samedi 19 octobre 2019

50 questions... pourrions-nous négliger une main tendue ?

M. le Ministre de l'Education nationale a informé il y a quelques jours les syndicats que le ministère enverrait après les vacances de la Toussaint aux Directrices et Directeurs d'école un document comprenant cinquante questions.

Je crois qu'il ne faut pas se tromper quant à l'objectif de cette campagne de questionnement. Pour la première fois le ministère veut interroger directement les premiers intéressés, et non les "équipes" ou les "écoles" ou les centrales syndicales dont les positions sont parfaitement connues. En 2006 le GDiD avait commandé à l'IFOP un sondage auprès des Directeurs d'école, auquel plus de 10000 avaient répondu.


A l'époque l'IFOP elle-même reconnaissait le caractère exceptionnel du nombre de réponses.


A l'époque 73% des interrogés se prononçaient en faveur d'une reconnaissance claire du métier...


... et 93 % en faveur d'un statut spécifique !


En demandant aujourd'hui directement leur avis aux Directrices et Directeurs d'école, on peut montrer aux syndicats réfractaires que les agents de terrain que nous sommes, en charge d'un métier très particulier, ne voulons plus de ce statu quo hérité du XIXème siècle. L'école a changé, il lui faut un statut juridique clair qui lui apporte les moyens de son action auprès des élèves. Un nouveau statut de l'école apportera nécessairement un nouveau statut pour les Directrices et Directeurs d'école qui seront en charge de ces nouvelles école. Au GDiD nous souhaitons un statut fonctionnel (dont attaché à la direction d'une école), statut réservé aux enseignants du primaire, et qui nous permettrait de revenir à une mission d'enseignement qui en elle-même est aujourd'hui déjà compliquée. La question hiérarchique ? Billevesée ! Nous connaissons déjà très bien notre rôle de régulateur dans nos écoles, quand nous devons soutenir des enseignants en difficulté ou en contrer un dysfonctionnel. Depuis quelques années la fameuse "note" n'existe plus, les entretiens sont menés par nos IEN qui de toute manière nous demandent déjà notre avis. Cet épouvantail hiérarchique est une vue de l'esprit parfaitement absurde.

Mais nous devons rester réalistes : les moyens que nous réclamons - personnel de secrétariat, entre autres - sont spécifiquement attachés à une direction d'établissement, et personne ne pourra budgétairement transformer en établissements 45000 écoles dont 80% ont moins de quatre classes. Il y aura donc des sacrifices à faire, certains devront quitter leur poste, des regroupements d'écoles devront être faits qui devront être territorialement logiques (les deux écoles d'une petite commune, par exemple), ce qui implique qu'il y aura de petits établissements du primaire, et des gros, comme il y a aujourd'hui des petits collèges et des gros. Sauf que leur moyens aujourd'hui ne sont pas les nôtres. Je ne connais pas de Directrice ou Directeur d'école chargé de plus de dix classes qui refuserait de devenir chef d'établissement, et ce ne sont pas les collègues avec aujourd'hui quinze, vingt ou vingt-cinq classes qui me diront le contraire...

Qui en décidera ? Les territoires, en accord avec le ministère. Qui paiera ? Ce sera certainement un partage entre l'Education nationale et les communes, comme aujourd'hui, mais qui dit "établissement" suppose "budget", et les négociations avec les territoires quant à la répartition des charges seront certainement ardues. Comme seront ardues aussi celles quant à l'emplacement de ces établissements du primaire.

Je vois donc, dans ce questionnaire destiné aux Directrices et Directeurs d'école, une opportunité unique à ne surtout pas négliger. On nous tend la main, nous devons absolument la saisir pour arrêter de souffrir. Le surmenage, les "burn-out", les démissions, ça suffit ! Nous devons absolument contrecarrer les déclarations ineptes des syndicats qui réclament que rien ne change ou exaltent la "direction collégiale" au mépris des simples réalités. Deux choses sont en jeu : la réussite de nos élèves, et notre santé. Nous pouvons décider de l'avenir de l'école, faisons-le.

Ce qu'il adviendra des résultats de ce questionnaire, je l'ignore. Le Ministre a annoncé qu'ils seraient publics, une raison de plus pour se mobiliser. Quant à la suite... Mais nous pourrions-nous négliger une main tendue ?



Aucun commentaire:

Enregistrer un commentaire