mercredi 21 novembre 2018

Les élections approchent...

"Il n'y aura pas de statu quo.", a dit le ministre devant la Commission de l'éducation. Quelle sera la forme donnée à notre métier, quelles seront les propositions ministérielles et syndicales qui seront présentées et discutées en 2019 ? Nul ne le sait, et appréhender l'avenir est normal.

Si vous êtes ici et Directrice ou Directeur d'école, c'est que vous vous sentez concerné par votre métier. je suis sûr que vous l'aimez, que vous en appréciez beaucoup d'aspects malgré les difficultés et les avanies. Alors évidemment vous craignez d'être laissé pour compte dans une rénovation que vous sentez pourtant indispensable et que certainement vous désirez.

Cette appréhension est humaine, elle est normale, personne ne peut ni ne doit en avoir honte. Qui aimerait se voir délaissé ?

Il y a quelques années, quand je suis entré au GDiD, je militais en partie pour moi, et le temps passant malheureusement c'est de moins en moins pour moi et de plus en plus pour les autres. Je ne veux pas que celles et ceux qui feront mon métier dans l'avenir se trouvent pris dans une nasse mortifère comme nous le sommes depuis tant d'années. Le changement est nécessaire, et ma retraite étant très proche forcément je ne serai pas concerné.

Il faut être clair : la rénovation que j'appelle de mes voeux prendra du temps, des années. J'ai toujours expliqué que les fusions d'écoles ne devront se faire qu'à marche raisonnée, dans une logique territoriale et pédagogique claire pour tout le monde. Un exemple ? Je souhaite la fusion des deux écoles de ma commune; elle est territorialement logique et permettra d'atteindre un nombre de classes critique dans l'optique du rapport de la "mission-flash" Rilhac/Bazin-Malgras. Si elle se faisait aujourd'hui je serais peut-être nommé Directeur de la nouvelle entité, au détriment de ma collègue qui s'investit énormément depuis son arrivée. Je ne souhaite pas pour elle ce que je ne voudrais pas pour moi, soit qu'on me vire de ma direction sans crier gare. J'attendrai donc d'avoir posé mon dossier de retraite pour suggérer la fusion à ma commune d'exercice. Autant le faire au "bon" moment, puisqu'elle se fera de toute manière. Oui, elle se fera, c'est déjà dans les tuyaux de nombreuses communes dont la mienne.

Donc je milite et je continuerai à le faire pour le regroupement des écoles, pour trois raisons :

1) ce sera un bien pour nos élèves, avec une continuité claire de la PS au CM2, un seul responsable, un projet commun, une logique éducative lisible pour les familles;

2) jamais les Directrices et Directeurs de ce pays n'obtiendront un statut si leur nombre ne diminue pas drastiquement : il y 5300 collèges pour 53000 écoles, soit précisément dix fois plus, et croire qu'on peut créer un corps de 53000 chefs d'établissement c'est au mieux une illusion au pire une très mauvaise plaisanterie ; ils sont déjà nombreux en France les Directrices et Directeurs d'école qui pourraient prétendre à un nouveau corps avec leurs grosses voire très grosses écoles, le nombre de leurs élèves et de personnels : dois-je les laisser dans une mouise noire sous prétexte de "sauver" des petites entités ?

3) il faut, il est nécessaire, il est indispensable que les écoles puissent prétendre à une autonomie réglementaire, financière, pédagogique. Nous devons avoir les moyens de notre action en faveur de la réussite de chacun de nos élèves.

Cela ne se fera pas par l'opération du saint esprit ni d'un coup de baguette magique : Poudlard c'est de la littérature. Tant qu'il y aura sur le territoire français autant d'écoles nous n'obtiendrons rien et nous n'arriverons à rien. Certains voudraient faire croire que je me trompe. Je ne le crois pas, c'est le fruit de longues années de réflexion et de militantisme bénévole. Comme je crois depuis deux ans que nous n'arriverons à rien si nous ne créons pas plus de liens très forts avec les centrales syndicales qui rejoignent notre façon de penser. C'est bien le sens des entretiens que nous venons d'avoir avec plusieurs d'entre elles et dont nous vous rendrons bientôt compte.

Il ne faudrait surtout pas que la rénovation de l'école se fasse dans notre dos. Si nous restons arc-boutés sur des revendications absurdes, des archaïsmes répandus dans le monde syndical, des conflits artificiels qui ne servent que les extrêmes, si nous ne saisissons pas la question à bras-le-corps alors les changements se feront sans nous et il ne faudra pas alors se plaindre; nous devons devancer : refuser de discuter, ne faire aucune proposition, ne pas mettre de garde-fou, c'est ouvrir la porte au tout et n'importe quoi, c'est à dire des Directeurs d'école venant d'autres corps de l' Etat, ou se trouver gouvernés par des principaux de collège ignorants de notre culture et de nos besoins.

Vous ne pourrez pas dire que vous n'aurez pas été prévenus. Et oui, encore une fois je le confirme, moi je ne serai plus là pour admirer notre école du XXIème siècle, sauf au travers de la scolarité de mes petits-enfants... ou sinon sans nos efforts conjoints pour subir ce qui aura été inventé d'imbécile.

Alors imaginons... Certains syndicats crient "au loup !" en laissant croire que les collèges pourraient dans leur configuration actuelle "coiffer" les petites écoles, les autres se regroupant en établissements du primaire avec un dictateur à leur tête (passons).

Dans mon coin, même avec des regroupements certains établissements du primaire auraient moins de dix classes. Dans cette logique le principal du collège, dont parait-il on connait l'avidité et les dents longues, en prendrait possession en ricanant, ne rêvant que assujettir les affreux instituteurs, la sale engeance de son secteur.

Cela lui ferait tout de même, sur un secteur géographique étendu parce que je vis en province à élever des cochons au milieu de forêts profondes peuplées de bêtes féroces, une trentaine de classes à gérer en plus de son collège, autour de 800 élèves et trente enseignants sans compter les joyeusetés habituelles (ATSEMs, AESHs...)...

Est-ce plausible ?

Non.

C'est pourquoi il est primordial de baser la constitution des établissements du primaire non pas sur une logique comptable mais sur une logique territoriale, en accord plein et entier avec la ou les communes concernées. Oui, il devrait y avoir de petits établissements du primaire de dix classes ou moins (une école de huit classes ça fait quand même en moyenne 200 élèves), parce que tout le monde ne vit pas à Paris au milieu des gratte-ciels et des théâtres, il en est qui subsistent en grattant le sol pour extraire de la terre quelques carottes et quelques patates pour assurer leur maigre subsistance (et au passage ont besoin de leur voiture).

Bon, j'en rajoute un peu...

Mais j'aimerais avant ces élections professionnelles que la raison l'emporte sur l'émotion, et que personne ne vote en fonction de ses peurs mais plutôt en fonction de ses espoirs.

N'est-ce pas envisageable ?

Car nous vivons une époque de repli identitaire, partout dans le monde, au Brésil ça commence, en France aussi les tentations sont grandes. Quelles que soient nos convictions personnelles, nous avons comme devoir de faire perdurer l'esprit dans lequel l'école de notre pays s'est construite et ses valeurs de base : la gratuité, la laïcité, l'obligation.

L'obligation c'est le droit qu'a ici chaque enfant de recevoir une éducation de qualité, d'avoir l'opportunité d'exalter ses potentialités et de se construire librement. Nous offrons à chacun la possibilité de découvrir une façon différente de voir les choses au sein d'une communauté que nous voulons égalitaire.

La gratuité c'est l'assurance qu'a chaque enfant quelle que soit son origine sociale de recevoir de l'école autant que ses camarades.

La laïcité c'est l'assurance de recevoir une éducation neutre, exempte des soubresauts sociaux ou familiaux, sans que les croyances politiques ou religieuses y interfèrent. L'école assure à chacun l'égalité des droits sans différencier sexe ou couleur de peau, origine géographique ou sociale.

Le GDiD tient aux valeurs fondamentales de l'école française. Si nous voulons qu'elle change, si nous voulons qu'elle progresse, c'est aussi parce que nous sentons qu'il est nécessaire aujourd'hui que l'école soit très forte face aux pressions d'où qu'elles viennent. Nous voulons garantir à chacun de nos élèves, à chacun des enfants dont nous aurons la responsabilité éducative, qu'il recevra avec équité ce à quoi il a droit. Si nous voulons travailler au plus près avec les territoires dans lesquels nous sommes implantés, il est néanmoins important pour le GDiD que l'éducation reste nationale et que les moyens soient équitablement répartis entre les territoires. Alors lorsque selon nos vœux les Directeurs d'école seront devenus pour l'institution des interlocuteurs incontournables, nous aurons certainement d'autres combats à mener pour que l'égalité républicaine soit intégralement respectée sur tout le territoire national. Nous devrons convaincre et entraîner. Je crois fortement que dans un avenir proche l'école sera un refuge important, le dernier peut-être, pour les valeurs républicaines auxquelles nous croyons. Faisons-en donc de l'école française un avant-poste !

Pascal Oudot


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