jeudi 1 novembre 2018

Dans le sens du vent...

Il y a vingt ans le GDiD a lancé depuis Marseille une alerte météo. Cet épisode méditerranéen, de légère brise, s'est transformé en tempête.

Nous disons depuis vingt ans que les Directrices et Directeurs d'école ne peuvent plus travailler dans la sérénité et qu'ils n'ont pas les moyens de leur métier. Nous disons depuis vingt ans qu'un statut leur est indispensable pour leur permettre d'accomplir tout ce qui est nécessaire à la réussite de leurs élèves. Nous disons depuis vingt ans qu'on ne pourra pas se passer de transformer l'école et que cette transformation passe d'abord et avant tout par la Direction d'école.

De nombreuses digues ont été érigées pour éviter cette transformation de l'école : par les différents ministères qui se sont succédé depuis vint ans; par un certain nombre de syndicats pour lesquels l'école doit rester tel qu'elle était il y a cinquante ou cent ans, et en cela ils rejoignent la ferveur populiste du "c'était mieux avant", nostalgique de la férule ou d'un uniforme qui n'a jamais été porté, quitte à faire ami-ami avec l'extrême-droite ou l'extrême-gauche. Ces syndicats sont en train d'en crever, et c'est tant mieux.

Les digues cèdent une à une, parce que le vent est trop fort aujourd'hui et que les flots ne vont pas tarder à submerger les certitudes.

Tout aujourd'hui va dans le sens du vent. Il faut dire que le GDiD n'a pas cessé depuis vingt ans d'alerter qu'une tempête se levait. Après de multiples interpellations à la Chambre ou au Sénat, certaines anciennes comme celles de Frédéric Reiss qui lui aussi est un lanceur d'alerte, après de multiples rapports et autres constats certains internationaux, après avoir été rejoints par quelques syndicats attentifs et responsables, nous avons depuis quelques mois reçu beaucoup de signaux positifs quant à la prise de conscience du phénomène, mais aussi quelques idées de solution dont nombreuses sont celles qui rejoignent les propositions du GDiD.


C'est un soulagement, en un sens. Savoir qu'on n'est pas seul à agiter un drapeau d'alerte est rassurant. Mais que d'efforts incessants depuis toutes ces années... Vous voudriez croire que le GDiD n'est pour rien dans cette ambiance "porteuse" - j'utilise exprès un terme professionnel - ? Alors vous vous trompez lourdement. Au cours des années depuis vingt ans nombreux sont celles et ceux qui ont lâché, qui ont hélas abandonné dégoûtés ce merveilleux métier, qui ont pris leur retraite avec soulagement, qui sont partis sous d'autres cieux pour des divergences de forme mais continuent à se bagarrer de leur côté. Nombreux aussi sont celles et ceux qui sont restés, qui s'accrochent et qui y croient malgré les vicissitudes et l'investissement que cela leur réclame : elles et ils interpellent leurs élus, parlent, expliquent, commentent, contactent les médias... Ce sont autant d'efforts personnels qui font la richesse du GDiD qui reste une association d'individualités convaincues qui aiment le métier de Directeur d'école, en comprennent l'importance pour la réussite des élèves, et continueront à tout faire pour avoir les moyens techniques de leur travail. Merci. Merci à tous, quelles que soient vos opinions, votre éventuelle syndicalisation, quelles que soient nos engueulades et nos fâcheries temporaires : une association comme la nôtre, sans aide, sans support, avec quelques alliés mais pour autant sans plus de moyens, n'est riche que de nos efforts individuels. Oui, je suis le premier à pouvoir l'écrire, j'en ai la légitimité comme petit dirlo de trois classes, c'est du boulot "en plus", ce sont des efforts et de la fatigue supplémentaires. Mais j'aime trop mon travail pour laisser ceux qui vont arriver - parce que je suis très proche de la retraite - dans la merde noire que nous connaissons. Ce n'est pas de l'abnégation pour moi. C'est simplement que je continue dans un élan que je pense juste et nécessaire. Ce n'est par pour moi que je persiste. Je pense simplement, c'est aussi bête que ça, aux enfants qui entrent à l'école maternelle que je chéris, et je veux que leur soient offerts tout les moyens de leur réussite scolaire.

Je mets mon petit-fils dans le lot. Privilège de l'âge, j'ai la chance de viser aujourd'hui à moyen terme.

Mais bon sang qu'est-ce qui va donc tant dans le sens du vent ? Ces derniers mois ont eu lieu plusieurs interpellations du ministre à l' Assemblée et au Sénat. Nous avons eu l'excellente "mission-flash" des députées Rilhac et Bazin-Malgras dont j'ai très longuement parlé dans mon précédent billet. Et puis voilà que débarque un avant-goût du nouveau rapport de Georges Fotinos sur le "moral des personnels de Direction" qui après quatre années va nous livrer le 6 novembre prochain sa nouvelle mouture. Si je ne m'abuse ce travail existe depuis 2008. Un extrait de l'entretien :

"... Notre étude révèle que 23,4 % des 7 404 directeurs d'école interrogés sont potentiellement en état de burn-out clinique. On leur demande de plus en plus l'impossible, et ils ont le sentiment de ne plus pouvoir accomplir leur mission. "On n'oserait jamais demander à un pilote d'être aussi aiguilleur du ciel, hôtesse de l'air, agent d'entretien, vendeur de billets et responsable de la météo", nous ont confié certains durant l'enquête. Il y a urgence à agir. Il faut imaginer une nouvelle gouvernance de l'école primaire, dont les principes n'ont quasiment pas changé depuis... 1908. C'est à ce prix que l'on pourra sortir de cette spirale "mortifère". ..."

Deuxième nouvelle ce matin, celle dont nous gratifie Mme Bazin-Malgras - oui, encore elle, rappelez-vous sa mission-flash dont les conclusions sont parues cet été -, qui veut simplifier nos élections des représentants des parents d'élèves. Wouaaah ! J'ai trop braillé après cette idiotie d'opérer des dépenses somptuaires dans une école, et de perdre un temps qui nous est si précieux quand on n'a qu'une seule liste de candidats, pour ne pas applaudir des quatre mains - juste une citation littéraire, un gros bisous à celui qui trouve -. Un extrait :

"... La 2ème, suite à ma mission sur les directeurs d’école, vise à simplifier les modalités d’élection des représentants des parents d’élèves dans les écoles. En effet, si une seule liste est candidate, je propose d’exempter l’établissement et son directeur, surchargé par d’autres tâches administratives, d’organiser cette élection et tenir un scrutin. ..."

Voilà donc ce jeudi matin deux fleurs supplémentaires dans notre jardin, portées par un vent du sud. Plutôt que les piétiner je préfère les ajouter à un bouquet qui quasi quotidiennement devient de plus en plus gros et impressionnant. Certaines couleurs en sont encore un peu fades, mais je ne doute qu'avec les efforts du GDiD et de ses membres il sera sous peu lumineux et éclatant.

Un ultime point : parce que l’association GDiD n’est dotée d’aucune décharge fournie par le ministère, parce qu’elle ne touche aucune subvention, le seul financement permettant de continuer à défendre les Directrices et Directeurs d’école, c’est la cotisation de nos membres. Vous voulez que notre métier soit reconnu ? Unissons-nous pour nous aider nous-mêmes ! Adhérez :



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