre à des demandes légitimes que nous ne pouvons pas satisfaire la mort dans l’âme. 

Comme nous aimerions que notre ministre se taise une bonne fois  pour toutes!!

Pour moi la retraite est à quelques semaines mais comme je plains nos collègues qui devront faire face à la rentrée de septembre. Le mépris de nos dirigeants envers nous n’a d’égal que leur inconséquence. 

Avec toute ma sympathie, je vous renouvelle ma gratitude pour ce courrier explicite. 

Et puis :

Merci d'avoir si bien exprimé cette colère, cette frustration, et cette grande fatigue que nous ressentons.

Un dernier :

Merci pour ce courrier qui est tellement vrai. J’ai passé mon we de pentecôte à expliquer aux parents , la différence entre 100% des écoles et 100% des classes et élèves. Nous n’avions effectivement pas besoin de ça en plus…

Cyrille Largillier a tenu un journal de confinement, en deux parties, et j'attends - hélas - la suite avec crainte :



Pensez à vous...

dimanche 31 mai 2020

Monsieur le Ministre...

Monsieur le Ministre,

lorsque nous avons fermé nos écoles le 13 mars dernier, le cœur déchiré, vous avez déclaré "Tout est prêt !" alors que dans le primaire rien ne l'était. Les écoles élémentaires et maternelles françaises se sont organisées dans la précipitation pour assurer du mieux qu'il était possible un semblant d'enseignement à distance. Ce fut un certain succès grâce au travail acharné, énergivore et chronophage, des centaines de milliers d'enseignants, Directrices et Directeurs d'école, pour lesquels il n'était pas question de laisser les élèves en déshérence. Mais cela fut fait sans réel soutien d'une institution devenue soudain quasiment muette si j'excepte quelques injonctions déconnectées des réalités, et heureusement rapidement dénoncées. Il fallut utiliser du matériel personnel de communication et informatique ainsi que des compétences individuelles que tous les enseignants n'avaient pas. Sans formation et sans outils, comment assurer pleinement et partout une mission nouvelle ? Sans oublier que ce moment a mis clairement à jour la "fracture numérique" de notre pays, son sous-équipement, comme la cruelle illustration de la fracture sociale qui en est souvent la cause : lorsqu'on a du mal à assurer le toit ou la nourriture de sa famille, l'équipement informatique n'est certainement pas une priorité.

Néanmoins, durant toute cette période compliquée, enseignants et Directeurs se sont totalement investis, y compris pour accueillir sans défaillance les enfants de certains personnels indispensables à la gestion de la crise, et trouver des solutions même imparfaites à de nombreuses questions individuelles.

Bien entendu Monsieur le Ministre nous savons que le gouvernement dont vous faites partie a fait certains choix dans l'intérêt de la Nation, nous ne les contestons nullement, d'une part ce n'est pas notre rôle et d'autre part l'afflux de cas graves dans les hôpitaux et services de réanimation peut laisser imaginer ce qu'il en aurait épouvantablement été sans ce confinement abrupt. Pour autant Monsieur le Ministre l'absence de plan d'urgence au niveau ministériel n'a pas manqué de nous surprendre, alors que nous-mêmes Directrices et Directeurs sommes depuis plusieurs années contraints localement d'en élaborer de fort complexes dans de nombreux domaines.

Lorsque nous avons commencé à "déconfiner" le 11 mai, les conditions de travail qui nous furent faites étaient extrêmement compliquées à mettre en place. Encore une fois Directrices et Directeurs se sont employés au mieux avec les municipalités pour l'organiser malgré l'incommensurable lourdeur du protocole sanitaire. Mais en dépit d'incontestables efforts et de beaucoup de travail, de nombreuses écoles n'ont pas pu ouvrir faute de personnel, de matériel, ou n'ont pu accueillir que peu d'enfants faute de place ou simplement de familles volontaires.

Nous attendions donc avec anxiété vos nouvelles instructions pour la reprise du 2 juin, en imaginant que peut-être les conditions d'accueil seraient allégées, ne serait-ce que pour le nombre d'enfants que nous pourrions recevoir. Les mesures gouvernementales prévues allaient dans le sens d'une "libération" attendue par toute une population fatiguée et pressée de retourner travailler. Nous savons pertinemment, Monsieur le Ministre, que les consignes sanitaires sont le fait de personnes compétentes dont les choix ne sauraient par nous être remis en cause. Nous savons que votre première responsabilité est de nous les transmettre, comme la nôtre de les appliquer. Mais lorsque le Premier Ministre vous a donné la parole nous avons entendu deux affirmations que comme professionnels nous savions difficiles à conjuguer, d'une part que le protocole sanitaire ne changeait pas, ensuite que 100% des écoles allaient ouvrir.

Vous ne nous aidez pas, Monsieur le Ministre. Nos parents d'élèves n'ont eux entendu que ce "100%". Vous avez fort bien précisé, mais le lendemain seulement lors d'un entretien radiophonique, qu'il ne s'agissait pas de 100% des élèves. Mais le mal était fait. Nos familles ont cru qu'elles allaient toutes pouvoir remettre leurs enfants à l'école. Leur expliquer ensuite que ce n'est pas le cas est extrêmement difficile, et je reçois de nombreux témoignages de collègues Directrices et Directeurs d'école qui comme moi reçoivent des coups de téléphone, des SMS ou des courriels désagréables, pour ne pas dire agressifs. Vous auriez dû rappeler d'emblée, Monsieur le Ministre, les conditions d'accueil, soit 15 élèves maximum en même temps en élémentaire, 10 en maternelle, et le fait que certaines professions sont prioritaires.

Je veux vous donner, Monsieur le Ministre, mon propre exemple. Très vieil enseignant, très vieux Directeur d'école à quelques semaines de ma retraite, je dirige dans une commune de 2000 habitants une école maternelle de trois classes ce qui signifie trois enseignants. Nous avons en temps normal 86 élèves - oui, en maternelle, les classes sont souvent chargées -. Mon épouse ayant une maladie auto-immune je reste à l'écart des élèves, nous n'avons donc que vingt places. Le hasard veut que j'aie dans mon périmètre scolaire de nombreux gendarmes, et proche d'un CHU aussi de nombreux personnels soignants, comme quelques enseignants. Toutes ces familles sont dites "prioritaires", et elles sont plus de trente ! C'est la quadrature du cercle, Monsieur le Ministre.

Heureusement, suite à un questionnaire précis, certaines de ces familles ont fait le choix de s'organiser différemment, comme accepter de n'envoyer leur enfant à l'école qu'à mi-temps quand elles le pouvaient. Sur les places disponibles cela m'en a libéré trois. Je peux donc accueillir six enfants 'non-prioritaires" à temps partiel, soit en fin de compte 23 élèves. En dépit de la grave maladie de mon épouse je pourrais prendre un groupe d'élèves, mais cela signifierait donc qu'il n'y aurait plus pour moi le danger de la contaminer, ce qui pourrait lui être fatal. Il faudrait alors m'expliquer le maintien en l'état du protocole sanitaire. De toute manière je ne pourrais accueillir qu'au mieux une vingtaine d'élèves à mi-temps en plus, soit en tout approximativement une quarantaine d'élèves sur 86... Cela fait beaucoup de pions à mettre dans très peu de cases. Et je ne suis pas convaincu qu'alors il serait possible pour la municipalité d'assumer comme aujourd'hui la restauration et les autres temps périscolaires étant donnée la lourdeur du protocole et les taux d'encadrement. Je pourrais même imaginer ne faire venir nos élèves qu'une partie du mois de juin pour les recevoir tous, mais cela impliquerait alors que les enfants des familles non-prioritaires ne viendraient avant les vacances que... quatre jours au mieux, deux jours au pire ? C'est absurde.

Voici un extrait d'un courriel très correct que j'ai reçu hier samedi d'un père d'élève (je préfère vous épargner les écrits largement moins aimables) :

" Je veux bien accepter de faire des efforts, comprendre que les règles sanitaires continuent d'être appliquées de manière stricte mais nous sommes un couple d'actifs qui ne peut plus télétravailler. 
D'une part, le salaire commence à s'en ressentir fortement et d'autre part, nos employeurs deviennent réticents, ce qui rend la situation extrêmement compliquée.
Jean-Michel Blanquer à affirmé, Jeudi 28 Mai, que toutes les familles qui le souhaitent doivent pouvoir scolariser leurs enfants au moins sur une partie de la semaine.  
Le fait de prévoir des critères de priorité pose plusieurs problèmes. "

Je sais Monsieur le Ministre que vous comptez sur le dispositif 2S2C qui dans son principe est fort louable au vu des circonstances. Mais la réalité est cruelle. Ma petite commune d'exercice, malgré l'importance qu'elle porte à ses écoles et les budgets qu'elle leur consacre, ne peut pas assumer cette organisation faute de locaux, faute de moyens, et surtout faute de personnel qualifié. Les pourtant nombreux personnels territoriaux pouvant encadrer des enfants sont mobilisés dans les écoles pour nous aider à assurer le respect du protocole sur le temps scolaire, ainsi que l'encadrement périscolaire, le centre aéré du mercredi, ou les nombreux et chronophages nettoyages et désinfections.

Alors non, Monsieur le Ministre, toutes les écoles ne pourront pas ouvrir au mois de juin, ou pas dans les conditions que vous vouliez exprimer, ou comme nous-mêmes le souhaiterions pour rendre à nos familles le service auquel elles aspirent justement.

Voici un autre mot d'une mère d'élève :

" Cette situation n'est pas du tout compréhensible. Bon courage Pascal, je ne vous en veux pas, vous faites un travail ingrat de sélection. C'est dur, très dur, quand on a commencé à réorganiser sa vie, et que brutalement, on nous explique qu'il va falloir se débrouiller autrement en un temps record. "

Comme tous mes collègues Directrices et Directeurs, Monsieur le Ministre, je suis profondément respectueux de notre institution, je veille à en appliquer les ordres et consignes, à respecter la lettre comme l'esprit d'une école que j'aime publique et laïque. Comme tous mes collègues Monsieur le Ministre je m'y dévoue corps et âme. Mais je veux vous reprocher de n'avoir pas été immédiatement très clair auprès des français, en leur exprimant précisément que l'école ne pourrait pas reprendre en juin dans des conditions normales. Bien sûr je peux comprendre qu'il n'est pas souhaitable de déprimer une population déjà fatiguée. Mais nous-mêmes, Monsieur le Ministre, Directeurs et Directeurs d'école profondément investis depuis bientôt trois mois dans des organisations locales très diverses et très compliquées, sommes tous extrêmement fatigués, et nous sommes nombreux au bord de la rupture à force de gérer quotidiennement nos écoles à coups de téléphone et de courriels jusque très tard en soirée ou en fin de semaine, lorsque les familles sont disponibles. Recevoir aujourd'hui des reproches - ou pire - parce que "le Ministre a dit que tous les élèves devaient pouvoir revenir à l'école au mois de juin" est difficile à supporter. Il n'est pas juste que nous ayons à subir les désagréments d'une information confuse tant les choses sont déjà si compliquées à organiser.

Cette crise, Monsieur le Ministre, aura au moins défini clairement aux yeux de tous qui sont celles et ceux qui permettent au système de fonctionner, soit les Directrices et Directeurs d'école qui sont sur le terrain, face à une pyramide institutionnelle fort peu loquace. J'espère Monsieur le Ministre que cet investissement fort ne sera pas oublié, que nos élus comme le gouvernement sauront rapidement s'en souvenir, et nous le montrer.

Je vous prie d'agréer, Monsieur le Ministre, l'expression de mes salutations respectueuses.

Pascal Oudot

dimanche 24 mai 2020

Le silence est d'or...

Nous vivons une période surprenante à plus d'un titre, riche d'enseignement et de prises de conscience.

Nous avons fermé nos écoles le 13 mars dans la stupéfaction. J'ai relu dans mon "cahier de classe" la dernière phrase dictée par mes élèves de Grande section ce vendredi soir là : "C'est le Président de la République qui l'a dit." Il nous alors fallu improviser dans la précipitation des organisations inédites : organiser l'accueil  des enfants de soignants, organiser la "continuité pédagogique"... ce qui signifiait un usage immodéré des moyens de communication modernes que l'Etat ne met pas à notre disposition : contacter les familles, rassurer, expliquer, assurer par des enseignants volontaires l'encadrement de quelques enfants dans des conditions sanitaires strictes... En somme, exercer notre métier de Directeur d'école. Qui mieux que nous aurait pu le faire ? Pour autant cela n'a certainement pas été facile. Nous avons tous passé des journées entières le smartphone à la main et les yeux rivés sur un écran.

Ce travail impromptu mais décisif a eu des effets inattendus. Soudain les français, d'habitude si prompts à nous traiter de feignants et de profiteurs, se sont rendus compte qu'enseigner ou diriger une école sont de vrais métiers qui réclament compétence et disponibilité. Contrairement aux discours qui se voulaient rassurants ce n'était pas "l'école à la maison" mais bien un pis-aller. Nos parents d'élève ont réalisé que faire apprendre ne s'improvise pas. Bien sûr de notre côté il y a eu des ratés, des erreurs, des exagérations, dans ces tâches qu'on nous réclamait soudain sans jamais nous y avoir préparés. Mais nous avons fait notre travail et nous pouvons nous en enorgueillir. Même notre institution, après quelques injonctions inopérantes voire franchement stupides et quelques beaux discours lénifiants, a fini par se taire lorsqu'elle a consenti à admettre que le travail se fait sur le terrain, et non dans les bureaux.

La France est tout à coup devenue fière de ses fonctionnaires, santé, enseignement, comme elle est devenue fière aussi de tous ceux qui ont persisté à faire tourner la machine, qui exercent les métiers de base dont on ne parle jamais: postiers, routiers, manutentionnaires, caissières, agriculteurs, éleveurs, ou les ouvriers qui malgré les difficultés ont continué à produire dans des petites entreprises ces produits qui nous sont indispensables. Y compris, hélas, les menuisiers qui fabriquent les cercueils...

Dans ce contexte les revendications du GDiD devaient s'effacer. Bien sûr nous les avons en tête, d'autant plus que la gestion de la crise nous donne raison. Mais comme les politiques nous devions respecter un silence décent. Il y a un temps pour tout, et parfois le silence est d'or.

Il ne faut pas mésestimer la prise de conscience institutionnelle de l'importance du rôle tenu par les Directrices et Directeurs d'école. Lorsqu'il a été question d'une reprise partielle le 11 mai dernier, ce n'est pas un hasard si le travail a été dévolu conjointement aux élus municipaux et aux Directeurs, à l'exclusion de toute autre personne. Quelques-uns que par décence je ne nommerai pas ont eu beau agiter le drapeau de la responsabilité des IEN, c'est bien NOUS qui avons dû prendre les décisions localement. Cela ne s'est pas fait sans heurts, parfois, avec les élus. Mais aussi souvent dans une vraie collégialité, du moins dans les petites communes car les barons politiques ont souvent tendance à vouloir imposer leur point de vue. A leur décharge, il faut comprendre que beaucoup y ont vu l'opportunité de consolider leur électorat avant un second tour éventuel, voire d'en profiter. C'est peut-être indécent, dans une certaine mesure, mais ce n'est pas absurde. Et on ne peut exclure une part de sincérité.

Alors il y a eu de l'excitation pour tous, et pour nous Directrices et Directeurs d'école beaucoup de stress, beaucoup d'anxiété, beaucoup de travail, - énormément de travail ! -. un travail épuisant pour faire appel aux familles volontaires, faire le tri des prioritaires ou nécessiteuses dans les niveaux concernés, pour faire le point sur les enseignants disponibles, pour expliquer à tous les choix, pour répondre aux familles frustrées ou apaiser les peurs, mettre en place un protocole sanitaire parfois inapplicable dans des écoles mal ou sous-équipées... quitte parfois à ne pas ouvrir l'école.

Chacun a pu réaliser que les deux fractures majeures de notre Nation ne sont pas un leurre. La fracture territoriale d'abord, avec des écoles en ruine et sans moyens d'un côté, d'autres richement bâties et équipées de l'autre. La fracture sociale ensuite, avec des familles pauvres pour lesquelles conserver son toit et manger à sa faim sont des questions autrement plus importantes que celle de s'équiper numériquement, et d'autres qui ont pu travailler à domicile sur un matériel récent et conserver emplois, salaires, tout en s'occupant activement de leurs enfants... Que dire ? La distanciation physique qui nous est aujourd'hui imposée est pour moi une triste illustration de la réalité de notre pays dont la devise est battue en brèche : notre Liberté est restreinte, notre égalité est illusion, notre Fraternité... je ne suis pas sûr.

Nous avons tous nos difficultés personnelles : de jeunes enfants que nous ne voulons ou pouvons pas scolariser pour diverses raisons qui pour moi sont toutes valables, maladie maligne, conjoint que nous ne voulons surtout pas contaminer... Que pouvait exprimer le GDiD depuis deux mois ? Se taire était une volonté politique, c'était aussi un besoin pratique. J'en suis membre parce que je veux porter une idée collective, mais je refuse catégoriquement d'en exclure les individus tant ce que porte et supporte chacun d'entre nous mérite toujours d'être entendu. Comme je considère qu'une classe n'est pas un tout mais une somme d'individualités qui TOUTES méritent d'être portées, accompagnées, aidées, je considère notre association comme une somme d'adultes responsables dont chaque besoin, chaque réticence, chaque peur, mérite d'être écoutée. Donc nous avons continué à travailler sur notre groupe Facebook tant bien que mal pour que l'entraide ne soit pas un vain mot, et il faut le dire tant bien que mal parce que le GDiD c'est en plus du reste. Nous ne sommes pas des entités abstraites, nous sommes des personnes avec des familles, notre travail, nos doutes et nos peurs aussi. Alors nous ne pouvions pas en rajouter. JE ! je ne pouvais pas en rajouter.

Cela ne signifie pas que nous n'avons rien fait. Le 26 février dernier, et nous avons à peine eu le temps d'en faire état, Pierre Lombard était encore au Sénat pour défendre notre projet, accueilli en même temps que Pierre Fotinos qui depuis longtemps dénonce notre absurde précarité institutionnelle. Et puis, peut-être est-il temps d'en parler, il existe dans notre pays de nombreux groupements locaux de Directrices et Directeurs qui défendent notre point de vue. Si quelques centrales syndicales nous sont alliées - et je ne mésestime pas leur influence -, le travail de quelques-uns en région mérite d'être salué. Notre emprise nationale a longtemps été notre faiblesse car nous sommes dispersés, alors le travail local est très important. Merci ! Dois-je ajouter que beaucoup de ces Directrices et Directeurs font partie du GDiD ? Ou sont sympathisants, mais ce serait sympa de participer à l'effort financier de l'association mais moi bon ce que j'écris alors ouais mais quand même ça coûte pas cher et puis... ça peut rapporter gros.

Parce que les efforts de chacun (je le réécris, le GDiD ce sont les efforts de chacun) ont fait que Mme Cécile Rilhac, Députée du Val-d'Oise, a de nouveau posé une proposition de Loi pour faire évoluer notre position dérisoire en statut fonctionnel. Mme Rilhac est une obstinée sur ce point, avec de plus une énergie que je salue bien bas : réunions multiples avec des Directrices et Directeurs dans de nombreuses régions, présence aux entretiens de la Commission... On dirait Alain Rei et Dominique Bruneau dans l'extraordinaire périple qu'ils ont fait en France ces dernières années ! Mme Rilhac fera comme M. Frédéric Reiss partie du panthéon du GDiD. Je plaisante, mais il y a des noms que je n'oublierai pas.

Je ne veux pas alourdir ce billet, alors je réserve mes commentaires pour un autre. Toujours est-il qu'il s'agit d'une vraie évolution, qui va dans le sens dans ce que réclame le GDiD depuis longtemps. Avec des réserves peut-être, mais Mme Rilhac a su écouter et se montre prête à toute évolution du projet.

Et puis... un choc. Comme si nous en avions besoin. Un collègue se donne la mort dans son école. Nous savons tous que ce n'est pas un hasard quand on choisit ce lieu-là pour un geste fatal. Je suis très concerné, comme moi il approchait de la retraite. Qu'est-ce qu'il n'a pas supporté ? Un reproche ? Une remarque stupide ? De quitter son travail ? Je ne pense rien, je constate, et comme il semblerait qu'il n'ait pas donné d'explication, contrairement à Christine Renon... J'ai pensé l'année dernière à mettre fin à mes jours lors du "burn-out" que je vous ai certainement relaté. C'est stupide mais passer par-dessus la rambarde de mon balcon du 5ème étage paraissait si facile... Je l'ai juste envisagé.

Eh ! Oh ! Je ne voulais pas vous plomber votre dimanche ! Mais simplement que vous sachiez que d'une part vous n'êtes pas seule ou seul avec vos doutes et votre questionnement, votre fatigue, mais aussi que le GDiD aussi est encore là, bien vivant.