mardi 17 mars 2020

La santé des personnels ? On s'en fout !

Cela fait plus d'une semaine que je suis sur le pied de guerre pour préparer l'inéluctable, plusieurs jours que je le gère à chercher des volontaires pour accueillir les enfants de soignants et proposer du travail à mes élèves confinés, que je communique à tout-va téléphone courriel internet, quand ça fonctionne, et là ça ne fonctionne plus. Qui m'a aidé ? Personne. Demerden sie sich. Des consignes lacunaires et redondantes ou en retard sur les événements, quand elles n'étaient pas complètement à côté de la plaque ou contraires aux recommandations des agences de santé. Et puis pour le boulot les plateformes existantes ne concernent pas la maternelle ou si peu... Heureusement que j'avais derrière moi une équipe épatante et des services municipaux performants. Une bonne connexion personnelle en fibre, aussi, merci à mon fournisseur d'accès. Parce qu'à l'école euh... J'y suis proprement équipé c'est déjà quelque chose.

J'ai fait du bon boulot ces derniers jours. Je me suis épuisé en fait. Et je suis aussi en colère.

Je suis en colère contre un ministre qui a d'abord récusé l'inéluctable. Puis qui a très fier de lui-même annoncé partout que tout était prêt, alors que rien ne l'est. Qui a osé mentir comme un arracheur de dents dans les médias. Qui a surtout engagé au-delà de tout la santé des personnels dont il a la charge.

Tout le monde au boulot ! C'est lui qui l'a dit. Ah mais nous sommes des fonctionnaires, nous serons dans nos écoles... Oui nous y sommes. Du moins les Directrices et Directeurs, qui sont seuls sur le terrain avec certains IEN et quelques adjoint(e)s courageux pour accueillir les quelques enfants de nos familles aux taquets dans les hôpitaux ou ailleurs, et gérer heure par heure le merdier institutionnel qu'est l'Education nationale aujourd'hui. Vous en vouliez une preuve ? Vous l'avez. Franche. Claire.

Les enseignants ont des enfants ? Vous êtes sûr ? Ah mais alors il faut qu'ils puissent les garder, malgré ce que j'ai dit. Et vous dites que c'est la moitié des effectifs ? Bah, les autres s'en occuperont. Parce qu'il faut accueillir les enfants des soignants, c'est une nécessité. Comment ? Ah ben les instits qui restent sauront faire, hein ! Pardon ? Comment ça plus de cantine ni de garderie ? Ah ben oui Monsieur le Ministre, cela dépend des communes et il y a des gens aussi qui y travaillent... Ah crotte, je n'y avais pas pensé.

Comme au reste d'ailleurs. Le ministère n'était clairement prêt à rien. Il demande aux Directrices et Directeurs d'école d'inventer des PPMS, mais manifestement aucune gestion de crise n'est prévue par les instances dirigeantes de l'Education nationale : "- Sortez-moi le plan d'urgence. - Quel plan d'urgence ? - Il n'y a pas de plan d'urgence ? - Ben non."

Alors moi je vous l'avoue je craque. Je suis mieux informé par la télé que par ma hiérarchie qui, disons-le franchement, pédale dans la semoule avec une vigueur insoupçonnée. Pire, on me flatte, on m'envoie des mots dithyrambiques pour me complimenter, me remercier... C'est agréable, je n'en disconviens pas, même si je l'ai amère après toutes ces années à me bagarrer au sein du GDiD. C'est sûr, si nous n'avions pas géré les choses localement au cas par cas, je ne vous dis pas !

On m'a annoncé cet après-midi deux cas de COVID-19 dans ma classe... en attendant les autres. Je suis évidemment touché, même si pour l'instant je n'ai rien déclenché. parce qu'un Directeur de petite école maternelle qui a sa classe à temps plein est forcément très proche de ses élèves. Et les "gestes barrières", à cinq ans... Oh ils étaient plein de bonne volonté, l'école est très bien équipée depuis plusieurs années (robinets qui s'ouvrent avec le coude, distributeurs de savon liquide, papier essuie-mains à usage unique, etc), mais quand même... et que ça se touche et que ça bisouille et que... à cet âge là la proximité est un besoin. Alors oui, le virus je le trimbale.

Mon problème à moi, c'est que j'ai 59 ans et que je suis fatigué et plus aussi résistant que je l'étais il y a seulement cinq ou dix ans. Mon problème à moi c'est que mon épouse a une maladie auto-immune, et que je n'ai pas envie de la tuer. Mon problème à moi c'est que mon IEN qui n'est plus toute jeune non plus est la seule qui m'ait dit plusieurs fois de faire attention à moi. Le ministère ? Rien. Néant. Que dalle. Niente. Le vide total et absolu, une idée de l'infini.

Nous savons que l'Education nationale n'a pas de médecine du travail (ma dernière visite médicale est de 1979) alors que l'Etat impose aux salariés français une visite au minimum tous les quatre ans. Une de mes ATSEM en a eu deux à six mois d'intervalle. Mais de là à complètement ignorer que les personnels de l'enseignement sont particulièrement exposés, il y a une sacrée marge ! Parce que sur ce point soyons précis : c'est le silence, complet et sidérant. Et c'est dégueulasse.

Jeudi je n'irai pas à l'école, mes collègues prennent le relais et je les en remercie. Mais je vous le dis, si dans les jours qui viennent je tombe malade ou si mon épouse tombe malade, je saurai parfaitement à qui je le devrai. Moi qui ai toujours été légaliste, moi qui ai toujours eu le plus profond respect pour ma hiérarchie, je n'oublierai pas à quel point MON ministre et SON ministère auront été en dessous de tout pour la gestion de cette crise majeure.


1 commentaire:

  1. Plein de pensées pour vous. Votre témoignage me touche beaucoup. Je suis enseignante aussi, je comprends votre désarroi. J'espère de tout coeur que tout se passera au final bien pour vous. Plein de pensées, vraiment.

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