mercredi 22 mai 2019

Entre les pesticides et le varroa...

Le texte de loi de M. Blanquer est entré au Sénat, il a été découpé tronçonné charcuté, pour ressortir du Sénat finalement quasiment intact : c'est mieux que Frankenstein ! Sauf évidemment la seule mesure qui - quelque part au niveau du vécu - tenait compte du problème de la gouvernance des écoles. Même si elle n'était pas ce que nous voulions elle pouvait être l'amorce de quelque chose. Ben non, boum !

En échange nous avons obtenu du Sénat l'insigne privilège d'évaluer nos adjoints. Une tâche supplémentaire donc, dont nous devons bien exprimer que nous n'en avons rien à cirer. Qu'est-ce qu'ils veulent que je foute de cette mesure de merde alors que j'ai trente gosses de cinq ans dans les pattes six heures par jour et quatre jours par semaine ? Quand je vois les Sénateurs s'en réjouir, je me dis qu'il y a quand même un souci dans le niveau de conscience de certains de nos élus.

Dire que je suis déçu ce serait aimable. Or je n'ai aucune envie d'être aimable. Faire tout ce cirque pour nous proposer en fin de compte un soufflé aplati et cramé, c'est indigne de la souffrance des Directeurs d'école. Dont je ne ferai plus partie l'an prochain avec un peu de chance, tant je suis dégoûté.

Ah oui, nous avons aussi l'interdiction d'accepter les femmes voilées pour accompagner nos élèves en sortie scolaire. Un bonjour fraternel aux collègues de secteurs où la religion musulmane est prédominante et qui éveillent l'esprit de leurs ouailles en allant au musée ou ailleurs. Je pense à ma mère, qui portait toujours un foulard sur la tête quand elle sortait pour protéger sa mise en pli... Heureusement cette connerie va disparaître rapidement avec la réunion de la Commission Mixte Paritaire qui se tiendra en juin avant le retour du texte à l'Assemblée. Ecrire ici que le texte de M. Blanquer déjà fort discutable - par ses lacunes et ses approximations - a été "droitisé" à outrance et de manière stupide ne sera je pense discuté par personne. Même pas par le Ministre. Donc je l'écris. Le pire pour moi, c'est que je ne me pense pas "de gauche". Mais même pour ce qui me concerne il y a des limites à ma propre bêtise...

Maintenant j'attends : la réunion de la CMP d'abord, puis le passage à la Chambre. Pour voir quand même, avant de quitter ma fonction, ce qui va sortir de ce western. Pas grand chose, j'en ai bien peur. Et le fameux "agenda social" ne me rassure pas plus quant à la compréhension par nos représentants ou le gouvernement de l'état réel de l'école primaire. M. Blanquer peut faire toutes les rodomontades qu'il veut pour nous faire croire qu'il gère divinement son ministère, je m'excuse profondément d'exprimer que la fameuse "priorité au primaire" est une foutaise. Ne pas seulement avancer d'un iota quant à la question de la gouvernance des écoles après toutes ces années de rapports, de recherches, d'exemples étrangers, c'est une excellente illustration de la déliquescence de la classe politique française. R.I.P.

Ma petite école maternelle donne sur les champs. C'est une chance, je le sais. A cent mètres j'ai un superbe rucher communal (neuf ruches, ça bourdonne sec !) qu'avec mes élèves nous sommes allés voir la semaine dernière. Ben aujourd'hui je me sens comme une pauvre abeille coincée entre les pesticides et le varroa : "Ôôôoo le beau champ, ôôôooo les belles fleurs et meeerde c'est bourré de glyphosate bon je retourne à la ruche les pattes vides ah mais non y'a cette saloperie d'acarien qui m'attend bon je n'ai plus qu'à me suicider..."

J'attends les résultats du mouvement. Je serai avec vous l'année prochaine. Mais sans Direction d'école. Désolé, je ne peux plus, je laisse à plus jeune, plus fort, plus vigoureux, plus... aveugle, oui parce que quand on est jeune il y a des choses qu'on ne voit pas et peut-être finalement n'est-ce pas un mal si ça n'empêche pas l'école de tourner.


mercredi 15 mai 2019

Rencontre au ministère...

La rencontre au ministère a eu lieu le jeudi 9 mai avec Mme Isabelle Bourhis, conseillère sociale, partenariats et vie scolaire au cabinet de M. le Ministre de l’éducation nationale. Alain Rei, Samuel Auxerre et Pierre Lombard représentaient le GDiD.

Mme Bourhis en préambule a voulu présenter les intentions du Ministre pour concrétiser la priorité au 1er degré : il veut s’appuyer sur la valeur des enseignants, et limiter les effectifs à 24 élèves en GS, CP et CE1 sans augmenter ceux des autres classes.

Le GDiD précise qu’il est nécessaire de s’appuyer sur l’expertise des Directeurs d’école qui sont les seuls à ne pas avoir de statut particulier qui leur permettrait d’incarner institutionnellement l’école.

Mme Bourhis réclame des données et documents précis afin de préparer l’agenda social pour les Directeurs d’école, et demande ce qui est mis en place en place pour l’aide aux Directeurs.

Le GDiD transmet une compilation de rapports et d’enquêtes, ainsi que l’analyse et les propositions du GDiD sur l’indispensable transformation du métier. L’’empilement désordonné des missions et responsabilités que l’Institution nous impose n’est plus supportable. La terminologie même doit changer, il faut passer du « Directeur- enseignant » plus ou moins déchargé de classe à « Directeur » avec éventuellement une charge d’enseignement une fois défalqué le temps indispensable à son métier de Directeur. Le décret de 1989, le référentiel métier, la charte avec les IEN, font du Directeur le collaborateur privilégié de l’IEN, le maillon local de la mise en œuvre des politiques éducatives. Mais dans les faits, il n’en est rien, le Directeur n’est associé à rien, il n’est que le récipiendaire d’injonctions verticales. L’exemple de la mise en place des évaluations CP/CE1 est frappant : alors que les IEN ont eu un séminaire de 3 jours, les Directrices et Directeurs des écoles ont reçu au mieux une courte information, au pire un simple passage de consignes. D’ailleurs pour ce qui concerne l’aide aux Directeurs, s’il existe dans certains départements des « directeurs Vie Scolaire », ces postes ne sont toujours pas généralisés. Quant aux outils nationaux ils sont rarement utilisés. Les Directeurs n’ont clairement pas les moyens (entrée dans le métier, carrière, formation) de se reconnaitre comme des personnels à hautes responsabilités et des responsables reconnus. Les collègues font remonter des situations de moins en moins vivables de gestion de l’école dans leurs trois domaines de compétences : la relation de plus en plus exigeante avec les parents d’élèves, le pilotage et la formation de l’équipe pédagogique et la sécurité.

Mme Bourhis demande un point sur la demande de statut.

Le Président de la République et M. le Ministre de l’éducation nationale mettent en avant la priorité au primaire. Il faut une meilleure reconnaissance du premier degré, et pas seulement des moyens budgétaires, afin de renforcer sa place de proximité importante. Cette priorité ne peut passer que par la création d’un statut pour le Directeur et pour l’école. C’est à partir de la création d’une identité Institutionnelle de l’école que les moyens mis à sa disposition pourront être optimisés. Sans cette horizontalité, les mêmes causes auront les mêmes effets c’est-à-dire une dilution au profit de la bureaucratisation. Le GDiD précise que la plupart des acteurs et partenaires directs de l’école rejette le statu quo et approuve la création d’un statut pour les Directrices et Directeurs d’école : 93% des directeurs mais aussi, la FCPE, la PEP, l’ANDEV, l’AMF, le SGEN-CFDT, le SNE-CSEN, le SE-UNSA et le SIEN-UNSA… Un statut permettrait de reconnaitre la spécificité du métier, statut dont la priorité serait la définition claire des responsabilités, des tâches et des prérogatives afin d’éclaircir certaines situations dont le flou actuel entraine parfois des conflits ou des incohérences. Les moyens nécessaires devraient ensuite être mis en harmonie. Cet ordre des priorités est stratégiquement important.

Mme Bourhis approuve l’énoncé de tous les acteurs de l’école cités, et indique que dans la « boite à outils » du ministère l’EPSF - qui doit encore être discuté - est une solution possible, et que la question des Directeurs est donc ouverte dans l’agenda social en cours.

Le GDiD rappelle que cette solution était la dernière du rapport parlementaire de l’été 2018, alors que le statut du Directeur d’école était la première mise en avant. Si au sein de l’école certaines décisions peuvent être prises dans l’exercice collectif, les responsabilités du Directeur ne peuvent pas légalement se partager, et l’autorité en est un outil indissociable. Les Directrices et Directeurs d’école font partie de la chaine hiérarchique, ils ont une autorité au sein de l’école. Ce statut hiérarchique n’est pas obligatoirement un statut d’évaluateur des enseignants, mais c’est une autorité fonctionnelle. Le statut d’emploi fonctionnel, engagé avec le GrAF en 2014 puis retiré, est une solution efficace adaptée à l’urgence de la situation. Le ministère, en positionnant le Directeur d’école comme tel, permettrait le principe de subsidiarité et installerait une autonomie de terrain qui donnerait corps à son slogan de l’ « école de la confiance ».

Mme Bourhis demande pourquoi l’information ministérielle descend aussi mal aux enseignants du premier degré.

Le GDiD répond que c’est parce que le ministère arrête ses actions managériales au niveau des IEN qui - n’ayant ni le temps ni les contacts de proximité - ne peuvent traiter le personnel des écoles que comme de simples exécutants. Le ministère se prive ainsi de toute la richesse professionnelle des acteurs de terrains qui seuls sont capables d’adapter les instructions aux contingences locales et les rendre efficaces. Il y a une claire inadéquation entre la volonté du législateur qui recherche par les textes l’autonomie des écoles (projet d’écoles, conseil des maitres, conseil d’école, décret de 89, référentiel métier des directeurs d’école… l’école de la confiance !) et le fonctionnement purement vertical du 1er degré. Cette inadéquation explique les faibles résultats français aux enquêtes internationales. Il en est de même pour l’information des problèmes qui sont pointés par les Directeurs mais qui ne remontent pas jusqu’au ministère. En se privant de ce relais pourtant indispensable qu’est le Directeur d’école les mesures perdent de leur consistance, de leur sens et n’ont pas la portée attendue dans les écoles, auprès des enseignants comme des élèves. Là encore l’exemple des évaluations CP/CE1 devrait alerter les décideurs.

En conclusion de la réunion le GDiD indique toutes les avancées et tous les points techniques pouvant ou devant être mis en place le plus rapidement possible pour répondre à la souffrance des Directeurs. Les décisions qui seront prises dans le cadre de l’agenda social seront considérées comme un gage de confiance, un indicateur essentiel de la place que le ministère cherche à donner au 1er degré et de la considération qu’il porte aux acteurs de terrain que sont les Directrices et Directeurs d’école. Le directeur est un fonctionnaire d’autorité de proximité, il doit être reconnu et renforcé par l’Institution pour le sortir de ce paradoxe mortifère : identifié comme le responsable local par les parents et les élus mais complètement nié par l’Institution, le Directeur d’école ne peut qu’être dans la souffrance professionnelle. Le GDiD demande que des mesures urgentes puissent être appliquées dès la rentrée de septembre 2019, seule façon pour le ministère d’avoir l’écoute des Directrices et Directeurs d’école.

Mme Bourhis remercie les trois membres du GDiD présents de tous les arguments et idées exposés qui lui permettront de préparer la suite des réunions avec les organisations syndicales, lors de l’agenda social pour les Directeurs d’école.


samedi 4 mai 2019

La valse à trois temps...

Il y a quelques semaines j'exprimais sur ce site que le passage au Sénat du texte de "Loi sur l'école de la confiance" risquait fort de faire du foin. Certains ont pu douter de la volonté ou de la puissance du Sénat - qui représente les territoires - pour dépecer ce texte imprécis, incomplet, et pour tout dire irréfléchi. Après quelques semaines, on peut constater que la chambre haute remplit son rôle. Certes elle n'aura pas la main dessus puisque ce sera la Chambre des députés qui finalement adoptera ou non le texte de loi. Mais quelle forme aura alors la chose ? Bien malin qui pourrait le dire aujourd'hui.

Que s'est-il passé ? Après un premier temps de valse auprès des députés, la proposition de loi a été cuisinée par la Commission de l'éducation puis sera discutée les 14, 15, 16 et 21 mai par le Sénat. Ce second temps provoque déjà de jolis soubresauts, y compris quelques entrechats syndicaux, et de nombreuses réactions contradictoires chez les enseignants.



C'est d'ailleurs assez comique. La possibilité de création d' "Etablissements publics locaux d'enseignement des savoirs fondamentaux" (EPLESF) a poussé un soutien assez étonnant de la Direction d'école, puisqu'on a pu lire et entendre partout que les Directeurs d'école allaient "disparaître" et qu'il fallait absolument nous défendre. Quel entrain, quel bel enthousiasme ! Tout à coup nous étions devenus indispensables, envolés les "conseils des maîtres décisionnaires" et autres billevesées gauchistes. Cet élan hypocrite évidemment ne pouvait pas durer. Il a suffi du rapport de M. Brisson et d'une proposition de création de statut "hiérarchique" pour éteindre le feu de paille et de nouveau diaboliser les Directrices et Directeurs d'école. Sur les réseaux sociaux et quelques fils particuliers que je préfère ne pas nommer par charité chrétienne, nous voilà redevenus ce que nous sommes : des affreux, des méchants, des horribles, bref des salauds assoiffés de pouvoir et constamment à l’affût, toujours prêts à dévorer tout crus de pauvres enseignants forcément maltraités ... On appelle ça un saut idéologique quantique.

Néanmoins aujourd'hui les élus, qu'ils soient à la Chambre ou au Sénat, semblent mûrs pour accorder aux Directeurs d'école un statut. Je rappelle à toute fin utile que nous estimons au GDiD qu'il nous parait difficile de séparer le statut des Directeurs et celui de l'école, l'un ne peut aller sans l'autre, et c'est bien pourquoi nous portons un projet d' "établissements publics du 1er degré" sur lequel plusieurs syndicats majeurs nous rejoignent. Ce qui ne signifie pas que la situation de tous les Directeurs d'école ne doive pas changer ! Nous ne voulons laisser personne sur le carreau. Mais nous pensons que cela ne pourra pas se faire d'emblée ni rapidement pour tous.

Le Sénat pense peut-être l'inverse. Il est clair que c'est aussi une question de volonté et de budget, la part de PIB consacré en France à l'éducation pourrait être augmentée, la répartition mieux faite. Toujours est-il que la Commission du Sénat a pour l'instant sérieusement blackboulé le texte de M. Blanquer, allant jusqu'à supprimer l'article 6 qui autorisait la création des EPLESF. Et puis ceci :

"Dans la continuité de leurs réflexions sur les EPSF, les sénateurs ont également renforcé le statut des directeurs d’école. « Il faut que sur chaque site, il y ait un directeur avec les fonctions de directeur », plaide Max Brisson. Les amendements de la commission vont même un plus loin en prévoyant que le directeur d’école devienne le supérieur hiérarchique de ces collègues professeurs. « Il y a des enseignants qui s’impliquent dans cette fonction de directeur qui est exigeante, qui induit des décisions et qui nécessite une forme de reconnaissance », fait valoir Catherine Morin-Desailly."

La Commission, par la voix de son rapporteur Max Brisson, a qualifié le texte de "projet de loi fourre-tout", "précipité", "peu abouti". Nous sommes tous d'accord. Sa Présidente, Mme Catherine Morin-Desailly, a aussi très justement dit que "Ce qui a péché au cours des trois années écoulées, c’est l’absence de dialogue". Combien de fois l'avons-nous écrit ? Il aura fallu attendre deux ans et des réactions de rejet violentes pour que soudain, fort précipitamment, le Ministre se décide à recevoir les syndicats d'enseignants ainsi que prochainement le GDiD. C'est un peu tard, les choses se seraient certainement passées un peu mieux si la démarche avait été logique au lieu d'être injonctive. Mais mieux vaut tard que jamais, je suppose.

Le travail du Sénat se terminera le 21 mai par un vote solennel (scrutin public), afin qu'un maximum d'élus soit présent. Puis le texte reviendra à la Chambre des députés pour un troisième et dernier temps de valse. On n'est pas sorti de l'auberge, les surprises seront encore nombreuses. Je suis curieux de voir quels sautillants pas de danse nous feront les syndicats qui nous haïssent.


mercredi 1 mai 2019

Le temps du muguet...

Le GDiD sera reçu au Ministère jeudi 9 mai.

Cela faisait deux ans que nous réclamions un retour de notre précédent entretien. Nous en avions eu la promesse. Les promesses n'engagent que ceux qui y croient, je sais. Cela ne signifie pas que nous ne devrions pas y croire, c'est l'espoir d'être entendus qui nous fait nous accrocher.

Le GDiD existe parce que nous estimons nécessaire la reconnaissance de l'importance de notre métier par l'obtention d'un statut spécifique qui nous donnerait les moyens légaux et techniques de notre action. Notre objectif a toujours été et restera toujours le même : la réussite de nos élèves. Ce n'est pas difficile à comprendre, les systèmes éducatifs du monde entier - sauf le nôtre - donnent à ceux qui gouvernent les écoles la latitude de choisir ce qui conviendra le mieux au public auxquelles elles ont affaire. Qu'on les appelle Directeurs ou autrement, ils ont les moyens techniques, financiers et légaux de faire les choix appropriés. Ils ont aussi la latitude de le faire, la France est une exception en obligeant ses Directrices et Directeurs d'école à exercer une charge de classe en plus de leur leadership. C'est absurde et suicidaire. La fatigue et l'incapacité d'agir tuent la Direction d'école.

Nous avons des projets, que nous partageons totalement ou en partie avec nos amis syndicaux. Mais pour autant nous ne voulons laisser personne sur le flanc. Je suis le premier concerné dans ma toute petite école maternelle semi-rurale. Le GDiD a été créé pour que tous les Directeurs d'école soient reconnus. Cela devrait-il signifier que je ne puisse pas comprendre les difficultés budgétaires de notre Etat ? Elles sont le fruit de cinquante ans de gabegie. Je peux donc les admettre, mais cela ne signifie pas que je doive les supporter. Surtout que je connais fort bien l'importance économique pour une nation de son investissement éducatif (merci de bien vouloir comprendre que fils de professeur d'économie politique - repose en paix, papa - je puisse avoir un vague fond de connaissance sur ce point). D'autres choix ont été faits en cinq décennies, je le déplore.

Le GDiD se dévoue depuis vingt ans. Vingt ans de discussions, de lobbying - faible, nous restons une association et nous n'en avons pas vraiment les moyens -, vingt ans de dévouement pour certains d'entre nous. Nous avons connus deux temps d'écoute : en 2006 avec Gilles de Robien et en 2014 avec Najat Vallaud-Belkacem. Deux temps, deux visions, mais aussi deux volontés. Sachons les reconnaître, et admettre que notre métier ne relève pas d'une petite vision politicardo-syndicalo-franchouillarde, elle outrepasse les frontières et ne relève vraiment que de la politique au sens noble du terme, soit la bonne gestion de "la cité". Notre métier ne peut pas rester l'otage de vaseux et nauséeux méandres, car la navigation que nous exerçons est tout de même la première condition du travail et du succès individuel des enfants dont nous avons la charge six heures par jour.

Je peux exprimer aussi que nos compétences et nos actes prouvent quotidiennement que nous sommes bien des "cadres A" de la fonction publique d'Etat. Nous sommes le socle de l'enseignement primaire français, des tours solides sur un vaste échiquier, que pourtant nos gouvernants ne considèrent que comme des pions corvéables et mutables à merci. Nous sommes tous las et épuisés de cette situation, j'observe autour de moi les plus investis qui craquent et lâchent, j'en suis là moi-même aujourd'hui. Et puis, disons-le, être rémunérés et considérés comme nous le sommes pour ce que nous faisons, c'est... minable, je cherchais le mot et je l'ai trouvé, c'est minable, surtout pour un pays qui se prétend une grande démocratie égalitaire et qui veut donner des leçons à tout le monde. Nous ferions mieux d'en recevoir. Mais pour ça il faut être capable d'écouter.

C'est cette écoute que nous espérons encore, et toujours. C'est bien pourquoi nous serons le 2 mai encore une fois prêts à expliquer, à tenter de faire comprendre la situation - abondamment documentée aujourd'hui -, les besoins de notre système éducatif - tout autant connus -, nos projets et nos espoirs, si tant est que la compréhension que nous espérons sache voir au-delà des questions budgétaires ponctuelles ou des atermoiements politiques. Ne gérer la France qu'avec des courts-termes merdiques comme depuis cinquante ans, et ne faire que des choix populistes, ne fera que l'enfoncer un peu plus dans l'inéquité, l'inefficacité, et le désespoir. Nous n'en sommes plus au déclin, mais à la chute. Pourquoi ne pas tresser quelques cordes salvatrices ?

C'est le temps du muguet. Il y en a beaucoup dans les nombreuses forêts bourguignonnes autour de chez moi, le temps y fut propice. Peut-être le GDiD en apportera-t-il un brin symbolique à cet entretien. Mais le muguet, c'est aussi une maladie, une infection désagréable et longue à éradiquer. Souvent les symboles ont deux aspects. Alors le printemps, le beau temps, la bonne humeur, ne peuvent pas nous faire oublier ce qui pour nous est aujourd'hui une nécessité absolue et primordiale. Soyez toutes et tous sûrs que les membres du bureau du GDiD qui seront présents le 9 mai au ministère ne l'oublieront pas.


mercredi 24 avril 2019

Adieu les colonies de vacances, vivent les colonies d'apprentissage !

Les colonies de vacances ont été tuées il y a vingt ans par des normes draconiennes, ces normes qui interdisent tout et n'importe quoi sous les prétextes les plus divers, et la poussée sécuritaire de familles qui incapables de gérer leurs rejetons imaginent le pire quand quelqu'un d'autre s'en occupe.

Aujourd'hui le gouvernement nous informe de la possibilité de faire prendre leur petit-déjeuner à l'école aux enfants. Il "débloque" même un budget.

Il y a quelques années en maternelle où j'enseigne le "goûter" faisait partie des moments sympas de la journée. En bons enseignants on organisait ça au mieux, chaque école à sa façon, mais toujours dans l'idée d'équilibre alimentaire et de plaisir. Nous faisions des goûters à thème, ou collectifs, ou... Cela nous a été interdit, les petits français devenaient obèses. Fort bien, un fonctionnaire ça fonctionne et ça obéit.

Voilà qu'on nous dit l'inverse. Il n'y a que les cons qui ne changent pas d'avis, nous expriment doctement les girouettes professionnelles. Il fut un temps où le gouvernement Mendès-France se préoccupait de la santé d'enfants qui peu de temps après la guerre était menacés de rachitisme, d'autant qu'il fallait soutenir la filière laitière. Aujourd'hui on nous propose de jouer les stewarts  avec des chariots auprès de nos élèves...


Je ne blague pas, cette image vient d'un reportage, et je félicite les collègues qui s'y collent pour leur abnégation. Pour autant... est-ce que c'est notre boulot ?

Depuis de nombreuses années la manie générale consiste à nous mettre sur le dos tout les impérities de la société. Combien de fois ai-je entendu de doctes personnages proclamer avec conviction qu' "il faut commencer ceci ou cela à l'école" ou que "c'est à l'école qu'il faut le faire" ? Nous devons apprendre à nos élèves à se moucher - depuis la grippe H5N1 - et à éternuer dans leur coude, à traverser la rue, à faire du vélo, à nager - sans piscine -, j'en passe et des meilleures. Nous devons leur expliquer la sexualité, en veillant bien entendu à ne surtout pas parler de "genre" et en restant attentif à l'égalité des sexes afin de ne pas traumatiser l'un ou l'autre, dans des écoles où bientôt il sera interdit de répartir nos élèves selon le type d'activité pour ne pas léser les petites filles qui voudraient jouer au foot ou les garçons qui voudraient jouer à l'élastique... Un bon moyen d'exciter n'importe quel fantasme : n'a-t-il pas été raconté que les enseignants de maternelle allaient apprendre à leurs élèves à se masturber ?

Nous le faisons avec cœur, parce que nous préférons tous ne pas avoir des élèves qui ne se noient pas pendant leurs vacances dans la piscine de pépé, et qui ne se font pas écraser par un père d'élève ivre en sortant de l'école. Mais devons-nous nécessairement toujours pallier les incompétences familiales ? D'une part c'est le rôle d'un géniteur d'apprendre à son petit à se débrouiller dans ce monde cruel, et c'est bien ce que font toutes les espèces animales; l'être humain serait-il plus con qu'un merle, un lapereau ou un chimpanzé ? D'autre part nous reprocher ensuite de ne pas prendre le temps nécessaire aux apprentissages fondamentaux - l'essence de l'école - est un peu fort de café quand on constate le temps passé à autre chose. Ne serait-ce que la discipline, qui désormais nous est dévolue, puisque manifestement les familles ont renoncé à inculquer à leurs princes et princesses la moindre notion d'effort ou de comportement social (sans parler du respect de la loi, dont chacun désormais dans ce pays se fout éperdument).

Mes cinq ans je les renculotte - le propre d'un pantalon à cet âge est de tomber jusqu'aux genoux -, je torche des derrières - oui, ça arrive quand les ATSEM courent dans tous les sens -, je nettoie les plaies et je pansemente, je console évidemment et je rassure, j'engueule parce que "Non Enzo, on ne met pas un ver de terre dans le cou d'un copain !",  je fais des lacets des fermetures éclair et des boutons parce que dimanche est accroché avec lundi, en hiver je rentre dix doigts multipliés par trente dans des gants, je boucle des écharpes... Pourquoi pas effectivement leur servir le p'tit déj' ? J'attends avec impatience que dans la foulée on me demande de faire des petits déjeuners échelonnés, pour respecter les rythmes individuels, comme je le faisais il y a trente-cinq ans en colo. Certains de mes élèves arrivent à l'école en "garderie" dès 7h pour la quitter à 18h30, il serait finalement aussi bien qu'ils y passent la nuit : alors joujou puis dîner, "bonne nuit les petits" à la télé - comment ça n'existe plus ? -, pipi caca, douche et pyjama, bordage et bisou, endormissement... La dernière fois que j'ai fait ça c'était en classe de neige, je n'ai plus l'âge. De toute manière les classes de neige et les classes vertes aussi disparaissent : trop difficile, trop cher, trop compliqué à organiser.

J'ai un peu l'impression de vivre un cauchemar orwellien : les enfants pris en charge à leur naissance par l'Etat, des parents libérés des contraintes d’éducation assumées par des professionnels... J'ai déjà lu ça quelque part. Ah oui, c'est Huxley dans "Le meilleur des mondes". Chez Asimov aussi certainement. Les colonies de vacances c'est fini, alléluia voilà les colonies d'apprentissage ! Le rêve éveillé de Xavier Darcos est là mes amis, nous allons bientôt pouvoir changer des couches.

Pour ce qui concerne ces petits-déjeuners, j'attends avec une jubilation consternée les premières plaintes pour empoisonnement. Parce qu'au vu du nombre de Projets d'Accueil Individualisé que je fais depuis quelques années pour des allergies multiples y compris le lactose, ou des intolérances multiples et singulières, on va bientôt se marrer je vous le dis. Jaune, bien entendu. Sans compter ceux qui vont s'étouffer avec des crêpes ou je ne sais quoi d'autre. Chers collègues j'espère que vous connaissez tous bien la manœuvre de Heimlich. Et je n'ose même pas évoquer les interdits alimentaires religieux, le végétarisme et autre véganisme, bien répandus à notre époque...

Bref, on nous fout une merde supplémentaire sur le dos, bon courage aux copines et copains Directrices et Directeurs d'école qui vont se taper le boulot et les emmerdements et aussi peut-être le ménage tant qu'à faire - joie programmée des discussions avec les élus quant au rôle des ATSEM et du personnel d'entretien ! -. Comme d'habitude ce genre d'idée nous tombe du ciel sans nuage d'un ministère sourd comme un pot. Comme s'il n'y avait pas plus urgent à régler dans le fonctionnement de nos écoles et leur gouvernance. Comme si nos multiples soucis n'avaient aucune importance. Comme si...


samedi 13 avril 2019

Dictionnaire des idées reçues...

...

BOBARD :
Propos tenu par un Directeur (pour un enseignant, pour un Ministre, pour un Maire, pour un syndicat, pour un parent et son enfant).
Propos tenu par un Ministre (pour un enseignant, pour un Directeur, pour un Maire, pour un syndicat).
Propos tenu par un parent (pour un enseignant, pour un Directeur).
Propos tenu par un enseignant (pour un parent et son enfant, pour un Directeur).
Propos tenu par un Maire (pour un Directeur, pour un Ministre, pour un syndicat).
NB. : tout propos aussi absurde soit-il tenu par un enfant est considéré comme une vérité par les parents (voir PARENT).

CLASSE :
Lieu clos étrange, c'est le domaine d'activité d'un enseignant (voir ENSEIGNANT).
La porte en est fermée lorsqu'il est réservé à un enseignant, ouverte quand c'est celui d'un Directeur (pas le choix, il faut pouvoir entrer et sortir rapidement).
Comme dans un zoo, on peut y constater de nombreux mouvements d'une faune particulière habillée de maillots de foot et de robes roses (voir ENFANT).
On frappe avant d'entrer, sinon le risque peut être grand.
Semée d'objets divers en fin de journée, elle sent également très fort quand la faune présente a dix ans.

CONFIANCE :
Terme galvaudé. Généralement utilisé quand justement il vaut mieux se méfier. En ce sens proche des adjectifs "démocratique" et "populaire".
Est parfois utilisé en parallèle avec le terme "bobard" (voir BOBARD).
Cit. en forme de vidéo :



DIRECTEUR (Fem. DIRECTRICE):
Se dit d'une personne qui court partout (cf. Ludion - Criquet)
Habillé correctement en début de journée, la termine généralement sale et en sueur, la chemise sortant du pantalon ou le corsage en vrac.
Capable de mener deux activités en parallèle. Parfois ambidextre. Porte une casquette à double visière.
Exerce deux métiers simultanément. Cit. : "Celui-là, il saute dans tous les coins, on dirait un Directeur d'école." L.F. CELINE (apoc.)
Vigoureux et enthousiaste en début de carrière, perd ses forces, son énergie et ses illusions à mesure que le temps passe, finit souvent épuisé et amer.
Est obligé de se disperser pour recentrer autrui.
Ecoute facilement et constamment les doléances d'autrui. Personne n'écoute les siennes.
Gère indifféremment des adultes ou des enfants, le tout étant de se rappeler qu'on ne gère pas les premiers comme les seconds (quoique...).
Omniscient et polyvalent, sait tout, et sait tout faire dans une école.
A mal dans le dos, aux genoux, à la tête. Sujet au burn-out.
Punching-ball de prédilection, oralement ou physiquement, pour les parents (voir PARENT) ou les enseignants (voir ENSEIGNANT).
Rémunéré au lance-pierre.
Attend les vacances pour terminer ce qu'il n'a pas eu le temps de faire.
Parfois considéré comme une espèce en danger.
Fam. : dirlo - dirlette
Syn. : petit chef - caporal
Ant. : chef d'établissement - patron
Add. : peut parfois être con comme un balai - j'en ai connu -.

DSDEN :
Personnification locale de la pyramide institutionnelle et du Ministre (voir MINISTRE).
Pour les auteurs classiques, elle est une représentation des enfers mythologiques et les odeurs qui s'en exhalent sont souvent nauséabondes.

ENFANT :
Être de petite taille qu'on trouve dans une classe (voir CLASSE), généralement avec un maillot de football ou une robe rose.
Les éléments féminins portent des barrettes qui se perdent en cours de journée et qu'on retrouve partout.
Invariablement sale à un moment quelconque de la journée.
Souvent malentendant il ne comprend pas grand chose et demande à ce qu'on répète trois fois, n'a toujours pas compris.
Sourd à la critique. Croit tout ce que lui disent ses parents (voir BOBARD - PARENT).
Perd ses affaires.
Ment comme un arracheur de dent.
Renifle la goutte au nez.
Crie, court, griffe, mord, pince, bave, éternue, vomit.
Avenir de la Nation.
Syn. : petit roi - princesse
Fam. : razmoket

ENSEIGNANT :
Être cyclothymique, passe du rire aux larmes.
Champion de l'analyse transactionnelle, joue successivement au persécuteur ou à la victime auprès des familles (voir PARENT) ou d'un Directeur (voir DIRECTEUR).
S'enferme dans des lieux clos (voir CLASSE). Supporte difficilement qu'autrui y accède.
Parfois vindicatif, peut être agressif. En appelle à son IEN (voir IEN).
Pense que le Directeur est un factotum à son service, disponible à toute heure.
Ne sait pas changer un toner de photocopieur (voir PHOTOCOPIEUR).
Ne supporte pas l'idée d'avoir un chef et lutte vigoureusement contre toute idée de statut pour les Directeurs (voir STATUT). Est bien content d'avoir un chef quand il en a besoin ou pour changer le toner du photocopieur.
Attend les vacances. Cit. : "Alors, encore en vacances ?"
Syn. : professeur des écoles - instituteur (fem. institutrice)
Fam. : instit (positif) - "connard de prof" (négatif)

IEN :
Image territoriale de la DSDEN (voir DSDEN). Selon ses aspects, la créature peut être bienfaisante ou malfaisante.

MINISTRE :
Être lointain, souvent renouvelé, qui laisse peu de souvenir en mémoire.
Se répand dans les médias.
Croit n'importe qui pourvu qu'il ait un titre universitaire.
Ne comprend rien à ce que font ses administrés. Est toujours surpris par leur résistance passive.

PARENT :
Être cyclothymique, parfois naïf, parfois malfaisant, généralement indifférent et donc absent mais souvent vindicatif et évidemment présent (à deux moments de la journée, en début et en fin : "Tu ne te salis pas !" - "Pourquoi il est tout sale ? ".
Sourd à la critique. Ne supporte pas d'être interrompu. Croit tout ce que lui disent ses enfants (voir BOBARD - ENFANT).
Peut être agressif, voire dangereux. Cit. : "Mais vous ne les surveillez donc pas ?"
Redoute les vacances.

PHOTOCOPIEUR :
En panne.
Suscite des files d'attente nerveuses.

STATUT :
Illusion morbide très répandue chez les Directeurs d'école, combattue vigoureusement par certains "représentants du personnel" (voir SYNDICAT) et soutenue par d'autres.
Arrivera un jour, quand je serai en retraite. A moins que les Directeurs disparaissent du paysage éducatif (voir DIRECTEUR).

SYNDICAT :
Organe multiforme composé de "représentants du personnel".
Souvent persuadé qu'il sait mieux que les agents de terrain ce qui leur convient.
Ménage la chèvre et le chou pour n'agacer personne.
Selon l'obédience et le Dieu qu'il sert, un syndicat peut être proche des besoins de statut (voir STATUT) des Directeurs (voir DIRECTEUR), ou au contraire en combattre vigoureusement la simple évocation avec des incantations péremptoires.
Très actif les cinq mois qui précèdent les élections professionnelles, en sommeil le reste du temps.

VACANCES :
Toujours trop courtes.
Moment privilégié de la vie d'un Directeur ou d'un enseignant. Le premier en profite pour terminer les multiples tâches qu'il n'a pas eu le temps d'accomplir, le second pour collectionner des feuilles mortes (automne), des coquillages (été).
Cit. : "Il est maso, le dirlo, maintenant qu'il a bouclé son boulot il ramasse des feuilles !" L.F. CELINE (apoc.)

...

To be completed.

mercredi 3 avril 2019

Arrogance et mensonges...

"Arrogance et mensonges", cela pourrait être le titre d'un roman inédit de Jane Austen. C'est hélas celui d'un triste feuilleton  dont le scénario n'amuse personne.

Quand un gouvernement est suffisamment arrogant pour refuser toute concertation, suffisamment imbu de ses compétences pour écarter toute discussion avec les corps intermédiaires, on arrive à ce projet de "Loi pour l'école de la confiance" dont le nom si facile à détourner montre à quel point il le porte mal.

Ce n'est pourtant pas faute d'avoir réclamé des rendez-vous. Mais M. le Ministre, si prompt durant deux ans à se répandre dans les médias - au point que ceux-ci charmés d'avoir du papier à vendre l'ont unilatéralement consacré "le meilleur ministre du gouvernement" -, n'a jamais seulement daigné répondre aux demandes d'entretien du GDiD. Même pas un non sequitur poli. Je ne sais pas s'il lui est arrivé de répondre aux syndicats d'enseignants, mais à mon avis ils n'ont pas été mieux lotis.

Je me rappelle que M. Blanquer avait déclaré avec vigueur qu'il n'y aurait pas de "loi Blanquer". Il faut croire que quand on est ministre de l'Education nationale on peut difficilement s'abstenir... Honnêtement il y a beaucoup à faire pour une école en perdition. Mais il y a l'art et la manière. Le texte, arrivé à la chambre sans préparation ni négociation, fut amendé à la marge puis voté le 19 février. Son passage au Sénat n'aura lieu qu'en mai prochain, et je pense qu'il y sera âprement discuté car de nombreux sénateurs s'offusquent que le statut des Directeurs d'école n'y soit pas seulement évoqué. Si on ajoute les frictions actuelles entre le gouvernement et la Chambre haute où LaREM n'est pas majoritaire, on peut légitimement je crois subodorer quelques péripéties réjouissantes.

Parce que nous devons bien l'écrire, nous attendons depuis des années une métamorphose et c'est une bestiole informe, rampante et sans éclat qui sort du cocon. Les Directrices et Directeurs d'école veulent une vraie prise en compte de leurs difficultés ? Ils veulent un statut qui reconnaisse leur métier ? Incomplet, imprécis, ce projet de loi est une coquille vide qui n'apporte pas de réelle nouveauté en dehors de la création des EPLSF et de ces "directeurs adjoints au principal" aux contours indécis et dont nous pouvons tous légitimement nous demander en quoi cela devrait changer notre sort.

Alors évidemment ce texte si facilement critiquable est allègrement battu en brèche depuis six semaines. Certains syndicats s'en sont donné à cœur joie en inventant tout et n'importe quoi. Je ne peux même pas le leur reprocher, c'est en somme si facile. Les mensonges les plus ahurissants se sont accumulés. J'ai lu de ces trucs ! Incroyable !

Soudain le ministre s'est rendu compte que le monde enseignant s'affolait de ce projet flou et confus. Et voilà qu'en moins d'une semaine il accorde des rendez-vous aux syndicats professionnels, il se fend de deux courriels successifs pour nous expliquer ce que vraisemblablement nous n'avions pas compris (pour sûr, ce n'est pas écrit)... et nous promet des choses qui ne sont pas inscrites dans son texte ni ne font vraiment avancer la question. Mais n'est-ce pas un peu tard pour éviter des erreurs grossières et des oublis stupéfiants ?

Je cite : " (...) enfin, sur le statut des directeurs d’école : je tiens à apporter toute garantie quant au maintien de la fonction de directeur d’école. Il n’est pas envisageable qu’une école n’ait pas un responsable local, interlocuteur naturel des parents et de la commune. J’ajoute que nous souhaitons justement avancer par le dialogue social vers une plus grande reconnaissance du rôle de la directrice et du directeur d’école. (...)"

J'ai déjà longuement expliqué la teneur du texte en ce qui nous concerne dans mes précédents billets, je n'y reviendrai donc pas. Mais je suis navré de faire savoir à M. le Ministre que ce qui n'est pas inscrit dans la loi n'est pour moi que bobards, pour reprendre le mot à la mode dans les cercles de pouvoir.

Alors M. le Ministre nous annonce avec fierté que la question des Directeurs d'école sera à l'agenda social le 15 avril. Ouaaaah, dans quinze jours ? Quand on veut faire vite, c'est manifestement possible. Je ne sais pas si ce sera assez tôt pour éteindre l'incendie qui couve, car je rappellerai tout de même que la question était inscrite... pour le mois de janvier ! Y aurait-il le feu à la paillasse ? Quelque sourde inquiétude pointerait-elle son narquois museau pointu ?

Pour l'instant le GDiD n'a pas de son côté reçu de nouvelle. Alors que pour les précédents gouvernement depuis quinze ans nous avons toujours été considérés comme de dignes interlocuteurs du ministère, nous restons aujourd'hui tout autant ignorés que nos idées et nos projets.


J'ai le droit de m'en amuser, bien sûr, avec une certaine ironie. Car heureusement, dans l'éventualité où nous ne soyons pas conviés à des discussions qui pourtant nous concernent au premier chef, nos alliés syndicaux eux seront dans la place. Sauront-ils faire comprendre que les Directrices et Directeurs d'école n'en peuvent plus et qu'ils ont absolument besoin des moyens nécessaires à l'exercice de leur métier ? Sauront-ils faire comprendre que c'est l'intérêt de nos élèves et leur réussite qui motivent notre volonté d'un statut ? Sauront-ils faire comprendre que PERSONNE ne doit être laissé de côté ? On peut l'espérer.