mercredi 3 avril 2019

Arrogance et mensonges...

"Arrogance et mensonges", cela pourrait être le titre d'un roman inédit de Jane Austen. C'est hélas celui d'un triste feuilleton  dont le scénario n'amuse personne.

Quand un gouvernement est suffisamment arrogant pour refuser toute concertation, suffisamment imbu de ses compétences pour écarter toute discussion avec les corps intermédiaires, on arrive à ce projet de "Loi pour l'école de la confiance" dont le nom si facile à détourner montre à quel point il le porte mal.

Ce n'est pourtant pas faute d'avoir réclamé des rendez-vous. Mais M. le Ministre, si prompt durant deux ans à se répandre dans les médias - au point que ceux-ci charmés d'avoir du papier à vendre l'ont unilatéralement consacré "le meilleur ministre du gouvernement" -, n'a jamais seulement daigné répondre aux demandes d'entretien du GDiD. Même pas un non sequitur poli. Je ne sais pas s'il lui est arrivé de répondre aux syndicats d'enseignants, mais à mon avis ils n'ont pas été mieux lotis.

Je me rappelle que M. Blanquer avait déclaré avec vigueur qu'il n'y aurait pas de "loi Blanquer". Il faut croire que quand on est ministre de l'Education nationale on peut difficilement s'abstenir... Honnêtement il y a beaucoup à faire pour une école en perdition. Mais il y a l'art et la manière. Le texte, arrivé à la chambre sans préparation ni négociation, fut amendé à la marge puis voté le 19 février. Son passage au Sénat n'aura lieu qu'en mai prochain, et je pense qu'il y sera âprement discuté car de nombreux sénateurs s'offusquent que le statut des Directeurs d'école n'y soit pas seulement évoqué. Si on ajoute les frictions actuelles entre le gouvernement et la Chambre haute où LaREM n'est pas majoritaire, on peut légitimement je crois subodorer quelques péripéties réjouissantes.

Parce que nous devons bien l'écrire, nous attendons depuis des années une métamorphose et c'est une bestiole informe, rampante et sans éclat qui sort du cocon. Les Directrices et Directeurs d'école veulent une vraie prise en compte de leurs difficultés ? Ils veulent un statut qui reconnaisse leur métier ? Incomplet, imprécis, ce projet de loi est une coquille vide qui n'apporte pas de réelle nouveauté en dehors de la création des EPLSF et de ces "directeurs adjoints au principal" aux contours indécis et dont nous pouvons tous légitimement nous demander en quoi cela devrait changer notre sort.

Alors évidemment ce texte si facilement critiquable est allègrement battu en brèche depuis six semaines. Certains syndicats s'en sont donné à cœur joie en inventant tout et n'importe quoi. Je ne peux même pas le leur reprocher, c'est en somme si facile. Les mensonges les plus ahurissants se sont accumulés. J'ai lu de ces trucs ! Incroyable !

Soudain le ministre s'est rendu compte que le monde enseignant s'affolait de ce projet flou et confus. Et voilà qu'en moins d'une semaine il accorde des rendez-vous aux syndicats professionnels, il se fend de deux courriels successifs pour nous expliquer ce que vraisemblablement nous n'avions pas compris (pour sûr, ce n'est pas écrit)... et nous promet des choses qui ne sont pas inscrites dans son texte ni ne font vraiment avancer la question. Mais n'est-ce pas un peu tard pour éviter des erreurs grossières et des oublis stupéfiants ?

Je cite : " (...) enfin, sur le statut des directeurs d’école : je tiens à apporter toute garantie quant au maintien de la fonction de directeur d’école. Il n’est pas envisageable qu’une école n’ait pas un responsable local, interlocuteur naturel des parents et de la commune. J’ajoute que nous souhaitons justement avancer par le dialogue social vers une plus grande reconnaissance du rôle de la directrice et du directeur d’école. (...)"

J'ai déjà longuement expliqué la teneur du texte en ce qui nous concerne dans mes précédents billets, je n'y reviendrai donc pas. Mais je suis navré de faire savoir à M. le Ministre que ce qui n'est pas inscrit dans la loi n'est pour moi que bobards, pour reprendre le mot à la mode dans les cercles de pouvoir.

Alors M. le Ministre nous annonce avec fierté que la question des Directeurs d'école sera à l'agenda social le 15 avril. Ouaaaah, dans quinze jours ? Quand on veut faire vite, c'est manifestement possible. Je ne sais pas si ce sera assez tôt pour éteindre l'incendie qui couve, car je rappellerai tout de même que la question était inscrite... pour le mois de janvier ! Y aurait-il le feu à la paillasse ? Quelque sourde inquiétude pointerait-elle son narquois museau pointu ?

Pour l'instant le GDiD n'a pas de son côté reçu de nouvelle. Alors que pour les précédents gouvernement depuis quinze ans nous avons toujours été considérés comme de dignes interlocuteurs du ministère, nous restons aujourd'hui tout autant ignorés que nos idées et nos projets.


J'ai le droit de m'en amuser, bien sûr, avec une certaine ironie. Car heureusement, dans l'éventualité où nous ne soyons pas conviés à des discussions qui pourtant nous concernent au premier chef, nos alliés syndicaux eux seront dans la place. Sauront-ils faire comprendre que les Directrices et Directeurs d'école n'en peuvent plus et qu'ils ont absolument besoin des moyens nécessaires à l'exercice de leur métier ? Sauront-ils faire comprendre que c'est l'intérêt de nos élèves et leur réussite qui motivent notre volonté d'un statut ? Sauront-ils faire comprendre que PERSONNE ne doit être laissé de côté ? On peut l'espérer.


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