mercredi 19 décembre 2018

La gadoue du fossé...

Je viens aujourd'hui faire un peu de publicité pour le groupe Facebook du GDiD. Je le trouve intéressant, pourvoyeur d'informations pertinentes, exutoire sans non plus être larmoyant... J'appelle tout un chacun, Directrice ou Directeur d'école ou simplement passionné par le sujet du pilotage de l'école primaire, à demander à y entrer. Une suggestion tout de même : des questions vous sont posées à l'entrée, répondez-y pour exprimer la raison de votre demande, que vous soyez ou non du métier.

J'y ai invité, sans leur demander leur avis, un certain nombre de personnes dont j'apprécie l'engagement ou les compétences. Je vais citer Véronique Decker, qui est à mon sens une personnalité remarquable avec laquelle je ne suis pas souvent d'accord mais pour qui j'ai un profond respect. Je m'en excuse auprès d'elles et eux mais je ne le regrette aucunement. Ce que je ne supporte pas c'est le prosélytisme inaudible et sans écoute, qui m'en a fait exclure deux personnes dont la seule volonté était d'opérer un lobbyisme syndical étroit et vindicatif. Mais je pense profondément que la discussion, même entre sourds, les échanges qui peuvent même être houleux, les explications même douteuses, les craintes et les peurs qui doivent être exprimées, les incompréhensions, les doutes, font un tout.

C'est ce "tout" qui permettra à notre école d'évoluer. Les réticences permettent de se poser la question de la pertinence d'une idée ou d'une envie qui sans garde-fou peut être égoïste. Une interrogation parfois simple peut autoriser une remise en question salutaire. Oui, au GDiD nous avons des convictions. Pour autant nous n'avons pas la science infuse, et croire que nous ne sommes pas inquiets quant à la remise sur le billot de notre métier de Directrice ou Directeur d'école serait illusoire. Quand on ne sait pas de quoi demain sera fait peut-on vivre dans le confort ? Néanmoins nous y sommes déjà tellement peu, que je crois que plus grand-chose ne peut nous impressionner.

Disons-le, nous vivons notre métier aux taquets. Quelle que soit la taille de notre école, nous n'avons pas le temps, ni l'énergie. Et nous avons de moins en moins l'envie, parce que nous sommes vampirisés par nos élèves, nos parents, nos enseignants, nos mairies, notre hiérarchie qui reste hélas souvent d'une noire incompétence (moi j'avoue que j'ai un bol monstre), notre administration...

Tiens, parlons-en de notre administration ! Je veux en profiter tant que cela ne peut m'être reproché si j'en crois l'article 1 du texte pompeux que M. Blanquer veut faire voter par le Parlement. Effectivement notre ministre s'est fendu d'un projet de loi ampoulé "pour l'école de la confiance" plus connu sous le nom de "loi Blanquer", ce nom étant juste là pour rappeler qu'en 2017, dans la foulée de l'élection d'Emmanuel Macron à la Présidence de la République, Jean-Michel Blanquer nouveau ministre de l'Education nationale assurait que « l'école n'a pas besoin, à chaque alternance politique, d'une nouvelle loi. Elle peut se gouverner autrement. Il n'y aura pas de loi Blanquer, j'en serai fier. » Pu[...] qu'est-ce qu'on se marre ! Comme quoi tout un chacun, même un ministre et surtout un ministre aurait tout intérêt à se taire quand il évoque l'avenir. Comme quoi également le syndrome de l'éducation nationale - ministère auquel désormais je n'accorderai parcimonieusement que des minuscules tant il est minable - frappe systématiquement. Il semble ne pas y avoir ni vaccin ni remède.

Cet article 1 fait l'objet de quelques propos journalistiques assez réjouissants. Je rends grâce à Philippe Watrelot de sa veille médiatique ! Il faut bien dire que je n'imaginais pas qu'en 2018 un ministre puisse encore se faire avoir à ce point-là de croire que personne ne lira avec attention ce que son cabinet pond.

Je cite "Marianne" :

"...
Présenté le 5 décembre en conseil des ministres, ce projet de loi, nommé "pour l'école de la confiance" mais plus connu sous le nom de "loi Blanquer", doit prochainement être examiné par les parlementaires. Pour le président de la République, Emmanuel Macron, cette "réforme importante" de l'école "est le fondement même de la politique de justice sociale". Au programme : scolarité obligatoire dès l'âge de 3 ans, création d'un nouvel organisme d'évaluation des politiques éducatives… et muselage des professeurs trop bavards sur les réseaux sociaux ? L'article 1 le fait redouter.

Dans un premier temps, celui-ci insiste sur la nécessaire "exemplarité" du personnel éducatif avant de demander l'insertion, dans le Code de l'éducation, de l'article suivant : "Par leur engagement et leur exemplarité, les personnels de la communauté éducative contribuent à l’établissement du lien de confiance qui doit unir les élèves et leur famille au service public de l’éducation". Anodin ? Pas vraiment, à en croire l'étude d'impact commandée par le gouvernement.

Cette étude, établie à l'intention des parlementaires et dont le but est de clarifier les objectifs du texte, précise que l'introduction de la notion de "lien de confiance" pourrait en effet se retourner contre certains professeurs. "Si cette confiance trouve pour l’essentiel son origine dans la capacité de l’Etat à répondre, par la politique publique qu’il conduit en matière éducative, aux attentes des citoyens, elle reste intimement liée aux comportements de l’ensemble des membres de la communauté éducative", précise ainsi le texte, avant d'indiquer : "Les dispositions de la présente mesure pourront ainsi être invoquées dans le cadre d’affaires disciplinaires concernant des personnels de l’Education nationale s’étant rendus coupables de faits portant atteinte à la réputation du service public". Quelques exemples sont ensuite cités : pourront être concernés par cette disposition les propos "mensongers", "diffamatoires" contre "leurs collègues" ou "l'institution scolaire", "notamment par le biais de publications sur les réseaux sociaux".

Dès lors, une question se pose : pour un professeur, le fait de rapporter des situations telles que celles rendues publiques via le hashtag #PasDeVague, pourra-t-il désormais tomber sous le coup de cet article ? Une énorme majorité de ces publications dénonçait en effet l'attitude de l'inspection d'académie ou des rectorats, autrement dit : l'institution. Chez les syndicats enseignants, cet article du projet de loi suscite l'inquiétude.
..."

Le ministère bien entendu se défend de telles intentions. Disons-le clairement : il nous prend pour des [...]. Je rappelle utilement sur ce propos qu'un quelconque "devoir de réserve" n'existe pas dans la fonction publique quand on n'est pas fonctionnaire d'autorité, et que le "devoir de discrétion" qui en revanche est le nôtre sera certainement respecté par essence par chacun d'entre nous si on a un minimum de cervelle et surtout de respect pour les familles, pour nos adjoints, pour notre hiérarchie qui n'est pas forcément toujours à la fête. Tous nos problèmes ne sont pas destinés à être partagés en place publique.

Du coup, comme cette "école de la confiance" ne sera plus bientôt si nous laissons faire qu'une école de la défiance, j'en profite pour exprimer ici avec je l'admets une certaine rage ce que je pense d'un certain nombre de choses, et avec un vocabulaire clair et des mots peut-être vulgaires mais fortement démonstratifs de ce que je pense. Peut-être dans quelques mois devrai-je avec humilité censurer mon expression ? Si c'est ce que veut notre ministre... Non, rassurez-vous, je blague, euuuuh. J'ai connu la censure il y a dix ans quand sur un blog personnel j'avais osé qualifier le ministre d'alors, un Xavier Darcos qui à mes yeux reste le pire personnage que nous ayons pu connaître à la tête du ministère (vous vous souvenez des "couches" en maternelle ? ), de ce qu'il était, soit expulsé de la mairie de Périgueux. Aaaah ça n'avait pas plu, et j'avais été reçu à l'époque par un IA-adjoint que je remercie encore aujourd'hui pour sa bonhommie et son humour, assisté par un IEN empli d'esprit qui fut un vrai soutien. Je reste persuadé qu'ils étaient en plein accord avec ce que j'avais écrit, qu'ils ne me l'ont pas dit - responsabilité admise -.

Le GDiD ne se taira pas. Faut pas déconner. Et c'est bien pourquoi en plus de toute fierté personnelle je signe mes billets.

J'aurais deux trucs à ajouter. D'une part le déni pécuniaire dans lequel nous sommes laissés au moment où tout le monde est primé comme un beau bovidé. En dépit des listes ahurissantes que le ministère livre à nos députés pour exprimer comme nous sommes bien lotis, nous restons rémunérés à coup de lance-pierre, à cent coudées de nos collègues des autres pays de l'OCDE. Nous sommes de bons cons. La classe exceptionnelle ? J'en fais partie, l'âge oblige. Mais justement 95% de mes collègues Directrices et Directeurs n'y sont pas. Alors le PPCR c'est très bien, mais quand on laisse tout le monde dans la gadoue du fossé... et puis euh... financièrement, cette classe "exceptionnelle" reste fort loin des standards de l'OCDE.

Et puis notre boulot : les listes précédemment citées expriment tout le bien que l'administration nous  a octroyé en informatisant le système. Quand ça marche, pourquoi pas. Mais ça consiste surtout clairement à nous assujettir un peu plus avec des trucs qui merdent SYSTÉMATIQUEMENT et qui enflent au fil du temps comme un gras fonctionnaire de la DGESCO. La Directrice d'école, le Directeur, sont des Holstein bonnes à traire jusqu'à en crever.

Le ministre a convoqué ses DASEN hier... Il a parlé de nous. Ce qui s'est dit ne transpirera pas, nos Directeurs Académiques ne voudraient surtout pas jouer les cygnes noirs de la pyramide institutionnelle éducative. Mais pourquoi je n'ai aucune confiance ? Jusqu'à présent M. Blanquer, s'il nous fait désormais la grâce de ne plus se répandre dans les magazines people comme il nous l'a fait jusqu'à la nausée, n'a pour autant pas plus fait preuve d'une quelconque compétence ni de son esprit d'à-propos. Le bilan de M. Blanquer depuis un an et demi ? Le néant, zéro, niente, nada... On ne peut pas rénover ce qu'on ne connait pas, et malheureusement pour moi l'impression globale est que ce ministre qu'on nous a présenté en 2017 comme un "professionnel" n'est en fait qu'un mirage. Pour ne pas écrire une illusion.



Pour résumer aujourd'hui, avec le stress que je vis quotidiennement dans ma toute petite école, avec mes trente gosses excités et malheureusement pas tous au top - et je veux absolument TOUS les accompagner -, avec mon plein-temps en classe, je n'ai plus envie de m'amuser avec des déclarations ronflantes, avec des idées toutes faites, avec une administration qui aujourd'hui clairement limite mon action de Directeur et la sclérose. La confiance ? Non, elle n'est plus là, alors que la question de la direction d'école va se jouer dans les mois qui viennent. Je fais confiance dans les syndicats qui nous sont alliés, mais aussi dans ceux ceux qui ne le sont pas pour nous épargner des âneries, parce que pour le coup je ne fais aucune confiance au ministre pour comprendre nos besoins ni nos désirs d'une gouvernance libérée des contraintes. Nom de nom, ce métier nous le faisons pour nos élèves, pas pour nous-mêmes ou pour un quelconque besoin de pouvoir - comme certains syndicats aimeraient le croire, qu'ils se réveillent merde ! -.

Joyeux Noël ? Oui, nous vous souhaitons de bonnes fêtes, avec votre famille, vos amis... Surtout reposez-vous, comme je vais essayer de me reposer moi. Et puis dormez bien, je n'ai pas fait une vraie bonne nuit reposante sans stress ni réveil précoce depuis des mois...

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